CONFLITS ET BATAILLES DE L'HUMANITE
 
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EUROPE OCCIDENTALE



Haut Moyen Age


    Les Mérovingiens après la mort de Clovis

 La situation à la mort de Clovis
 Campagnes contre les Burgondes (523 524)
 La guerre en Thuringe (530 - 531)
 La conquête de la Burgondie (532 -534)
 Théodebert et l'Italie
 Une campagne en Espagne (541 - 542)
 La bataille de Volturno (544)
 Nouvelles aventures en Italie (553 - 554)
 Fin du règne de Clotaire 1er (555 -560)
 La faide royale entre 570 et 613
 Invasions venant d'Italie (571 - 576)
 Offensive à l'Ouest
 Les aventures de Gondovald
 Le Pacte d'Andelot (587)
 La fin de la faide royale (613)
 L'avènement de Dagobert (629)
 La montée en puissance de Charles de Herstall (715 - 719)
La situation à la mort de Clovis

En 511, Le grand roi Clovis meurt, selon la loi Salique, le royaume est partagé entre ses quatre fils : Thierry (roi de Metz), Clodomir (roi d'Orléans, Childebert (roi de Paris) et Clotaire (roi de Soissons).

L'aîné, Thierry 1er, a un royaume partagé en deux parties distinctes. La plus importante est au nord est du Regnum Francorum et comprend l'ancienne Belgique première (Augusta Treverorum, actuellement Trèves), une partie de la Belgique seconde (Durocortorum, Reims) sa capitale mais Thierry fixera sa cour à Mattis (actuellement Metz), et les deux Germanies (Colonia Claudia Ara Agrippinensium, Cologne et Mongotiacum, Mayence). La seconde partie est formée par les terres que Thierry a conquises pendant la guerre contre les Wisigoths : l'Auvergne, le Quercy, l'Albigeois et le Vélay (Divona Cadurcorum, Cahors, Civitas albigensium, Albi, Segodunum, Rodez, probablement Augustoritum, Limoges et peut être Anderitum, Javols).

Ce choix est le fruit d'un marchandage sous la houlette de Clotilde pour l'équilibre des parts. On voit dans ce premier lot une répartition entre le Nord où les Francs sont installés depuis longtemps et le Sud qui n'est devenu franc qu'après la bataille de Vouillé. Mais dans cette part, la plus importante des quatre, il est clair que le fait que sa mère n'est pas de sang royal n'a pas compté, en revanche l'âge de Thierry et la poigne qu'il a montrée dans la conquête de l'Auvergne, ont pesé lourd dans l'octroi de ces terres qui deviendront l'Austrasie. Clodomir, l'aîné des enfants de Clovis et de Clotilde, âgé d'environ quinze ans, hérite d'un morceau d'un seul tenant, le royaume d'Orléans, qui comprend les régions de la Loire jusqu'à Portus Namnetum (Nantes) avec Agedincum (Sens) et Civitas Turonorum (Tours), une partie de la Beauce avec Autricum.(Chartres), du Berry avec Avaricum (Bourges), du Poitou avec Lemonum (Poitiers) et de l'ouest de l'Aquitaine.

Partage de la Francia en 511

Childebert devient roi de Paris, de l'Ile de France, de la Picardie, de la future Normandie et de la Bretagne au Nord de la Loire. Son domaine est partagé et la deuxième partie est composée du Maine et du Bordelais.

Clotaire, le plus jeune, reçoit l'ancien royaume franc avec Soissons pour capitale et sa zone sud est la plus méridionale et touche aux Pyrénées avec Tolosa (actuellement Toulouse comme capitale).

Avec les terres, le partage répartit aussi les leudes ou fidèles du roi Clovis. Les quatre capitales sont proches : Paris, Reims, Orléans et Soissons et parfois excentrées, cela signale la volonté de maintenir une unité politique et permet aux fils de Clovis de se porter rapidement secours. Mais pour les territoires au sud de la Loire, Clodomir est favorisé, car pour rejoindre Burdigala (Bordeaux), Tolosa ou Augustoritum, il est nécessaire de traverser son territoire.

Le premier fait d'armes connu dans cette génération de successeurs est à l'actif de Thierry. En 515, les Danois attaquent le nord de la Francia et envahissent le royaume de Thierry, pillant et faisant de nombreux prisonniers. Thierry averti de cette attaque, ne peut quitter la région de Mattis menacée par les Thuringiens. Il envoie son fils Théodebert avec une puissante armée. Celui ci bat et tue le roi danois Chlochilaic resté à terre pour un dernier coup de main ou pour protéger le rembarquement de ses troupes, détruit leur flotte au mouillage et reprend le butin aux envahisseurs, en 516. La bataille navale évoquée par Grégoire de Tours semble inventée. Sans doute, les Francs ont battu les marins danois près de la côte pour récupérer leur butin.

Le roi des Burgondes Gondebaud qui pressentant les menaces des Francs, lègue à son fils aîné le royaume burgonde en entier. Il meurt en 516 et son fils Sigismond lui succède sans contestation. Il s'est convertit à la foi catholique et avec le zèle d'un néophyte, tente d'extirper l'arianisme chez les Burgondes, mais ceux ci s'opposent fermement à cette politique. L'empereur Justinien lui envoie le diplôme de patrice et pour le remercier, Sigismond lui répond :
"Mon peuple vous appartient, et j'ai plus de joie à vous obéir qu'à commander."

Les Burgondes sont mécontents ainsi que son voisin Théodoric. Sigismond est veuf d'Ostrogotha, la fille de Théodoric qui lui laisse un fils, Sigeric. Sigismond se remarie avec, dit-on*, la servante d'Ostrogotha qui déteste Sigeric. Un jour Sigeric se dispute violemment avec cette femme et celle ci va monter Sigismond contre son fils, lui disant que Sigeric veut le tuer pour rassembler son royaume à celui de son grand père Théodoric dont il est le seul héritier par sa mère. Sigismond en colère fait étrangler son fils en 522, puis dégrisé et plein de remords, se retire au monastère d'Agaune qu'il a fondé en 515.

* Mais Jordanes parle d'une princesse franque comme seconde épouse de Sigismond ce qui montre que l'alliance voulue par Theodoric entre Burgondes et Ostrogoths pour contenir l'expansion des Francs n'est pas efficace.


Campagnes contre les Burgondes (523 524)

Encouragés par Clothilde, Clodomir, Childebert et Clotaire pensent que les circonstances sont très favorables, attaquent les Burgondes et sont vainqueurs de leur armée commandée par Sigismond qui est pris par les soldats de Clodomir avec sa femme et ses enfants et emmené à Orléans où il est éliminé avec sa famille, sur ordre de Clodomir en 523. Pendant ce temps, Théodoric envoie des troupes commandée par Tuluin, pour venger son petit fils Segeric et pour empêcher les Francs d'annexer la Burgondie. Les ordres de Théodoric sont d'avancer lentement sauf si les Francs remportent la victoire. Clodomir rentre à Orléans (voir Jordanes) mais le frère de Sigismond, Gondomar mobilise les énergies et rassemble les Burgondes. Il s'assure la neutralité bienveillante de Théodoric en lui abandonnant la région entre Durance et Isère et revient en vainqueur en Burgondie soutenu par les troupes ostrogothes. La garnison laissée par les Francs est éliminée.

Une nouvelle campagne est lancée en 524 avec cette fois la participation de Thierry qui n'est plus obligé de combattre son beau-père mais sans Childebert ni Clotaire. Cette campagne n'est pas concluante pour les Francs qui prennent la cité de Lyon et se termine par la bataille de Vézeronce (à l'est de Vienne) le 25 juin 524. Au cours de cette bataille, les Burgondes sont en difficulté et Gondomar quitte soudain le champ de bataille, le roi Clodomir se lance à sa poursuite avec quelques cavaliers. Gondomar qui connait bien les lieux s'éclipse rapidement. Clodomir s'entête et le poursuit et bientôt se trouve dans un espace étroit et boisé environné de hauts rochers. Alors le cri de ralliement des Francs retentit. Clodomir s'approche du lieu d'ou provient ce cri mais le roi et ses fidèles n'ont pas le temps de saisir leurs armes, ils sont éliminés et Gondomar vient trancher la tête de Clodomir.

Mais ajoute Grégoire de Tours :
"Ce que voyant les Francs, et reconnaissant que Clodomir avait été tué, ils recueillirent leurs forces, mirent en fuite Gondemar, écrasèrent les Bourguignons et s’emparèrent de leur pays."

Agathias le Scholatisque, historien byzantin donne les Burgondes vainqueurs, Gondomar reconquiert le nord de la Burgondie. Clotaire se précipite dans le palais où vit la veuve de Clodomir, Gontheuque et ses trois jeunes fils. Et malgré les protestations de celle-ci, Clotaire annonce qu'elle devient son épouse. Clotilde vient à Paris et réclame ses trois petits fils que Clotaire lui remet volontiers, pensant qu'il a pris possession du royaume et du trésor de Clodomir. Mais les héritiers du royaume d'Orléans, ce sont Théodebald, Gunther et Clodoald, les fils de Clodomir. Clotaire a déjà épousé une jeune femme de condition modeste nommée Ingonde qui va lui donner cinq fils et une fille.

Clotaire et Childebert se réunissent et décident que les enfants de Clodomir seront soit tondus c'est à dire destitués, soit mis à mort. Ils demandent à Clotilde de leur faire parvenir les enfants dont l'aîné a 10 ans, pour proclamer leur royauté. Les enfants sont conduits auprès de Childebert et Clotaire qui envoient à Clotilde, pour savoir ce qu'il faut faire des enfants, un messager portant dans une main une épée et dans l'autre, des ciseaux. Clotilde furieuse et terrifiée répond :
"Je préfère, s'ils ne doivent pas monter sur le trône, les voir morts que tondus."

Théodebald et Gunther sont tués par Clotaire tandis qu'on écarte le troisième, Clodoald, âgé de deux ans, dans le tumulte. Plus tard, il se coupe lui même, les cheveux, entre dans les ordres et deviendra le futur St Cloud. Ainsi se poursuit la série d'éliminations physiques des membres de la famille de Clovis.


Le royaume burgonde au Veme siecle
Le royaume burgonde à la fin du Vème siècle

En 526 le roi Ostrogoth Théodoric, meurt et aussitôt toute la coalition qui freinait l'expansion mérovingienne s'estompe. Les fils de Clovis vont pouvoir finaliser la conquête de la Burgondie, attaquer de nouveau les Wisigoths et continuer la conquête des peuples germains commencée sous Clovis.

La guerre en Thuringe (530)

Les Francs sont depuis longtemps les voisins des Thuringiens. Certains ont combattu dans les armées romaines du Vème siècle et Clovis les a déjà vaincus.

Les Thuringiens fin Veme
Les Thuringiens à l'époque du début du règne de Clovis. (origine wikipedia)

La situation dans cette région est instable. En 511, à la mort du roi de Thuringe, Basin qui n'est pas contemporain de celui qu'a connu Childéric, ses trois fils, Hermanfried, Baldéric et Berthaire se partagent le royaume. Hermanfried est marié à une nièce de Théodoric, le redoutable Amalaberge que Grégoire de Tours qualifie de "méchante et cruelle". Selon Grégoire, "Hermanfried se rendit, par la force, maître de son frère Berthaire et le tua." Mais selon Victor Duruy, "Hermanfried avait une femme méchante qui semait la guerre civile entre les frères. Poussé par elle, il tua Berthaire."

Ensuite, pour vaincre son frère Baldéric, il fait appel à son voisin le Franc Thierry toujours sous le témoignage de Grégoire de Tours :
"Hermanfried s’éleva contre son frère, et envoya secrètement des messagers au roi Théodoric, pour l’engager à l’attaquer, disant : Si tu le mets à mort, nous partagerons par moitié ce pays. Celui-ci, réjoui de ce qu’il entendait, marcha vers Hermanfried avec son armée ; ils s’allièrent en se donnant mutuellement leur foi, et partirent pour la guerre. En étant venus aux mains avec Baderic, ils écrasèrent son armée, le firent tomber sous le glaive, et après la victoire, Théodoric retourna dans ses possessions. Mais ensuite Hermanfried, oubliant sa foi, négligea d’accomplir ce qu’il avait promis au roi Théodoric, de sorte qu’il s’éleva entre eux une grande inimitié." Il semble que, selon Grégoire de Tours, cette campagne se soit passée avant celle contre les Burgondes de 523.

Après ces guerres burgondes, Thierry prépare sa revanche et invite son jeune frère Clotaire, à participer à une nouvelle campagne en Thuringe, cette fois contre Hermanfried en 529. Il s'allie aux Saxons et vainc Hermanfried à plusieurs reprises malgré les pièges que les Thuringiens leur tendent et qui selon Grégoire de Tours entrainent la chute de chevaux et beaucoup d'embarras. Mais ensuite les Francs prennent garde à ces pièges et écrit Grégoire de Tours :

"Enfin, les Thuringiens, voyant qu’on faisait parmi eux un grand carnage, et que leur roi Hermanfried avait pris la fuite, tournèrent le dos, et arrivèrent au bord du fleuve de l’Unstrut, et là, il y eut un tel massacre des Thuringiens que le lit de la rivière fût rempli par les cadavres amoncelés, et que les Francs s’en servirent comme de pont pour passer sur l’autre bord. Après cette victoire, ils prirent le pays, et le réduisirent sous leur puissance (en 529)."

Enfin en 531, Thierry fait venir Hermanfried près de lui, l'assurant qu'il ne risque rien et écrit Grégoire :

"Lorsqu’il fut revenu chez lui, il engagea Hermanfried à venir le trouver, en lui donnant sa foi qu’il ne courrait aucun danger ; et il l’enrichit de présents très honorables. Mais un jour qu’ils causaient sur les murs de la ville de Tolbiac, Hermanfried, poussé par je ne sais qui, tomba du haut du mur, et rendit l’esprit (en 530). Nous ignorons par qui il fut jeté en bas ; mais plusieurs assurent qu’on reconnut clairement que cette trahison venait de Théodoric (Thierry)."

Entre temps un incident a opposé Thierry et son frère Clotaire. A propos du partage du butin, les deux frères se disputent violemment, surtout qu'aucun accord n'est passé avant la bataille. Enervé par les reproches de son frère, Thierry veut éliminer Clotaire. Il invite son frère dans ses appartements pour trouver une solution à leur discorde et il place des assassins sur le chemin que doit prendre Clotaire et ces hommes sont dissimulés par un rideau mais leurs pieds dépassent. Clotaire s'en aperçoit et fait demi-tour puis revient avec beaucoup d'hommes armés. Thierry doit faire semblant de ne pas être au courant et pour calmer son frère, lui offre un grand plat d'argent. Puis Thierry demande à son fils Théodebert d'aller rechercher le plat en argent ce qu'il réalise. Clotaire rentre dans son royaume avec Radegonde, la fille de Berthaire et l'épouse de force. "La reine Amalaberge fuit à Constantinople avec ses enfants. Une de ses filles épousa le roi des Lombards Audoin." écrit l'historien goth, Jordanes.

C'en est fini du royaume des Thuringiens dont beaucoup ont péri près de l’Unstrut (un affluent de la Saale). La partie septentrionale revient aux Saxons, la partie méridionale revient à la future Austrasie et restera soumise aux Francs jusqu'en 634.

La même année 531, les Francs attaquent vers la Septimanie. Le jeune roi wisigoth Amalaric est dans une situation fragile après la mort de son protecteur Théodoric. Il demande; la main de la princesse franque Clothilde, la seule fille de Clovis et, surprise, les frères Thierry 1er, Childebert 1er et Clotaire 1er, acceptent le mariage qui a lieu en 517 ! Amalaric gagne dans l'opération la riche dot de la princesse franque, une bonne part de l'Aquitaine avec Toulouse et toute la vallée supérieure de la Garonne.

Mais dès que Clotilde arrive à la cour wisigothe, le roi oublie ses promessses et entend la convertir à l'arianisme. Clotilde, fervente catholique, résiste et se rend régulièrement à la messe ce qui est prévu dans une des clauses du mariage. Amalaric ne peut l'empêcher mais il provoque une agression contre la princesse qui se rend à l'église, elle est frappée et couverte de boue. Clotilde ne renonce pas à la pratique de sa religion mais fait parvenir à son frère Childenert 1er, un de ses mouchoirs, taché de sang.

Childebert est attiré en Auvergne par une rumeur qui annonce la mort de son frère Thierry et par un sénateur auvergnat Arcadius qui l'invite à s'emparer du pays, écrit Grégoire de Tours. Il s'élance vers le Sud mais Thierry est bien vivant et revient de Thuringe avec son armée. C'est alors que Childebert reçoit l'appel de Clotilde. Le roi de Paris n'attend qu'un prétexte pour agrandir vers le sud le regnum francorum et Clotaire le rejoint pour combattre les Wisigoths. Il descend vers le Sud Ouest en passant par Cahors. Childebert remporte la victoire face aux Wisigoths près de Narbonne, Amalaric et ses proches quittent la cité par bateaux. Puis s'apercevant qu'il a "oublié" son trésor, le roi wisigoth revient à Narbonne et c'est à ce moment précis que l'armée franque entre dans la cité. Amalaric demande asile dans une église catholique puis s'enfuit sans son trésor, vers l'Espagne. Il y trouve la mort en 531 mais il y a plusieurs versions de cette fin. La chronique de Saragosse annonce qu'il est reconnu par les Francs et éliminé à Narbonne mais Isidore de Séville écrit qu'il est assassiné par ses propres sujets, lassés de ce souverain lâche qui fuit l'ennemi au lieu de le combattre.

Conquête de la Burgondie

En 532, la guerre reprend contre les Burgondes, menée par Childebert et Clotaire. Les armées franques repoussent Gondomar vers la cité d'Augustodunum (Autun) ou ce dernier s'enferme et soutient le siège jusqu'au début de l'année 534. Thierry doit participer à cette guerre, contraint par ses leudes qui menacent de le quitter, alors qu'il doit réprimer une agitation en Auvergne. Thierry meurt en 534. Théodebert, son fils, vient pour la campagne décisive de 534.

Remparts d'Autun
Remparts romains d'Autun (origine wikipedia)

En 534, les Francs entrent dans la ville d'Augustodunum mais Gondomar réussit à s'échapper. Mais la présence de trois armées franques fait basculer la guerre et la Burgondie devient une province franque. Théodebert cesse d'assiéger Arles et revient dans son royaume pour assurer la succession de son père. Childebert et Clotaire tentent de recommencer l'opération qu'ils ont menée avec les enfants de Clodomir pour se partager le royaume de Metz mais les seigneurs "austrasiens" font bloc derrières Théodebert et font échouer ce projet.  Childebert adopte Théodebert et tous les deux s'allient contre Clotaire. et en 537 marchent contre lui. Le roi de Soissons "jugea qu’il n’était pas de force à se défendre contre eux, s’enfuit dans une forêt et y fit de grands abattis, plaçant toutes ses espérances en la miséricorde de Dieu" précise Grégoire de Tours. Et quand les deux alliés assiègent Clotaire et s'apprêtent à le capturer, quand poursuit Grégoire de Tours :

"une tempête s’éleva dans le lieu où ils étaient rassemblés, emporta les tentes, mit en désordre et bouleversa tout. A la foudre et au bruit du tonnerre se mêlaient des pierres qui tombaient sur eux. Ils se précipitaient le visage contre la terre couverte de grêle, et étaient brièvement blessés par la chute des pierres. Il ne leur restait rien pour s’en défendre que leur bouclier, et ce qu’ils craignaient de plus, c’était d’être réduits en cendres par le feu du ciel. Les chevaux furent aussi dispersés, et à peine les put-on retrouver à la distance de vingt stades ; il y en eut même beaucoup qu’on ne retrouva pas. Prosternés, comme nous l’avons dit, la face contre terre, et blessés par les pierres, ils exprimaient leur repentir, et demandaient pardon à Dieu, d’avoir entrepris la guerre contre leur propre sang"

Théodebert et l'Italie

A présent c'est l'empereur de Byzance qui fait appel aux rois francs. Justinien en effet, a commencé la reconquête de l'ancien Empire romain. Le général Bélisaire vient, en 533, d'en terminer avec le royaume africain des Vandales et la prochaine étape, c'est la reconquête de l'Italie. Alors, Justinien qui tient à réussir son projet sans trop dégarnir le front Perse, propose aux rois francs une alliance pour prendre à revers les Ostrogoths. Justinien écrit vers 534, une lettre à Théodebert, fils de Thierry, le fils aîné de Clovis et donc Chef de la Maison Royale, une lettre pour le féliciter de son avènement. Une correspondance s'amorce et les évènements se précipitent. La reine d'Italie, Amalasonthe est emprisonnée puis éliminée par Théodat, c'est le casus belli rêvé pour Justinien !

Une somme conséquente est jointe à la proposition d'alliance par Justinien que Théodebert encaisse. Et dès 536, le général Bélisaire prend Naples et entre dans Rome. C'est au tour de Vitigès le nouveau roi d'Italie d'offrir une belle somme pour "acheter la neutralité" de Théodebert, (cinquante mille pièces d'or précise Grégoire de Tours). Mais Vitigès ajoute dans la transaction, la cession de la Provence et des terres qu'il dirige au Nord des Alpes. Ce dernier argument fait son effet auprès des rois francs qui veulent dominer la Gaule entière. Un traité est signé en 536 avec Vitigès, qui comporte la promesse de céder tout le sud est de la Gaule jusqu'à la mer et le protectorat sur le Norique et la Rhétie en échange d'une aide contre l'Empire romain d'Orient. Les rois francs, Théodebert et ses oncles Childebert et Clotaire ont bien précisé que le secours qu'ils enverront ne sera pas constitué de soldats Francs, il faut sauver les apparences, mais Burgondes. Dès 537, la Provence est intégrée au regnum francorum. Théodebert la partage avec ses oncles, Arles est pour Childebert et Marseille pour Clotaire.

Et les rois francs attendent ... que leurs commanditaires s'affaiblissent. En effet, Bélisaire est bientôt assiégé dans Rome (537 - 538) et les renforts venus de Constantinople sont rares ! Puis c'est au tour de Vitigès de se casser les dents sur les murailles de Rome excellement défendues par Bélisaire. Néanmoins les rois francs respectent le traité et envoient chez Vitigès, une armée de dix mille Burgondes qu'on retrouve assiégeant Mediolanum (Milan). Et l'année 539, estimant que les deux adversaires sont suffisamment diminués, Théodebert passe les Alpes avec une armée nombreuse qui ne doit pas comporter que des soldats Burgondes et que l'historien byzantin Procope évalue à cent mille soldats. Il pille la Ligurie et balaie les faibles troupes qu'on lui oppose. Il continue sa marche fructueuse dans la plaine du Pô et vainc aussi bien les Ostrogoths que les Byzantins et pille leur camp. Mais l'été 539 arrive et les soldats de Théodebert boivent l'eau du Pô et succombent de la dysenterie, un tiers des soldats ne reviendra pas. Bélisaire reproche à Théodebert sa conduite, alors Théodebert retourne vers la Gaule, pille Gênes et repasse les Alpes avec un riche butin mais garde quelques points de passage pour une prochaine "descente" vers l'Italie.

Et en 541, Théodebert repasse les Alpes avec une forte armée tandis que le nouveau roi ostrogoth Totila combat les Romains favorables à Justinien. Le roi de Metz occupe facilement l'Italie du Nord y compris la Vénétie et "organise sa conquête" et installe des évêques francs dans les diocèses. Les injonctions de l'empereur Justinien le laissent de marbre. On a supposé qu'il avait l'ambition démesurée de rassembler tous les peuples germaniques pour envahir la Thrace et marcher sur Constantinople ! Ses lettres à Justinien où l'insolence est couverte d'un douteux respect semblent confirmer ces projets.

Une campagne en Espagne (541 -542)

Pendant ce temps là les oncles ne restent pas inactifs. Childebert 1er et Clotaire 1er repartent vers les Pyrénées en 541 qu'ils franchissent par le col de Roncevaux. Ils attaquent le royaume des Wisigoths et prennent Pampelune mais le siège s'éternise devant Saragosse (542). Il faut préciser que la ville est protégée par d'épaisses murailles et défendue par une garnison courageuse. Mais l'évêque du lieu, voyant ses fidèles affamés, et sachant que tôt ou tard, les Francs entreront dans la ville, décide une grande procession autour des fortifications.

