Constantin le fils de l'Auguste Constance Chlore est retenu à la
cour de Galère en Orient. Il est même envoyé par
ce dernier combattre dans les Balkans et il est ainsi exposé contre
les Sarmates dans son jeune âge. Il se fait aimer par les soldats
et Galère ne peut le faire périr sans prendre de risques.
Comme Constance Chlore réclame son fils depuis longtemps,
Galère s'apprête àle faire partir pour la Gaule
mais sans doute veut il le faire périr en chemin ou retenir
comme prisonnier dans les provinces danubiennes. Aussi, Constantin
utilise une ruse pour rejoindre son père. Il se sert du sauf
conduit signé par Galère pour utiliser les relais de
poste et rendre impossible toute poursuite en partant de nuit. Il est
hors de portée quand le lendemain Galère se réveille.
Il peut participer à la
dernière campagne de Constance Chlore contre les Pictes en Britannia
. Constance Chlore meurt à Eburacum (actuelle ville de York) en
306 et Constantin est rapidement proclamé Auguste par les troupes
de son père. Galère refuse ce fait accompli.
La conquête du pouvoir en Occident:
La Tétrarchie version Dioclétien est bien morte
après le retour de Maximien comme Auguste et la
multiplicité des usurpations. En outre
Galère a choisi comme Auguste pour l'Occident un officier qui
n'était pas César, Licinius. Aussi après
l'élimination de Maximien et la mort de Galère en 311,
l'homme fort qui fanatise ses soldats et se montre brillant
général, est Constantin, le fils de l'empereur Constance
Chlore. Il est le maître de la Gaule, de la Britannia et de la
péninsule ibérique et a pour capitale, Augusta Treverum
(actuellement Trèves). Mais il a pour ennemi personnel Maxence,
le fils de l'empereur Maximien qui est reconnu comme empereur
à Rome, en Italie et en Africa. Il a aussi d'autres
concurrents en Orient, Licinius et Maximin Daia.
Porta Nigra à Augusta Treverum (Trèves), aujourd'hui
(wikimedia)
Maxence pille sans vergogne l'Afrique et l'Italie, il n'est soutenu que
par les prétoriens qui profitent de ses crimes. Constantin
remet la Gaule en sécurité après des
décennies de pillage des Germains et il est suivi par ces
légions composées principalement de Gaulois avec des
auxiliaires germains qu'il a recruté de force par milliers au
sein des prisonniers nous dit Zosime. Il prépare soigneusement
sa campagne d'Italie contre Maxence et la mène tambour battant
à la fin de l'été 312. La vitesse de
Constantin et son audace ont raison des obstacles qu'il rencontre sur
sa route. Il est vainqueur de Maxence le 28 octobre 312 à
la bataille du Pont
Milvius et ce dernier périt noyé dans le Tibre.
Constantin supprime la garde prétorienne qui a pris le parti de
Maxence et la remplace par les scholes palatines et les protectores et
protectores domestici qui sont recrutés principalement chez les
barbares.
Constantin face à Licinius
Flavius Galerius Licinianus Licinius veut imiter Constantin aux
dépens de Maximin Daia. Il rencontre Constantin à Milan
en février mars 313. C'est là que les deux hommes
précisent l'édit de Tolérance de Galère
en restituant les biens confisqués aux chrétiens
persécutés. Au cours de cette rencontre, le mariage
de Licinius avec Constantia, la soeur de Constantin scelle l'alliance
entre Constantin et Licinius. La lutte est lancée contre Maxence
et Maximin Daia, mais Maximin réagit rapidement, il passe en
Thrace avec son armée et rencontre Licinius au Campus Ergenus,
près de Périnthe, entre Andrinople et Héraclée,
le 30 avril 313. L'armée de Licinius est en infériorité
numérique mais la ligne ennemie est enfoncée et Maximin
Daia vaincu, fuit vers Nicomédie, déguisé en
esclave. Licinius enrôle dans son armée une partie des
troupes abandonnées par Maximin. Il part vers Byzance et entre
à Nicomédie, tandis que Maximin a rejoint les
défilés du Taurus pour aller en Syrie où il a des
atouts militaires. Mais les fortifications hâtivement construites
ne retiennent pas Licinius qui avance très vite et surprend
Maximin. Les défilés sont bloqués et la fuite par
la mer impossible. Maximin se réfugie dans une maison à
Tarse et d'après Lactance s'empoisonne.
Maximin Daia (site wikipedia)
L'entente entre les deux empereurs dure jusqu'en 315. En 316, ils nomment Bassanius César, c'est le beau frère de Constantin et un ami de Licinius. Mais ce Bassanius se met à comploter contre Constantin qui le fait exécuter. La guerre est inévitable. Bien qu'en infériorité numérique, Constantin remporte la victoire à Cibalae (aujourd'hui Vinkovci), en Pannonie, le 8 octobre 316. Au cours d'une deuxième bataille, au Campus Ardiensis (en Thrace), Licinius met Constantin en difficulté en coupant ses arrières,
mais cette nouvelle défaite pour Licinius l'oblige à céder la Pannonie et la Macédoine à Constantin, Licinius ne conserve en Europe que le diocèse de Thrace. Les deux empereurs désignent le 1er mars 317 à Sardique, trois César, Crispus, le fils de Constantin et de sa première femme Minerva, Licinius le jeune, le fils de Licinius et de Constantia et Constantin II, le fils de Constantin et de Fausta. Les deux derniers sont en bas âge, seul Crispus détient une autorité réelle et remporte des
victoires sur les Germains. Constantin se fixe à Sirmium en Illyrie pour combattre les Goths. La situation dure jusqu'en 324 et les deux rivaux
préparent longuement la guerre, rassemblent des armées fort nombreuses (entre 150 000 et 170 000 soldats pour chacun, plus des flottes importantes).
L'empereur Licinius (site wikipedia)
La défense des frontières s'en ressent et justement le casus belli est l'entrée de Constantin en Thrace en poursuivant les Goths.
Le 3 juillet, l'armée de Constantin rencontre celle de Licinius près d' Andrinople. Un fleuve sépare les deux armées. Constantin fait assembler les matériaux comme s'il avait le projet de jeter un pont sur le fleuve, puis il lance un corps de 5 000 archers dans
un bois épais qui couvre son arrière garde. Licinius, gêné par ces évolutions, fait sortir ses troupes de leurs positions défensives et rencontrer les soldats aguerris de Constantin qui les taillent en pièces. Le soir même le camp de Licinius est pris et ceux qui n'ont pas péri se rendent. Licinius a perdu 34 000 hommes et se réfugie à Byzance. Constantin aussitôt assiège cette ville bien fortifiée. Le siège menace d'être long et les flottes de Licinius contrôlent la mer. Crispus est chargé de forcer le passage de l'Hellespont que les vaisseaux de Licinius occupent. Après deux jours de combat, Crispus
favorisé par un vent du sud qui pousse ses vaisseaux contre ceux de l'ennemi remporte une grande victoire, cent trente vaisseaux ennemis sont
coulés. Amandus, l'amiral de la flotte asiatique rallie péniblement les rivages de Chalcédoine.
Byzance n'est plus ravitaillée et Constantin peut recevoir tout le matériel de siège. Menacé d'être pris, Licinius passe en Asie, nomme Martianus César et rassemble en Bithynie, une armée de 50 à 60 000 hommes. Constantin fait traverser le Bosphore à une grande partie de ses troupes sur de petits bâtiments. Les soldats de Licinius, mal équipés, résistèrent courageusement mais la mort de nombre d'entre eux scelle le sort de Licinius en septembre 324 à Chrysopolis. Il se
rend à Nicomédie et sa femme Constantia obtient de son frère Constantin la vie de Licinius. Mais il est bientôt condamné à mort en 325, accusé d'une conspiration et d'une correspondance criminelle avec les barbares. Son fils Licinianus est éliminé en 326. Constantin est le seul maître de l'Empire depuis une quarantaine d'années.
Constantin a transformé l'armée romaine pour pouvoir
mobiliser bien plus de troupes que prévu. Il intègre les
Germains dans les unités d'élite et répartit
l'armée en deux parties ne jouant pas le même rôle :
Une partie des corps de troupes sont une réserve à la
disposition de l'empereur, et sont dirigées par un magister
peditum pour les fantassins et un magister equitum pour la cavalerie, ce
sont les comitatenses, tandis que les autres corps sont affectés
à la couverture des frontières et sont dirigés par
chaque dux régional, ce sont les ripenses ou riparienses, futurs
limitanei (à partir de 363).
Constantin seul
empereur
En 325, Constantin a réuni l'Empire et les trois
César qu'il nomme sont de sa famille, Crispus et Constantin
II, auxquels s'ajoutent Constance dès 324 puis Constant en
334. C'est à ce moment là qu'est prise la
décision la plus importante du règne de Constantin :
la construction de la nouvelle capitale de l'Empire romain qui
prendra le nom de Constantinopolis. Constantin a pu constater la
longue résistance de Licinius dans Byzance et la
réalisation de la nouvelle ville, quatre fois plus
étendue que l'ancienne, est très rapide, 40 000
goths vont en être les ouvriers. Deux ans après la
consecratio, Constantinopolis a son atelier monétaire et
la dedicatio a lieu le 11 mai 330. Cette ville est voulue pour
contrôler les frontières avec la Perse et les
régions danubiennes.