Et voici, les clercs en tête du cortège, qui brandissent la tunique de Saint Vincent, le saint patron de la ville, martyrisé en 304. Face à cette ferveur chrétienne, les deux rois francs qui distinguent mal ces bannières, sont très curieux aussi Childebert envoie une patrouille vers la procession de retour vers la cité. La patrouille met la main sur un brave homme et l'amène devant le roi.

"_ Qu’est-ce donc, demande alors le roi, que vous promenez ainsi en tête de votre procession ?

_C’est un objet bien précieux, illustre seigneur : la robe de notre grand saint Vincent. L’une des reliques les plus vénérées de toute l’Espagne."

Les deux rois francs sont attirés par les reliques mais comment la ramener au bercail ? Pas question d'user de la force envers le clergé, c'est en absolue contradiction avec le caractère sacré de la relique. Alors il faut négocier ! Et ils n'ont qu'une seule chose à échanger contre ce trésor : la levée du siège et la renonciation au pillage de la ville.

La décision est d'autant plus facile à prendre que les deux rois nourrissent quelques inquiétudes à propos de leur longue absence. Leur neveu Théodebert ne risque t il pas de profiter de leur éloignement pour aller à Paris qui vaut bien plus que Saragosse ? Mieux vaut la diplomatie et rentrer vite ! Les deux rois d'accord sur leur projet, choisissent quelques antrustions présentables et finauds ainsi que quelques clercs versés dans les affaires religieuses et ils en font leurs plénipotentiaires qui rejoignent l'évêque. !

L'évêque, informé de la volonté des rois francs, la levée du siège en échange de la robe de Saint Vincent est dans un redoutable dilemme :
Peut-il abandonner un objet sacré pour des avantages temporels ?
Mais a-t-il le droit de laisser ses fidèles à la brutalité de leurs ennemis ?
En outre, ces ennemis sont des chrétiens qui réclament la relique par piété !
Les inciter à quitter l'Espagne sans mettre Saragosse à feu et à sang, serait leur donner l'occasion de pratiquer généreusement la charité !

Soudain, une idée vient à l'esprit de l'évêque qui le décide à accepter la demande des Francs. Il s'agit de sauvegarder à la fois la relique et Saragosse ! Les pourparlers se font en latin. La robe de Saint Vincent se dit en latin stola. Et stola signifie aussi en langage liturgique étole, la pièce d'étoffe que l'évêque, le prêtre et le diacre portent autour du cou et qui descend en deux pans sur la poitrine.

étole de prêtre au XIXéme siècle
Etole du XIXème siècle

Les envoyés des rois francs réclament la stola de Saint Vincent, ils auront l'étole. Mais les clercs reviennent à la charge :

" _ Nous avons appris que vous possédez aussi des reliques de Saint Etienne, de saint Ferréol, de saint Georges, de saint Gervais et de saint Protais. Si vous tenez vraiment à ce que nous épargnions votre cité, vous devez aussi nous livrer celles-là."

L'évêque, heureux d'avoir sauvegardé la pièce principale de son trésor, satisfait à ces dernières demandes moyennant quelques fourberies probablement. Les clercs francs ne sont pas tous dupes mais ils gardent leurs soupçons pour eux. Ils ont ainsi, aux yeux des rois francs, obtenu par leur habileté, plus qu'il leur était demandé de réclamer. Les rois francs justifient auprès de leurs troupes l'abandon des richesses convoitées, en appelant à la foi de leurs soldats mais surtout ils promettent de les laisser piller la Septimanie plus tard. Cette stola est rapportée précieusement à Paris et en son honneur, est construit le célèbre monastère Saint Vincent dont il ne reste aujourd'hui que l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

Expansion du royaume des Francs jusqu'en 555
Expansion du royaume des Francs jusqu'en 555
origine wikipedia



Nouvelles aventures en Italie 553 - 554

Théodebert meurt en 548 d'un accident de chasse. Son fils Théodebald, mineur (à treize ans) et handicapé, lui succède. Mais la direction du royaume est assurée par un gouverneur et la loyauté de la noblesse assure la paix pendant la minorité du nouveau roi. Les Alamans soumis par son père, lui sont fidèles. Selon l'historien byzantin Agathias, une ambassade des Ostrogoths vient demander l'aide des Francs contre les Byzantins qui font la reconquête de l'Italie. Théodebald refuse mais deux officiers francs Butilin et Leutaris veulent combattre avec les Ostrogoths. Ils mènent une forte armée d'environ soixante quinze mille soldats selon Agathias qui exagère sans doute, et comprenant des Francs et des Alamans, en Italie du Nord. Théobald ainsi peut gagner une influence en Italie, tout en ne prenant pas position contre l'empereur Justinien. Justinien. Les deux chefs francs se séparent après la prise de Parme pour mieux piller l'Italie du Nord.

Rien ne les arrête pas même Narses qui est repoussé par le contingent mené par Butilin et les Goths ouvrent leurs villes aux Francs et aux Alamans. Les deux chefs francs parcourent l'Italie jusqu'à Messine en suivant les côtes, l'un près de la mer Tyrrhénienne, l'autre au bord de l'Adriatique. Mais Teias, le roi des Ostrogoths qui a fait appel aux Francs est vaincu et meurt au combat au Mons Lactarius et il n'y a plus que quelques groupes d'Ostrogoths qui résistent aux Byzantins. Leutharis décide assez tôt de remonter vers l'Italie du Nord avec le butin tandis que Butilin qui a plus d'ambition est persuadé par les Goths qu'il peut devenir un roi en Italie. Mais Narsès a placé son général Artabanes avec des renforts hunniques pour bloquer les passages dans les Appenins. Au Fanum, une embuscade est tendue à l'avant-garde de l'armée de Leutharis qui est vaincue, Dans la confusion, une grande part du butin est récupéré par Artabanes, beaucoup de Francs sont tués mais de nombreux prisonniers réussissent à s'échapper. Ensuite, le gros de l'armée de Leutharis passe sans encombre car les forces commandées par Artabanes rejoignent Narsès pour la lutte contre Butilin.

La bataille de Vulturno 554


Butilin, pendant ce temps, reste en Italie et voit son armée souffrir de la dysenterie et se réduire à 20 000 combattants. C'est l'effectif que Narsès pourra aligner dans la bataille finale contre les Francs. Pendant l'été 554, Butilin édifie un camp sur les rives du Volturno et renforce ses flancs avec un rempart de terre. Le pont sur la rivière est défendu par une tour en bois gardée par des Francs. Les troupes dont dispose Butilin, sont essentiellement composées d'infanterie.

Narsès en revanche, commande une armée composée d'infanterie et de cavalerie lourdes ainsi que d'archers à cheval. Elle comprend de forts contingents hérules. Pendant la marche vers le camp de Butilin, Narses envoie Charananges avec beaucoup de cavaliers pour gêner l'approvisionnement de l'armée de Butilin. Mais Charananges n'a pas seulement pris quelques chariots mais il a incendié la tour de guet en enflammant un de ces chariots. Après ce premier acte, les deux armées se rangent en bataille. A ce moment un officier hérule tue un serviteur et devant Narses, refuse de reconnaître ses torts. Narses exécute le fautif et les Hérules disent qu'ils ne vont pas se battre. Les Francs avancent et attaquent le centre ennemi.

Narses qui commande le côté droit envoie les archers à cheval et la cavalerie lourde, attaquer les Francs de flanc, jetant la confusion dans l'armée de Butilin. C'est maintenant que les Hérules se lancent dans la bataille, ils referment la pince autour des ennemis. C'est la fin pour les Francs et Butilin meurt dans ce combat comme beaucoup de ses soldats. Les pertes de Narses sont faibles. Mais les pertes que signale Agathias, 80 Byzantins et seulement 5 Francs rescapés semblent bien trop faibles.

Théodebald meurt en 555, presque impotent. Grégoire de Tours décrit cette fin :

"Celui-ci, en effet, devenu très infirme, ne pouvait remuer de la ceinture en bas : il mourut peu de temps après, la septième année de son règne".

Il a épousé Walrade, la fille du roi Lombard Wacho, mais n'a pas eu d'enfant. Clotaire en profite pour annexer son royaume. La même année, En 555, le roi Clotaire 1er lance une expédition contre les Bavarois qu'il soumet et un duc est nommé, Garibald qui inaugure la dynastie des Agilolfings qui règnera sur la Bavière. En 555 aussi, les Saxons, entre l'Elbe et la Weser, se révoltent et Clotaire lance une expédition militaire et fixe un tribut de 500 vaches, aux Saxons vaincus. En 556, les Saxons refusent de payer le tribut et provoquent une nouvelle expédition de Clotaire. Devant une telle démonstration de force, les Saxons veulent négocier. Clotaire approuve mais ses vassaux veulent en découdre et le forcent au combat. La lutte est sanglante pour les deux camps et selon Grégoire de Tours, c'est à l'avantage des Saxons. Les deux parties choisissent la paix.

Fin du règne de Clotaire 1er (555 - 560)

Clotaire confie à son fils Chramne le gouvernement de l'Auvergne en son nom. avec résidence à Clermont pour surveiller cette province qui a connu des périodes agitées. Chramne ensuite est nommé à Poitiers. Le jeune prince désire le pouvoir et il fait enlever des filles de sénateurs par sa truste* pour que des jeunes Francs puissent en les épousant, hériter des terres et dépouiller les grands propriétaires terriens. Clotaire en s'emparant de la totalité du royaume de Theodebald sans partage, a fortement mécontenté son frère Childebert. Chramne lui demande de l'aider à devenir roi d'Auvergne. Childebert voulant se venger de son frère, s'allie avec Chramne dans le but de renverser Clotaire. Chramne rassemble une armée, soutenu par les comtes de Poitiers et de Tours. Il va à Limoges et affirme son autorité sur toute la région.
* truste : bandes de guerriers, selon la coutume germanique, qui avaient contracté un engagement de vasselage et de fidélité envers le roi.

Clotaire est en train de combattre les Saxons, ne peut intervenir en personne. Il envoie ses fils Charibert et Gontran à la tête d'une armée vers Chramme. Ils vont d'abord en Auvergne, puis à Limoges et pour finir le retrouvent à Saint-Georges-Nigremont, dans l'actuel département de la Creuse. Les deux frères tentent de convaincre Chramne de rendre les terres qui appartiennent à Clotaire mais ce dernier refuse. Les deux armées sont face à face quand soudain une violente tempête rend la bataille impossible. Chramne annonce que Clotaire vient de mourir en combattant les Saxons.

Les deux frères se rendent en Burgondie. La nouvelle de la mort de Clotaire se répand dans toute la Gaule. Chramne en profite pour assiéger et prendre Châlons sur Saône mais on ne le laisse pas entrer dans la ville de Dijon. Chramne se dirige vers l'Armorique par Orléans et rencontre Childebert qui lui renouvelle son soutien. Mais le 23 décembre 558, Childebert meurt, ce qui affaiblit la position de Chramne. Clotaire aussitôt s'empare du royaume de Paris et exile la veuve de Childebert, Ultrogotha et ses deux filles. Chramne, sans soutien se soumet à l'autorité de Clotaire qui lui accorde son pardon mais le place sous surveillance.

Mais c'est plus fort que lui, Chramne qui s'est installé dans le Poher, en Bretagne, près du comte Conomor, un allié de Childebert, pille et détruit en un an, un grand nombre de lieux qui sont la propriété de son père. Clotaire accompagné de son fils Chilpéric part avec son armée pour le pays vannetais où il arrive en automne 560. Chramne est décidé à affronter avec Conomor le roi Clotaire. Grégoire de Tours écrit qu'après un combat arrêté par la nuit, Conomor propose à Chramne de tomber cette nuit sur Clotaire et le défaire avec toute son armée. Mais Chramne refuse et le combat reprend le lendemain matin. Et Grégoire continue :

"Les deux armées en étant donc venues aux mains, le comte des Bretons tourna le dos, et fut tué. Après quoi, Chramne commença à fuir vers les vaisseaux qu’il avait préparés sur la mer ; mais, tandis qu’il s’occupait à sauver sa femme et ses filles, il fut atteint par l’armée de son père, pris et lié ; et lorsqu’on eut annoncé la chose à Clotaire, il ordonna qu’il fût brûlé avec sa femme et ses filles : on les enferma donc dans la cabane d’un pauvre homme, où Chramne, étendu sur un banc, fut étranglé avec un mouchoir, et ensuite on mit le feu à la cabane, et il périt avec sa femme et ses filles."

Depuis la mort de Childebert, Clotaire est le dernier fils de Clovis encore vivant et donc le seul roi des Francs puisque aucun de ses neveux n'a survécu sauf Clodoald qui est devenu prêtre après avoir renoncé publiquement à la royauté. Clotaire meurt en fin d'année 561 d'une pneumonie à l'âge de 60 ans. Le royaume des Francs est à son apogée, il couvre presque toute la France actuelle moins le Languedoc et une bonne partie de l'Allemagne.

Le royaume des Francs en 561
Le royaume des Francs en 561
origine wikipedia


"Chilpéric, après les funérailles de son père, s’empara des trésors rassemblés à Braine (entre Soissons et Reims), et, s’adressant aux plus importants parmi les Francs, il les plia, par des présents, à reconnaître son pouvoir. Aussitôt il se rendit à Paris, siège du roi Childebert, et s’en empara."

Aussitôt, les trois autres rois francs s'unissent pour le contrer et le royaume de Clotaire est partagé en quatre parts.

Charibert 1er est le roi de Paris (la part de Childebert avec la plus grande partie de l'Aquitaine)
Gontran est le roi d'Orléans (le bassin de la Loire moyenne et toute la Burgondie)
Sigebert 1er est le roi de Reims (la part de Thierry élargie et de ses héritiers rhénans)
Chilpéric 1er est le roi de Soissons (la terre patrimoniale de la famille du Brabant septentrional jusqu' à Soissons).

En 562, les Avars qui viennent d'atteindre le Danube, pénètrent en Thuringe. Sigebert les repousse vers Ratisbonne et déplace sa capitale de Reims à Metz. Mais pendant que le roi de Reims est occupé, Chilpéric prend la ville de Reims et d'autres villes d'Austrasie. Grégoire de Tours précise que : "Sigebert revenant vainqueur des Huns, occupa la ville de Soissons, et y ayant trouvé Théodebert, fils du roi Chilpéric, il le prit et l’envoya en exil ; puis , il marcha contre Chilpéric, lui livra un combat, le vainquit, le mit en fuite, et rentra en possession de ses villes."

En 566, le roi Sigebert épouse Brunehilde (ou Brunehaut), à Metz. Elle est princesse, fille d’Athanagild, roi des Wisigoths, et de Goïswinthe. Elle est élevée dans la foi arienne, et Grégoire de Tours nous renseigne à ce sujet : "mais les prédications des prêtres et les exhortations du roi lui-même la convertirent ". Chilpéric, "qui avait déjà plusieurs femmes, voyant ce mariage, demanda Galsuinthe, sœur de Brunehault, promettant, par ses envoyés, que s’il pouvait obtenir une femme égale à lui et de race royale, il délaisserait toutes les autres." Le roi Charibert a épousé Ingeberge qui ne lui donne qu'une fille, Berthe, alors il épouse coup sur coup, Méroflède, puis Marcovèfe, les deux filles d'un cardeur de laine, toujours pour avoir un héritier, mais encore des filles, enfin il épouse Teutéchilde, la fille d'un berger, qui lui donne enfin un garçon, mais ce dernier meurt en bas âge. Mais l'Eglise le condamne pour inceste et l'excommunie en 566, c'est le premier roi excommunié en France.

Le Khâgan avar, Bayan, menacé par les Turcs Occidentaux qui traversent la Volga gelée, d'être piétiné par leurs chevaux, lance une expédition de pillage vers l'Elbe. Sigebert vient à leur rencontre et il est battu et fait prisonnier dans l'automne en 566. Il est libéré peu de temps après en échange de "dons" faits au Khâgan et un traité de non agression est signé.

En 567 donc, Chilperic qui a déjà répudié sa femme Audovère et rejetée sa concubine Frédégonde, épouse Galsuinthe (Galeswinthe) et gagne ainsi le territoire entre la Garonne et les Pyrénées ainsi qu'une alliance avec le roi wisigoth. Charibert meurt à presque cinquante ans, il n'a pas d'héritier. Les trois frères se partagent le royaume de Paris. Mais Galsuinthe se rend compte que Chilpéric la délaisse pour Frédégonde et propose à son mari de la laisser partir en Espagne en laissant ses trésors. Le roi wisigoth Athanagild, père de Galsuinthe et de Brunehilde, meurt en 568.

Le royaume des Francs en 567
Le royaume des Francs après la mort de Charibert

Grégoire de Tours poursuit :

"Celui-ci (Chilpéric), dissimulant avec adresse, l’apaisa par des paroles de douceur ; mais enfin il ordonna à un domestique de l’étrangler, et on la trouva morte dans son lit."

La faide royale entre 570 et 613

Et c'est le début d'une longue guerre entre les deux frères que l'on appelle la faide royale et qui ne prend fin que vers 613. Mais Gontran depuis la mort de Clotaire tente de calmer les mauvaises dispositions entre Sigebert et Chilpéric. Il réussit sa médiation et obtient de Chilpéric la cession de cinq villes d'Aquitaine pour compenser le meurtre de la belle-soeur de Sigebert.

«Quant aux cités de Bordeaux, Limoges, Cahors, Béarn et Bigorre que Galswinthe, sœur germaine de la dame Brunehilde, a acquises comme il est certain, tant à titre de dot que de morgengabe, c'est-à-dire de donation du matin, lorsqu'elle est venue en France, cités que l'on sait avoir été ensuite acquises par la dame Brunehilde en vertu d'un jugement du très glorieux roi Gontran et des Francs du vivant des rois Chilpéric et Sigebert » (Grégoire de Tours)

Mais Chilpéric ne tient pas sa promesse et il envoie son fils Clovis pour prendre les villes de Tours et de Poitiers et ainsi faire de ses terres du Nord et de celles qu'a apportée Galsuinthe, un seul ensemble, mais c'est un échec, Clovis est chassé de Tours par Eunius Mummolus dit Mummol, le patrice de Burgondie. Alors Clovis descend vers Bordeaux avec peu d'hommes, se fait ouvrir les portes et s'y installe en maître pendant un mois. Le temps que Sigulfus, le gouverneur de la Marche des Pyrénées proclame le ban de guerre dans toute sa juridiction, ordonnant la levée en masse des hommes du pays, aussi bien chasseurs que bûcherons pour réussir à chasser cet intrus.

Portrait de Chilperic 1er
Portrait de Chilpéric 1er (XIXe siècle)

Ensuite, Chilpéric intervient lui même comme nous le décrit Grégoire de Tours :

"Le roi Chilpéric, irrité parce que Théodebert, son fils aîné, gagné autrefois par Sigebert, lui avait prêté serment de fidélité, s’empara des villes de celui-ci, savoir, Tours, Poitiers et les autres villes en deçà de la Loire. Arrivant à Poitiers, il livra combat au duc Gondebaud. L’armée de Gondebaud ayant pris la fuite, il se fit un grand carnage de ce peuple. Chilpéric brûla aussi la plus grande partie du pays de Tours ; et si les habitants ne s’étaient soumis pour le moment, il aurait entièrement ravagé leurs terres. S’avançant ensuite avec son armée, il envahit, dévasta, désola Limoges, Cahors et toutes ces provinces, brûla les églises, interrompit le service de Dieu, tua les clercs, détruisit les monastères d’hommes, insulta ceux de filles, et ravagea tout."

La reine Brunehilde pousse son mari à conquérir ce qu'on va bientôt appeler la Neustrie c'est à dire l'espace compris entre la Loire, l'Océan et la Champagne. Sigebert demande l'aide de populations d'Outre-Rhin et l'obtient. Gontran déplace sa capitale à Chalon. En 571, Sigebert se prépare à marcher contre son frère Chilpéric. Averti de ces préparatifs, ce dernier s'adresse à Gontran et forme une alliance avec lui. Mais quand Sigebert, à la tête de son armée, ne trouve pas de passage de l'autre côté de la Seine pour atteindre l'armée de Chilpéric, il menace Gontran de l'attaquer avec toute son armée si celui-ci ne le laisse pas passer le fleuve. De crainte, Gontran s'allie avec Sigebert et le laisse passer. Alors Chilpéric, sachant que Gontran a changé de camp, fait tout pour dissuader Sigebert de lui livrer bataille. Il lui rend les villes que Théodebert avait prises et demande que leurs habitants soient épargnés car innocents. Mais près de Paris, les bourgs sont brûlées et les habitants sont emmenés captifs par les soldats venus de l'autre côté de Rhin dnnt certains reprochent à Sigebert que la paix soit arrivée sans combat. Sigebert règle ce problème à sa façon :

"mais lui, plein d’intrépidité, monta à cheval, se présenta devant eux, les apaisa par des paroles de douceur, et ensuite en fit lapider un grand nombre. On ne saurait douter que ce ne soit par les mérites de saint Martin que la paix se fit sans combat." (Grégoire de Tours).

Mais l'année suivante Chilpéric retourne vers son frère Gontran et le persuade de l'aider à combattre Sigebert et il fait campagne jusqu'à Reims "brûlant et ravageant tout". Aussitôt Sigebert mobilise toutes ses troupes, rassemble les peuples d'outre-Rhin qui sont venus l'année précédente et envoie Godégésile et Gontran contre Théodebert. Ce dernier restant avec peu de monde, livre néanmoins le combat. Il est vaincu et meurt sur le champ de bataille. Chilpéric, voyant Gontran et Sigebert à nouveau alliés, se réfugie derrière les murailles de Tournai avec sa femme et ses enfants.

Invasions en provenance d'Italie (571 - 576)

Les Lombards entrent en Provence, en 571 et le patrice Amatus (Aimé) ne réussit pas à les contenir, c'est ainsi que Mummole devient Patrice du roi Gontran comme l'explique Grégoire de Tours :

"Les Lombards ayant fait une irruption dans les Gaules, le patrice Aimé, récemment nommé à la place de Celse, marcha contre eux, et leur ayant livré bataille, prit la fuite et fut tué. Les  Lombards firent en cette occasion un tel carnage des Bourguignons qu’il a été impossible de calculer le nombre des morts. Ils retournèrent en Italie chargés de butin. Après leur départ, Ennius,  dit Mummole, appelé par le roi, fut élevé à la dignité suprême du patriciat. Les Lombards se précipitèrent de nouveau sur les Gaules, et vinrent jusqu’à Mouches-Calmes (Mustius-Calmes – Chamousse ?}}, près de la ville d’Embrun. Mummole se mit en marche à la tête d’une armée, arriva avec ses Bourguignons, environna les Lombards, et faisant des abattis dans la forêt, passa au travers, tomba sur eux par des chemins détournés, en tua beaucoup et en prit plusieurs qu’il envoya au roi, qui ordonna de les retenir prisonniers en divers lieux. Peu se sauvèrent par la fuite pour aller porter cette nouvelle dans leur pays."

L'année suivante, des Saxons qui ont participé à la conquête de l'Italie avec les Lombards, rentrent à leur tour en Provence, avec l'intention d'y vivre si le succès couronne leur entreprise. Mais le Patrice Mummole les surveille, les surprend près d'Estoublons et en tue plusieurs milliers le premier jour. Le lendemain, les deux armées se préparent pour une nouvelle bataille quand des négociations s'ouvrent. Ces Saxons viennent d'un peuple qui s'est uni volontairement aux Francs et paie un tribut au roi d'Austrasie sous la forme de bétail. Ils promettent de rentrer dans cette alliance, de se soumettre à nouveau au roi Sigebert et de regagner leurs anciens villages en Germanie. Pour cela, ils rentrent en Italie, pour chercher leur famille. Effectivement, ils reviennent avec femmes et enfants, passant par Nice et Embrun. De là, ils gagnent l'Auvergne ou le roi Sigebert les autorise à rejoindre la Saxe. Mais arrivés là, ils sont vaincus par des Suèves qui ont occupés le territoire après le départ des Saxons.

Vers 576, trois chefs Lombards décident de faire des expéditions de pillage en Gaule. Le premier nommé Amon, suit la route d'Embrun et s'installe dans le voisinage d'Avignon. Le second, Zaban, passe par la ville de Die et pousse jusqu'à Valence tandis que le troisième, Rhodan, va jusqu'à Grenoble et installe son camp sous ses murs. Amon ravage la région et s'approche suffisamment près de la ville d'Aix pour en obtenir une contribution de vingt-deux livres d'argent. Le Patrice Mummole se précipite avec une armée nombreuse au devant des Lombards séparés. Il se dirige d'abord vers Grenoble, mais l'Isère, grossie récemment, ralentit sa marche. Il finit par trouver un gué et surprend les Lombards qui se fiaient aux difficultés du passage. Grégoire de Tours l'explique ainsi : "Comme l’armée de Mummole était occupée à traverser avec beaucoup de peine l’Isère, il arriva que, par un ordre exprès de Dieu, un animal entra dans le fleuve et en indiqua le gué, en sorte que les gens de Mummole arrivèrent à l’autre rive."

Les deux armées proches se livrent un combat au cours duquel, Rhodan est blessé d'un coup de lance et les Lombards sont battus après que les Francs ont pris leur camp à revers. Rhodan réussit à s'enfuir avec cinq cents des siens et avec peine arrive près de Valence, au camp de Zaban. Là, les deux chefs conviennent de revenir en pillant vers l'Italie. Ils retournent donc vers la ville d'Embrun. Mais Mummole y est déjà avec une forte armée. Un nouveau combat s'engage qui est funeste pour les Lombards qui perdent beaucoup de soldats. Quant à Amon, il est informé du tour tragique que prend l'expédition et se presse vers les Alpes qu'il réussit à franchir, mais pour cela, il doit abandonner son butin.

En novembre 573, le roi Gontran, tente, dans un concile à Paris, de réconcilier Sigebert et Chilpéric mais n'obtient pas de succès. La guerre civile reprend plus fort. Théodebert reprend pour son père Chilpéric, Tours et Poitiers avant la fin de l'année et comme l'écrit Ferdinand Lot : "il dévasta le Limousin, le Cahorsin en commettant mille atrocités."

En 574, face à Sigebert épaulé par les troupes d'Outre-Rhin, abandonné par Gontran, Chilpéric recule jusqu'au Perche (en Normandie actuelle). L'armée de Chilpéric et celle de Sigebert sont face à face près d'Havelu (en Eure et Loir) et là, Chilpéric lui rend les villes que Théodebert avait prises et demande que leurs habitants soient épargnés car innocents. Mais près de Paris, les bourgs sont brûlés et les habitants sont emmenés captifs par les soldats venus de l'autre côté de Rhin dnnt certains reprochent à Sigebert que la paix soit arrivée sans combat. Sigebert règle ce problème à sa façon :

"mais lui, plein d’intrépidité, monta à cheval, se présenta devant eux, les apaisa par des paroles de douceur, et ensuite en fit lapider un grand nombre. On ne saurait douter que ce ne soit par les mérites de saint Martin la paix se fit sans combat." (Grégoire de Tours).

En 575, Chilpéric repart en campagne vers Reims. Sigebert rappelle les soldats d'Outre Rhin, dirige les opérations depuis Paris. Sigebert attaque et prend Rouen, ainsi que la Picardie. Les ducs autrasiens Gontran, Boson et Godegisèle triomphent des troupes neustriennes. Chilpéric s'enferme à Tournai. Brunehilde vient rejoindre son mari à Paris, avec ses enfants et ses trésors. La population parisienne acclame Sigebert et Brunehilde. Sigebert envoie des troupes pour assiéger Tournai et se rapproche de cette cité. Il arrive ainsi dans un village nommé Vitry, entre Arras et Tournai. Retrouvons Grégoire de Tours qui nous relate la scène.

"il rassembla toute l’armée, qui le plaçant sur un bouclier, le proclama roi. Alors deux serviteurs de la reine Frédégonde, qu’elle avait ensorcelés, par des maléfices, s’approchèrent de lui sous quelque prétexte, armés de forts couteaux, vulgairement appelés scramasax, et dont la lame était empoisonnée, et le frappèrent chacun dans un des flancs. Il poussa un cri et tomba, et peu de temps après rendit l’esprit (fin 575)."

L'armée de Sigebert se disperse, Chilpéric triomphe, il reprend Paris et s'empare de Brunehilde et des trésors, mais le duc Gondovald réussit à faire échapper le fils de Sigebert, Childebert II âgé de 5 ans, lui évitant la mort, et le fait sacrer roi d'Austrasie à Metz. Brunehilde est exilée à Rouen et ses filles, les princesses Ingonde et Chlodosuinde sont enfermées à Meaux. Chilpéric envoie son fils Mérovée à la tête d'une armée vers Poitiers. Mais continue Grégoire de Tours :

"celui-ci, négligeant les ordres de son père, vint à Tours et y passa les saints jours de Pâques. Son armée ravagea cruellement tout le pays, et lui, feignant de vouloir aller trouver sa mère, au Mans, se rendit à Rouen, y rejoignit la reine Brunehault et la prit en mariage."

C'est Prétextat, l'évêque de Rouen et le parrain de Mérovée qui les unit en 576, bien qu'un mariage entre une tante et un neveu soit contraire au droit canonique. Cette union est probablement pour assurer un trône à Mérovée. Mais Frédégonde ne l'entend pas ainsi, elle veut réserver les trônes des Francs à ses fils or Mérovée a pour mère Audovère. Chilpéric mécontent, assiège le lieu où s'est réfugié Mérovée, mais les "jeunes mariés" sont méfiants, et comme l'écrit Grégoire de Tours :

"il leur fit serment, en disant : Puisque c’est la volonté de Dieu, je ne les forcerai point à se séparer. Ceux-ci ayant reçu son serment sortirent de la chapelle, il les embrassa, les reçut honorablement, leur fit des festins. Peu de jours après, selon Ferdinand Lot :

"clément pour une fois. Il renvoya à Metz auprès de son fils, Childebert, la veuve de son frère, et retourna à Soissons emmenant Mérovée.". Grégoire de Tours explique le durcissement de l'attitude de Chilpéric envers son fils par une révolte survenue à Soissons qui oblige le roi de Neustrie, à livrer un véritable combat qu'il remporte. Grégoire de Tours continue :

"Après cela, le roi commença d’entrer en soupçon contre son fils Mérovée, à cause de son mariage avec Brunehault, disant que sa méchanceté avait été la cause de ce combat. Il lui ôta donc ses armes, et lui donna des gardes auxquels il enjoignit de veiller sur lui, songeant en lui-même à ce qu’il en ordonnerait ensuite."

Folio 76 de l'Historia Francorum de Grégoire de Tours
Folio 79 de l'Historia Francorum de Gégoire de Tours
origine wikipedia


Mais Chilpéric a d'autres soucis que son fils Mérovée, il envoie son autre fils Clovis à Tours rassembler une armée et prendre la ville de Saintes. Pendant ce temps, le Patrice du roi Gontran, Mummole marche sur Limoges avec une forte armée puis rencontre Didier, le duc d'Aquitaine, général de Chilpéric à la tête de son armée. La bataille est sanglante, selon Grégoire de Tours, Mummole perd cinq mille hommes tandis que Didier en perd vingt-quatre mille et réussit à fuir avec peine. Le patrice Mummole revient par l’Auvergne, que son armée ravage en divers lieux, et il arrive ainsi en Burgondie.

Mort de Mérovée et Clovis

Chilpéric fait enfermer, tonsurer et préparer Mérovée au sacerdoce dans le monastère de Saint Calais près du Mans, en vue de l'ordonner prêtre. Mais le jeune prince réussit à s'échapper et se réfugie à Saint Martin de Tours, puis il s'enfuit en Champagne et en Ternois où il est assassiné en 577, par Gaïlen, un de ses familiers, à Thérouanne, peut-être sur les ordres de Frédégonde ou bien pour ne pas tomber dans les mains de ses ennemis, c'est la version de Grégoire de Tours. Les enfants de Mérovée sont égorgés par le comte Leucaste, un partisan de la reine Frédégonde. Le jeune Clovis ne vit guère plus longtemps. Les deux fils que Frédégonde a avec Chilpéric, Dagobert et Chlodebert tombent malades et meurent. Frédégonde refuse de voir ce fils d'Audovère monter sur le trône et obtient de Chilpéric qu'il ordonne à son fils d'habiter à Berny, zone touchée par l'épidémie de peste, comptant qu'il soit emporté par la maladie. Chilpéric cède et va se mettre à l'abri dans la villa Cala de Chelles.

Clovis n'est pas malade, et imprudemment, il dit : "Voici que tous mes frères sont morts, à moi reviendra toute la Gaule." Et il répète des mots insultants pour sa belle-mère. Frédégonde, furieuse monte contre Clovis des fables racontant que les enfants royaux sont morts suite à des maléfices effectués par Clovis. Chilpéric convoque Clovis et il est arrêté avec le motif de complot instruit par les ducs Desiderius et Bodegisel. Frédégonde obtient que ce prince lui soit livré enchaîné et qu'il soit captif à Noisy le Grand, puis à Paris. Il subit pendant trois jours un interrogatoire terrible mais comme il nie jusqu'au bout, il est poignardé et son corps jeté dans la Seine, en fin d'année 580. Chilpéric accepte la version du suicide. Pour faire bonne mesure, la reine Frédégonde obtient qu'on sacrifie la mère de Clovis et qu'on envoie au monastère Sainte-Croix de Poitiers sa soeur Basine comme le décrit Grégoire de Tours.

"Ses domestiques furent dispersés en divers lieux ; sa mère (Audovère) périt par une mort cruelle. Sa sœur, après que les serviteurs de la reine en eurent abusé, fut envoyée dans un monastère, où elle prit l’habit et demeura. Toutes leurs richesses furent portées à la reine."

Cette Basine participera à la révolte des nonnes de Poitiers avec sa cousine Chrotielde, fille de Caribert 1er, en 589.

En Burgondie, le roi Gontran perd ses derniers fils, Clotaire et Clodomir, morts de la peste en 577. Il s'adresse à son neveu, Childebert, âgé de sept ans, le jeune roi d'Austrasie ainsi que Gégoire de Tours l"écrit :.

"Ensuite le roi Gontran envoya vers son neveu le roi Childebert, lui demandant la paix et désirant de le voir ; alors Childebert vint à lui avec ses grands et ils se réunirent au pont qu’on appelle le pont de pierre*. Là, ils se saluèrent mutuellement, et s’embrassèrent, et le roi Gontran dit : Il est arrivé à cause de mes péchés que je suis demeuré sans enfants, je prie donc que mon neveu devienne mon fils. » Et le plaçant sur son siége, il lui remit tout son royaume, disant : Qu’un même bouclier nous protège ! qu’une même lance nous défende ! S’il me vient des fils, je ne le regarderai pas moins comme un d’entre eux, en sorte que vous conserviez entre vous cette amitié que je te promets aujourd’hui en présence de Dieu. Les grands de Childebert promirent la même chose pour lui. Ils mangèrent et burent ensemble, s’honorèrent mutuellement de nobles présents et se séparèrent en paix."
* aujourd'hui Pompierre dans les Vosges.

Brunehilde, reine d'Austrasie
Brunehilde reine et régente
d'Austrasie et dee Burgondie
entre 566 et 613

Bien sûr, la reine Brunehilde dirige en fait la politique de l'Austrasie et donc la stratégie matrimoniale de ce royaume. Elle n'est pas acceptée par tous les grands du royaume et Grégoire de Tours nous fait part de la réponse d'Ursion à la reine quand celle ci veut empêcher la mort du duc de Champagne en 581 :

"Éloigne-toi de nous, ô femme; qu’il te suffise d’avoir régné du temps de ton mari. C’est maintenant ton fils qui règne; c’est notre appui et non le tien qui sauvera le royaume. Éloigne-toi donc de nous, de peur que les pieds de nos chevaux ne t’écrasent contre la terre." qui sonne comme une menace !"

Offensive à l'Ouest

La situation se dégrade soudain en Bretagne, en 578, le roi d'une partie de la Bretagne, située en Vannetais (au sud), nommé Waroch ou Guerech ou Gwereg, fils de Macliau et petit fils de Waroch 1er roi ou comte (pour les Francs) de la même région, prend la cité de Benetis (devenue depuis Vannes) qui est restée une enclave franque. Comment a évolué la situation entre les Francs et les Bretons depuis le traité signé par Clovis ?

D'abord ce traité a permis une accélération de l'immigration bretonne en Armorique, chez les Osismes et les Coriosolithes. Pendant la première moitié du VIème siècle, la paix règne dans la péninsule et aux frontières avec le royaume de Childebert 1er, roi de Paris. Ce souverain a laissé une excellente impression chez les Bretons, il incarne le bon souverain, assez distant pour ne pas s'ingérer dans les affaires bretonnes au quotidien, il joue néanmoins un rôle stabilisateur auquel se référer en cas de dissensions intestines et assure l'Eglise que les dons qu'elle reçoit ne seront pas repris. Cette paix entre Francs et Bretons vient peut être des succès notables remportés dans la grande île contre les Saxons vers 485, ainsi la bataille du Mont Badon. La disparition du roi Childebert en 558 coïncide avec un regain de tension entre Francs et Bretons.

La situation politique de la Bretagne à cette époque est la suivante. Trois rois se partagent les trois "régions", paient le tribut aux Francs et se font la guerre entre eux. Une première région va de la baie du Mont Saint Michel jusqu'à la rade de Brest et a pour nom la Domnonée peut être royaume double avec la Domnonée sur la grande île dans l'actuel comté de Devon. Une seconde région, la Cornouaille, occupe la côte vers le sud, de la rade de Brest jusqu'au fleuve côtier, l'Ellé qui séparait déjà à l'époque de la conquête de César, les Osismes des Vénètes. Une troisième  région va de l'Ellé au golfe du Morbihan et depuis peu il est appelé Bro-Erec (pays de Weroc) avec un enclave gallo-romaine, Vannes. La limite avec les régions administrée par les Francs est la Vilaine, fleuve côtier qui séparait dans l'antiquité les Vénètes des Namnètes. Les Bretons lui donnent le nom d'ar stêr velen, la rivière jaune.

Waroch II profite des guerres fréquentes entre les rois francs et particulièrement de cette faide royale qui mobilise les troupes assez loin de la Bretagne. Mais Chilpéric mobilise largement, il lève des contingents dans l'Ouest. Laissons raconter l'épisode par l'historien Scipion Du Pleix avec le savoureux français du début du XVIIème siècle :

"Ce Waroch ou Guerech nourry à la perfidie paternelle refusant de rendre l'hommage de fidélité à Chilpéric, attira sur luy le courroux du Roy, lequel envoia en Bretagne une armée composée de Tourangeaux, Bessins, Manceaux & Angevins pour le ranger au devoir. Les troupes aians campé vers la rivière de Vilaine, Waroch qui avait cognoissance des lieux donna de nuict fi à propos sur le quartier des Bessins Saxons d'extradition qu'il les tailla presque tous en pièces. Cet efchec rendant les autres plus vigilans, Waroch hors d'espérance de salut demandat trois jours après à traiter avec les chefs de l'armée Françoise, qui conclurent l'accord avec toutes les conditions les plus advantageuses que le Roy pouvait désirer. Car le Breton se sousmit à rendre hommage au Roy & prester entre ses mains le serment de fidélité comme vassal de la couronne. Il mit aussi la cité de Vannes en la puissance de sa Majesté soubs promesse qui luy fut faite qu'on lui en remettroit le gouvernement s'il s'en rendoit digne par les deportemens à l'advenir & néantmoins il s'obligez de paier le tribut annuel sans attendre qu'on luy vint demander. Pour l'asseurance de l'accord il donna son fils en otage. Quelques jours apres il deputa Ennius evesque de Vannes devers le Roy pour faire modifier les conditions de cet accord qui luy semblerent bien rudes après qu'il fut delivré de la crainte par le départ de l'armée Françoise dont le Roy fut si irrité qu'il fit banir l'evesque pour avoir eu la hardiesse de lui porter cette parole. Toutefois il fut depuis envoié à Anger pour y faire la charge de pasteur: mais le roy ne permit pas qu'il retournât à Vanes.

Or peu de temps après les Bretons ravagerent la cotrée de Renes, Chilpéric croiant arrester ce desordre y envoia de grandes forces soubs la conduite de Bibole ou Bapolen, qui courut le païs des Bretons. L'année enfuiuant ils y revindrent plus forts, & firent un degast merveilleux, non seulement en la contrée de Renes, mais aussi en celle de Nantes."

Pour deux siècles la "frontière" entre ce royaume breton appelé plus tard Bro-Erec ou "pays de Warok" et le royaume franc sera la Vilaine comme l'Oust dans la région de Rennes. la Vilaine est une rivière au lit marécageux qui constitue une barrière naturelle redoutable pour tout envahisseur venant de l'Est. Mais les Bretons vont continuer les raids de pillage en particulier dans la région nantaise au moment des vendanges.

En 579, en Austrasie, la cour et en premier chef, Brunehilde s'occupe du mariage de sa fille aînée Ingonde et le fiancé n'est autre que Hermenegild, le fils aîné de son oncle paternel, Léovigild le roi wisigoth. Tout est soigneusement préparé et Ingonde part pour l'Espagne. Fermement catholique, elle résistera aux pressions de la reine Goiswinthe pour la convertir à l'arianisme et favorisera la conversion d'Herménégild ce qui provoquera un drame dans la famille royale wisigothe. Pendant ce temps là, les rois Gontran et Childebert II somment le roi Chipéric de restituer l'Aquitaine mais cette demande reste sans effet. Les Bretons débordent sur le pays nantais et rennais, "emmenant les habitants captifs", Chilpéric envoie contre les Bretons, le duc Beppolène qui ravage par le fer et le feu le pays, ce qui excite davantage la fureur des Bretons. L'évêque de Tours, Grégoire de Tours adresse des preuves irrécusables au roi Chilpéric, dénonçant les pr&eacules églises et le peuple.

Chilpéric, en Neustrie, semble répondre à cet évêque quand il s'exclame en 580 :

"Voici que notre fisc s'est appauvri, voici que nos richesses ont été transférées aux églises!"

Chilpéric envoie une ambassade à Constantinople pour féliciter l'empereur Tibère de son avènement. Au retour de cette ambassade en 581, de nombreux cadeaux sont ramenés en Austrasie. Tandis que Brunehilde, voulant sauver son fidèle Loup menacé d'extermination par les grands féodaux, n'hésite pas à se vêtir en guerrier  à cheval, et va au devants des Grands avec tout de même des troupes fidèles. Mais en vue des réfractaires à ses ordres, elle va seule au devant d'eux et quand on lui reproche d'être une femme, qui s'habille comme un guerrier, elle trouve les paroles qu'il faut pour arrêter cette expédition projetée et l'ordre est rétabli.

Les aventures de Gondovald

Dès 581, sous l'influence de l'évêque de Reims Aegidius, Childebert II rompt son alliance avec Gontran et se rapproche de Chilpéric. Mummole quitte le roi Gontran et se réfugie dans la ville fortifiée d'Avignon qui est sous l'autorité de Childebert II. Les rois cherchent à unifier le Regnum Francorum, tandis que les Grands n'ont aucun intérêt et beaucoup à perdre dans ce projet. En fait ils craignent que Childebert II réunisse les trois royaumes francs comme Clotaire l'a fait, en tant que seul héritier, après la mort des enfants de Chilpéric et celle de Gontran. Cette opposition se cristallise dans une conspiration visant à présenter un descendant de Clovis, Gondovald, réfugié à Constantinople et qui affirme être un fils illégitime de Clotaire. Il faut le convaincre de rentrer dans la conspiration et réclamer l'héritage mérovingien et ce n'est pas si simple. Mais il faut lui dire que tous les Grands du royaume d'Austrasie, l'appellent. C'est Gontran-Boson qui part en 582 pour Constantinople où l'empereur Maurice, favorable au projet fournit à Gondovald, des conseils et une grande quantité d'or et d'argent. Mais Gondovald méfiant, fait jurer Gontran-Boson, que ses paroles et ses engagements sont sincères, dans les douze lieux réputés les plus saints de Constantinople. Gondovald arrive en fin d'année à Marseille où l'évêque Théodore lui procure, sur l'ordre des nobles Austrasiens, des chevaux ce qui lui permet de rejoindre Mummole à Avignon.

casque byzantin
Casque byzantin retrouvé en Austrasie

Mais Gontran-Boson, voyant les richesses qu'apporte Gondovald à portée de main, s'en empare et arrête l'évêque Théodore pour brouiller les pistes. Mummole décontenancé par la trahison de Gontran-Boson, reste prudent et envoie Gondovald à l'abri dans une île (peut-être une des îles d'Hyères). Gontran-Boson part vers l'Auvergne pour retrouver le roi Childebert et lui relater son voyage à Constantinople. Mais il est arrêté par les hommes de Gontran qui lui reproche d'avoir introduit un usurpateur en Gaule. Gontran-Boson accuse Mummolus, dévoile le complot et propose d'aller l'assiéger à Avignon en laissant son fils en gage. Et il lève une armée en Auvergne et en Vélay et marche sur Avignon. Mummole prépare la défense de la ville d'Avignon et quand Gontran-Boson veut faitre traverser le Rhône par ses troupes sur des barques, celles ci ont été sabotées par les hommes de Mummole et beaucoup des assaillants se noient. Mais Gontran-Boson réussit à faire passer son armée et assiège Avignon. Childebert apprenant que Gontran Boson fait le siège d'Avignon sans son ordre, envoie le général Gondulfe qui le force à renoncer au siège et le ramène en Auvergne.

Au printemps 584 Chilpéric et Frédégonde ont un enfant qui est élevé discrètement dans la villa de Vitry en Artois. Comme les précédents fils sont morts jeunes, dans des conditions suspectes, l'enfant n'a d'abord pas de prénom et n'est pas baptisé. Mais peu de temps après, Chilpéric est assassiné à Chelles en revenant de la chasse. On ne sait précisément qui est à l'origine de ce crime et comme ce roi avait de nombreux ennemis, mais à l'époque, certains ont accusé Frédégonde qui commerçait avec le maire du palais Landéric. Godefroid Kunt examine cette hypothèse dans l'Histoire poétique des Mérovingiens et il conclut que si cette histoire est vraisemblable en connaissant les moeurs de Frédégonde et il prend à témoin sur ce point Grégoire de Tours, la position politique éminente du personnage lui semble mal cadrer avec cette histoire, ainsi que l'absence de toute confirmation de cette hypothèse chez Grégoire de Tours qui ne ménage pas la reine franque.

La mort de Chilpéric a lieu en septembre 584 et Frédégonde se sent (avec son fils), tout à coup si vulnérable qu'elle fait appel au roi des Burgondes en lui disant ;

"Que mon seigneur vienne, et qu'il prenne possession du royaume de son frère. J'ai un enfant tout petit : je souhaite le poser dans ses bras (en faire son filleul). Quant à moi je me soumets humblement à son autorité". Gontran, fort surpris, voit une occasion d'étendre son influence et galope vers Paris. Il est suivi de peu par Childebert II qui vient dans un autre but, réclamer justice, venger l'assassinat de son père et est renvoyé par les leudes neustriens, à la porte du palais. Les ambassadeurs du souverain austrasien sont également éconduits sans ménagement à la cour de Gontran, au motif que Sigebert à violé le traité de paix signé par ses oncles, à la mort de Charibert en 567, ce qui lui fait perdre tout droit à l'héritage de Chilpéric 1er.

Pourquoi cette redoutable Frédégonde est elle soudain anxieuse au point de se mettre entre les mains de ce roi des Burgondes qui n'est pas un fidèle allié ?