Pendant ce temps, Crispus est officiellement chargé de la
défense de la Gaule et il se comporte en général
victorieux contre les Francs et les Alamans en 318, 320 et 323. Puis
Crispus est nommé commandant de la flotte de Constantin qui a
vaincu en 324, celle de Licinius avec seulement 200 navires contre une
force navale deux fois supérieure en nombre et il remporte une
victoire terrestre contre les troupes de Licinius qui ne participent
pas à la bataille de Chrysopolis. Crispus est le mieux
placé pour succéder à son père.
solidus de 323 à l'effigie du César Crispus
Mais en 326, Crispus est convoqué par son père devant un
tribunal à Pola en Istrie (selon Ammien Marcellin, qui le juge,
le condamne et l'exécute. Que s'est il passé ? Fausta,
l'épouse de Constantin a accusé Crispus de tentative
de séduction et l'empereur l'a crue. Mais elle est
surveillée et surprise en plein adultère, elle est
étouffée dans un bain chaud en 327, selon l'historien
byzantin Zosime.
Constantin est le premier empereur qui favorise les chrétiens.
Il commence par proclamer l'égalité des droits pour
toutes les religions et la restitutions des immeubles et des biens dont
les chrétiens ont été spoliés, en 313
à Milan. Puis il veut l'unité des chrétiens et
organise les conciles de Rome (octobre 313) et d'Arles (août 314)
pour condamner le schisme donatiste en Afrique. Puis c'est l'arianisme qui
est condamné par un synode à Antioche en 319, puis par le
concile de Nicée en 325.
En 332, Constantin II bat chez les Sarmates des Goths sur le Bas Danube
qui sont ensuite installés en territoire romain pour
atténuer la pression aux frontières et repeupler les
provinces balkaniques. Dès 334, les Goths défendent la
frontière danubienne contre une invasion des Vandales.
En 337, Constantin vient de déclencher un conflit avec la Perse
Sassanide de Shapur II et s'apprête à mener une
expédition contre cet empire, quand le 22 mai, il meurt
subitement près de Nicomédie, il est âgé de
soixante trois ans. L'empire est partagé entre les trois fils de
Constantin. Constantin II reçoit la Gaule, l'Hispanie et la
Britannia. Constance II, l'Asie et l'Egypte, Constant, l'Italie,
l'Afrique et les diocèses de Pannonie et de Dacie, et
leur cousin Flavius Dalmatius, la majorité de la
péninsule balkanique. En outre, Flavius Hannibalius, le neveu
de Constantin "règne" sur Césarée de Cappadoce.
Tous les quatre restent Cesars. L'empire continue d'être
gouverné au nom de Constantin. Rome à la mort de
Constantin, a encore entre 1,2 millions et 1,6 millions d'habitants.
Sa population commence ensuite à diminuer jusqu'à
atteindre 50 000 habitants et 520.
L'Empire à la mort de Constantin ( histoire-fr.com)
La succession de Constantin
En septembre 337, un testament fort opportun de Constantin est produit
par l'évêque Eusèbe de Nicomédie, favorable
à Constance, accusant ses demi-frères de l'avoir
empoisonné. La Garde impériale, pour le venger,
assassine tous les hommes de la famille de Constantin, autres
que ses fils, à l'exception de deux enfants, Gallus et Julien.
L'Empire est redécoupé entre les trois fils de l'empereur
défunt. Constantin II dirige l'Occident, Constance II, l'Orient
et Constant les provinces d'Italie et d'Afrique ainsi que la Pannonie
(correspondant à la Hongrie d'aujourd'hui), le sénat les
déclare Augustes tous trois le 9 septembre 337 et l'Empire
comprend trois préfectures jusqu'en 396.
Constance est rapidement confronté à Sapor II. Il
intervient en Arménie à l'appel d'un parti romanophile
opposé au roi. Constance préfère
réconcilier le roi avec son peuple. Au printemps 338, Sapor
assiège Nisibis, dont la défense est commandée par
son évêque Jacques. Les Perses battent en retraite au bout
de soixante trois jours. Constance s'installe à Antioche pour
diriger la résistance. Il négocie avec des brigands
Sarrasins qui razzient le pays et il s'en fait des alliés contre
les Perses. Constance rétablit le roi d'Arménie,
détrôné suite à une sédition
appuyée par les Perses.
Constantin II
En Occident, Constantin II et le jeune Constant ne s'entendent pas.
Constant supporte mal la sujétion où veut le tenir son
aîné. Constance que cette division satisfait, s'efforce de
la faire durer. Constant a pour capitale Sirmium et remporte une
victoire contre les Sarmates du Banat en 339. Il semble conseiller par
Evagrius, qui rendait ce service à Constantin. En 340, Constantin II,
profite d'une campagne de Constant sur le Danube, pour attaquer l'Italie.
Mais Rome et la province d'Italie restent fidèles à Constant. Ce dernier
part à la rencontre de son frère et le vainc à la bataille d'Aquilée.
Constantin II est tué au combat en mars avril 340.
Désormais, Constant dirige toute la partie occidentale de
l'Empire mais il laisse un préfet du prétoire à
Trèves et respecte l'individualité de la part de
Constantin II.
La guerre en
Orient
Pratiquement chaque année, les Perses pillent le territoire
romain, puis les Romains, plus modestement réagissent, les
chassent et franchissent le Tigre. En 343, Constance envahit
l'Adiabène et prend le titre d'Adiabenicus. Au printemps 346,
Sapor assiège en vain Nisibis, c'est la deuxième fois,
puis il conclut un armistice selon Hiéron. Il attaque à
nouveau en 348 et les deux armées se rencontrent près
de Singara. Constance veut éviter le combat, mais les
légionnaires prennent malgré lui l'offensive et capturent
le camp ennemi. Sapor ordonne une contre attaque victorieuse qui se termine
par un massacre et se retire.
Majorina de Constance II
(http://collection-numismatique-rouzic.blog4ever.com/)
En 349, Sapor livre un troisième assaut à Nisibis, cette
fois ci avec des moyens très puissants. Les
éléphants indiens réussissent à
s'approcher des murailles et portent des tourelles garnies d'archers.
Mais c'est encore un échec pour les Perses et Sapor est
rappelé à l'est par la menace des nomades chionites pour
quelques années. Constance visite Nisibis, il a combattu avec
obstination et a souvent couru un danger selon Ammien.
Sur le front Danubien, Constance fait restaurer le mur de la Dobroudja
qu'a fait construire son père. Il donne asile à
l'évêque Ulfilas qui évangélise les Goths et
qui est obligé de quitter le pays goth suite à une
persécution. Sur le plan religieux, Constance est arien, pour
lui, la hiérarchie céleste dans laquelle Jésus est
un sorte de César est conforme à l'ordre normal des
choses.
Constant
en Occident
Après la disparition de Constantin II, Constant s'installe
à Mediolanum (Milan) et il inspecte la frontière
danubienne. En 341 et 342, il combat les Francs sur le bas Rhin.
Sous son règne, les Francs s'installent en Toxandrie,
c'est à dire entre la Meuse et l'Escaut. Puis Constant va en
Britannia et il réorganise un service d'espionnage contre les
barbares, les Arcani selon Ammien. Il s'efforce de rétablir la
discipline, ébranlée sous le règne de son
père.
Constant 1er au Louvre (wikipedia)
Seul fils de Constantin qui soit baptisé, Constant est un
nicéen fanatique et il interdit en termes violents, aux
païens de célébrer les sacrifices. Cette politique
heurte l'aristocratie païenne de Rome. Sa politique
monétaire est déflationniste comme celle de Constance.
Mais les pièces qu'il fait frapper, plus lourdes que celles de
Constantin, sont l'une en cuivre pur, la centenionalis et l'autre de
cuivre saucé (contenant une faible partie d'argent), la pecunia
majorina. En Occident, ces pièces sont vendues comme des
marchandises et les mauvaises pièces les chassent de la
circulation. La vente et la fonte de cette monnaie est punie de mort.
La crise est très grave.
En Afrique, les donatistes ont été
persécutés par Constantin. A sa mort, cette
répression cesse, mais des troubles sociaux apparaissent. Les
ouvriers saisonniers, appelés circoncellions choisissent pour
chefs, Axido et Fasir qui prennent le titre de "chefs des saints". Les
créanciers reçoivent des lettres les menaçants de
les châtier s'ils réclament leur dû, les
marchés sont "terrorisés". Des esclaves arrêtent
des voitures sur les routes, s'installent à la place des
maîtres et font courir ces derniers devant l'équipage. Les
évêques donatistes eux mêmes s'affolent et
écrivent au comte d'Afrique qui envoie des soldats dans les
marchés. La répression fait un grand nombre de victimes.
La résistance est vive en Numidie où l'évêque
de Bagaï fait appel aux circoncellions. Les archers à cheval
envoyés par le comte sont molestés et se vengent. Les
fanatiques vont au devant de la mort. Donat l'évêque de
Carthage est déporté et meurt en exil. En 347, un
édit d'union est publié. Le Concile de Carthage semble
rétablir l'unité mais ce n'est qu'un semblant de paix.
L'usurpation de
Magnence
Au début de l'année 350, pendant que Constant chasse aux alentours d'Autun, en Gaule, le général germain et probablement franc, Magnence, soutenu par l'intendant des finances Marcellinus, est acclamé Auguste par les troupes gauloises. L'empereur prend la fuite mais
il est rattrapé près d'Elne dans le Roussillon, par l'officier franc Gaïso qui le contraint au suicide, dans la deuxième moitié du mois de janvier 351. Le 1er mars, poussé par Constantia, le vieux général Vetranio se fait acclamer Auguste à Sirmium et envoie des députés vers Constance pour solliciter son alliance contre Magnence. En juin 35, c'est Eutropia, une autre soeur de
Constance qui incite son fils Népotien à devenir Auguste à Rome. Mais au bout d'un mois, il est assassiné avec ses
partisans par des soldats ralliés à Magnence.
Moulage du buste de Magnence
(http://www.flickr.com/)
En août 350, Magnence est maître de Rome et la Gaule, l'Hispanie, la Britannia, l'Afrique et l'Italie le reconnaissent. Il envoie quatre ambassadeurs vers Constance pour lui offrir un partage amiable de l'Empire. Il s'agit de Clementius, Valens et les évêques Serbatius et Maximus. Constance cherche à gagner du temps et refuse de les recevoir. L'empereur quitte Antioche, traverse Constantinople et reçoit à Héraclée (aujourd'hui Marmara Eregli en Turquie d'Europe), les ambassadeurs de Vetranio et ceux de Magnence : Rufinus, Maximinus, Nunecchius et Maximus. Il refuse à Magnence la main de sa soeur et met en prison tous les ambassadeurs sauf Rufinus.
A Noêl 350, Constance rencontre Vetranio au pas de Sucques, un col entre les villes actuelles de Sofia et Plovdir. Les soldats de Vetranio l'abandonnent et proclament Constance empereur. Ce dernier accepte l'abdication de Vetranio, et lui permet de se retirer en Bithynie. Constance quitte l'Orient en mars 351 pour s'occuper de l'usurpation de Magnence, il délaisse donc les menaces de Sapor II le souverain perse. Magnence fait de
son frère Decentius, le César chargé de garder la Gaule et peu de temps après il fait de son autre frère Desiderius un autre César. Constance, pour assurer la défense de l'Orient, fait de son cousin Gallus, rescapé du massacre de 337, un César, lui fait épouser sa soeur Constantina et lui impose comme général le comte Lucilianus. Gallus arrive à Antioche début mai 351.
La guerre contre Magnence commence en juillet par une escarmouche près d'Adrana en faveur de Magnence. L'armée d'Occident pourtant inférieure en nombre réussit à prendre en embuscade et à battre la cavalerie de Constance. Magnence traverse la Save et tente de prendre la cité de Siscia en vain. Mais il parvient à capturer cette cité. La situation devient difficile pour Constance et il se réfugie dans une place forte des Balkans. Il propose même de traiter avec Magnence qui sûr de la victoire refuse de négocier.
Puis ensuite, un escadron de cavalerie de Magnence commandé par Sylvanus passe dans le camp de Constance qui a payé cher cette trahison. Ce dernier envoie son préfet Flavius Philippus pour négocier la paix mais en fait pour découvrir le repaire de Magnence. Puis le 28 septembre 351, c'est la rencontre décisive, à Mursa, sur la Drave, près de l'actuelle frontière entre la Serbie et la Croatie. L'armée de Constance, plus disciplinée, remporte la victoire au prix de lourdes pertes : la moitié de l'armée pour Constance et les deux tiers pour Magnence qui perd aussi dans cette bataille, son magister officiorum Marcellin. Magnence réussit à s'échapper. La flotte de Constance reçoit la soumission de l'Afrique, l'Hispanie et la Sicile. Une nouvelle bataille, celle du Mons Seleuti, a lieu en 353 et la victoire définitive revient à l'empereur Constance. Magnence fuit jusqu'à Lyon et apprend que son frère Décentius
a été vaincu par l'Alaman Chnodomar allant défendre la ville de Mongotiacum (Mayence) et s'est tué. Magnence,
désespéré se jette sur son épée à Lyon, en 353 . Le César Desiderius, à cette nouvelle, se tue à Sens, le 18 novembre. Constance annonce à Lyon une amnistie en faveur des partisans de Magnence, mais il envoie Paul le Notaire en Brittania pour punir avec une extrême rigueur, les partisans de Magnence.
Pendant ce temps en Palestine, un nouveau soulèvement des Hébreux commence en 351, entre le départ de l'empereur pour l'Occident et l'arrivée du Cesar Gallus. L'attitude de Constance qui autorise la persécution des païens et des Hébreux est responsable de cette situation. Menés par un certain Patricius, appelé aussi Natrona, les révoltés prennent la ville de Sepphoris et se dirigent vers Tibériade. Le général Ursinus réagit rapidement car d'autres villes se révoltent. La répression est dure et Tibériade, Diospolis et Diocésarée brûlent en 352.
Constance mène une campagne contre les rois alamans Gundomadus et Vadomarius en 354. Magnence, pour répondre à la menace de Constance, a dégarni fortement la frontière du Rhin. Entre 351 et 352, les tribus germaniques ont envahi la Gaule sur un large secteur. Constance rassemble ses troupes vers Chalons sur Saône et rencontre les Barbares à Augusta Raurica (actuellement Augst près de Bâle), il négocie un traité car une sédition de ses troupes doit être apaisée par le grand chambellan Eusèbe.
Le Cesar Gallus (351 -354)
http://www.histoire-fr
En Orient, le César Gallus expédie le comte d'Orient Nebridius contre les Isauriens qui sont refoulés dans leurs montagnes. Gallus sévit contre les magistrats qui refusent de baisser le prix des vivres, des arrêts de morts sont prononcés. Des émeutes éclatent à Antioche provoquées par la famine. Gallus en rend responsable le gouverneur de Syrie Theophilus qui est massacré par le peuple. Constance envoie son préfet du prétoire Domitianus à Antioche pour demander à Gallus de venir le rencontrer
en Italie. Gallus le fait arrêter ainsi que le questeur Montius et les fait exécuter. Ursinus est rappelé par Constance. En fin d'année 354, Gallus se décide à rejoindre Constance. En chemin on lui enlève ses insignes de César et il termine le voyage comme un prisonnier. Près de Pola en Dalmatie, un procès est instruit par le grand chambellan Eusèbe. Il est condamné à avoir la tête tranchée. Craignant une décision favorable de l'empereur, l'exécution est expédiée et le
corps laissé sans sépulture. C'est au même endroit que 28 ans plus tôt, Crispus avait été
éliminé.
Julien apprend avec douleur la mort de son frère Gallus, cela lui fait revivre le massacre de sa famille en 337. Il est d'autant plus inquiet qu'élevé dans la religion chrétienne, il a rejeté cette foi qu'il considère étrangère à la culture gréco-latine et fait un retour sans équivoque vers les dieux de ses ancètres. Il est initié aux mystères et au sein d'un petit cercle d'amis fidèles à Nicomédie, a étudié la philosophie néo platonicienne. Ses craintes sont fondées car Constance est bien renseigné et s'il voit en lui un usurpateur potentiel ? Et justement Julien reçoit une lettre lui ordonnant de rejoindre sans délai Milan pour se présenter à l'empereur !
Il part sous escorte, "pour sa protection", à bord d'un navire, c'est un long voyage. Heureusement pour lui, la première escale est le port de Troie. Julien en profite pour visiter les champs de batailles de la guerre de Troie qui lui rappellent les cours de son maître Mardonios dans
son enfance. De plus, en excursion à Illion, guidé par l'évêque local Pégase, il est surpris de voir la statue d'Hector toute luisante d'huile sainte alors que tant de temples sont désaffectés. Le voyage reprend et à la fin de décembre 354, il arrive près de Milan.
Constance est là mais il fait patienter Julien pendant sept mois pour le mettre en condition. Julien est en quelque sorte prisonnier et aux mains du grand chambellan Eusèbe qui n'a pas une bonne impression de ce prince toujours en compagnie de païens. Pendant ce début
d'année 355, la vie de Julien ne tient qu'à un fil et pourtant il s'en sort grâce à l'intervention personnelle d'Eusebia Augusta, l'épouse de Constance. Julien repart vers l'Orient et passe quelque jours à Côme. Constance prend le commandement d'une
expédition pour punir les Lentiens, Germains du nord du lac de Constance, d'une amende pour des incursions répétées
dans l'empire romain. L'armée se dirige vers les champs Canins en Rhétie. Le magister equitum (commandant de cavalerie) Arbetio marche vers l'ennemi avec la majeure partie des légionnaires. Et sans attendre le rapport des éclaireurs, donne dans une embuscade. Surpris, il s'arrête ne sachant quoi décider. Les ennemis démasquent toutes leurs forces et lancent une multitude de traits. Les Romains ne peuvent résister et s'enfuient, subissant de nombreuses pertes. Profitant de la nuit, le reste des légionnaires s'échappe et rejoint individuellement le camp. Les Lentiens encouragés viennent provoquer les légionnaires sous leurs retranchements. Les scutaires font une
sortie mais doivent s'arrêter devant les masses de cavalerie ennemie, ils tiennent bon toutefois. Mais Arbetio ne veut pas engager le reste de son armée. Alors trois tribuns sortent spontanément : Arintheus, Seniauchus et Bappo le chef des vétérans accompagné de
son corps de troupes. Et voilà comment Ammien Marcellin décrit la scène :
"et les voilà qui fondent sur l'ennemi avec l'impétuosité d'un torrent. Chez eux point d'ordre de bataille; ils se battent en partisans, et forcent enfin les barbares à la fuite la plus honteuse."