D'abord un fait récent montre la vulnérabilité de la famille royale. La princesse Rigonthe, fille du roi Chilpéric et de la reine Frédégonde, fiancée depuis 583 avec le prince wisigoth Recarède, s’avance vers Toulouse, avec des trésors en guise de dot. Le départ est au début du mois de septembre 584, peu de temps avant l'assassinat de Chilpéric. A proximité de la frontière avec le royaume wisigoth, le convoi est ralenti pour des raisons formulées par l'escorte, les habits sont sales, les chaussures et les harnais des chevaux sont usés, il faut remettre en état tout cela pour paraître avec élégance devant le futur époux de peur qu'on se moque d'eux s'ils arrivent mal équipés. Tandis qu'ils s'arrêtent, la nouvelle de la mort du roi Chilpéric atteint le duc Desiderius qui avec des guerriers hardis, entre dans Toulouse, découvre les trésors de Rigonthe, les lui dérobe et continue Grégoire de Tours :

"les déposa dans une maison scellés de son sceau, sous la garde de soldats courageux, et laissa à la reine à peine de quoi vivre, jusqu’au moment de son retour dans la ville."

La princesse sera renvoyée à sa mère en 585, selon Ferdinand Lot. Les trésors qu'apportaient Rigonthe sont apporteacute;s par Desiderius à Gondovald.

Ensuite la pression des nobles rend plus difficile le maintien de cette reine au pouvoir, Frédégonde a transféré ses trésors à Paris et se met, selon Grégoire de Tours à l'abri dans la cathédrale sous la protection de l'évêque Ragnemode, mais ses autres trésors qui étaient dans la "maison" de Chelles sont enlevés par les trésoriers du roi. Enfin l'aventure de Gondovald ne s'est pas arrêteé à la découverte de sa tentative par Gontran. Tout commence à la mort du roi Chilpéric. En automne 584, Mummole fait venir Gondovald, tandis que Desiderius (Didier), le duc d'Aquitaine le rejoint à Avignon de même que Waddon, le maire du palais de la reine Rigonthe. D'Avignon, les "conspirateurs" partent avec des troupes et un trésor vers l'Aquitaine qui appartenait à Chilpéric et dont les habitants veulent leur indépendance. Ils marchent d'abord sur Limoges écrit Grégoire de Tours. Ils cheminent à travers le Massif Central et passent à Brive où Gondovald est solennellement reconnu fils de Clotaire et proclamé roi à la manière franque, hissé sur un bouclier, on le porte trois fois autour du camp. Mais au troisième passage, il chancelle et ne reste sur le bouclier que parce qu'il est retenu. C'est un mauvais présage. Mais Gondovald reçoit dans les cités des serments au nom du roi Sigebert pour celle qui lui appartenaient ou en son nom pour celles qui appartenaient à Chilpéric ou Gontran selon Grégoire de Tours. Le but de Gondovald semble être d'occuper l'Aquitaine entière puis de continuer vers Paris et d'occuper le royaume de Soissons. Mais la naissance d'un héritier de Chilpéric va jouer contre la tentative de Gondovald.

En 585 Gontran qui se sent visé par cette opération, rassemble une forte armée et soumet les Poitevins après moult pillages et incendies dans les campagnes avoisinantes. Gontran appelle à lui les milices d'Orléans et de Bourges. Gondovald engrange les succès et il est reconnu à Périgueux, à Saintes, à Poitiers, à Cahors et à Agen qui se rallient. Mais à Périgueux Gondovald nous dit Grégoire de Tours :

"Il se rendit ensuite à Angoulême, et en ayant reçu le serment et fait des présents aux principaux de la ville, il marcha vers Périgueux dont il outragea gravement l’évêque qui n’avait pas voulu le recevoir."

Puis Gondovald marche vers Bordeaux et Toulouse qui lui ouvrent leurs portes. Mais l'évêque Magnulf, à Toulouse ne le reconnaît pas roi. et pour celà est frappé par Mummole et Desiderius et exilé. Gontran, avant de rentrer véritablement en campagne contre Gondovald réunit des plaids où sont conviés les ambassadeurs de Gondovald ainsi que le roi Childebert II. Gontran l'accueille comme un père et les deux rois en se réconciliant, s'allient contre l'aristocratie hostile.  Gontran promet de rendre à Childebert les cités d'Aquitaine qui étaient prévues dans le partage pour Sigebert et qui étaient réclamés par les Grands Austrasiens. Desiderius abandonne Gondovald quand il voit que Gontran mobilise des troupes contre lui.

Le "royaume" de Gondovald se situe en Novempopulanie (Pays des Neuf Peuples), Aquitania tertia durant la fin de l'Empire romain, située entre la Garonne et les Pyrénées. Il est soutenu par Bladaste, Mummole, Waddon, l'évêque Sagittaire de Gap à qui on a promis le siège épiscopal de Toulouse. Gondovald réside à Bordeaux et se lie à l'évêque Bertrand.

Gontran réussit à "faire parler" deux députés de Gondovald et il apprend, écrit Grégoire de Tours :

"les députés dirent que la fille du roi Chilpéric (Rigonthe) avait été envoyée en exil avec Magnulf, évêque de Toulouse ; que tous les trésors avaient été enlevés par Gondovald ; que tous les grands du roi Childebert l’avaient engagé à se faire roi, et qu’entre autres, quelques années auparavant, lorsque Gontran Boson était allé à Constantinople, c’était lui qui l’avait invité à passer dans les Gaules."

Puis Gontran fait venir Childebert II pour qu'il entende ces députés de Gondovald. Puis il la un entretien secret avec lui où il lui signale à quels hommes il peut faire confiance et ceux qu'il doit éloigner. Et il lui rend tout ce qui appartenait à son père Sigebert et lui recommande de ne pas voir sa mère Brunehilde.

L'armée ennemie approchant, Gondovald, privé de l'appui de Desiderius, traverse la Garonne et se dirige vers Lugdunum Convenarum (colline du dieu Lug des Convènes), actuellement Saint-Bertrand-de-Comminges, avec l’évêque Sagittaire, les ducs Mummole, Bladaste et Waddon. Cette ville est située au sommet d'une montagne et on peut puiser de l'eau à la source sans courir de danger. Gondovald parle aux habitants et les exhorte à résister et à mettre à l'abri tout ce qui est nécessaire. Puis poursuit Grégoire de Tours :

"Gondovald parla aux habitants, disant : Voilà que l’armée approche déjà, sortons pour lui résister. Quand ils furent sortis , les guerriers de Gondovald s’étant emparés des portes et les ayant fermées, chassèrent ainsi le peuple et, de concert avec l’évêque du lieu (Rufin), s’emparèrent des vivres et de tout ce qu’ils purent trouver dans la ville. Il y avait une si grande quantité de vivres et de vins que, s’ils avaient fait une défense courageuse, ils auraient pu se soutenir pendant un grand nombre d’années sans manquer d’aliments."

Leudégésile commande l'armée avec Aegilan, il franchit la Dordogne sans encombre, puis la Garonne et la nouvelle que Gondovald a des trésors stimule les sodats. Le siège commence et au bout de quinze jours, la défense résiste dont voici ce qu'en dit notre historien contemporain :

"les chariots étaient chargés de béliers, de claies et de planches, à couvert desquels l’armée s’avançait pour renverser les remparts ; mais, en avançant, ils étaient si accablés de pierres que tous ceux qui approchaient des murs succombaient bientôt ; on jetait sur eux des marmites pleines de poix et de graisse enflammée, et d’autres remplies de pierres. La nuit étant venue mettre fin au combat, les assiégeants s’en retournèrent dans leur camp."

Bladaste, craignant que cela finisse mal pour lui, met le feu à la maison épiscopale et profite du tumulte pour s'échapper. Comme le siège n'avance pas les assiégeants sondent Mummole et l'entretien se termine par un engagement de Mummole à livrer Gondovald. Et trompé par ses serments, Gondovald sort de la ville et il est tué par Gontran-Boson qui l'a déjà trahi. Les assiégeants détruisent Comminges (la ville basse) et ses habitants. Voilà comment Grégoire de Tours décrit la fin du siège :

"Le lendemain les portes ayant été ouvertes, l’armée entra et égorgea tous les assiégés, massacrant aux pieds même des autels de l’église les pontifes et les prêtres du Seigneur. Après avoir tué tous les habitants, de telle sorte qu’il n’en resta pas un seul, ils mirent le feu à toute la ville, aux églises et aux autres édifices, si bien qu’il ne resta plus que le sol."

Pendant ce temps là, le roi Gontran rend la partie de Marseille qui relève de l'Austrasie en 584 et une alliance se renoue entre les deux rois. Childebert II qui a été payé par l'empereur Maurice reprend les traditionnelles expéditions au delà des Alpes mais elles ne sont pas convaincantes. Grégoire de Tours écrit à ce sujet :

"Le roi Childebert alla en Italie, ce qu’apprenant les Lombards, et craignant d’être défaits par son armée, ils se soumirent à sa domination, lui firent beaucoup de présents, et promirent de lui demeurer fidèles et soumis. Le roi ayant obtenu d’eux ce qu’il désirait retourna dans les Gaules, et ordonna de mettre en mouvement une armée qu’il fit marcher en Espagne. Cependant il s’arrêta. L’empereur Maurice lui avait donné, l’année précédente, cinquante mille sols d’or pour chasser les Lombards de l’Italie. Ayant appris qu’il avait fait la paix avec eux, il redemanda son argent, mais le roi, se confiant en ses forces, ne voulut seulement pas lui répondre là dessus."

Pendant ce temps là aussi, les Bretons sous l'autorité de Waroch II, reprennent leurs expéditions de pillage, ainsi en 587, la région de Nantes est envahie. Mais ils proposent de négocier avec les rois francs. Le roi Gontran leur dépêche l'évêque d' Orléans, Namatius et l'évêque du Mans Bertrand, "avec des comtes et autres " personnes magnifiques ", Clotaire II adresse, lui aussi, des " personnes magnifiques ". Les Bretons offrent en dédommagement mille sous d'or à chacun des deux rois. L'accord se fait en Nantais avec Waroc et un autre chef, Iudmaël. Mais Waroc, oublieux de ses serments et de ses cautions, fait la vendange en Nantais et ramène le vin à Nantes.

« Le roi Gontran, furieux, menaça de lever l’armée, mais il n’en fit rien. " écrit Ferdinand Lot.

A peu près au même moment, les Vascons sortent des Pyrénées et se répandent dans la Novempulanie. Le nouveau duc de Bordeaux, Austrowalde est envoyé par Gontran pour pacifier la province. Les Vascons dévastent les villes et les champs, brûlent les maisons et emmènent captifs hommes et troupeaux. Le duc Austrowalde marche contre les Vascons mais n'obtient pas de succès. En outre, le roi Gontran, selon Grégoire de Tours, envoie une autre armée commandée par Boson et Antestius pour prendre les autres cités, le duc Austrovald ayant pris Carcassonne, Boson vient remplacer le duc comme chef militaire et lui reproche d'être entré sans lui, dans la cité de Carcassonne. Il arrive avec les gens de Saintes, de Périgueux, de Bordeaux, d'Agen et de Toulouse. Les Wisigoths, informés, préparent des embûches. Boson installe son camp près de Carcassonne et fait bombance, puis tout à fait ivre, explose en jurons contre les Wisigoths qui lui tombent dessus, en plein repas. Les convives, avec de grands cris, attaquent les Wisigoths qui ne résistent pas longtemps et simulent la fuite. Les Francs les poursuivent et sont entourés par les gens qui sont en embuscade et qui font un grand carnage.

"Ceux qui purent échapper, montant à cheval, se dérobèrent à grand-peine par la fuite, laissant par les champs tout leur mobilier, n’emportant avec eux rien de ce qui leur appartenait, et tenant à grand bonheur d’avoir la vie sauve. Les Goths, en les poursuivant, ramassèrent tous leurs effets, les emportèrent, emmenèrent captifs tous les piétons, et tuèrent prés de cinq mille hommes. Ils en emmenèrent captifs plus de deux mille, mais en relâchèrent un grand nombre, qui retournèrent dans leur pays." précise Grégoire de Tours.

Les Vascons peuvent s'installer en plaine, dans ce qui va devenir la Gascogne, à partir de 587.

Le pacte d'Andelot, 29 novembre 587

A l'initiative empressée* du roi Gontran, les rois d'Austrasie et de Burgondie vont se rencontrer à Andelot, actuellement près de Chaumont en Haute Marne, pour réconcilier les deux royaumes, pour régler définitivement la succession de Caribert et le problème des Leudes** ainsi que rappeler que Childebert II héritera de Gontran à la mort de celui-ci. Gontran voulait court-circuiter Brunehilde mais Childebert vient avec sa mère, sa soeur Clodoswinthe, son épouse Faileuba, l'évêque Magnéric et Gontran-Boson. Les rois décident d'abord d'échanger les prisonniers, Gontran-Boson est donc livré au roi Burgonde et Dynamius, le gouverneur de Provence et le duc Loup sont rendus au roi d'Austrasie. Gontran condamne Gontran-Boson à mort et selon Grégoire de Tours, celui ci prend en otage, l'évêque Magnéric et demande qu'on intercède pour lui. Mais Gontran, mal informé, ordonne qu'on brûle la demeure de l'évêque où sont Gontran-Boson et l'évêque et quand le "condamné" sort, il est blessé puis tué rapidement. Childebert se réconcilie avec Dynamius et reprend Loup à son service. A la même période, Ursion, Rauchingue *** et Bertfried qui ont projeté de tuer le roi Gontran et le roi Childebert II, de gouverner avec les princes et qui sont à son service, sont éliminés sur son ordre.

*Grégoire de Tours décrit cet empressement du roi Gontran dans le courrier qu'il envoie à son neveu :
"Pendant que cela se passait, le roi Gontran envoya de nouveau vers son neveu Childebert, pour lui dire : Mets de côté tout délai, et viens, que je te voie, car il est absolument nécessaire que nous nous voyions, tant pour le bien-être de notre vie que pour les affaires publiques."

**Leudes : Hommes de l'aristocratie faisant partie de l'entourage du roi.

*** Pour la "disparition" de Rauchingue, Grégoire de Tours nous fournit quelques "détails" :

"Et Childebert s’étant informé avec soin des faits qu’on lui avait appris, et reconnaissant qu’ils étaient véritables, ordonna que Rauchingue fût mandé près de lui. Lorsqu’il fut arrivé, le roi, avant de lui commander de paraître en sa présence, donna des ordres par écrit, et envoya par les charrois publics des serviteurs, chargés d’aller saisir ses biens dans les divers lieux où ils se trouvaient. Alors il ordonna qu’on l’introduisit, dans sa chambre à coucher, et après lui avoir parlé de chose et d’autre, lui donna ordre de sortir de sa chambre. Comme il sortait, deux des gardiens de la porte le saisirent par les jambes, et il tomba sur les degrés de la porte, de manière qu’une partie de son corps était en dedans, et l’autre étendue au dehors. Ceux qui, d’après les ordres du roi, s’étaient préparés à exécuter sa volonté, tombant alors à coups d’épée sur Rauchingue, lui hachèrent tellement la tête que tout ce qui en resta semblait de même matière que sa cervelle. Il mourut sur-le-champ.

Les clauses de ce pacte comporte une innovation, pour la première fois, une femme y est reconnue, la reine Brunehilde. Elles reconnaissent au roi de Burgondie les possessions de Vendôme, Chateaudun, ainsi que les fortifications de la région de Chartres et celle d'Etampes. Au roi d'Austrasie, sont reconnues les possessions de son père, Sigebert 1er : Meaux, Tours, Poitiers, Avranches, Aire sur Adour, Couserans, Labourd et Albi, à l'exception du duché de Deutelin (entre l'Oise et la Seine, c'est à dire Paris). Mais il reçoit en outre, les deux tiers de Senlis et une option d'achat pour le troisième tiers, propriété de Gontran, en échange de domaines à Ressons, près de l'Oise.

Le dernier vivant recevra le domaine de l'autre. Childebert s'engage à protéger Clotilde, la fille de Gontran après la mort de ce dernier. Et si Childebert II mourait le premier, le roi Gontran s'engage à protéger les princes Théodebert II et Thierry II, les faisant héritiers pour les deux royaumes, ainsi que la reine mère Brunehilde, la princesse Clodoswinthe et la reine Faileuba. La reine Brunehilde voit son pouvoir officiellement reconnu. Elle réclame le morgengabe, (le douaire), constitué par Childéric pour Galsointe, en Aquitaine. Gontran lui restitue Cahors mais décide d'administrer sa vie durant Bordeaux, Limoges, le Béarn et la Bigorre dont la propriété de Brunehilde est confirmée.

Les anciens leudes de Sigebert 1er doivent jurer fidélité à Childebert II et l'accueil des fuyards est interdit. Mais la libre circulation des marchands et des voyageurs est assurée. La paix perpétuelle est assurée entre l'Austrasie et la Burgondie. Ce texte est préparé avec les évêques dont Grégoire de Tours.

Le roi Childebert II fortement sollicité par l'empereur ne peut différer l'envoi d'une armée contre les Lombards. Gontran sollicité, refuse d'accompagner son neveu. Une ambassade franque est envoyée à Constantinople pour préparer la prochaine campagne contre les Lombards. C'est un échec, les Francs sont repoussés vigoureusement par les Lombards, en 588. Durant l'hiver, Childebert se prépare à partir à la tête de l'armée, au printemps. Mais en avril, une ambassade arrive, envoyée par Aouthari, le roi des Lombards, pour proposer une alliance. Les Bavarois apparaissent dans les vallées alpines et commencent à les coloniser. Childebert les combat à la tête de ses troupes et en 590 ou 592, le roi d'Austrasie fait de Tassilon le premier duc de Bavière.

En 590, une nouvelle campagne est lancée contre les Lombards, mais elle est non décisive. Une forte armée comprenant des contingents francs et alamans dévaste l'Italie de Nord pendant que l'exarque de Ravenne marche contre Aouthari qui se met à l'abri à Pavie. Les franco-alamans restent trois mois en campagne mais ne peuvent prendre aucune ville fortifiée et la maladie et la disette les frappent. Les Lombards proposent de payer un tribut annuel de 12 000 sous d'or en échange de la paix. Gontran est favorable et Childebert hésite à signer la paix avec ces voisins turbulents. A cette occasion, Suse et le Val d'Aoste sont désormais sous le contrôle des Francs, y compris sous l'empire carolingien. La paix avec les Lombards est signée et Constantinople se détache des Francs. Un moine irlandais, Colomban, a débarqué en Bretagne et se rendant à Reims, obtient du jeune roi Childebert des terres pour fonder un monastère. C'est d'abord à Anagraphes (Annegray) dans la Haute Saône et à Luxovium (Luxeuil-les Bains) dans les Vosges, en 590.

Le "roi" breton Waroch II attaque une nouvelle fois les pays rennais et nantais. Gontran envoie contre lui les ducs Beppolène et Ebrachaire. Grégoire de Tours nous apprend que ces deux chefs francs s'insultent pendant le chemin. En fait Ebrachaire craint que s'ils sont vainqueurs tous les deux des Bretons, Beppolène ne devienne maître de son duché. En outre, la reine Frédégonde, ennemie de Beppolène et informée de cette expédition, envoie des renforts pour soutenir Waroch II. Ces renforts sont constitués de Saxons de Bayeux, habillés et coiffés tout comme les Bretons. Les deux chefs passent la Vilaine et font un pont pour traverser l'Oust. Beppolène est attiré par un prêtre qui lui propose de le mener près de Waroch et les Bretons tandis qu'Ebrachaire reste en arrière. Grégoire de Tours écrit ensuite :

"Beppolène ayant marché avec ceux qui avaient consenti à le suivre, commença le combat, et, pendant deux jours, tua beaucoup de Bretons et de Saxons... Le troisième jour, comme ceux qui étaient avec Beppolène étaient déjà tués et qu’il combattait encore blessé lui-même d’un coup de lance, Waroch, avec ceux dont j’ai parlé, tomba sur lui et le tua. Les Bretons avaient enfermé les Francs entre des passages étroits et des marais, où ils périrent plutôt dans la boue que tués par le glaive."

Ebrachaire arriva jusqu’à Vannes conduit par le clergé de la ville. Waroch se soumet et livre des otages et la paix est conclue. Mais l'armée des Francs en quittant la Bretagne, perd les plus faibles qui ont des difficultés à passer la Vilaine et sont capturés par Conan, le fils de Waroch. L'armée franque évite de passer par le chemin pris à l'aller, tant elle avait pillé et marche vers Angers pour traverser le pont sur la Mayenne. L"avant garde est dévalisée et maltraitée. L'armée, passant à Tours, dépouille beaucoup d'habitants surpris à l'improviste.

En 592, le roi de Burgondie, Gontran 1er meurt dans son lit, le 28 mars à Chalon-sur-Saône, à soixante-huit ans. Comme prévu, Childebert II hérite du royaume de Gontran et ce royaume devient, avec l'Autrasie et la Bourgogne, dominant dans la Francia et l'animosité entre Frédégonde et Brunehilde "rebondit", les bandes austrasiennes menacent la Neustrie comme au temps du roi Sigebert. Mais Frédégonde ne l'entend pas ainsi et avec une armée, elle franchit l'Oise et investit Soissons pour y asseoir son fils Clotaire sur le trône de Soissons en vertu des droits qu'il détient de Chilpéric. Le prince Theudebert, fils du roi d'Austrasie et âgé de 6 ans et demi, n'a que le temps de s'enfuir avec Gondulf, son recteur et les paladins qui l'accompagnent. Frédégonde distribue de l'or pour gagner les Ducs et son principal soutien est Landerich (Landry), un Leude. Elle fait acclamer Clotaire, âgé de dix ans par l'armée.


Et cette armée neustrienne, galvanisée et conduite par Landerich, attaque celle de Childebert II près de Tournai et remporte une victoire complète. Childebert II a chargé le chef des Leudes d'Austrasie, le duc de Champagne, Wintrio, d'attaquer la Neustrie avec l'armée qu'il a rassemblée en Champagne quelques années auparavant. La bataille des Rameaux qui oppose des Neustriens contre des Austrasiens, se déroule en 593, à Truciacum (aujourd'hui Trucy, dans l'Aisne), à deux lieues au sud de Laon, près d'un affluent de l'Oise, l'Alea, (aujourd'hui l'Ailette). L'approche de l'armée rassemblée par Frédégonde et conduite par Clotaire II, se fait de nuit et pour impressionner l'ennemi, les soldats de tête portent des branches d'arbres, pour donner l'illusion d'une forêt en marche et ont fixé à l'encolure de leurs chevaux des grelots, dans le but de tromper les sentinelles qui pensent qu'il s'agit de leurs montures. Cette ruse permet aux Neustriens de remporter une victoire sanglante, le chiffre de trente mille morts est cité pour cette seule bataille. Et ainsi que le précise Michelet :

"Mais cette fois Frédégonde vainquit noblement ; elle mit Landry à la tête des Neustriens, les anima par ses paroles et sa présence; ils furent vainqueurs et pillèrent le pays ennemi jusqu'à Reims (593)."

Frédégaire* nous informe qu'en 595, les Varnes (Varini), révoltés en Thuringe, sont vaincus par Childebert II et presque exterminés. Que se passe-t-il aux limites de l'Austrasie ? Dans le bassin de l'Elbe, entre la Saale et l'Elster blanche, les Warnes sont attaqués par des Slaves qu'ils appellent Wendes et qui se nomment eux même Sorabes ou Serbes blancs. Les Varins bousculent leurs voisins Thuringiens. Childebert monte une expédition qui élimine beaucoup de Varins. Le reste est dispersé par les Sorabes et une partie se réfugie à l'ouest du Rhin.

*Frédégaire : Chroniqueur burgonde d'au delà du Jura, (actuellement en Suisse romande), du VII ème siècle.

En 596, Childebert II meurt empoisonné avec son épouse. On soupçonne bien sûr Frédégonde et aussi Brunehilde pour régner seule au nom de ses petits enfants mais il n'y a aucune preuve. L'année précédente, Theudebert II est devenu roi d'Austrasie et Thierry II, roi de Burgondie, Brunehilde réussit à détourner une attaque des Avars sur la Thuringe en dédommageant les envahisseurs. Et en 597, c'est au tour de Frédégonde, âgée d'environ quarante sept ans, morte dans son lit, au retour de la bataille de Latofa, près de Sens, une nouvelle victoire des Neustriens sur les Austrasiens. Voilà ce qu'écrit Frédégaire :

"Cette année, Frédégonde, avec son fils le roi Clotaire, s’empara de Paris et des autres cités, à la manière des Barbares et sans déclaration de guerre. Une armée partit d’un lieu nommé Latofa pour marcher contre les fils de Childebert, Théodebert et Théodoric. Les deux armées en étant venues aux mains, Clotaire, se précipitant avec ses guerriers sur Théodebert et Théodoric, fit un grand carnage de leurs soldats. Frédégonde mourut la deuxième année du règne de Théodoric (597)."