Julien est parvenu à Côme et y passe quelques jours mais il n'est pas tranquille. Sylvanus, le maître de l'infanterie en Gaule est victime de la machination d'un de ses officiers, Dynamios. Ce dernier obtient du général une signature pour une recommandation et ensuite "trafique" ce document de telle façon que le texte final ressemble à une proclamation de Sylvanus, briguant la pourpre et invitant quelques chefs de corps et quelques fonctionnaires à le soutenir contre Constance. Et bien entendu, Dynamios transmet ce document au préfet du prétoire Lampadius qui le porte immédiatement à l'empereur. Les malheureux cités dans ce document sont immédiatement arrêtés et mis à la question. Et dans l'entourage de Constance on s'inquiète du départ de Julien qui pourrait rencontrer des détachements de soldats insurgés. Il risque de faire cause commune avec Sylvanus. Constance décide aussitôt de bloquer Julien à Côme jusqu'à nouvel ordre.
Mais Eusebia veille, elle sait que Constance est reparti dans l'Adige combattre les Alamans et que le grand chambellan Eusèbe va
récupérer une marge de manoeuvre, très dangereuse pour Julien. Elle s'arrange pour obtenir la permission de Constance pour un séjour de Julien à Athènes où il ne serait pas tenté de se joindre aux séditieux. Julien qui aime tant les études pourra approfondir ses connaissances à l'université d'Athènes. Constance accepte et Julien est fort
agréablement surpris quand arrive le laisser passer pour Athènes. Constance envoie Ursicinius chez Sylvanus. Ce dernier fait semblant de reconnaître l'usurpateur et soudoie quelques soldats pour l'assassiner.
Julien est nommé César 355
Pendant que Julien visite le Péloponnèse et ses sanctuaires et se fait initier aux mystère d'Eleusis, les Francs, les Alamans et les Saxons pillent quarante cinq villes de Gaule dont Colonia Claudia Ara Agrippinensium (actuellement Cologne en Allemagne) et occupent une zone de 50 kilomètres sur la rive gauche du Rhin. Constance au début de novembre 355, rappelle Julien à Mediolanum (Milan). Julien est proclamé Cesar par Constance et épouse Hélène, la soeur de l'empereur. En décembre, Julien quitte Milan pour les
Gaules avec trois cent soixante hommes ! Il apprend à Turin la destruction de Colonia. Constance exile l'évêque de Rome, Libère en Thrace.
Julien a traversé la Gaule et a été accueilli à Vienne par les acclamations de quelques Gaulois. Il n'a aucun pouvoir sur l'armée, il n'est que le représentant de l'empereur. Cet intellectuel n'est d'ailleurs pas préparé à devenir un chef
de guerre. Mais il se sent investi d'une mission par les dieux et sa seule connaissance de la guerre est la lecture de l'Iliade et celle de l'Anabase ou les Commentaires de Jules César ! Il décide d'apprendre et demande à son questeur Saloustios de l'instruire. Julien profite de l'hivernage pour s'initier à l'art de la guerre, pendant six mois. Selon Ammien, il est devenu un expert. Il est nommé consul et il doit endosser la responsabilité de décisions de Constance, ainsi il convoque le concile de Béziers qui exile Hilaire l'évêque de Poitiers, en Phrygie.
Julien est prêt à la fin du printemps 356 à attaquer les barbares dès que l'occasion se présentera. Et les nouvelles du front sont mauvaises, les Alamans reprennent leurs incursions dans le Morvan et Augustodunum (Autun) a failli tomber, les défenses ne tiennent guère et c'est une attaque spontanée et nocturne des vétérans qui a sauvé la situation. Le général Marcellus n'est pas très satisfait d'avoir le Cesar dans les jambes au moment où va être lancée une opération de nettoyage de la région. Julien est prié respectueusement de rester en paix, s'il lui arrivait quelque chose de grave, ce serait des
complications avec l'empereur ! Mais Julien, pensant aux exploits de son grand père Constance Chlore ne se laisse pas détourner de sa mission et s'il se passait quelque chose à Autun ?
Il a reçu l'ordre de rejoindre l'armée à Reims et d'y faire de la représentation, mais il marche sur Autun pour prendre part aux opérations en prenant la route la plus exposée, comme l'écrit Ammien qui participe à cette campagne :"des chemins peu sûrs, étant couverts par les arbres de ténèbres profondes", il risque le sort des légions de Varus avec ses cuirassiers et ses fantassins ! Mais il arrive à Auxerre sans souci. Ensuite, la marche sur Troyes est freinée par le harcèlement des commandos barbares sur les flancs. Puis une nouvelle marche forcée jusqu'à Reims lui permet de s'imposer, il est mis au courant du plan stratégique global qui prévoit qu'un corps d'armée commandée par Constance en personne passera le Rhin près du lac de Constance et remontera vers le Nord en direction de la Forêt Noire pendant que les troupes que venait de rallier Julien, commandées par Marcellus, avanceront parallèlement vers l'Alsace. L'ennemi sera canalisé entre ces deux armées.
Ce plan est appliqué et Julien est rapidement mis en difficulté, aux environs de Dieuze, un détachement ennemi, profitant des conditions météo difficiles, prend à revers l'avant-garde de Julien qui est presque débordé. On le secourt à temps. Cet incident rend Julien plus prudent. Il apprend que toute la région rhénane est quasiment aux mains de l'ennemi qui ne s'enferme pas dans les villes mais tient les alentours, vivant sur le pays. Julien dispose ses troupes en croissant et ratisse la région et passant par le col de Saverne, dégage Brocomagus (Brumath). Dans la foulée, ne rencontrant plus de résistance, l'armée de Marcellus marche sur Colonia et Julien qui connaît l'histoire romaine, est fier de participer à la libération de cette porte de la Gaule face aux Germains, conquise trois siècles plus tôt. Une paix fragile est conclue avec les Francs. Après cette campagne, Julien marche sur Trèves et Agedincum (Sens) pour hiverner. Mais le plan n'avait pas fonctionné à plein, les Germains sont "mal battus" et reprennent pendant cet hiver leurs actions de harcèlement. L'état major de Marcellus redéploie les troupes stationnées à Agedincum si bien que Julien ne dispose bientôt plus que des cavaliers de sa garde personnelle. Les Alamans bien renseignés, voyant Agedincum dégarni, tentent un coup de main contre la place. Julien fait en vitesse renforcer les murailles et les portes. Selon Ammiens "il ne décolérait pas, incapable de faire une sortie avec succès en raison de la faiblesse de ses effectifs".
Le siège dure et Marcellus non loin de là, observe la situation et laisse Julien se débrouiller tout seul avec les Alamans. Julien et ses cavaliers résistent si bien qu'au bout d'un mois les assiégeants découragés se retirent. Constance toujours bien renseigné rappelle aussitôt Marcellus en consultation. On ne plaisante pas avec la pourpre sacrée ! Julien sachant qu'il risquait
gros de la part de Marcellus, envoie comme témoin à décharge son chambellan Eutherius. Et quand Marcellus attaque Julien devant
Constance, laissant entendre qu'il pourrait tenter une usurpation, ce que redoute particulièrement cet empereur, Eutherius démontre que Julien avait été à la hauteur de ses responsabilités à l'inverse de Marcellus, et que l'empereur avait eu la main heureuse en choisissant un Cesar si fiable !
Ce plaidoyer est convaincant et Marcellus est limogé et relégué à Sardique, tandis que Julien est officiellement
chargé de diriger les opérations militaires dans ses provinces selon Zosime. Il est secondé par Sévère, le
maître de cavalerie, avec qui il n'aura pas d'ennuis. Ursicinus est envoyé en Orient, l'équipe est renouvelée mais Paul le Notaire reste....
Pour l'année 357, l'armée de Julien doit se porter vers l'Alsace. Elle doit mener des opérations combinées avec l'armée de Rhétie commandée par Barbatio. Le but de cette campagne est de prendre les
Alamans dans la région de Basilea (actuellement Bâle) entre les branches d'une tenaille. Mais le plan ne fonctionne pas, d'abord suite à une incursion des Lètes en caserne en Franche Comté qui tentent un raid sur Lugdunum (Lyon), puis par la retraite prématurée et malhonnête de Barbatio. Mais Julien abandonné exprès à ses seules forces forces, se couvre de gloire.
Il commence par fortifier Tres Tabernae (actuellement Saverne) tandis que Barbatio lui refuse une flottille. Puis Julien refuse de traiter avec le roi alaman Chnodomar bien que ce dernier lui communique la lettre que lui a envoyée Constance pendant sa guerre contre Magnence et qui selon lui, lui donnait l'Alsace. Barbatio est vaincu par les Alamans sur la rive droite du Rhin. Les Francs et les Alamans franchissent le Rhin près du confluent Rhin-Ill, dans une région d'îles, de marécages et de forêts. Ils savent par un traître que Julien ne dispose que de 13
000 hommes. Mais Julien ne veut pas attaquer avant d'avoir attiré un grand nombre de barbares de ce côté-ci du Rhin, dans cette position qu'il juge dangereuse pour eux. Ils traversent donc le fleuve pendant trois jours, ils sont environ 30 000.
C'est alors que Julien s'avance le 25 août 357, à travers une plaine couverte de blés mûrs. Il rencontre l'ennemi au nord d'Argentoratum (actuellement Strasbourg). La bataille commence par une rencontre de cavalerie qui tourne à l'avantage des Alamans. Mais la force de l' armée romaine réside dans ses corps auxiliaires d'élite recrutés parmi les Barbares. Rangée sur deux lignes, cette infanterie tient bon contre les assauts et par une violente contre-attaque, rompt la ligne de bataille germaine et met l'ennemi en fuite. La cohésion ne doit pas être très forte du côté alaman puisque 9 "rois" y participent. Les Romains poursuivent les vaincus qui perdent encore deux milles hommes noyés dans le Rhin. Les pertes s'élèvent à 243 Romains et 8 000 Alamans, Chnodomar
est fait prisonnier. Cette victoire est décisive pour Julien qui veut rétablir une frontière sur le Rhin.
Julien franchit le Rhin vers Mongotiacum (Mayence) afin de délivrer les prisonniers romains. Il envoie Sévère vers Colonia et pendant son retour, il se heurte vers Maêstricht, aux Francs. Julien doit venir le soutenir. Au retour, Julien assiège une bande de Francs qui
occupent deux forts sur la Meuse, au mois de décembre. Après cinquante quatre jours de siège, les Francs assiégés font leur soumission. L'hiver est déjà bien avancé quand il prend ses quartiers à Lutèce. Cette cité dont la rive gauche a été ravagée par les incursions de la fin du IIIème siècle est un excellent poste pour surveiller toutes les routes d'invasion que ce soit les Francs ou les Alamans. Selon Zosime, Julien est sensible aux charmes du site. Julien exige systématiquement le retour des prisonniers de guerre. Les listes des soldats manquants sont constituées avec les témoignages des évadés. Ils reviennent si nombreux que c'est un souci de les nourrir.
Pendant ce temps, Constance réprime les Nicéens qui s'obstinent à lui refuser une autorité religieuse, vient à Rome et commence à se rapprocher du Sénat. A cette occasion, la monnaie de Rome émet pour la première fois, le 1er janvier 358, les monnaies du jour de l'an. De retour à Sirmium, l'empereur intervient contre les Sarmates libres et les Quades qui viennent d'attaquer la Pannonie et la Mésie. Il est vainqueur de ces deux peuples en 358. Constance émancipe les Sarmates libres et leur donne un roi, nommé Zizais. Il impose la paix aux Quades et exige des Limigantes d'évacuer le pays. Allié aux Sarmates libres du Nord, l'empereur les oblige à capituler et incendie leurs lieux habités.
bouclier de Kertch représentant Constance en croisé
Musée de l'Ermitage (origine wikipedia)
Sur le front perse, la situation se dégrade : en 356, la
politique romaine remporte un succès quand le roi
d'Arménie, Arsace III, renouvelle l'alliance avec Rome. Mais le
gouverneur perse de l'Assyrie et de la Babylonie Tamsapor transmet
à son souverain des informations très "orientées"
au printemps 357. Il dit que Constance est aux prises en Europe centrale
avec une guerre très dure, qu'il implore la paix dont il a
besoin. Ce courrier arrive entre les mains de Sapor quand celui ci
revient d'ue campagne victorieuse contre les Chionites.
Sapor II envoie à l'empereur, l'ambassadeur
Narsès réclamer la Mésopotamie et
l'Arménie, rappelant que son droit héréditaire lui
permet de revendiquer toutes les terres romaines jusqu'au Strymon. Si
cette demande n'est pas satisfaite, ce serait la guerre et des
revendications plus étendues. L'ambassadeur arrive à
Constantinople à la fin de février 358. Les
négociations se poursuivent avec l'envoi à Sapor du
compte Prosper, du notaire Spectatus et du philosophe Eustathe. Mais la
réponse de Constance dit que les conditions posées par
Sapor sont contraires à l'honneur et finalement les émissaires
romains sont menacés et renvoyés par Sapor et la guerre
finit par éclater. Sapor franchit le Tigre avec une armée
renforcée par des continents chionite et yue-tche. Il ne perd
pas de temps avec le siège de Nisibis, il attaque Amida
(actuellement Diarbekir) où se trouve Ursicin et Ammien, de
juillet à Octobre 359. Sabinianus que Constance a choisi pour
responsable de la défense du front d'Orient ne fait rien pour
secourir la cité. Amida résiste héroïquement
pendant plus de deux mois et trente mille ennemis sont tués !
A la nouvelle du sac d'Amida, Constance quitte Sirmium et et part pour
l'Orient. L'empereur y arrive en début d'année 360 mais
il ne peut empêcher les Perses de prendre Singara et Bezabdé.
Sur le Danube, en Rhétie, les Alamans puis les Juthunges ont
envahi la Rhétie et détruit Castra Regina, (actuellement
Ratisbonne). Barbatio chasse les Juthunges. La situation est plus "calme",
les Alamans, très actifs sur ce secteur au IIIè
siècle sont à présent occupés sur la
frontière du Rhin, face à Julien. Ce dernier est
sollicité par les Francs en Toxandrie (actuelle Zéande) qui
bloque la ciculation sur le fleuve, il remonte la vallée de l'Oise
et pénètre dans la Belgique actuelle. Julien prend à
son service un Franc nommé Charietto et selon Ammien, vainc les
Chamaves et consolide la position des Francs en Batavie. Il se
préoccupe de la reconstruction des villes rhénanes A la
fin de l'été, Julien passe le Rhin et soumet Suomarius et
Hortarius, deux rois des Alamans.
En 359, les Limigantes menacent les frontières et se
préparent à traverser le Danube. Constance les taille en
pièce dans la Valeria. Julien relève sept forts sur le
Rhin. Il a fait construire une flotte de 6 navires qui importe les
blés de Britannia, remonte le Rhin et ravitaille la
Rhénanie comme l'écrit Zosime. Julien traverse le Rhin
à Mongotiacum et l'armée romaine atteint la région
où les bornes marquent les confins entre Romains et Burgondes,
c'est probablement les ruines du limes qui séparait les Romains
des Alamans dans les Champs Décumates et qui séparent
à présent les Alamans des Burgondes. Julien accorde la
paix à cinq rois des Alamans et maître de tout le cours du
Rhin, il rentre à Lutèce. En décembre, les
préparatifs militaires des Perses provoquent le retour d'Ursicinus.
En début d'année 360, Julien envoie en Britannia,
Lupicinus pour arrêter les raids des Scots venus d'Hibernie du
Nord (actuellement le Nord de l'Irlande) et des Pictes venant de
Calédonie. Ursicinus prend sa charge de maître de
l'infanterie en Orient, mais une enquête sur la défaite
de 359, menée par Arbitio et Florentius l'écarte au
profit d'Agilo. Constance a besoin de troupes, il envoie Decentius, le
tribun des notaires en Gaule pour ramener les Hérules, les
Bataves, les Pétulants et les Celtes pour l'armée d'Asie.
L'écuyer Sintula doit ramener l'élite des scutaires et
des gentils. Ces émissaires ne doivent pas rencontrer Julien
mais traiter directement avec ses officiers. C'est aussi pour Constance
le moyen d'enlever ses meilleures troupes à Julien si d'aventure
il envisageait une usurpation. Mais en Gaule, ces décisions ne
présagent elles pas un sort identique à celui de Gallus
pour le Cesar Julien? Sintula part rapidement pour l'Orient avec les
troupes qu'il doit ramener soit la garde personnelle de Julien.
Decentius ne pouvant traiter avec le maître de l'armée,
entend Julien observer qu'il s'est engagé envers les volontaires
rhénans à ne pas les envoyer loin de leurs foyers. Puis
le Cesar accepte les ordres de l'empereur. Les troupes emmenées
par Decentius, font étape à Lutèce début
février 360.
L'usurpation
de Julien
L'empereur Julien (règne 361 - 363)
A ce moment, les amis de Julien qui craignent pour sa vie, conspirent
contre la décision de Constance et selon Eutrope, c'est le
médecin Oribase qui en est le principal protagoniste, mais on
peut penser que sa femme Hélène a aussi participé
au complot. Un pamphlet anonyme circule soudain parmi les soldats leur
demandant s'ils acceptaient de se laisser déporter comme des
prisonniers. Abandonneraient-ils leur patrie aux Alamans ? Le terrain
est favorable, les Gaulois sont inquiets pour leur familles qu'ils
doivent abandonner alors que les Alamans et les Francs sont présents
et les Germains auxiliaires ne veulent pas rôtir chez les Perses.
Aussitôt l'émeute gronde en particulier chez les Celtes
et les Pétulants. Julien se déplace et calme les mutins.