Mais les deux jeunes rois d'Austrasie et de Burgondie sortent sains et saufs de ce "carnage". Et la situation politique change radicalement. Les 3 rois sont des enfants et Clotaire II le Neustrien est faible contre les fils de Childebert II. Il est obligé de céder aux Burgondes des territoires entre la Seine et la Loire et aux Austrasiens, les pays entre la Seine, l'Oise et l'Austrasie. Pendant ce temps là, Brunehilde débarassée de son ennemie Frédégonde, se croit tout permis, elle donne en 598, ainsi l'ordre d'éliminer Wintrio, le duc de Champagne qui lui est hostile. Cette mort déclenche la colère des Grands d'Austrasie. En 599 elle est chassée d'Austrasie par les Austrasiens approuvés par son fils Théodebert II et recueillie avec sa fille Théodilana, en Burgondie par son autre fils Thierry II. Un nouveau maire du palais, vient d'être nommé en remplacement de Warnachaire, il se nomme, Bertoald et il est bien considéré chez les Burgondes. En Austrasie, ce poste est occupé depuis peu par Gondulf qui a les coudées franches désormais.

Mais Brunehilde est décidée à combattre d'abord les Neustriens et elle réussit à réunir les armées de ses deux petits-fils en 600, dans une alliance offensive contre Clotaire II. Et c'est à la tête d'une foule de guerriers que Brunehilde, Théodebert II et Thierry II, se dirigent vers Sens et rencontrent Clotaire II et son armée près de Dormeille-sur-l'Orvannes. C'est une immense défaite pour les Neustriens qui perdent beaucoup de terres : les pays entre Seine et Loire, jusqu'aux frontières de la Bretagne pour le royaume de Thierry II, le duché de Dentelin (Paris) au profit de l'Austrasie selon Frédégaire. Clotaire II ne contrôle plus que la région comprise entre l'Oise, la Seine et l'Océan soit douze comtés. L'Auvergne et le royaume d'Aquitaine sont partagés entre les deux frères victorieux. Et en 602, les deux rois envoient une armée pour arrêter la progression des Vascons qui atteignent l'Adour et ils sont vainqueurs. Un duché de Gascogne est fondé entre la Garonne et les Pyrénées, Genialis est imposé comme duc et les Vascons doivent payer le tribut.

Frédégaire ajoute ceci :

Théodebert et Théodoric firent marcher une armée contre les Gascons, et les ayant vaincus par le secours de Dieu, les soumirent à leur domination, et les rendirent tributaires ; ils leur imposèrent un duc nommé Génial, qui les gouverna avec bonheur."

Mais les gouverna-t-il seulement ?

En 604, selon Frédégaire, l'ancien maire du palais est menacé :

"Pour faire périr Bertoald, on l’envoya réclamer les droits du fisc, dans les bourgs et les cités situés sur les bords de la Seine jusqu’à l’Océan.

Bertoald partit seulement avec trois cents hommes pour les pays où il était envoyé par Théodoric ; arrivé à la terre d ’Arèles il s’y livrait à la chasse ; ce que sachant, Clotaire envoya son fils Mérovée et Landri, maire du palais, avec une armée, pour tuer Bertoald. Cette armée se permit, contre les termes du traité, d’envahir la plupart des bourgs et des cités situés entre la Seine et la Loire et qui appartenaient à Théodoric.

Bertoald, en ayant reçu la nouvelle et n’étant: pas en force pour résister, s’enfuit à Orléans, où il fut reçu par le saint évêque Austrin ; Landri ayant entouré Orléans avec son armée, appela Bertoald, pour qu’il en vint aux mains. Théodoric, ayant appris que, contre le traité, Clotaire avait envahi une partie de son royaume, traversa le Loet, se dirigea avec une armée, le jour de Noël, à Etampes, où Mérovée, fils du roi Clotaire, vint au-devant de lui avec Landri et une grande armée. Comme l’endroit ou l’on passe le Loet était fort resserré, à peine le tiers de l’armée de Théodoric avait passé que le combat commença ; Bertoald s’avança selon leur convention appelant Landri. Mais Landri n’osa pas, comme il l’avait promis, affronter le péril d’un tel combat. Bertoald s’étant trop avancé, fut tué avec les siens par l’armée de Clotaire. Mérovée, fils de Clotaire, fut pris ; Landri fut mis en fuite, et un grand nombre des soldats de Clotaire furent taillés en pièces. Théodoric entra en triomphe dans Paris, Théodebert conclut la paix avec Clotaire à Compiègne ; et les deux armées retournèrent dans leur pays sans plus de carnage."

En fait, Landri veut profiter de ce que l'armée austrasienne est morcelée au passage de la rivière pour l'attaquer. Mais au même moment, Bertoald se dirige avec ses hommes vers Landri pour le combattre d'homme à homme, mais sa témérité entraîne sa disparition ainsi que celle de sa troupe face à un trop grand nombre de Neustriens. Mais ce sacrifice n'est pas vain, l'armée burgonde qui a passé les gués, fait front face aux soldats de Clotaire qui commencent à reculer. Mérovée, le jeune fils de Clotaire II, capturé durant la bataille d'Etampes est assassiné sur l'ordre de Brunehilde.

Thierry II entre en vainqueur à Paris mais ne pardonne pas à Theudebert II, ce qu'il considère comme une trahison, (la paix séparée avec Clotaire II). Et Brunehaut, voyant que Clotaire s'en sort après ces deux défaites, en veut beaucoup au roi d'Austrasie et convainc Thierry II de l'attaquer, mais les leudes burgondes s'y opposent. Ils s'y résoudront en 610. Protadius étant seul à continuer à proposer la guerre contre l'Austrasie, Frédégaire écrit :

"Alors tous les guerriers de Théodoric en ayant trouvé l’occasion, se jetèrent sur Protadius, disant que la mort d’un seul homme était préférable au massacre de toute une armée.... S’étant jetés alors sur lui, et déchirant la tente du roi avec leurs épées, ils tuèrent Protadius. Théodoric, déconcerté, fut forcé de faire la paix avec son frère Théodebert, et, après la mort de Protadius, les deux armées retournèrent chez elles sans combat."

Un mariage est préparé en 607 entre Thierry II et Ermenberge, la fille du roi wisigoth Witteric. Thierry s'engage à ce que Ermenberge ne perde en aucune façon son statut de reine (cf l'épisode de Galsuinthe, la soeur de Brunehilde). Ermenberge vient à la cour burgonde à Châlons et Thierry la reçoit ...

"avec joie et empressement. Par les intrigues de son aïeule Brunehault, Ermenberge ne partagea jamais le lit de son époux, à qui les discours de Brunehault et de sa sœur Theudilane la rendirent enfin odieuse. Au bout d’un an, Théodoric renvoya en Espagne Ermenberge dépouillée de ses trésors." conclut Frédégaire. Le roi wisigoth se concerte avec Clotaire, Theudebert et Agilulf, le roi des Lombards et tous les quatre décident d'attaquer Thierry et de le mettre à mort. Et Frédégaire conclut ainsi :

"Mais, par la volonté divine, le projet de ces rois ne fut pas accompli. Théodoric, en ayant été informé, ne considéra ces desseins qu’avec un grand mépris."

En 610, l'Alsace qui est rattachée au royaume de Burgondie depuis la mort de Childebert, est envahie par les troupes austrasiennes de Theudebert. Thierry demande qu'une assemblée soit réunie à Seltz pour discuter des frontières des deux royaumes. Mais Thierry ne vient à Seltz qu'accompagné de dix mille soldats, alors que Theudebert est avec toute son armée. Thierry est en position de faiblesse et cède l'Alsace, le Sundgau, la Thurgovie et toutes ses possessions en Champagne.

Mais le roi des Burgondes prépare sa revanche, pendant toute l'année 611 et sur le plan diplomatique, il obtient la neutralité du roi des wisigoths Gundomar qui remplace Witteric assassiné et aussi celle de Clotaire II, le roi de Neustrie au moyen de la promesse de lui céder le Dentelin. Au mois de mai 612, il rassemble des troupes de toutes les parties de son royaume, à Langres. Il se dirige vers Naz (actuellement Naix dans le département de la Meuse) et se rend maître du fort. Puis il marche sur Toul et prend la ville.

Théodebert s’étant mis en marche avec une armée d’Austrasiens, ils en vinrent aux mains dans la campagne de Toul. Théodoric vainquit Théodebert, et tailla en pièces son armée ; un grand nombre de braves guerriers furent massacrés. Théodebert ayant pris la fuite, traversa le territoire de Metz, les montagnes des Vosges, et parvint à Cologne." poursuit Frédégaire. Et Thierry poursuit son frère et traversant la forêt des Ardennes, arrive à Tolbiac où se passe une deuxième bataille plus meurtrière, celle de Tolbiac en 612 (ne pas confondre avec celle de Clovis, en 496).

Frédégaire continue ainsi : "Là, Théodebert s’avança contre Théodoric avec des Saxons, des Thuringiens ou d’autres peuples des pays au-delà du Rhin, et tout ce qu’il avait pu rassembler, et le combat s’engagea une seconde fois. On rapporte que jamais une pareille bataille ne fut livrée par les Francs et les autres nations. Il se fit un si grand carnage des deux armées que, là où les phalanges combattaient, les cadavres des hommes tués n’avaient pas de place pour tomber, et qu’ils demeuraient debout et serrés, les cadavres soutenant les cadavres, comme s’ils eussent été vivants. Par le secours du Seigneur, Théodoric vainquit encore Théodebert, dont l’armée fut taillée en pièces depuis Tolbiac jusqu’à Cologne."

Pendant que Theudebert II, l'Austrasien, s'enfuit au delà du Rhin, Thierry II entre dans Cologne, s'empare des trésors de son frère, unit le royaume d'Austrasie à son royaume et envoie son camérier Bertiaire le poursuivre. Il le ramène à Cologne. Le roi austrasien est dépouillé de ses vêtements royaux et Frédégaire poursuit :

"Théodebert fut conduit enchaîné à Châlons ; son jeune fils, nommé Mérovée, fut saisi, par l’ordre de Théodoric ; un soldat le prit par les pieds, le frappa contre une pierre, et, ayant eu la cervelle brisée, il rendit l’âme."

Mais Frédégaire ne précise pas la fin de ce roi d'Austrasie, disparu à 26 ans, et plusieurs versions médiévales sont disponibles mais toutes indiquent une mort violente.

Jonas de Bobbio écrit que Brunehilde le fait enfermer dans un monastère puis elle ordonne sa mort. Mais Abbon de Fleury raconte une autre histoire, Theudebert II, à Cologne veut résister jusqu'au bout. Thierry II, arrivant devant les murailles de la ville, somme les habitants de lui livrer le roi d'Austrasie mort ou vif, sinon il brûlera la ville et passera tous les habitants au fil de l'épée. Effrayés, les habitants tuent le roi et jettent sa tête du haut des remparts. Clotaire, comme convenu, s'approprie le duché de Dentelin.


La fin de la faide royale 613

En 613, Frédégaire nous précise que Thierry II ordonne de faire des relevés aussi bien en Austrasie qu'en Burgondie et qu'il envoie à son cousin Clotaire II, une demande de renoncer au duché de Dentelin sous peine de venir attaquer son royaume. La réponse doit être négative, car Thierry prépare pour cette campagne contre Clotaire une armée composée de Burgondes et d'Austrasiens quand il meurt à Metz, de dysenterie ou bien empoisonné. Brunehilde est à Metz, avec les quatre fils de Thierry II et tente de faire reconnaître l'aîné Sigebert comme successeur de ce roi défunt, mais l'armée qu'il a rassemblée s'est dispersée et l'Austrasie où la reine réside, la déteste. Plusieurs Leudes appellent Clotaire pour éviter de rester sous l'autorité de Brunehilde et parmi eux, Arnolphe et Pépin, correspondent avec Clotaire et lui offrent la couronne.

Brunehilde, informée de ces intrigues, ne compte pas partager le royaume de Thierry entre ses quatre fils pour mieux résister au roi de Neustrie. Brunehilde est avec Sigebert, âgé de dix ans et les trois autres enfants à Worms, pendant ce temps, Clotaire entre avec son armée, en Austrasie et atteint Andernach. La reine envoie à Clotaire, " les députés Chadoin et Herpon, lui demandant de s’éloigner du royaume que Théodoric avait laissé à ses fils", écrit Frédégaire et "Clotaire répondit qu'il se conformerait au "jugement des Francs" écrit Ferdinand Lot.

Brunehilde envoie le maire du palais, Warnachaire, en Thuringe, recruter des guerriers outre Rhin. Mais le maire du palais est partisan de Clotaire qui lui a promis le maintien de sa charge à vie. Comme la reine s'en méfie, elle envoie une lettre à Alboin pour faire tuer Warnachaire. La lettre, déchirée est ramassée et livrée à Warnachaire qui se sentant menacé, bascule tout à fait du côté de Clotaire et entraîne avec lui ceux qui sont favorables à Sigebert. Les Leudes de Burgondie, y compris les évêques se rassemblent sous la direction de Warnachaire et décident :

"pour qu’aucun des fils de Théodoric n’échappât, qu’on les tuât tous avec Brunehault, et qu’on donna leur royaume à Clotaire ; ce qui en effet arriva. Par l’ordre de Brunehault et de Sigebert, fils de Théodoric, une armée de Bourguignons et d’Austrasiens marcha contre Clotaire. Sigebert s’étant avancé dans la Champagne, sur le territoire de Châlons-sur-Marne, et vers les bords de l’Aisne, Clotaire vint à sa rencontre avec une armée, ayant déjà avec lui un grand nombre d’Austrasiens du parti de Warnachaire, maire du palais, avec qui il avait déjà traité, ainsi qu’avec le patrice et les ducs Aléthée, Roccon, Sigoald et Eudelan. Au moment où on allait en venir aux mains, et à un certain signal, l’armée de Sigebert prit la fuite pour retourner dans son pays. Clotaire, comme il en était convenu, la poursuivit avec peu d’ardeur, et arriva à la Saône. Il prit trois des fils de Théodoric, Sigebert, Corbus et Mérovée, qu’il avait tenu sur les fonts de baptême ; Childebert échappa par la fuite et ne reparut jamais. L’armée des Austrasiens retourna toute entière dans son pays. Trahie par Warnachaire, maire du palais, et par la plupart des grands du royaume de Bourgogne, Brunehault fut arrêtée par le connétable Herpon, à Orbe, bourg au-delà du Jura, et conduite à Clotaire avec Theudelane, sœur de Théodoric, à Ryonne, village situé sur la Vigenne. Clotaire fit tuer Sigebert et Corbus, fils de Théodoric. Touché de compassion pour Mérovée, qu’il avait tenu sur les fonts de baptême, il le fit emmener secrètement en Neustrie, et le recommanda au comte Ingobad" écrit Frédégaire. Orbe est actuellement en Suisse, près du lac de Neuchâtel.

Clotaire II, en présence de Brunehilde, lui reproche la mort d'une dizaine de rois francs dont ceux assassinés sur l'ordre de Frédégonde. Ele est torturée trois jours, puis traverse les rangs de l'armée,, nue, sur le dos d'un chameau. Enfin elle est attachée par la chevelure, un bras et une jambe à la queue d'un cheval sauvage. Il s'agit de mettre à l'épreuve, la nature royale de Brunehilde. Une reine a commandement, au nom de Dieu, sur la nature et les animaux. Mais le cheval, excité par le fouet et les cris, se lance dans une course furieuse où ses sabots brisent les membres de la reine presque septuagénaire. Clotaire II nomme Herpon, duc de la Bourgogne transjurane.

Le supplice de Brunehilde
Représentation tardive du supplice de Brunehilde

Comme son grand père Clotaire 1er, ce roi de Neustrie rassemble les royaumes francs sous le même souverain, à l'exception de la Bretagne et de la Gascogne. Mais si la faide royale est terminée, faute d'opposants, l' union entre la Neustrie romanisée et l'Austrasie bien plus peuplée de Francs, anciennement Ripuaires, ne va pas de soi. C'est pourquoi il nomme son fils Dagobert 1er, roi d'Austrasie à l'âge de dix ans. Ce prince est sous la tutelle du maire du palais Pépin de Landen, le premier de la future dynastie carolingienne. Même si depuis 613, Clotaire est seul roi des Francs, les trois royaumes : Austrasie, Burgundie et Neustrie, conservent une administration dirigée par un maire du palais. Cette fonction, exercée par des grands vassaux, a vu son rôle politique s'accroître en particulier avec la trahison qui a permis la capture de Brunehilde. Ainsi, le maire du palais des Burgondes garde son poste jusqu'à sa mort en 626. La situation depuis Clotaire 1er a donc changé comme l'écrit Ferdinand Lot :

"La royauté s’était affaiblie au cours d’une longue guerre civile. L’aristocratie, courbée sous le pouvoir pendant la première moitié du VIe siècle, avait relevé la tête, une tête menaçante. Sans elle, rien ne pouvait se faire, d’autant plus que, obscurément, mais sûrement, un personnage s’était mis à sa tête, l’intendant de la maison du roi, le majordomus, le « maire du palais » ...Il était en fait devenu le second personnage ou plutôt le maître dans chacun des trois royaumes — car il y a désormais des royaumes permanents. Les partages ont engendré des embryons tout au moins de nationalité. Si on laisse de côté l’Aquitaine, le Regnum se divise en Austrasie à l’est de Paris et de Soissons, en Neustrie à l’ouest. Enfin une grande et indécise région, correspondant au lot de Gontran, comprenant non seulement la vallée de la Saône et du Rhône, mais partie de la Champagne porte le nom de Bourgogne..."

Mais Clotaire II est le seul roi et il va tenter de restaurer le pouvoir monarchique. Et pour commencer, il réunit un grand concile à Paris, rassemblant les deux pouvoirs qu'il lui faut canaliser : l'Eglise et l'Aristocratie. Et le 18 octobre 614, un édit est signé par le roi qui répond aux demandes formulées par les soixante-dix-neuf évêques présents relatives à la liberté des élections épiscopales, le privilège du for ecclésiastique, c'est à dire que le clergé ne peut être jugé que par un tribunal ecclésiastique, et l'inviolabilité des biens de l'Eglise. Au plan de l'administration, tous les hauts fonctionnaires seront issus du territoire administré (le pagus*) et seront responsables sur leurs biens propres des erreurs et injustices qu'ils commettront.

Ceci réserve aux plus riches, l'accès à ces postes. Avec le temps, ces grands propriétaires terriens, réussiront à conserver pour eux une part de plus en plus importante des revenus du fisc qu'ils ont chargés de percevoir. En même temps ils parviennent progressivement à rendre leurs fonctions héréditaires et peu à peu, ils obtiennent une indépendance à peu près totale à l'intérieur du territoire dont l'administration leur est confiée.

* Le pagus est une circonscription étendue, administrée par un comte.

Cet édit essaie aussi de rétablir l'ordre et la justice ainsi il stipule que l'évêque peut condamner un juge coupable, en l'absence du roi. En particulier, "il incombe aux évêques de défendre les affranchis et d'empêcher tout nouvel asservissement au registre public" comme l'écrit Pierre Gohard au XVIIIème siècle. Il intervient contre les abus des comtes qui tentent d'établir des nouveaux tonlieux* à leur profit.

* tonlieu : péage prélevé sur les marchandises, au passage d'un cours d'eau ou aux portes de certaines villes.

Cet édit marque aussi l'influence du clergé qui obtient l'interdiction de marier les femmes contre leur gré en vertu des traditions germaniques qui font du chef de famille, le seul être capable d'accepter ou de refuser les mariages de chaque membre de sa famille.

L'édit de 614 interdit aux Juifs d'exercer aucune fonction publique qui peut mettre les Chrétiens sous leur dépendance, de même il leur interdit d'intenter des actions publiques contre les Chrétiens.

"Judaei super christianos actiones publicas agere non debeant. Quare qui se quaestuoso ordini sociare praesumpserit, severissimam legem ex canonici incurra sententia"
Data sub die 15 kalendas novembris, anno 31 regni nostri, Parisiis.

De cet édit de 614, date aussi l’inamovibilité des maires du palais.

Herpon voulant rétablir la paix dans la province dont il est chargé, se heurte à une révolte locale entretenue par le Patrice Aléthée et l'évêque de Sion Leudémond. Le duc succombe dans la répression de cette révolte. Les aristocrates bourguignons sont mécontents de ne plus avoir de rois. Clotaire II envoie des troupes et fait mettre à mort les chefs rebelles. Mais Clotaire II remplace Herpon par Aléthée ! Ce dernier ne va pas profiter longtemps de ce poste comme nous le décrit Frédégaire :

"Leudemond, évêque de Sion, étant venu secrètement auprès de la reine Bertrude, lui tint, par le conseil d’Aléthée, de coupables discours, lui disant que Clotaire mourrait cette année de manière ou d’autre, et l’engagea à transporter secrètement dans la ville de Sion autant de trésors qu’elle pourrait, parce que cette ville était très sûre ; et qu’Aléthée était disposé à abandonner sa femme, pour épouser Bertrude, attendu qu’étant du sang royal des Bourguignons, il pourrait, après Clotaire, s’emparer du royaume. À ces paroles, la reine, craignant que ce ne fût vrai, se retira dans sa chambre, fondant en larmes. Leudemond, voyant que cette conversation le mettait en péril, s’enfuit pendant la nuit à Sion ; il se cacha ensuite à Luxeuil, auprès de l’abbé Austase qui, plus tard, lui fit obtenir le pardon de Clotaire, et la permission de retourner dans sa ville.

Clotaire, alors avec ses grands dans sa maison de Maslay, fit venir vers lui Aléthée : son odieux dessein ayant été prouvé, il périt par le glaive."

Mais en 616, il promulgue l'édit de Bonneuil qui garantit la transmission héréditaire des bénéfices aux Leudes de Bourgogne.

En 615, Pépin de Landen est maire du palais d'Austrasie, jusqu'en 640, c'est un ancêtre des Carolingiens, apparenté au premier duc de Bavière, Garibald. Il a fait partie des Leudes qui ont appelé Clotaire II et obtient la confiance du roi. C'est aussi l'année où Dagobert, le fils de Clotaire II et de Bertrude, rejoint la cour itinérante de son père. L'Alsace est agitée comme le souligne Ferdinand Lot :

"L’Alsace aussi s’agitait. Clotaire se rendit à Marlenheim et rétablit la paix en « frappant de grande quantité de gens qui se conduisaient mal ».

Clotaire II
Représentation du roi Clotaire II au XVIIIème siècle
par le graveur Sergent-Marceau (1751-1847).

Clotaire réside habituellement dans la région de Paris et le plus souvent dans le palais de Clichy pour se rapprocher de la basilique de Saint Denis. Après ce demi-siècle de folie meurtrière, la Francie connaît la paix. Les Lombards qui paient le tribut depuis 590, obtiennent la cessation de payer ce tribut en soudoyant le maire du palais. Sur les confins de l'Austrasie, dans la Bavière actuelle, commencent à migrer de nouveaux venus appelés en ancien germanique "baio warioz" qui signifie hommes de la Bohême. Ce nom est latinisé en Bavarii ou Baioarii. A cette époque, ils sont réputés descendre des Celtes Boïens, à présent on les considère comme les Germains de l'Elbe. Le premier contact est fâcheux pour les Francs qui sont battus par leur roi Acrol, près de la Forêt Noire.

En apprenant cela à Clichy, Clotaire est furieux. Une expédition est rapidement mise sur pied et les Bavarii sont vaincus et faits prisonniers en grand nombre. Mais Clotaire a une idée en tête, il veut que le souvenir de sa vengeance reste dans la postérité. Aussi quand ses soldats conduisent trente mille prisonniers devant lui, il leur dit qu'ils méritent la mort et qu'il ne fera grâce qu'aux seuls prisonniers dont la tête ne s'élèvera pas au-dessus de son épée.

Et un par un, les prisonniers passent devant l'épée haute de cinq pieds et six pouces et le premier jour, sur dix mille prisonniers, trois mille sont décapités à commencer par le chef de l'armée vaincue. Un seul parmi les vaincus, arrivé devant l'épée, s'agenouille, Clotaire, avec un sourire de mépris, épargne cet homme sans coeur. Le lendemain, à l'aube, le manège reprend et vingt mille prisonniers passent devant l'épée dont six mille sont décapités, voici quelles sont, après la victoire, les réjouissances du fils de Frédégonde.

En 618, la reine Bertrude, mère de Dagobert, meurt. Le roi se remarie avec Sichilde d'Ardenne, fille du comte Brunulphe. En 623, la noblesse d'Austrasie réclame un roi, Clotaire II n'oublie pas leur ralliement en 613 et leur donne son fils aîné, Dagobert. Agé d'environ 19 ans, ce prince est "délégué" par le roi des Francs et Pépin de Landen, le maire du Palais ainsi que les évêques Arnoul de Metz et Chunibert de Cologne l'aident dans sa tâche. Mais Clotaire conserve les dépendances provençales et aquitaines de l'Austrasie sous sa dépendance directe.

La même année, Clotaire intervient dans les affaires de la cour lombarde à propos de la reine Gondeberge, enfermée par son mari Charoald dans une tour à Lumello, sur la foi de mensonges d'un noble Lombard nommé Adalulf qui l'accuse de vouloir tuer le roi pour favoriser la montée au trône du duc Toison.

"Clotaire ayant envoyé des députés au roi Charoald pour s’informer du motif pour lequel il humiliait la reine Gondeberge, parente des Francs, et pourquoi il la tenait en exil" écrit Frédégaire. Le roi reprend les mensonges dits par Adalulf mais suit les conseils d'Ansoald et décide que le champion de la reine affronte Adalulf. Et Frédégaire conclut :

"un cousin de Gondeberge, nommé Pitton, s’avança contre Adalulf. Ayant donc combattu ensemble, Adalulf fut tué par Pitton. Aussitôt Gondeberge fut tirée d’exil après trois ans, et rétablie sur le trône."

En 624, "la quarantième année du règne de Clotaire", précise Frédégaire, " et lorsque Dagobert régnoit déjà utilement en Austrasie, l'un des Grands, nommé Chrodoald, de la noble maison des Agilolfinges (les ducs de Bavière), encourut le courroux de Dagobert." Puis Frédégaire ajoute :

"Dagobert voulant l'éliminer à cause de sa politique séparatiste, son insoumission aux ordres du roi d'Austrasie et son refus de payer l'impôt à Pépin. Chrodoald s’enfuit auprès de Clotaire, le priant de vouloir bien obtenir sa grâce de son fils. Clotaire ayant vu Dagobert, entre autres paroles, lui demanda la vie de Chrodoald ; Dagobert promit que si Chrodoald se corrigeait de ses mauvaises pratiques, il ne courrait pas risque de la vie ; mais aussitôt après, Chrodoald étant venu vers Dagobert, à Trèves, il fut tué sur-le-champ par son ordre. Un homme natif de Scharpeigne, nommé Berthaire, lui trancha la tête avec son épée à la porte de la chambre du roi."

Cette disgrâce de Chrodoald fils de Tassilo 1er, duc de Bavière est justifiée ainsi :

"d’après le conseil du saint évêque Arnoul, de Pépin maire du palais, ainsi que d’autres grands d’Austrasie ; car cet homme, très riche lui-même, était un continuel ravisseur du bien des autres, plein d’orgueil, d’insolence, et qui n’avait rien de bon."

En 625, obéissant à l'ordre de Clotaire, Dagobert se marie avec Gomatrude la soeur de la reine Sichilde d'Ardenne. Le roi d'Austrasie vient pour cet événement à Clichy avec ses Leudes. Et Frédégaire continue ainsi :

"Le troisième jour après les noces, il s’éleva entre Clotaire et Dagobert son fils, une sérieuse querelle. Dagobert demandait tout ce qui appartenait au royaume d’Austrasie, pour le soumettre à sa domination, et Clotaire refusait avec force de le lui céder. Ces deux rois choisirent douze seigneurs d’entre les Francs, pour que leur jugement terminât cette contestation ; parmi ces seigneurs était Arnoul, évêque de Metz, ainsi que d’autres évêques ; et selon sa sainteté, il parlait toujours de paix au père et au fils. Enfin, les évêques et les plus sages seigneurs accordèrent le fils avec le père, qui lui céda ce qui appartenait au royaume des Austrasiens, ne gardant que ce qui était situé en deçà de la Loire et du côté de la Provence."

Les Austrasiens n'apprécient pas un roi Neustrien comme Clotaire II. En 626, le maire du palais de Bourgogne, Warnachaire, meurt. Son fils, Godin qui peut revendiquer cette dignité, se marie avec sa belle-mère, Berthe, fille du roi des Francs. Clotaire II, " enflammé contre lui d’une extrême colère, ordonna au duc Arnebert, qui était marié à une sœur de Godin, de l’attaquer avec une armée et de le tuer."

Godin se réfugie avec sa femme en Austrasie et c'est au tour de Dagobert d'envoyer des députés au roi, demander la grâce de Godin. Clotaire promet de l'accorder à condition que Gaudin abandonne Berthe, ce que le jeune homme fait. Mais il lui faut encore prêter serment d'être fidèle au roi dans les lieux saints de Soissons, Saint Denis et Paris, car explique Frédégaire, Berthe est retournée chez son père et :

"mais Berthe se rendit aussitôt auprès de Clotaire, et lui dit: que si Godin se présentait devant Clotaire, il voudrait tuer le roi lui-même."

Ce cheminement forcé entre les lieux saints est idéal pour préparer un mauvais coup contre Godin. Frédégaire écrit :

"Chramnulf, un des grands, et Waldebert, domestique du roi, dirent à Godin qu’il fallait qu’il allât encore à Orléans dans l’église de Saint-Anien, et à Tours celle de Saint-Martin, pour y renouveler ses serments. Lorsqu’il fut arrivé dans le faubourg de Chartres, à l’heure du repas, dans une petite métairie indiquée par Chramnulf lui-même, Chramnulf et Waldebert se jetèrent sur lui avec une troupe et le tuèrent ; ils massacrèrent quelques-uns de ceux qui étaient restés avec lui, et laissèrent fuir les autres après les avoir dépouillés."

Clotaire II profite de ce scandale pour supprimer la fonction de maire du palais de Bourgogne, comme le précise Frédégaire :

"Cette année Clotaire assembla à Troyes les grands et les Leudes de Bourgogne, et leur demanda s’ils voulaient créer un autre maire du palais à la place de Warnachaire qui était mort. Mais ils le refusèrent unanimement, disant qu’ils ne voulaient jamais élire de maire du palais, et demandant au roi avec instance la faveur de traiter avec lui."

En 627, c'est en Neustrie que la violence éclate dans la haute noblesse. Le roi des Francs rassemble les évêques et tous les grands, à Clichy. Le gouverneur du palais de Charibert, le fils cadet du roi des Francs, Erminarius, est assassiné par les serviteurs d'Aegina, un noble saxon du Bessin.

"Clotaire fit retirer Aegina sur le « Mont-martre ». Charibert et son oncle (maternel) Brodulf, se proposaient de monter attaquer Aegina. Clotaire donna ordre, spécialement aux barons de Bourgogne, d’écraser le parti qui braverait sa défense de combattre." conclut Ferdinand Lot.

Mais Aegina perd son duché saxon et doit rester en résidence forcée dans ce domaine qui lui est concédé. Il meurt quelques mois plus tard, peut être empoisonné. Son duché passe aux mains de Berthoald. En 627, la paix règne dans le royaume, mais la disparition d'Erminarius se fait sentir d'autant plus qu'aucun patrice n'a été nommé. Dagobert accompagné de son maire du palais, Ega, passe en revue les troupes et les ducs et comtes d'Austrasie. La discipline s'est relâchée. Soudain Berthoald attaque, il dispose en plus des troupes régulières, de bandes de mercenaires saxons. L'attaque est multiple, des Saxons menacent Aix la Chapelle, Coblence, Cologne et Maestrich et se dirigent vers Arlon et Trèves.

Dagobert lève le ban dans les places septentrionales de son royaume et ordonne que tous les "appelés", rejoignent sous la direction de leurs comtes, les troupes déjà stationnées vers la frontière. Dagobert se dirige vers Spa, un des principaux points de rassemblement, pour prendre le commandement général des armées. Mais étant donné la longueur du front et la multiplicité des attaques, les ordres du général en chef à ses officiers sont mal transmis. Les troupes sont inégales, celles qui constituent le front permanent sont mieux équipées, comme les contingents d'élite du roi Clotaire. Ce sont essentiellement des fantassins, équipés de casques, de cuirasse et jambières, armés soit de la lance courte, la framée, soit d'arcs et de flèches et tous ont un bouclier de métal, bois ou cuir. Les troupes de "l'intérieur" sont vêtues de façon disparate, soit les soldats portent une veste de cuir dur, un pantalon court de drap dur, des chaussures de cuir ou de bois clouté, soit de peaux de bêtes grossièrement taillés et sont chaussés de sabots. Ils sont équipés d'armes équivalentes mais parfois n'ont pas de boucliers. La cavalerie est peu nombreuse, composée de guerriers possédant leur cheval et le harnachant selon leurs moyens. Ils combattent avec la francisque et la lance et se protègent avec un bouclier rond ou ovale.

Du côté des Saxons, l'équipement est plus disparate encore. Les cavaliers sont plus nombreux et plus aguerris que leurs adversaires et se battent plutôt avec une hachette rudimentaire et à un seul tranchant. Les Saxons ont gardé leurs traditions guerrières tribales. L'obéissance est de rigueur et tout manquement est puni de supplice et de mort. En outre, la mort au combat donne droit aux plaisirs célestes, elle est donc recherchée. La hiérarchie est mieux établie que chez les Francs.

Mais Dagobert est sûr de lui et se sent protégé par Dieu. Il arrive à Spa au moment où Berthoald déploie ses troupes. Il décide d'attaquer les Saxons au centre, puis de les prendre à revers. Il rassemble le maximum de cavaliers et s'élance. Berthoald fait exactement la même chose et s'élance. Les cavaliers s'affrontent en laissant les deux chefs face à face. Berthoald réussit à saisir son adversaire par sa longue chevelure et d'un coup d'épée il la coupe et la jette par terre. A présent Berthoald dirige la pointe de son épée vers la gorge de Dagobert, mais les cavaliers francs se ruent sur lui, la lance au poing et il fait volte-face. C'est le repli.

Dagobert est soudain au désespoir, sa chevelure, signe de sa royauté est à terre. Sa manoeuvre a été présomptueuse, il sent la réprobation chez ses officiers, vont ils obéir à un roi sans chevelure ? Une attaque des Saxons ne va pas tarder ! Dagobert aussitôt écrit plusieurs courriers à son père et demande un prompt secours. Clotaire et Ega se pressent et la cavalerie franque suivie de près par l'infanterie, arrive près d'Aix la Chapelle. Voyant cela, Berthoald reprend la stratégie de Dagobert à son compte, se propose d'enfoncer la ligne franque et de se rabattre sur elle par derrière. Il fonce avec ses meilleurs cavaliers et se cogne sur Ega et son escorte. A coup de piques et de lances il est bientôt à terre et fait prisonnier. Son escorte s'enfuit et c'est le signal de la retraite générale. Ega demande l'exécution immédiate de Berthoald. Sans consulter Dagobert, Clotaire prononce la condamnation du duc saxon et un guerrier lui tranche la tête. Dagobert n'est pas fier avec sa chevelure coupée et ne doit son salut qu'à l'armée neustrienne et Clotaire se montre triomphant. Sur les conseils d'Ega, Dagobert commence la restruration des "provinces saxones" et la reconstitution du royaume thuringien. Il a bien compris qu'il pourra en avoir besoin contre les Slaves.

Il a compris aussi qu'il n'est point un bon chef de guerre et dorénavant il sera le gardien persévérant de son royaume et ne partira pas dans des expéditions aventureuses au delà des frontières. Il s'occupe d' étudier l'administration et le pouvoir des comtes qui interviennent dans le domaine militaire mais surtout dans le domaine civil : ordre public, justice, surveillance des domaines royaux et collecte et acheminement des impôts royaux. Dagobert songe à rationaliser cet écheveau de procédures et d'exceptions. Il va, comme Chilpéric, reconstituer le cadastre, mais ces registres brûlent avec une grande facilité. Pendant ce temps, les évêques Chunibert et Clodulf préparent la rationalisation de l'administration ecclésiastique et des pouvoirs épiscopaux. L'évêque, en effet est un grand propriétaire foncier et immobilier, le chef de la justice ecclésiastique et l'arbitre des questions d'état civil et de beaucoup de contrats civils. L'évêque gère les nombreux agents des établissements et services régis par le clergé qui échappent à toute obligation militaire ou fiscale.

A l'automne 628, les deux évêques estiment qu'il faut rendre compte au roi de leur mission. Une importante réunion est décidée et aura lieu à Cologne. Dagobert et les deux évêques prennent des décisions qui seront plus tard appliquées à tout le Regnum Francorum. Ainsi toute désignation abusive de diacres et de prêtres, toute élection suspecte d'un évêque pourra faire l'objet d'un appel au roi. Un rappel est fait aux évêques de leur charge d'enseignement et de tout ce que cela implique. Les privilèges des évêques seront suspendus si cette mission n'est pas satisfaite. La gestion des biens épiscopaux doit être un modèle pour tous les propriétaires de manière à améliorer le sort des cultivateurs et augmenter les récoltes. Les veuves, les orphelins et les affranchis sont dorénavant jugés au tribunal de l'évêque lequel doit en outre veiller au sort des esclaves. Mais dans cette entrevue de Cologne, les trois hommes parlent aussi des moyens de restaurer les ressources royales pour une bonne administration du royaume. Et comment augmenter les ressources royales ?

Probablement en confisquant les biens excessifs de l'Eglise qui possède en ce temps là, le quart des surfaces cultivées. C'est à ce moment là qu'arrive à Cologne des nouvelles importantes, Caribert et sa femme Fulberte, ont un enfant, Chilpéric, viable et baptisé. Eloi, le grand argentier du roi Clotaire est malade et le roi lui même, a fait une syncope et après quelques jours a été ramené à Paris. Les médecins restent inquiets. Des troubles éclatent en Aquitaine, les Leudes et les cités se plaignent d'être considérés comme des habitants d'une province mineure et une émeute a eu lieu à Cahors où l'autorité du comte est contestée.

Dagobert s'en soucie mais suivant les conseils d'Ega, il part rétablir l'ordre dans les marches saxonnes. Il reconnaît des ducs germains qui seront dûment contrôlés. Puis il réside à Trèves où il tient des audiences de la Cour royale puis retourne à Metz en août 629 où il peaufine les réformes administratives et judiciaires qui viennent d'être élaborées et veille au respect des compétences nouvellement définies des tribunaux comtaux et épiscopaux. En octobre, un courrier apporte la nouvelle de la mort de Clotaire, à 45 ans. Alors écrit Frédégaire :

"Dagobert, apprenant la mort de son père, ordonna à tous les Leudes qui lui étaient soumis en Austrasie de s’assembler en armée"


L'avènement du roi Dagobert

Dagobert se presse de partir pour Paris, il voyage avec Pépin et arrive à Reims puis Soissons. Dagobert est reconnu roi par les évêques et les Leudes de Bourgogne et de Neustrie. Il est accueilli par Landri, dans la capitale en deuil. Le lendemain, après les obsèques à l'Eglise Saint Vincent, il se rend au Palais, sous bonne garde, commandée par Ega. Le Palais est aussi sous bonne garde. Ega donne l'ordre de la dispersion, l'officier qui commande la troupe réplique qu'il a des ordres contraires. Ega répond, en désignant Dagobert :

"Il ne peut y avoir d'ordres contraires à celui du roi ."

L'officier s'incline. Au Palais, Brunulf explique que Sichilde est partie pleurer dans sa villa de Bonneuil et que Clotaire avant de mourir lui a déclaré que le gouvernement de ses Etats, sauf l'Austrasie, revient à Caribert secondé par Landri en sa qualité de maire du Palais. Dagobert demande à Brunulf quels témoins ont assisté à cette déclaration. Brunulf surpris, cite Landri et Amand. Dagobert les convoque sur le champ. Landri n'a jamais reçu cette déclaration et l'évêque Amand n'a entendu qu'une confession sans rapport avec ce qu'à dit Brunulf. Dagobert alors tonne :

"Brunulf, quitte la cité aussi vite que la fougue de tes coursiers te le permettra."

Brunulf déguerpit rapidement. Dagobert demande où est son frère, il est aussi à Bonneuil avec sa mère, sa femme et son fils. Dagobert décide d'y aller, Il y trouve en effet Caribert, Fulberte et Chilpéric et Bruère la femme de Brunulf, mais Sichilde vient juste de partir pour une destination inconnue. Cela sent le complot ! Une rapide enquête permet de découvrir que la femme de Brunulf, qui n'a pas trempé dans les forfaits de son mari, est issue d'une riche famille des bords du Loir. Dagobert envoie des courriers là bas pour éclaircir cette histoire. Brunulf et Sichilde sont bien dans ce domaine ! Quelques fidèles les ont rejoints et le domaine est pourvu d'une garde armée. Brunulf joue le tout pour le tout, puisqu'il est avec la reine mère, il projette un soulèvement pour la "délivrance du roi Caribert".

Cette agitation attire l'attention d'un seigneur local, nommé Lavardin, ancien compagnon d'armes du duc Ega. Lavardin rassemble des hommes d'armes et prévient Brunulf qu'il veut lui parler. Brunulf s'affole, sa garde impressionnée par l'ampleur du détachement qui accompagne Lavardin, se cache dans les souterrains en attendant des jours meilleurs. A l'arrivée de Lavardin, Brunulf s'enfuit avec quelques hommes vers le village de Trôo où il a des amis. Lavardin le poursuit, le rattrape et le capture. Brunulf est jeté dans le puits profond du village.

Un envoyé du roi Dagobert rencontre Lavardin qui lui explique ce qu'il a fait. L'envoyé et Lavardin se rendent au domaine de Bruère où réside Sichilde. Il lui fait part de la volonté de Dagobert :

"Dame, le roi vous enjoint de demeurer en cette villa et de n'en sortir sous aucun motif sans son ordre exprès; ma mission est de vous faire savoir que vous ne serez jamais inquiétée mais qu'il y va de votre vie."

La légende dit que Sichilde a demandé à finir ses jours dans le monastère de femmes à Solesnes, qu'elle y a été autorisée et qu'elle y est morte et enterrée quelques années après.

Le roi convoque à Paris son frère Caribert ainsi que Fulberte et il déclare, devant toute la Cour qu'il est le roi de tout le Regnum Francorum et qu'il compte sur son frère Caribert en toutes circonstances, qui sera chargé de missions royales et qu'il lui succèdera s'il n'a pas d'enfant. Le maire du Palais Landri meurt peu de temps après. Le duc Ega est nommé maire du Palais de Neustrie. Gomatrude est dans la villa royale de Romilly sur Seine et informée de la mort de son frère Brunulf et de l'exil de sa soeur Sichilde. Dagobert préoccupé par l'état de santé d'Eloi, vient lui rendre visite sur son lieu de convalescence près de Paris. C'est peut-être là qu' il fait la connaissance de Nanthilde, une personne d'origine très modeste, probablement au service d'une grande dame de la Cour. Le roi lui fait une cour assidue, elle a le courage de résister.

fibules mérovingiennes
Fibules mérovingiennes

Le roi Dagobert (mot d'origine germanique signifiant brillant comme le jour), laisse la charge du gouvernement sur les épaules de son nouveau maire du Palais et effectue des "tournées" en tous points de la Neustrie et de la Bourgogne pour inspecter et préparer les réformes qu'il a mises en oeuvre en Austrasie et il participe à de nombreuses audiences. Il rentre et s'installe dans l'abbaye de Saint Denis. C'est alors qu'à l'improviste, le maire du Palais et le trésorier Didier arrivent et demandent à être reçus par le roi.

La situation en Aquitaine s'est soudain bien dégradée. Les nombreux voyages en Neustrie et en Bourgogne ne sont pas passés inaperçus et les Grands ne supportent pas qu'on traite leur province comme une entité mineure. De plus l'absence d'une autorité incontestable laisse les rivalités s'épanouir. En conséquence, les officiers royaux sont molestés. A Cahors, le comte assiégé par des bandits, a vu le peuple soutenir les assiégeants. L'évêque, une personne respectée de tous, s'est interposé, et a été lapidé. La garde comtale, soutenue par des garnisaires*, a dispersé les émeutiers mais l'évêque tué est Rustique le frère de Didier. Et les Grands, les prêtres, les notables ont choisi par acclamation son successeur, ce sera Didier ! Et ce n'est pas suffisant, il faut un représentant du roi vivant en Aquitaine.

* garnisaire : Gardien établi en garnison chez les contribuables en retard pour les obliger à payer, ou chez un débiteur ou chez les parents d'un jeune homme qui ne s'est pas présenté à la conscription.

Le roi en entendant cela est ébranlé par cette exigence. Il écrit immédiatement une lettre qui parvient péniblement au comte de Cahors lui disant que se séparer de son trésorier .... Mais la réponse vient confirmer ce que lui a dit Ega, il le faut et même cela ne suffit pas. Alors Dagobert réunit les principaux personnages de la Cour, Didier est fait évêque de Cahors et Caribert est nommé vice-roi de toute l'Aquitaine méridionale, cette province comprend les cités de Toulouse, Cahors, Agen, Périgueux, Saintes et les territoires jusqu'aux Pyrénées. Caribert, troublé par l'émotion, s'agenouille, Didier accepte mais fond en larmes car quitter le roi et ses collègues du gouvernement est pénible. Cette décision de Dagobert est confirmée par un traité précise Frédégaire :

"sous la condition que jamais Charibert ne lui redemanderait jamais rien du royaume de leur père."

La vice royauté de Caribert
La vice-royauté de Caribert (en rouge) entre la Septimanie wisigothe et l'Océan

Mais le jeune vice-roi n'est pas envoyé dans cette province agitée sans précautions. Il est accompagné d'hommes de talent et il est informé des personnages locaux sur qui il peut se fier. A la cour du roi Dagobert, on sait que les Basques sont divisés, les Vascons montagnards sont hostiles aux Gascons des plaines. Mais les fidèles aux royaumes des Francs sont nombreux et parmi eux, le duc Bascons qui commande les garnisons landaises, parle la langue basque et bénéficie d'une grande popularité locale. Des mesures de sûreté sont prises immédiatement, les garnisons sont mises en alerte et des troupes solides sont envoyées sur les lieux de la rébellion. La mission est de refouler les Vascons ibériques qui ont franchi les cols ainsi que les Basques aquitains qui les ont rejoints. Caribert, Bascons et d'autres ducs et comtes se pressent vers les Basques révoltés. Et là, le vice-roi fait preuve d'un courage personnel et d'un sens tactique qui surprend ses officiers. Les Basques se soumettent en grand nombre, la déroute est totale et le pays est livré aux Francs jusqu'aux Pyrénées. Caribert s'arrête là, y laisse suffisamment de troupes et retourne à Toulouse, l'ordre est revenu.

Dagobert répudie la reine Gomatrude et l'évêque Amand s'y oppose fermement. Le roi l'envoie à Toulouse où il va se consacrer à l'évangélisation des païens. Le roi convoque Nanthilde et lui dit :

"Je sais que tu voulais être reine, tu le seras."

Mais incapable d'être fidèle, il convient avec elle qu'il n'y aura aucun reproche de sa part sur ce chapitre. Les enfants qu'elle aura avec lui seront des héritiers royaux et elle sera toute sa vie traitée en reine. Le mariage est célébré dans la chapelle de Saint Denis en décembre 629. Et le frère de Nanthilde, Landegisèle sera nommé trésorier en remplacement de Didier. En 629, 630, Dagobert reprend ses tournées et se dirige vers la Bourgogne et il est mal accueuilli par les Grands. Louis Dupraz a bien expliqué pourquoi :

"Les Grands du royaume Burgondes étaient autonomistes. Ils y trouvaient leur compte; une administration fortement décentralisée facilitait leurs entreprises sur les biens du fisc et d'autrui, leurs empiètements sur le pouvoir central et le gouvernement de leurs circonscriptions au mépris des ordres du Roi. Ils avaient obtenu, sous prétexte de traiter directement avec lui, qu'il supprimât la mairie de Burgondie (626-627); ils avaient ainsi écarté le représentant du palais, qui trop proche, les aurait gênés."