Mais la nuit, les soldats bloquent le palais, acclament Julien du titre
d'Auguste. Julien ne peut se dérober, il est hissé sur un
pavois, un soldat lui met en guise de diadème, la couronne qu'il
a reçue comme décoration militaire et une phalère*
richement décorée selon Ammien Marcellin, sert d'insigne
impérial. Julien promet un donativum de 5 pièces d'or et
une livre d'argent. La nuit, le bruit court que Julien vient d'être
assassiné, les soldats reviennent au palais. Le calme revient
quand les soldats le voient avec tout l'appareil d'un Auguste. Dès
qu'ils reçoivent la nouvelle, les soldats de la garde du Cesar
retournent à Lutèce et se joignent au mouvement. Le lendemain,
Julien rassemble l'armée, lui rappelle le grand jour de la bataille
d'Argentoratum et promet de ne donner les grades et les fonctions qu'au
mérite.
phalère* : pièce d'harnachement
Julien devient officiellement l'usurpateur et l'assume par
cette proclamation. Puis Julien envoie à Constance, le maître
des offices Pentadius et le grand chambellan Eutherius porter une lettre
dans laquelle il explique qu'il a été contraint de prendre
le titre d'Auguste, que les troupes sous sa responsabilité se sont
révoltées parce qu'il est loyal et qu'il n'est à
leurs yeux qu'un second, impuissant à récompenser les hommes
pour leurs victoires. Il prie l'empereur de bien vouloir le reconnaître
comme Auguste et il signe Julien Cesar. Il accepte d'envoyer des renforts
en Orient, des chevaux de trait qu'il se procurerait en Hispanie et que
Constance nomme son préfet du prétoire, mais il demande de
nommer les autres fonctionnaires.
Constance prépare la guerre contre les Perses, reçoit des
assurances de fidélité de la part du roi d'Arménie
Arsace III. Il congédie les députés de Julien et
envoie Léonas, le questeur du palais, porter sa
réponse. En mai 360, Léonas arrive à
Lutèce, Julien réunit l'armée et le peuple et sur
une tribune, lit la lettre de Constance. Ce dernier juge futile la
requête de Julien et l'invite à se contenter du titre de
Cesar selon Ammien. L'assemblée s'écrie que l'armée
et les civils se sont prononcés et veulent que Julien soit Auguste.
Julien accepte Nebridius comme préfet du prétoire mais
refuse Felix pour le poste de maître des offices où il
nomme Anatolius. Leonas bénéficie d'un laisser-passer
pour rejoindre Constance.
A la fin de l'été, Constance tente en vain de reprendre
Bezabde et retourne vite à Antioche. Julien franchit le
Rhin à Tricensima (aujourd'hui Xanten), monte une attaque
surprise, ravage le pays des Francs Atthuarios et en tue beaucoup
selon Ammien. Puis il remonte le Rhin jusqu'à Basilea
(Bâle), restaure et fortifie les villes. Enfin il revient par
Vesontio (aujourd'hui Besançon) qui n'est plus qu'un village
et arrive à Colonia Julia Vienna (actuellement Vienne) où
il passe l'hiver. La position de cette cité lui permet de
surveiller la route des Alpes que pourrait emprunter Constance. Ce
dernier n'a tout d'abord pas pris au sérieux l'usurpation de
Julien, mais on ne sait jamais... Il envoie une seconde
délégation vers son Cesar conduite par un
évêque des Gaules nommé Epictète chargé
d'offrir à Julien l'amnistie en échange d'une soumission
sans réserve. Le prélat est retourné à
Constance comme Leonas. Constance prend contact avec un prince alaman
nommé Vadomar qu'il connait depuis 356 et lui demande de "retenir"
Julien en Gaule. Mais la réponse de Vadomar est interceptée
par Julien qui comprend le complot. Au printemps 361, Vadomar menace
la Rétie. Julien envoie contre lui le compte Libino qui est
vaincu et tué. Mais le notaire Philagrius réussit à
surprendre Vadomar dans un guet-apens et l'expédie en Hispanie
sous bonne escorte. Julien vient à Basilea, franchit le Rhin
et par une attaque de nuit, bien préparée, oblige les
Alamans à demander la paix. Un butin non négligeable
et un fort contingent de prisonniers venant renforcer les troupes
disponibles, voilà le bilan de cette opération.
La
marche vers l'Orient 361
En juillet 361, l'empereur Julien apprend à son armée
qu'il va marcher contre Constance et lui fait prêter un serment
de fidélité, et les soldats tambourinent sur leurs
boucliers et crient leur satisfaction. Julien sacrifie à
Bellone, la déesse de toutes les guerres. Il laisse des forces
suffisantes pour contenir les Barbares et il dispose pour cette marche
de 25 000 soldats selon Ammien (23 000 selon Zosime). Il nomme Flavius
Sallustus préfet du prétoire de Gaule et fait de Nevitta,
son maître de la milice. Il divise son armée en trois
corps pour paraître avoir beaucoup plus d'hommes. Constance
traverse l'Euphrate et marche contre les Perses. Il s'avance
jusqu'à Edesse et envoie vers le Tigre, Arbitio et Agilo. Puis
apprenant la retraite de Sapor, il revient à Antioche.
Julien commande un corps d'élite de trois milles hommes et
traverse la Forêt Noire, rejoint le Danube près de
l'actuelle Ulm où il fait monter sa petite armée sur une
flottille. ils descendent rapidement le fleuve jusqu'à Sirmium
au début du mois d'août. Le comte Lucillianus qui commande
la cité est fait prisonnier par Dagalaif, le préfet des
domestiques de Julien. La cité tombe aux mains du nouvel Auguste
qui est accueilli avec enthousiasme et s'arrête trois jours. Puis
il marche vers le pas de Succi qu'il verrouille.
Le deuxième corps de dix mille hommes est commandé par
Nevitta. Il ne rencontre aucun obstacle à travers la Rétie
et le Norique (le plateau bavarois) et fait sa jonction à Sirmium
avec Julien qui lui confie la garde du pas de Succi.
Le troisième corps de douze mille hommes, est confié au
gaulois Jovien. Il passe par l'Italie du Nord où Constance
préparait des vivres pour l'armée qui devant envahir
la Gaule. Jovien traverse Mediolanum (Milan) et remonte vers le
Norique par le Trentin.
C'est lors que survient une aventure, Julien n'avait pas confiance dans
les troupes de Sirmium qui se sont ralliées à lui, aussi
il les a envoyé pour la défense des Gaules, mais en
arrivant à Aquilée, elles se rebellent à
l'instigation de Nigrinus et s'enferment dans la cité. Julien donne
l'ordre à Jovien d'assiéger les révoltés.
Jovien retourne à Aquilée et le siège se prolonge
au delà de la mort de Constance, c'est la seule difficulté
de cette expédition.
Julien continue à se préoccuper du ravitaillement de
Rome et rencontrant des sénateurs venus de Rome, fait de Valerius
Maximus le Préfet de la Ville. Il s'attend à une riposte
de Constance pour l'écraser dans les Gaules. Mais les armées
de Julien brûlent les étapes. Grégoire de Nazianze
qui n'est pas favorable à Julien, parle d' une extrême
rapidité. Effectivement c'est une promenade militaire dont le
seul butin à attendre est la gloire. En arrivant à Naissos
(actuellement Nish), dont sa famille est originaire, il doit laisser
reposer ses troupes épuisées mais il est plus proche de
Constance et sa situation est critique.
Alors il écrit beaucoup de lettres dans toutes les directions.
Il explique et justifie son coup d'Etat, il écrit même
à Constance pour lui reprocher selon Ammien d'avoir "violé
les anciennes lois et coutumes en prostituant à des Barbares,
les faisceaux consulaires". Il choisit pour les provinces qu'il vient de
conquérir, des gens dont il connaît la compétence
et ainsi la politique fiscale qui a bien réussi en Gaule est
appliquée avec le même préfet en Illyrie.
Effectivement, Constance est alarmé par cette avance rapide et
il réquisitionne les voitures de la poste pour acheminer des
troupes sur le front de la Thrace. Ce sont les taxis de la Marne 1553
ans avant. La situation de Julien est toujours fragile, car les troupes
de Constance sont plus nombreuses que celles de Julien et en outre,
elles sont commandées par des généraux
expérimentés : Arbetio est maître de l'infanterie
et Agilo, maître de la cavalerie. En novembre Constance les
charge de combattre Julien. Il se met en route pour l'Occident mais il
tombe soudain malade à Tarse. Il est baptisé par
lévêque d'Antioche et meurt le 3 novembre 361, dans la
ville de Mopsucrène, au pied du Taurus, à l'âge de
44 ans, après avoir choisi Julien comme héritier.
L'armée de Constance envoie les comtes Théophile et
Aligilde en députation auprès de Julien, pour lui donner
l'empire. Et vers le 20 novembre, Julien est prévenu que des
fonctionnaires chargés de mission venant de l'armée
d'Orient, demandent à le voir et lui précisent que
Constance l'a désigné pour successeur et qu'ils sont
porteur de la soumission officielle de l'armée d'Orient. La
guerre civile n'aura pas lieu.