Louis Dupraz, Société de l'Ecole des chartes, Mémoires et documents, Volume 12, Numéro 1

Puis le roi retourne en Austrasie, à Metz, il est reçu par Anségisèle et Clodulf. Ils lui font remarquer que l'Austrasie ne doit pas avoir le sentiment d'être délaissée par le roi au profit de la Neustrie ou de la Bourgogne et que sa venue doit être plus fréquente. Chunibert approuve ces paroles. Pendant son séjour à Metz, dans la compagnie d'Anségisèle, Dagobert remarque une jeune noble, Ragnétude, qui devient son amante et est traitée comme une reine. Le roi revient à Paris et apprend que Ragnétude est enceinte de lui. Puis Anségisèle et ses amis évêques lui apprennent que les Grands d'Austrasie sont joyeux, que le peuple de Metz est en liesse car il y aura un prince austrasien né de Dagobert qui a été roi d'Austrasie et d'une austrasienne ! La reine Nantilde le félicite d'autant que le roi lui précise que jamais un fils de Ragnétude ou d'une concubine n'aura le pouvoir sur la Francie entière. Ragnétude est menée à Orléans, tout a été prévu et supervisé par le roi pour le confort et les soins de la future mère. L'enfant naît, c'est un garçon en bonne santé, il est prédisposé pour le trône d'Austrasie, il s'appelle Sigebert.

maquette de Paris à l'époque mérovingienne
Maquette de Paris à lépoque mérovingienne

Le roi doit rester à Paris , il attend l'ambassadeur de l'empereur Heraclius qui vient de Byzance pour lui proposer un traité d'alliance, fort symbolique, mais qui témoigne de l'influence internationale de Dagobert. Le roi demande à son frère d'être le parrain du jeune Sigebert, Caribert se fait une joie de cette responsabilité, il part immédiatement pour Orléans et s'occupe de tout, le baptême sera luxueux ! Caribert a emmené l'évêque Amand, c'est lui qui bénit l'enfant royal à la cathédrale et il est, le soir même, nommé évêque de Maestricht ou Chunibert le fait acclamer. Ragnétude et Sigebert retourne à Metz où ils logent dans la villa royale de Montigny.

L'orfèvre Eloi, le futur saint Eloi, est une sorte de "premier ministre" mais il s'occupe surtout de finances et c'est sur ses conseils que le roi va centraliser la frappe des monnaies qui auparavant était dispersée dans le royaume et permettait des manipulations. Mais Dagobert tourne les yeux vers le sud, en Espagne la situation évolue. Swinthila, le petit fils de la reine Brunehilde, règne depuis qu'il a renversé Récarède II en 621. Il a réussi à chasser les dernières troupes byzantines du sud de l'Espagne et à repousser les Vascons. Mais malgré ses victoires il mécontente la noblesse par sa cruauté et par le désintérêt qu'il montre pour les affaires de l'Espagne qu'il laisse aux mains de son frère et la place qu'il accorde à son fils Ricimer dans l'exercice du pouvoir. Les Grands du royaume y voient un empiètement sur leurs droits et l'Eglise est aussi mécontente de n'avoir pas été consultée sur ce sujet et pour la confiscation de ses biens par le roi. Swinthila est donc considéré par les Grands et le clergé comme un odieux tyran. De conspirations réprimées dans le sang, on passe à une rébellion ouverte qui est menée par un des Grands nommés Sisenand.

Sisenand fait appel à Dagobert en mars 631 et il lui promet le missoire d'or, (le vase précieux que Thorismond avait reçu d'Aetius, pesant cinq cent livres), si le roi des Francs l'aide à le débarrasser de Swinthila. Dagobert accepte cette demande, il mobilise une armée en Bourgogne et en confie le commandement aux ducs Abundance et Vénérande, direction Saragosse. Cette armée approchant de l'Espagne entraîne deux conséquences : Swinthila abandonne la lutte et Sisenand et les Goths élèvent Sisenand sur le trône. Les Francs sont très bien accueillis en Espagne et reviennent en France comblés de présents.

"Le roi Dagobert envoya ensuite en ambassade au roi Sisenand les ducs Amalgaire et Vénérande pour qu’il lui fit passer le missoire qu’il lui avait promis. Sisenand le remit en effet à ces envoyés, mais les Goths le leur enlevèrent par force et ne souffrirent pas qu’ils l’emportassent. Les envoyés étant revenus, le roi reçut de Sisenand deux cent mille sous d’or pour prix de ce missoire. On dit que le roi Dagobert donna dévotement cet argent avec plusieurs autres ornements pour la construction de l’église de saint Denis." précise Frédégaire.

Pendant ce temps, Caribert est gravement malade, il meurt le 8 avril 632. Ce qui n'"arrange" pas Dagobert, parce qu'il ne peut le remplacer par un quelconque duc et la menace des Vascons est toujours présente. Mais l'attention du roi est attirée dans une toute autre direction. A l'est du royaume des Francs, une nouvelle entité s'est formée dernièrement autour d'un chef d'escorte militaire franc qui a l'habitude d'accompagner des marchands se déplaçant en caravanes pour commercer avec les tribus wenèdes (slaves). Les risques avec les Avares de perdre les marchandises et même la vie ont nécessité cette organisation. Samo a été remarqué par les Tchèques, vers 620 et il lui a été proposé d'être leur chef de guerre. Samo a accepté et peu à peu il a repoussé les Avares, les Wénèdes ont fait de Samo, leur roi. Il a réussi à contrôler un espace comprenant l'actuelle Tchéquie, une partie de l'Autriche (de la Carinthie à la Basse Autriche), les 6 régions occidentales de la Slovaquie et le nord de la Slovénie,

Extension maxi du "royaume de Samo"
Extension maximale du "royaume de Samo"
(origine wikipedia)

Et la majeure partie des ressources de Samo, proviennent de ses pillages. Il est devenu païen et slave et en 631, a détroussé et tué des marchands francs.

"Cette année les Esclavons, surnommés les Wénèdes, et vivant sous le roi Samon, tuèrent un grand nombre de négociants Francs, et les dépouillèrent de leurs biens. Ce fut le commencement de la querelle entre Dagobert et Samon." écrit Frédégaire.

Le roi Dagobert envoie une ambassade conduite par Sichaire qui n'est pas reçue par Samo. Sichaire s'habille en wénède et approche de Samo et lui délivre le message du roi Dagobert. Samo répond qu'il a l'intention de réunir un plaid pour traiter ces contestations et d'autres en même temps. Sichaire se fâche et profère des menaces, le ton monte et Sichaire est expulsé. De retour près de Dagobert, il explique ce qui s'est passé et le roi décide de venger l'affront. Voici comment Frédégaire décrit la campagne :

"Dagobert ayant appris ces choses, ordonna sur le champ que, de tout le royaume, l’armée se mît en marche contre Samon et les Wénèdes : trois corps de troupes avancèrent contre eux. Les Lombards aussi, à l’appui de Dagobert, firent la guerre aux Esclavons, qui, de leur côté, appelant de divers lieux des secours, se préparèrent à résister. L’armée des Allemands, conduite par le duc Chrodobert, remporta la victoire dans les lieux par où elle était entrée. Les Lombards furent aussi vainqueurs, et ils emmenèrent captifs un grand nombre d’Esclavons. Le roi, ayant ravagé cette terre, revint dans ses États."

Mais ce n'est pas terminé avec les Wénèdes. L'année suivante, ils entrent dans la Thuringe, aussitôt qu'il en est informé, Dagobert lève une armée en Austrasie et se dirige vers Mayence. Au moment de traverser le Rhin, il voit venir vers lui des "députés" saxons pour parlementer. Les Saxons demandent la remise des tributs qu'ils payent depuis Clotaire 1er, en l'occurrence un tribut annuel de 500 vaches et ils s'engagent à résister aux Wénèdes et de garder de ce côté la frontière des Francs. Ayant pris le conseil des Neustriens qui l'accompagnent, Dagobert accepte ces demandes.

"Les Saxons, venus pour cette affaire, prêtèrent serment sur des armes et au nom de tout leur peuple, selon la coutume de leur pays. Mais leur promesse eut peu d’effet. Cependant, depuis cette époque, ils ont cessé de payer le tribut auquel ils étaient soumis." écrit Frédégaire.

Et en 632, on retrouve les Wénèdes qui ravagent à nouveau, la Thuringe et les cantons voisins. Que nous dit Frédégaire ?

"le roi Dagobert vint à Metz, et là, de l’avis des évêques et des grands, et avec l’approbation des principaux du royaume, il institua son fils Sigebert roi d’Austrasie, et lui permit de prendre la cité de Metz pour résidence. Il chargea Chunibert, évêque de Cologne, et Adalgisel, duc du palais, du soin de gouverner, donna à son fils un trésor suffisant, l’établit enfin sur le trône avec la dignité qui convenait, et confirma par des ordres écrits toutes les concessions qu’il lui avait faites. On sait que, dans la suite, les Austrasiens défendirent vaillamment contre les Wénèdes la frontière du royaume des Francs."

On peut en conclure que les Leudes austrasiens combattent "mollement" les Wénèdes, car ils sont mécontents de la préférence que semble marquer le roi par les Neustriens. Mais quand Dagobert leur donne son jeune fils Sigebert comme roi d'Austrasie, ils combattent plus efficacement ! En 635, la reine Nanthilde met au monde un garçon, nommé Clovis.

En Aquitaine, la situation est dangereuse, les leudes aquitains commencent à s'agiter, dès l'aggravation de la maladie de Caribert, des ambitions se sont manifestées. Dagobert n'a pas beaucoup de solutions. Il décide que Chilpéric, le fils de Caribert, sera vice-roi, dès qu'il sera capable de marcher. La régence étant assurée par le duc Egina et l'évêque de Toulouse, tandis que Didier, à présent évêque de Cahors, sera consulté pour les soucis urgents. Mais Chilpéric est atteint par des coliques qui l'emportent.

Sigebert III n'a pas tout à fait quatre ans et son domaine couvre également la Provence et l'Aquitaine. Il est roi d'Austrasie en 633, son intronisation est bien préparée : Pépin, le maire du Palais est assisté du duc Adalgisel, (Anségisèle) qui a l'autorité militaire ainsi qu'administrative sur les comtes autrasiens. Cunibert devient pontife archévêque avec autorité sur les évêchés de Cologne et de Metz. Cunibert et Adalgisel ont la charge de gouverner le palais et le royaume jusqu'à la majorité du roi. Ils sont responsables de leur gestion devant le roi Dagobert.

Clovis n'a que six ou huit mois lorsqu'il est investi de la qualité royale. Dagobert déclare que "tout le domaine du pays de Neustrie et de la Burgondie passera sous sa suzeraineté directe dès que le Seigneut Tout Puissant Nous aura rappelé à lui".

En 636, Les Vascons se réveillent en pillant l'Aquitaine. Dagobert envoie le référendaire Chadouin, une dizaine de ducs ainsi que plusieurs comtes et une armée levée dans le royaume de Bourgogne, pacifier la région. Frédégaire décrit cette campagne ainsi :

"Les Gascons étant sortis des rochers de leurs montagnes, se préparèrent à la guerre. Le combat s’étant engagé, selon leur coutume lorsqu’ils virent qu’ils allaient être vaincus, ils prirent la fuite et, se réfugiant dans les gorges des Pyrénées, ils se cachèrent dans les rochers inaccessibles de ces montagnes. Les troupes de Chadoinde les ayant poursuivis en firent un grand nombre captifs, en tuèrent beaucoup, et incendiant toutes leurs maisons pillèrent leur argent et leurs biens. Enfin les Gascons vaincus ou soumis demandèrent grâce aux ducs ci-dessus nommés, promettant de se présenter par devant le glorieux roi Dagobert, de se remettre en son pouvoir, et de faire tout ce qu’il leur ordonnerait. Cette armée serait retournée clans son pays sans aucune perte si le duc Arimbert n’eût été, par sa négligence, tué par les Gascons dans la vallée de la Soule avec les seigneurs et les nobles de son armée. L’armée des Francs qui avait passé de Bourgogne en Gascogne, après avoir remporté la victoire, rentra dans son pays." L'année suivante,  les seigneurs Gascons et leur duc Aeginan, viennent à Clichy, rencontrer le roi et lui jurer de rester fidèles en tout temps à Dagobert, à ses fils et au royaume des Francs.


Les relations avec les Bretons de Domnonée vont se détériorer en 635. En effet la monnaie bretonne a un cours plus élevé que la monnaie franque et des marchands francs viennent en nombre faire des affaires en Domnonée ce qui fait un manque de ressources pour le trésor du roi des Francs. Les demandes de Dagobert de faire baisser le cours de la monnaie bretonne afin de la mettre à parité avec la monnaie franque se heurtent à un refus du duc breton Judicaël. Les mesures de rétorsion, par exemple le refus des pièces bretonnes en Francie ou la confiscation des domaines de l'évêché de Nantes en Anjou et en Poitou ne font pas changer d'avis le duc. Mais en représailles, Judicaël autorise le brigandage dans les marches franques. Dagobert lui déclare la guerre et une armée franque marche contre les Bretons, mais les Francs sont repoussés jusqu'aux portes du Mans. Une deuxième armée dirigée par Guy, comte de Chartres, vient au secours de la première. L'armée bretonne dirigée par Budic, un comte de Cornouailles et Henry, baron de Pont-Labbé, avance à travers le Maine, prend Laval et atteint Loué. Puis les Bretons tendent une embuscade aux Francs, entre Le Mans et Laval. L'armée franque, forte de six mille guerriers, avance dans un chemin creux. Et soudain ils sont enveloppés par trois mille Bretons et battus nettement. Le comte de Chartres est capturé et amené jusqu'au duc Judicaël. Les Bretons se retirent et montrent ainsi qu'ils n'ont fait que se défendre.

Dagobert de son palais de Clichy, envoie l'évêque Eloi auprès du chef breton Judicaël pour qu'il répare les torts qu'il avait commis et reconnaisse sa domination. L'envoyé du roi franc est reçu en Bretagne avec honneur ! Judicael est convié par Eloi à venir à Clichy rencontrer le roi Dagobert et d'autres personnages importants à la cour de Francie. Judicaël vient donc à la cour du roi franc mais refuse de loger au Palais et n'accepte de résider que chez Dadon le référendaire* du roi. Il entend être traité comme un duc, rien de plus. Il négocie avec Dadon (le futur saint Ouen) et soudain derrière une tenture on voit apparaître le roi Dagobert qui vient le saluer chaleureusement. Judicaël reconnait la souveraineté du roi franc.
* Référendaire : chef de la chancellerie.

Le roi Dagobert voit aussi des Basques le reconnaître comme roi, comme le confirme Frédégaire :

"La quinzième année du règne du règne de Dagobert [636], tous les seigneurs de Gascogne, avec leur duc Amande, se rendirent à Clichy, auprès du roi ; et là, redoutant la colère royale, ils se réfugièrent dans l’église de Saint-Denis. Par respect pour le saint, la clémence du roi Dagobert leur accorda la vie. Ils renouvelèrent alors leurs serments, promettant d’être à jamais fidèles au roi, à ses fils et au royaume des Francs ; serments qu’ils violèrent dans la suite, selon leur coutume. Avec la permission du roi, ils retournèrent dans le pays de Gascogne."

Dès 637, il se voit périr et, malade d'un flux de ventre, il est transporté de sa maison d'Epinay vers la basilique de Saint-Denis et là se sentant plus mal, il fait venir d'urgence son conseiller Ega et lui recommande la reine Nanthilde et son fils Clovis. La même année, il réunit les Leudes à Clichy, ainsi que ses deux fils, Sigebert et Clovis et annonce officiellement que le premier règnera sur l'Austrasie et le second sur la Neustrie et la Bourgogne. On s'achemine vers la fin de l'unité du Regnum Francorum et comme les enfants sont petits (7 et 2 ans), vers la fin du pouvoir des rois mérovingiens repris par les maires du Palais : Pépin en Austrasie, Ega en Neustrie. Et pour la Bourgogne, il n'y a pas de roi ! Les Leudes veulent un maire du Palais résidant sur place. Les Grands se réunissent sous la direction d'un des leurs qu'ils ont choisi : Flaochat (ou Floachat), mais cela n'a rien d'officiel. Et ce personnage ne semble pas aux yeux de Dagobert et de ses conseillers un bon candidat pour être maire du Palais car en soutenant les plus riches vassaux il est devenu impopulaire.

Mais dans cette construction politique, deux rois et deux maires du Palais, aucune règle ne dit que l'un est vassal de l'autre ni qu'ils devront s'associer pour gouverner le royaume. Comme si la pratique du royaume unique depuis 613 rendait ce dernier indissociable. Il ne faut pas oublier les grands féodaux. La fatigue et la maladie du roi vont le confiner dans les villas royales proches de Paris. Au début de 638, Ega est officiellement maire du Palais de Clovis II. Comme en Austrasie, le duc Adalgisel seconde Pépin, en Neustrie, un cousin de Dagobert, Erchinoald secondera Ega en Neustrie. Bien apprécié par les conseillers du roi, il est lié avec la famille de Pépin.

A l'automne 638, le roi ressemble à un vieillard, sa chevelure et sa barbe blanche y font beaucoup,  sa maigreur aussi.  Les médecins de l'époque n'arrangent rien avec leurs saignées et les vins cuits. Il veut se déplacer à la basilique de Saint Denis qu'il a tant enjolivé avec le plomb provenant des mines de Melle (actuellement dans le département des Deux-Sèvres), qui à titre d'impôt,fournit tous les deux ans, huit mille livres de plomb. Il faut préparer un char à boeufs et le conduire lentement. Mais aussi faible soit il, le roi travaille, il pense à ce que va devenir la Francie après lui. Ega est choisi comme le coordinateur, placé au niveau du Regnum Francorum, pour remplacer le roi. En même temps il est le maire du Palais de la Neustrie et doit collaborer avec la reine Nanthilde qui sera régente à la mort de Dagobert. Adalgisel approuve les décisions du roi, il représente l'autorité militaire en Austrasie comme Ega représente l'autorité civile en Neustrie. L'entente parfaite entre ces deux responsable est nécessaire à la prospérité du royaume. Adalgisel accepte avec fierté ce rôle. Peu avant Noël, le roi convoque ses ministres, des Grands laïques et ecclésiastiques de Neustrie et ceux d'autres régions du royaume qui sont de passage à Paris. Il leur communique ses intentions, ses volontés testamentaires pour qu'ils en soient les témoins le jour où il ne sera plus là.

Il ne participe pas aux festivités de Noël, aux prises avec une fièvre tenace. Au début de l'année 639, il annonce qu'il veut mourir à Saint Denis et vers le 15 janvier il s'y fait transporter. Le 19 janvier au matin, Dagobert meurt, âgé de 30 à 35 ans d'une dysenterie, sa date de naissance n'est pas très précise. Il est inhumé à la basilique de Saint Denis qui devient nécropole royale. Ses obsèques sont somptueuses, les Grands sont venus rapidement de tout le royaume, un évêque breton participe à l'office funèbre et le duc des Basques est présent.

Le royaume franc à la mort de Dagobert
Le royaume franc à la mort du roi Dagobert (639)
origine wikipedia

Le jeune Clovis II (5 ans) est reconnu comme roi de la Neustrie et de la Bourgogne et Nanthilde assure la régence jusqu'à sa mort en 642, mais le pouvoir est détenu par le maire du Palais Ega. En Austrasie, Pépin vient s'agenouiller devant le jeune roi Sigebert III (9 an) et l'assure de son dévouement. Mais il tombe gravement malade, reste confiné dans ses appartements et ne décide rien de particulier. Très vite un désaccord apparaît entre Neustriens et Austrasiens, il s'agit du partage du trésor de Dagobert. Les Grands Neustriens clament que seul le roi Clovis II, comme héritier direct, peut y prétendre, alors que les Austrasiens demandent un partage entre Clovis II et Sigebert III. Nanthilde doit trancher, elle le fait sur les conseils d'Ega et choisit le partage entre les deux rois.

Pépin meurt au début de l'année 640, il faut lui trouver un remplaçant. Adalgisel est pressenti mais il préfère rester duc et ne pas se heurter à son beau-frère Grimaud le fils de Pépin. Deux candidats sont en lice : Otton et Grimaud (ou Grimoald). C'est Otton, le précepteur du jeune roi Sigebert qui l'emporte de justesse, avec le soutien massif des ecclésiastiques, face à Grimaud, le tenant de la primauté austrasienne. En Bourgogne, les Grands, à défaut de roi, réclament un maire du Palais installé en Bourgogne. Ega finit par céder et Flaochat devient maire du Palais à Dijon. Mais Ega, déjà âgé meurt en fin 640 ou début 641. Il est remplacé par Erchinoald (appelé aussi Archambaud).
Et Grimaud est rapidement mis à l'épreuve, en 642, le duc de Thuringe, déjà rétif à l'autorité du roi Sigebert, pense que le moment est favorable pour se déclarer indépendant. Radulf veut rétablir l'ancien royaume d'Hermanfried et peut-être attirer d'autres peuples germains soumis à la domination des Francs. La division qui règne à la cour de Metz l'a sans doute inspiré et il s'est fait parmi les nobles austrasiens des partisans. Grimaud sent le danger et convoque le ban et l'arrière ban de l'armée d'Austrasie et même des troupes venues d'Auvergne et insiste, pour donner plus de poids à l'expédition, pour que le jeune roi paraisse à la tête de ses guerriers. Frédégaire poursuit ainsi :

"Ayant passé le Rhin avec une armée, il fut joint par tous les peuples de son royaume qui habitaient au-delà de ce fleuve. À la première rencontre, les troupes de Sigebert défirent et tuèrent un fils de Chrodoald nommé Fare, qui s’était uni avec Radulf ; on réduisit en captivité tous les soldats de Fare qui échappèrent à la mort."

Puis il poursuit :

"Sigebert, ayant passé avec son armée la forêt de Buchonie, s’avança promptement dans la Thuringe. Ce que voyant, Radulf établit son camp sur une colline aux bords de l’Unstrut en Thuringe, et ayant rassemblé de toutes parts autant de troupes qu’il put, il se retrancha dans ce camp pour s’y défendre avec les femmes et les enfants. Sigebert arrivé avec son armée fit entourer le camp de toutes parts. Radulf, en dedans, se prépara à résister avec vigueur ; mais le combat s’engagea sans prudence. La jeunesse du roi Sigebert en fut la cause, les uns voulant combattre le même jour, les autres attendre au lendemain, et les avis demeurant ainsi fort divisés. Ce que voyant les ducs Grimoald et Adalgise, et pressentant du danger pour Sigebert, le gardèrent avec grand soin. Bobon duc d’Auvergne, avec une partie des troupes d’Adalgise, et Ænovale comte du Sundgau, avec les gens de son pays, et beaucoup d’autres corps de l’armée, s’avancèrent aussitôt à la porte du camp pour attaquer Radulf. Mais Radulf, en intelligence avec quelques ducs de l’armée de Sigebert, sachant qu’ils ne voulaient pas se jeter sur lui avec leurs troupes, sortit par la porte du camp, et se précipitant avec ses guerriers sur l’armée de Sigebert, en fit un carnage extraordinaire. Les gens de Mayence trahirent dans ce combat : on rapporte qu’il périt un grand nombre de milliers d’hommes. Radulf ayant remporté la victoire rentra dans son camp."