Julien entre triomphalement dans Constantinople, selon Ammien, et il
réunit rapidement une commission d'épuration à
Chalcédoine, composée surtout de militaires pour juger
les conseillers de Constance. Le notaire Paul, le chambellan
Eusèbe, le comte des largesses sacrées Ursulus et
l'ancien préfet Florentius qui s'enfuit, sont condamnés
à mort. il n'y eut ni indulgence, ni grâce. De même,
Julien juge la cour de Constance pléthorique et dispendieuse. Il
veut revenir à la tradition de simplicité des Antonins.
Il supprime des emplois, chasse les eunuques, réduit à 17
le nombre des agentes in rebus et à 4 le nombre des notaires. Il
affecte de restaurer les formes de la république et vient
souvent siéger parmi les Sénateurs. sur le plan religieux
il se déclare païen et à la mort de Constance, il a
célébré des sacrifices d'action de grâce en
l'honneur des dieux. Mais il ne veut pas combattre les
Chrétiens. Il publie un édit de restitution en faveur du
paganisme, tout à fait comparable à l'édit de
Milan en 313. il garantit la liberté aux Chrétiens et aux
Païens et autorise les évêques bannis par Constance
à rentrer. Ce que veut le nouvel empereur c'est que les uns et
les autres se supportent
A Alexandrie, Georges, l'évêque arien qui remplace
Anathase est mis en prison par les païens puis lâché
dans une foule hostile et proprement lynché le 24
décembre 361, le jour du Soleil invaincu. Julien est
décidé à punir de mort les responsables mais on le
convainc d'y renoncer et il envoie une lettre de remontrance aux
Alexandrns. En février 362, un édit de Julien ordonne la
réouverture des temples. La restitution des biens
dérobés dans les temples suscite des comportements
fanatiques de certains chrétiens.Mais Julien ne cède pas
sur le principe. Il réussit à restaurer les curiales qui
depuis les guerres civiles fuyaient leurs responsabilités.
Julien veut restaurer les cités dans leur antique splendeur. De
la même façon, le système de poste
(transport) retrouve sa capacité opérationnelle quand
Julien élimine tous les permis gratuits abusivement
délivrés. Les soldats font l'objet de l'attention de
l'empereur, ils sont soumis à des manoeuvres et des marches
d'une journée pour chercher le fourrage, la troupe est bien
ravitaullée et payée dans les temps. Les soldats sont
utilisés pour restaurer les ouvrages d'art
délabrés. Devant le manque de motivation des païens,
il décide de réformer le recrutement des maîtres
d'écoles et des professeurs par l'édit du 17 juin 362 qui
interdit de fait aux chrétiens d'expliquer Homère,
Hérodote ou Thucydide au motif qu'ils ne partagent pas leur foi.
Mais déjà il s'installe à Antioche en
préparation de la guerre contre les Perses.
La
guerre de Julien contre les Perses
La Perse ne veut pas la guerre, le 1er janvier 363, ses ambassadeurs
sont reçus par l'empereur qui refuse de les entendre. "Vous me
verrez bientôt" leur dit il. Même à ce ce moment
Sapor ne croit pas à la guerre. Julien a le roi
d'Arménie, Arsace pour allié mais il n'est pas en bon
terme avec lui parce qu'il est chrétien. Il s'est
aliéné les Sarrasins selon Ammien, en leur refusant les
dons auxquels ils sont habitués. Il a réuni une belle
armée comprenant 65 000 hommes, dont des auxiliaires Goths. Son
projet est d'installer le prince Hormisdas, le frère de Sapor
sur le trône perse. Il quitte Antioche le 5 mars 336 et fait
préparer à Tarse ses quartiers d'hiver, il est
décidé à ne plus revenir à Antioche. Il est
accompagné du préfet d'Orien Salustios, du maître
des Offices Anatolius et du médecin Oribase.
L'armée traverse l'Euphrate le 10. et 11 mars sur un pont de
bateaux et le 15 mars, Carrhae est atteinte. L'armée se divise,
sous le commandement de Procope, un de ses parents et du comte
Sébastien, une armée de 16 000 hommes prend la route de
l'Est, par Nisibe, vers le Tigre et l'Adiabène. Ils doivent se
réunir à Arsace, puis par la Gordyène, se diriger
vers le Sud et Chilioconum en Médie et se rapprocher de Julien
qui remet en secret à Procope un manteau de pourpre et le
désigne comme héritier en cas de malheur. Julien longe
l'Euphrate sur la route de Babylone. Sapor fait une erreur en croyant
que le gros des forces romaines marchent sur Nisibis, il se dirige vers
le Tigre selon Ammien.
Vers le 27 mars, la grande flotte que Julien a préparée
arrive à Callinicum, soit 1000 navires de transport
chargés de provisions et de matériel de guerre, 50
vaisseaux de guerre et 50 bateaux pour construire des ponts nous dit
Ammien. Début avril, l'armée romaine entre en territoire
perse. Julien harangue ses troupes, justifie sa campagne et promet, la
guerre terminée, de rendre compte de tous ses actes. Pour
marcher sur Ctésiphon, Julien décide cet ordre de marche
et pour frapper l'imagination des ennemis, il espace les divisions et
les rangs pour "grossir" son armée aux yeux des Perses. comme
pratiquait Pyrrhus, le roi d'Epire.
A droite, longeant l'Euphrate, Nevitta.
Au centre, Julien commande le centre.
A gauche, Arintheus flanqué du prince perse transfuge Hormisdas,
commande la cavalerie qui avance par escadrons serrés.
Dagalaifus et Victor s'embarque avec l'arrière-garde. La
manoeuvre de la flotte mobilise 20 000 hommes.
Les arrières sont surveillés par le duc de
Mésopotamie.
Le 6 avril, l'armée passe devant les ruines de Doura-Europos.
L'armée descend l'Euphrate, vidant les greniers et incendiant les
récoltes, les places situées dans les îles du
fleuve refusent de se rendre. Julien prend et incendie le fort d'Anatha
sur l'Euphrate. Les romains brûlent d'autres forteresses
déserte. Le Surena et Malek Podosaces le phylarque des Sarrasins
Assanites reculent lors d'un premier combat à Macapracta. Ammien
décrit Julien comme enthousiaste et prudent :
"Mais sa circonspection à lui n'en était pas
diminuée: il se sentait en pays inconnu et savait avoir
affaire aux plus insaisissables des ennemis et aux plus féconds
en stratagèmes. On le voyait tantôt en front, tantôt
en queue, ou, suivi d'un détachement de cavalerie
légère, fouillant les taillis, explorant les vallées,
dans la crainte de quelques embûches, et tour à tour
gourmandant avec sévérité, ou reprenant avec sa
douceur naturelle, l'imprudence du soldat qui s'écartait trop du
gros de l'armée."
Campagne de Julien en Perse en 363 (wikipedia)
La flottille et l'armée de Julien suivent le cours de l'Euphrate
et Julien attaque Perisaboras (aujourd'hui Al Anbar en Irak) dont
la garnison résiste vigoureusement, bien protégée
pa des armures en fer. Et quand le lendemain, le fossé est
comblé et le bastion d'un des angles du rempart est
effondré sous les coups du bélier, les défenseurs
quittent la double enceinte extérieure pour se retirer
dans la citadelle ceinte de hautes murailles en briques cuites. Le
combat reprend et la journée passe sans qu'il n'y ait de
vainqueur. Julien impatient tente un assaut contre une des portes de la
citadelle, revêtue de fer. Le détachement qu'il commande
se protège boucliers contre boucliers mais Julien et les siens
sont assaillis par une grêle de pierres et doivent se retirer.
Julien ordonne de construire une hélépole et les
assiégés implorent les Romains, le commandant de la
place, Mamersidès obtient en venant conférer avec
l'empereur, la vie sauve pour lui et les siens soit 2500 personnes. Les
portes s'ouvrent après la signature d'un traité. Dans la
citadelle, les Romains trouvent "des approvisionnements
considérables en armes et en provisions de bouche". Les Romains
se servent et incendient la place, en début mai 363.
Julien reçoit une mauvaise nouvelle, l'avant-garde perse a
surpris trois escadrons romains, il y a peu de pertes mais un
étendard est enlevé. Julien furieux arrive sur les lieux
avec sa seule escorte et fond sur le parti ennemi qui se disperse
rapidement. Il casse les deux tribuns survivants et pratique la
décimation sur les escadrons selon la tradition romaine.
Puis l'armée parvient dans une région difficile entre le
Tigre et l'Euphrate, coupée de canaux. Julien exhorte ses soldats
et leur promet un donativum (une gratification) de 100 pièces
d'argent par tête puis, se rendant compte que les soldats trouvent
la somme modique, il leur dit "Vous avez, devant vous les Perses et leur
opulence. Voulez vous vous enrichir ? ayez le courage de prendre leur
dépouille." et le choc des armes répond à l'empereur.
Les Perses ont levé les écluses et la route que doivent
prendre les Romains est inondée. Julien doit laisser ses hommes
se reposer une journée. L'armée passe sur une
multitude de petits ponts écrit Ammien. Puis les Romains arrivent
près de Mahozamalcha, une ville considérable et
entourée de fortes murailles. Le camp installé, Julien fait
une reconnaissance avec quelques vélites et tombe dans une embuscade.
Deux soldats perses reconnaissant l'empereur avancent vers lui, Julien pare
les coups avec son bouclier et tue l'un des deux agresseurs tandis que l'autre
est éliminé par l'escorte de l'empereur. Les autres perses
prennent la fuite. Julien fait entourer le camp d'un double retranchement
tant la cavalerie perse est redoutable en plaine. Il décide de prendre
Mahozamalcha avant d'aller plus loin. L'armée prépare le
siège et Surena tente un coup de main sur les chevaux en pâture
mais il est repoussé par les cohortes de garde.
L'attaque de la ville commence, la citadelle est située sur un
rocher à pic et des tours formidables et remplies de combattants
défendent la partie basse de la ville. La garnison est patriote et
insensible aux discours, les légionnaires romains sont impatients de
joindre l'ennemi au corps à corps. Julien fit élever de hautes
terrasses, combler le fossé et ouvrir de longues galeries souterraines.
Julien veille à protéger les ouvrages contre les tentatives des
ennemis. Alors le duc Victor revenant de Ctésiphon déclare n'avoir
vu l'ennemi nulle part. Les légionnaires partent au combat plus confiants.
Les légionnaires attaquent derrière les mantelets les murailles et
aussitôt les assiégés mettent tout en oeuvre pour les faire
reculer : flèches, frondes, fragments de rocs, brandons, brûlots,
les balistes et les scorpions agissent continuellement. Vers midi, la chaleur
est trop forte, les combats sont suspendus. La journée se termine sans
résultats. Le lendemain les combats continuent et Julien presse les
soldats. quand soudain à la fin d'un assaut, un coup de bélier fait
s'écrouler la plus haute des tours de briques. La lutte reprend intense
des deux côtés et seule la nuit fait trêve.
A la fin de la nuit, on vient prévenir Julien qu'une galerie de
mine est arrivée juste sous les fondements des murailles. On n'attend
plus que les ordres pour pénétrer à l'intérieur.
L'assaut est dirigé simultanément sur deux points opposés
pour diviser la défense. L'attaque est un succès, et la ville est
bientôt occupée. Les vainqueurs immolent ceux qu'ils rencontrent
comme l'écrit Ammien. Seuls Nabdatès, le chef des gardes et
quatre-vingts de ses hommes sont présents à l'empereur qui les
épargne. Julien pense qu'un parti ennemi se cache dans un souterrain
près de la ville et qu'il s'apprête à tomber sur notre
arrière-garde, il envoie pour les débusquer un détachement
d'élite qui ne veut pas s'aventurer dans le souterrain, ni ne peut les
attirer au dehors. Ils bouchent l'entrée avec un amas de chaume et de
sarments qu'ils incendient. Les Perses suffoquent et sont tués par le feu
ou le fer. La cité est bientôt en cendres.
En mai, Julien réussit à rouvrir le canal royal,
Naarmalcha qui baigne les murs de Ctésiphon. Les Perses ont
comblé ce bras artificiel du fleuve qui permet une communication
entre les deux fleuves. Ainsi la flotte peut continuer sa route et
l'armée marche sur la rive occidentale du Tigre. Alors Julien
qui a tout réussi jusque là prend une décision
audacieuse. Il fait décharger les machines et remplir les
navires de soldats, forme trois divisions de cette flotte, dont deux
sous son commandement et Victor dirigeant la troisième
comprenant cinq navires Tous ses officiers prient Julien de renoncer
mais l'empereur reste ferme. Et bientôt les cinq navires
approchent et sont accueillis par une pluie de matières
combustibles. Julien dit que ce sont des signaux convenus de
débarquement et dirige le reste de la flotte vers le combat. Les
légionnaires mettent pied à terre sous une pluie de
projectiles et réussissent à contrôler les
escarpements du fleuve.
Les Perses présentent leurs cataphractes et leur infanterie
armée de longs boucliers convexes. Les éléphants
manoeuvrent derrière. Julien place les éléments
les moins sûrs de son armée entre le premier corps de
bataille et la réserve et voltige de l'avant à
l'arrière avec un corps d'auxiliaires. Les deux armées
sont au corps à corps et bientôt la première ligne
perse recule et retraite vers Ctésiphon. Les Romains bien que
fatigués par une journée de combat, reconduisent les
Perses, l'épée dans les reins jusque sous les murs de
Ctésiphon.
Après cette victoire qui selon Ammien à
coûté aux Perses deux mille cinq cents morts, Julien ne
voit pas arriver Procope et son armée. Il tient conseil avec
ses officiers, Ctésiphon paraît imprenable et il
faut s'attendre à voir arriver le roi Sapor qui surveille la
région. La décision est prise de marcher vers l'endroit
où doit se trouver Procope, et seul un détachement
d'infanterie légère, commandé par Arinthée
est envoyé pour ramasser les moissons et le bétail de
cette riche région et de chasser les ennemis
éparpillés. Le butin est considérable. On doit
donc renoncer à la flotte et Julien donne l'ordre de l'incendier
à l'exception de douze petits navires pour jeter des ponts.
Julien pense avoir bien agi et récupère ainsi les vingt
mille hommes qui sont mobilisés à la remorque des navires
depuis le début de la campagne. L'amée romaine s'engage
en laissant le fleuve à sa gauche sur la foi de guides peu
sûrs. Plus tard, Julien se rend compte qu'en cas d'échec
la retraite vers le fleuve devient impossible à travers ces
plaines arides. Les guides torturés avouent avoir fourni de faux
rapports. Julien donne l'ordre d'éteindre les flammes mais il
est trop tard, la flotte a brûlé.
Julien considère que l'armée peut agir d'une façon concentrée. Et les Romains avancent en masses compactes sans difficultés pour s'approvisionner. Mais les Perses incendient les pâturages et les moissons et harcèlent les Romains. Les
soldats déplorent la perte de la flotte et l'absence de secours promis par Arsace. Julien pour redonner du coeur aux soldats leur
présente des prisonniers grêles et décharnés et leur dit :
"Voilà pourtant, dit-il, ce que les enfants de Mars regardent comme des hommes. Espèce rabougrie et rechignée, poltrons que nous avons vus tant de fois jeter leurs armes et tourner le dos sans se battre."
Et le conseil commence. Les soldats réclament de revenir par le
même chemin qu'à l'aller mais tout est détruit. Et
la saison est propices aux vols de masses innombrables d'insectes qui
obscurcissent le ciel. Enfin la décision est prise
d'occuper la Gordyène. Le 16 des calendes de Juillet
l'armée voit au loin un tourbillon de poussière sans
savoir ce que c'est. Dans le doute, l'armée forme le cercle et
campe au bord d'un ruisseau et jusqu'au soir il est impossible de voir
ce que c'est. Au matin, plus de doute, le reflet des cuirasses annonce
l'armée royale perse. La rencontre entre les deux armées
commence par une escarmouche près du ruisseau où
écrit Ammien "Succombant enfin sous la chaleur et la fatigue de
leurs charges répétées, les escadrons ennemis
furent mis en déroute"
La
mort de Julien
Ce n'est que trois jours plus tard que les Perses surprennent
l'arrière-garde romaine, mais un corps de cavalerie surgit au
bon moment et repousse les assaillants en leur infligeant de lourdes
pertes. Puis alors que tous les champs et les pâturages
brûlent, en arrivant à Marenga, l'armée perse
accepte le combat. Julien range son armée en croissant de
manière à effacer la disproportion numérique. Et
pour ne pas subir de plein fouet les tirs meurtriers des archers
perses, il lance l'attaque et les premières lignes perses
cèdent sous la poussée romaine. Les Perses ne tiennent
pas le corps à corps et subissent beaucoup de pertes à
l'inverse des Romains.
Les Perses cessent leurs attaques et se contentent d'observer la marche
de l'armée romaine depuis les hauteurs. en bas, la colonne
renforce ses flancs, soudain on annonce à Julien une attaque
sur l'arrière-garde. C'est la bataille de Samarra. L'empereur
qui est en reconnaissance et ne s'est pas armé, prend rapidement
un bouclier, oublie la cuirasse et se dirige vers l'arrière-garde.
Alors une autre attaque vise l'avant-garde.
Julien se dirige dans cette direction. Puis, des cataphractaires chargent
de flanc la colonne, l'aile gauche romaine plie. Mais l'exemple de
Julien qui est partout pour faire face au danger stimule l'infanterie
légère qui prend les Perses à revers et les
taillent en pièces. Julien continue à se battre quand
soudain "un javelot de cavalier lancé d'un main inconnue"
précise Ammien, lui perce le foie. Julien tombe de cheval, on
le transporte au camp et le soigne aussitôt. Le combat continue,
les légionnaires avides de vengeance se ruent sur les Perses,
mais ceux-ci les criblent de flèches, les pertes sont
élevées des deux côtés. La bataille dure
jusqu'au milieu de la nuit.
Julien meurt le 25 juin 363, après avoir refusé de
désigner un successeur, à l'âge de 31 ans.
Qui l'a tué ?
Les Perses reprochent aux Romains d'avoir tué leur empereur,
Libanius accuse un soldat chrétien, Philostrate dit que
c'est un sarrasin rapidement tué et Grégoire de Nazianze
n'élimine pas l'hypothèse du crime commis par un
chrétien.