L'attaque contre la porte principale du camp de Radulf est menée par le duc Bobon, à la tête des troupes d'Auvergne, le comte Ænovale menant les guerriers du Sundgau*, Treculf, le comte du palais de Metz tombent les premiers. Le jeune roi, à cheval, pleure en voyant ses braves guerriers dans leur sang. Grimaud et Adagisel partagent sa douleur, Ils ne tentent point de disputer la victoire tant les trahisons sont flagrantes et cela mettrait la vie du jeune roi en danger. Tous les trois rentrent dans leurs tentes et Radulf satisfait de sa journée rentre dans son camp.
* Le Sungau, comté du soleil en alémanique est situé dans le sud de l'Alsace et en Territoire de Belfort actuels

Et Frédégaire conclut :

"Le lendemain, voyant qu’il ne pouvait rien contre Radulf, il (Sigebert) lui envoya des messagers, afin de pouvoir repasser le Rhin en paix : Sigebert s’étant accordé avec Radulf, retourna dans son pays avec ses troupes. Radulf, transporté d’orgueil, se croyait comme roi dans la Thuringe ; il conclut des traités d’alliance avec les Wénèdes et les nations voisines. Dans ses paroles il ne méconnaissait pas la domination de Sigebert ; mais de fait, il résistait fortement à son pouvoir."

Grimaud et Adalgisèle acceptent l'offre de soumission de Radulf et laissent le gouvernement de la Thuringe aux mains de ce dernier en gage de sa réconciliation avec le roi. Mais cette soumission n'est qu'apparente et Radulf manifeste l'indépendance d'un souverain. La paix est rétablie avec la Thuringe mais au palais de Sigebert, le conflit est chaud entre Otton et Grimaud qui veut devenir maire du Palais. Ne pouvant devant la cour se livrer lui même à un acte violent, Grimaud monte le duc des Alamans, Leuthari contre Otton qui périt sous les coups de ce puissant seigneur, en 642. Et Sigebert qui a apprécié le comportement de Grimaud quand il était en péril face à Ranulf, le nomme maire du Palais.

Adalgise s'empresse de quitter l'Austrasie et se retire dans ses terres d'Aquitaine, son rôle politique et militaire est terminé.

C'est le début de la période ou la réalité du pouvoir est aux mains des maires du Palais, les rois mérovingiens n'ayant plus qu'un rôle "décoratif". Nanthilde meurt la même année en Bourgogne et cette disparition laisse le roi Clovis II seul avec Erchinoald et les Grands de Neustrie et il n'a que huit ans ! En Bourgogne, Flaochat, après avoir promis par courrier personnel à chaque duc et évêque du royaume bourguignon, qu'il garderait ses biens et son honneur et son amitié, se met à parcourir le royaume et médite de faire périr le patrice Willebad (Guillebaud) comme le décrit Frédégaire :

"Flaochat, ayant convoqué à Châlons les évêques et les ducs du royaume de Bourgogne, fixa un plaid au mois de mai pour traiter des intérêts de la patrie : Willebad y vint avec une grande suite. Flaochat méditait de le faire périr, ce que voyant, Willebad refusa d’entrer dans le palais. Flaochat sortit pour le combattre, mais Amalbert, frère de Flaochat, s’étant entremis pour les apaiser, au moment où ils allaient combattre, Willebad le retint, et échappa ainsi au danger : d’autres personnes vinrent aussi, et ils se séparèrent sans s’être fait aucun mal ; mais ensuite Flaochat s’occupa avec ardeur des moyens de faire mourir Willebad.

La même année, au mois de septembre, Flaochat avec le roi Clovis, Erchinoald aussi maire du palais et quelques grands de Neustrie, quittant Paris, ils vinrent à Autun, par Sens et Auxerre, et le roi Clovis ordonna au patrice Willebad de se rendre vers lui. Willebad voyant que Flaochat, son frère Amalbert, et les ducs Amalgaire et Chramnélène avaient formé le méchant dessein de le faire périr, rassembla avec lui un grand nombre d’habitants de son patricial, ainsi que tous les évêques, les nobles et les braves guerriers qu’il put réunir, et prit le chemin d’Autun...Le jour même de son arrivée, il envoya à Autun pour voir ce qui s’y passait, Ægilulf, évêque de Valence, et le comte Gyson, qui furent retenus par Flaochat. Le lendemain Flaochat, Amalgaire et Chramnélène, qui avaient unanimement projeté la mort de Willebad, étant sortis de bonne heure de la ville d’Autun, furent joints par d’autres ducs du royaume de Bourgogne avec leurs troupes. Erchinoald, ayant aussi pris les armes avec les Neustriens, s’avança pour participer à ce combat. Willebad s’étant préparé avec tous ceux qu’il put rassembler, les deux armées en vinrent aux mains. Flaochat et les ducs Amalgaire, Chramnélène et Wandelbert attaquèrent Willebad. Les autres ducs, et les Neustriens qui les entouraient, demeurèrent spectateurs, attendant l’issue, et ne voulant pas se jeter sur Willebad ; il fut tué, et un grand nombre des siens furent taillés en pièces avec lui. Les ducs qui n’avaient pas voulu se jeter avec leur armée sur Willebad, pillèrent ses tentes, celles des évêques et de ceux qui étaient venus avec lui, et prirent beaucoup d’or et d’argent, ainsi que les autres objets et les chevaux.

Ces choses s’étant ainsi passées, Flaochat s’éloigna le lendemain d’Autun et s’avança vers Châlons. Étant entré dans la ville, le lendemain, je ne sais par quel accident, elle fut dévorée toute entière par un grand incendie. Flaochat frappé du jugement de Dieu fut attaqué de la fièvre. On l’embarqua dans un bateau sur le fleuve de la Saône, et naviguant vers Saint-Jean-de-Losne, il rendit l’âme dans le voyage, onze jours après la mort de Willebad." La mairie de Bourgogne disparaît avec Flaochat écrit Ferdinand Lot.

En Austrasie, le nouveau maire du Palais, Grimaud a une attitude très différente de celle de son père Pépin. Dès 644, il s'applique à détruire l'oeuvre d'Othon et pousse le roi Sigebert à annuler tous les actes publics faits sous son prédécesseur. Grimaud donne à la mairie le caractère d'une domination véritable. Il impose ses volontés au jeune roi, ainsi, la même année, l'évêque métropolitain de Bourges convoque un synode dans une ville du sud dépendant de l'Austrasie. Il n'a pas prévenu la cour de Metz et Grimaud, ulcéré, empêche Sigebert d'autoriser la tenue du synode. Grimaud ne consulte pas Sigebert, il gouverne seul avec brutalité. Il veut réserver pour lui et ses antrustions seulement, toutes les richesses et tous les avantages et de la sorte est détesté par la plupart des Grands qui l'ont aidé à prendre le pouvoir. La relation entre Sigebert et Grimaud est renforcée par l'adoption du jeune Childebert. Mais là les versions de l'histoire divergent selon les auteurs.

Il peut s'agir d'une première tentative d'usurpation, le maire du Palais fait adopter son fils Childebert par le roi qui n'arrive pas à avoir de fils et donc ce Childebert l'Adopté montera sur le trône en 656 à la mort de Sigebert, tandis que le fils de ce roi, né entre temps, Dagobert II, sera envoyé dans un monastère en Irlande pendant 20 ans. Mais admettre que Sigebert pense ne pas pouvoir avoir de fils, si jeune (21 ans), c'est difficile.

Une autre hypothèse a été avancée, Sigebert serait le père de Childebert et craignant que son demi frère Clovis II s'en prenne à son fils, aurait demandé à Grimaud de l'adopter pour le protéger. Les documents de cette époque sont rares !

La paix règne en Austrasie, les Alamans; les Saxons et les Thuringiens restent calmes sous leurs chefs puissants ménagés d'ailleurs par le maire du Palais. Les Frisons donnent plus de soucis, notamment depuis la prise d' Ultraiectum (aujourd'hui Utrecht) par les troupes austrasiennes de Dagobert en 625. Mais depuis le règne de Clotaire II, cette région est dotée d'un bon système de défense. Le duc Witger, neveu de Pépin, monte la garde au nord de l'Ardenne. Grimaud décide que ce serait bon pour Sigebert d'aller faire un voyage en Austrasie et le roi visite l'une après l'autre, Verdun, Reims et Laon, où il rend la justice. Il est à l'origine de cette modification du droit germain qui excluait les femmes de l'héritage des biens familiaux.

En 647, Sigebert épouse Chimnechilde, une princesse d'origine bourguignonne et deux enfants sont nés de ce mariage, un garçon, prénommé Dagobert et une fille Bilichilde qui épousera le roi Childéric II d'Austrasie, le fils cadet du roi de Neustrie Clovis II. Voilà qui rend la situation de Childebert moins favorable s'il est vraiment le fils de Grimaud, adopté par Sigebert.

Pendant ce temps, le roi de Neustrie, Clovis II, supporte mal la tutelle du maire du Palais Erchinoald, et il lui complique l'existence par des décisions brouillonnes. Il ne pense qu'aux confiscations, destitutions, peines de prison et vols. Ses antrustions sont une troupe de bandits qu'il laisse faire. Clovis II épouse en 649, une prin cesse saxonne, Bathilde, enlevée par des pirates et achetée par Archambaud. La famille royale réside à Clichy. De ce mariage, naissent trois fils qui règneront tous sur la Neustrie ou l'Austrasie après la mort des deux jeunes rois. Il s'agit de Clotaire né en 652, de Childéric né en 653 et de Thierry né en 654.

Le roi de Neustrie Clovis II
Le roi de Neustrie Clovis II

Au début du mois de février 656, Sigebert III meurt, dans sa vingt sixième année, assassiné. Le maire du Palais, Grimaud fait aussitôt tondre le jeune fils de Sigebert, Dagobert II et le remet avec sa mère à l'évêque de Poitiers, Didon qui les fait parvenir dans un monastère irlandais. Grimaud fait proclamer roi d'Austrasie Childebert dont nous ne savons pas exactement quel est son père. Clovis II ne réagit pas, peut être a t il envisagé la réunion de tout le regnum Francorum ? En Neustrie, pendant qu' Erchinoald gouverne "sagement" et maintient la paix, dans la continuation de Frédégaire, on peut lire :

"Aussi Clovis II maintint-il dans son royaume une paix sans guerre. Dans les dernières années de sa vie, toutefois, il perdit la raison et rendit l'âme après avoir régné dix-huit ans. Les Francs aussi placent sur le trône son fils aîné, Clotaire, au côté de sa mère ..." Il meurt le 31 octobre 657, âgé de 22 ans, après 18 ans de règne. Son fils aîné, à cinq ans, lui succède comme roi de Neustrie et de Bourgogne.

C'est la reine Bathilde qui a imposé Clotaire III comme seul héritier de Clovis II. Contrairement au traditionnel partage entre frères (ici il y en a trois), évitant ainsi la partition du royaume franc entre ses enfants et les guerres que cela entraîne. Bathilde assure la régence jusqu'en 664 et cède en 663 aux leudes austrasiens qui réclament un roi, ce sera Childéric II âgé de huit ans. Puis elle se retire au monastère de Chelles jusqu'à en 680.

panneau de sarcophage merovingien
Décoration d'un sarcophage mérovingien

Peu de temps après Erchinoald meurt et les Grands choisissent Ebroin comme nouveau maire du Palais de Neustrie. Mais le roi des Neustriens ne règne pas longtemps :

"En ces jours, le roi Clotaire, emporté par une violente fièvre, s'éteignit dans sa jeunesse après avoir régné quatre ans. Son frère Thierry cependant lui succéda sur le trône. Car son frère Childéric II fut élevé sur le trône par les Francs en Austrasie, auprès du duc Vulfoald" peut-on lire dans la continuation de la Chronique de Frédégaire. En fait le règne de Clotaire III dure de 663 à 673. Ensuite, Ebroin proclame roi de Neustrie, Thierry III, le troisième fils de Clovis II (avec Bathilde).

"En ces jours, le roi Clotaire, emporté par une violente fièvre, s'éteignit dans sa jeunesse après avoir régné quatre ans. Son frère Thierry cependant lui succéda sur le trône. Car son frère Childéric II fut élevé sur le trône par les Francs en Austrasie, auprès du duc Vulfoald" peut-on lire dans la continuation de la Chronique de Frédégaire. En fait le règne de Clotaire III dure de 663 à 673. Ensuite, Ebroin proclame roi de Neustrie, Thierry III, le troisième fils de Clovis II (avec Bathilde), connu aussi sous le nom de Théodoric III. Thierry III est contesté par son frère Childéric II et en Neustrie, destitué, rasé et enfermé au monastère de Saint-Denis, tandis qu'Ebroïn est exilé au monastère de Luxeuil. Mais Childéric II ainsi que la reine Bilichilde enceinte, sont assassinés en 675 par un Franc nommé "Badilon qu'il avait fait attacher au poteau et fouetter pendant qu'il chassait dans la forêt de Logne" écrit Ferdinand Lot et Thierry est rétabli dans ses fonctions de roi. Ebroin redevient maire du Palais et impose Clovis III, annoncé comme fils de Clovis II, pour roi Neustrie et de Bourgogne. En 676, en Austrasie, Dagobert II, l'exilé en Irlande revient sur le trône. Puis une fois au pouvoir, Ebroïn reconnait Thierry III comme roi de Neustrie.

On retrouve une trace de cet épisode dans la Vie de Saint Léger, écrite vers 680 :

"Théodoric, rentré en possession de son royaume, était en sûreté à Saint-Cloud, lorsqu'Ebroïn arriva subitement avec les Austrasiens [...]. Le maire du palais fut tué, et Ebroin fit ce crime, poussé par les mauvais conseils d'hommes diaboliques [...]. Ils prirent un certain enfant, qu'ils prétendirent fils de Clotaire, et proclamèrent roi d'Austrasie. Ils rassemblèrent ainsi autour d'eux et pour faire la guerre, beaucoup de gens à qui cela paraissait très vraisemblable [...]. Combien de gens trompés par cette feinte crurent que Théodoric était mort, et que Clovis était fils de Clotaire! [...]. Pendant que se passaient toutes ces choses, après le meurtre de Childéric, après que les évêques et les grands de Neustrie et Burgondie, ayant rétabli Théodoric dans son royaume, furent revenus en paix chez eux, les méchants, de leur côté, levèrent une armée [...]. Cependant le méchant Ebroin, ne pouvant plus longtemps cacher son crime, abandonna le parti de son faux roi, afin de rentrer au palais de Théodoric. Il y fut reçu par une faction, et fut de nouveau créé maire du palais [...];»

En 679, le maire du Palais d'Austrasie, Wulfoald meurt et bientôt les Austrasiens sous la conduite du nouveau maire du Palais Pépin de Herstal, le petit fils de Pépin de Landen et de Martin, son frère, le duc de Laon, se révoltent contre Ebroin et le roi Dagobert II est tué durant une partie de chasse le 23 décembre 679.

martyre de Saint Dagobert
Martyre de Saint Dagobert de la crypte de Stenay sur Meuse
origine wikipedia

Le but de cette révolte est de réunir le royaume des Francs sous l'autorité de l'Austrasie et de "Pépin II". En 680, les deux armées se rencontrent à la bataille de Lucofao (actuellement Bois du Fay, près de Laon et les Neustriens sont nettement vainqueurs. Pépin II se sauve et Martin s'enferme dans la cité de Laon qui est aussitôt assiégée. Mais il a tort de faire confiance à la parole d'Ebroin et il en perd la vie.

"... toutefois, écrit Henri, comte de Boulainvilliers, Ebroin craignant les longueurs d'un fiége , eut recours à la rufe pour en tirer fon ennemi : il lui envoya deux Evêques l'un defquels fut Réole , qui périrent fur des chaffes dont ils avoient auparavent vuidé les reliques , efpérant qu'il y aurait fureté de la vie; Après quoi étant venu trouver Ebroin à Efchery en Laonnois, il y fut maffacré de fang froid; ce Réole, Evêque de Reims, l'un des plus méchants hommes de fon fiècle ..."

Ebroin a repris la Bourgogne en main, cette victoire met la Francie sous domination neustrienne, pour peu de temps. Mais en 681, Ebroin est assassiné par un Austrasien nommé Hermanfrid (Ermanfroi) qu'il a dépouillé de ses biens. Ebroin est remplacé au poste de maire du Palais par Waratton qui obtient des otages de Pépin II et ainsi conclut avec lui la paix. Mais il est déposé par son fils Gistemar en 682.

Le deuxième continuateur de Frédégaire écrit :

"Il s’éleva entre Pépin et Gislemar bien des contestations et des guerres civiles. Gislemar ayant marché à Namur contre l’armée du duc Pépin, prêta un faux serment, et tua un grand nombre de nobles de cette armée [683]. De là étant retourné chez lui, à cause de sa conduite envers son père et de ses autres méchancetés et fourberies, Gislemar, frappé du jugement de Dieu, comme il l’avait mérité, rendit son âme coupable [684]. À sa mort, son père Waradon rentra dans son ancienne dignité."

Waratton reprend son poste et cherche la réconciliation entre Neustriens et Austrasiens. Mais Waratton meurt en 686 et c'est son gendre, Berchier (Berthaire) qui lui succède en adoptant une politique offensive à l'égard de l'Austrasie. Mais il n'a pas la vigueur d'Ebroin. Des Leudes insatisfaits se tournent vers Pépin II qui songe à la revanche. Et, en 687, Il mène une armée d'Austrasiens soutenus par quelques Grands de Neustrie contre le roi Thierry III et Berchier à la tête des Francs de Neustrie et de Bourgogne et cette fois les Austrasiens sont vainqueurs à la bataille de Tertry (entre St Quentin et Péronne), en 687, à laquelle participe le puissant duc d'Alsace, Adalric (Etichon), allié à Pépin II.

Les conséquences de cette bataille sont importantes, pour une fois le roi en titre est vaincu par d'autres Francs et par le maire du Palais de l'Austrasie. L'Austrasie et la Neustrie sont réunies et Pépin II est le "patron" de fait des deux royaumes.
Comme l'écrit Ferdinand Lot :
"Childéric II est le dernier roi mérovingien qui tenta de règner" mais après la bataille de Tertry, les rois seront des pantins.
Berchier meurt peu après et Pépin II devient maire du Palais d'Austrasie et de Bourgogne en même temps, la Neustrie est "gouvernée par le maire du Palais Nordebert, un fidèle de Pépin II. Ce maire du Palais, à la différence d' Ebroïn, réunit régulièrement les Grands en Assemblée Générale, présidée par le roi Thierry III qu'il a emmené en Austrasie.

Pépin de Herstal place ses fidèles dans les évêchés et les abbayes. Ainsi, Rigobert l'Austrasien devient évêque de Reims, Griffon archévêque de Rouen et Hildebert, abbé de Saint-Wandrille. Le roi Thierry III meurt en 691, à 34 ans. en laissant deux fils, Clovis et Childebert et leur mère Clotilde. Pépin II fait de Clovis IV à neuf ans, le successeur de Thierry III mais l'enfant meurt après quatre années de règne. Pendant ce temps, Pépin II mène le combat contre les Frisons qui bordent le Rhin. Leur roi Radbod ou Redbad est fidèle au paganisme alors que son père Alogis a reçu Wilfrid d'York qui a évangélisé ses sujets. Mais Radbod profite des guerres entre Neustriens et Austrasiens pour tenter de s'émanciper de la tutelle franque. Vaincu par Pépin II à la bataille de Dorestad en 689, il doit céder la Frise Occidentale de la Vlie à l'embouchure de l'Escaut. Mais la lutte est longue comme l'écrit Ferdinand Lot :

"Le danger le plus pressant, danger inopiné, venait du Nord. Les Frisons, longtemps inoffensifs, jadis en partie soumis à Rome, s’étaient établis des bouches de l’Ems, même de la Weser, le long des côtes de la mer du Nord et dans les îles, jusqu’aux bouches du Rhin, de la Meuse, de l’Escaut. Sur un bras du Rhin inférieur, ils venaient d’enlever aux Francs Utrecht et, sur le Lek, Duurstadt, port commerçant avec la Grande-Bretagne. Cependant leur chef, roi ou duc, Aldgild avait permis à l’Anglais Wilfrid de commencer l’évangélisation de la Frise. Mais il eut pour successeur, vers 680, Rabdod ou Redobad, païen endurci, hostile au christianisme et aux Francs. Il fallut plusieurs années de lutte à Pépin pour refouler les Frisons au delà du Rhin. Il releva Utrecht et y installa un nouveau missionnaire, Anglais également, Willibrord (695 ou 696). Il crut consolider son action par une alliance de famille : Grimaud épousa une fille de Radbod, laquelle reçut le baptême." Cette fille s'appelle Theudesinda.

Mais en Germanie d'autres peuples se soulèvent en voyant les Francs se déchirer et Pépin II doit soumettre les Saxons, les Alamans et les Bavarois. Les Alamans ne s'amalgament pas aux Francs même s'ils ont participé aux premières campagnes d'Italie des Francs au VIème siècle. Ferdinand Lot écrit à ce propos.

"A la fin du VIIe siècle, le duc Gothfried voulut établir son indépendance de fait sans rompre ouvertement avec les Francs. Le prétexte qu’il trouva était qu’il relevait directement du roi, non du maire. Contre son successeur, Willehari, Pépin dirigea chaque année une expédition de 709 à 712 et réussit à faire reconnaître l’autorité franque. Alors s’achève l’évangélisation de l’Alamanie, longtemps rebelle au christianisme."

L' autorité de Pépin II sur la Bourgogne n'est que nominale. En Aquitaine et dans le sud de la Francie les gouverneurs ont profité de la guerre civile pour devenir quasi indépendants. L'un d'entre eux se distingue, Loup le duc d'Aquitaine et de Gascogne, qui a combattu aux côtés de Saint Léger et peut être attaqué Béziers et la Septimanie alors wisigothe pendant la révolte de Paul, duc de Septimanie, en 673.

Sur le plan affectif, Pépin II est marié avec Plectrude, issue d'une riche famille bien pourvue en terres entre Cologne et Trèves avec qui il a deux fils Drogo et Grimoald. Mais il s'éprend d'Alpaïde et selon le comte Childebrand :

"Pépin prit une autre femme noble et belle, nommée Alpaïde, dont il eut un fils qu'il nomma dans sa propre langue Karl ; cet enfant grandit fort et bien fait, et devint illustre."

Pendant ce temps les rois mérovingiens se succèdent absolument sans pouvoir face au tout puissant maire du Palais. Le fils de Thierry III, Childebert IV monte sur le trône en 695 à douze ans et va "figurer" jusqu'à sa mort en 711, avec Pépin II en Austrasie et son fils Grimoald en Neustrie. Puis c'est le fils de Childebert IV qui lui succède, Dagobert III a 12 ans en 711 et il meurt en 715 des suites d'une maladie.

La situation se complique dans les dernières années de Pépin de Herstal. En effet une partie des leudes prend parti pour Plectrude et l'autre soutient Alpaïde. En outre ses deux fils Drogo et Grimoald sont morts avant lui et Pépin II a avec Alpaïde, deux fils illégitimes, Charles et Childebrand. Grimoald laisse un fils Theudoald âgé de 7 ans le 16 décembre 714, quand Pépin II meurt brusquement à Jupille à environ 79 ans.

Plectrude fait rapidement enfermer son beau-fils Charles de Herstal, nomme duc d'Autrasie, Arnould, un des fils de Drogon et c'est le jeune Theudoald ou Theodebald qui est reconnu maire du Palais. Les Neustriens se sentent insultés par un maire du Palais enfant dominé par une femme, se révoltent, choisissent un nouveau maire du Palais, Ragenfrid (Rainfroid) en opposition avec le choix de Plectrude et ce nouveau maire est nommé par le roi Dagobert III. A la mort de ce roi, un nouveau roi est choisi pour la Neustrie sous le nom de Chilperic II âgé de quarante deux ans et sorti d'un monastère. On n'est pas sûr qu'il soit mérovingien.

Mais Ragenfrid n'attend pas que les Austrasiens l'attaquent, il conduit l'armée neustrienne pour vaincre le jeune Theodebald et effectivement les Austrasiens sont vaincus et le jeune maire du Palais austrasien fuit vers sa grand mère. Cette bataille de Compiègne a lieu le 26 septembre 715. Charles de Herstal est libre, des Austrasiens humiliés l'ont sorti de sa prison et comme il a des fidèles en Austrasie, il est acclamé comme maire du Palais d'Austrasie. Ragenfid envahit l'Austrasie avec l'objectif de prendre Cologne.

Royaume mérovingien
Royaume mérovingien dans sa plus grande extension fin VIIème

La montée en puissance de Charles de Herstal

Charles de Herstal a peu de temps pour rassembler des guerriers et voilà que Radbod qui est l'allié de Ragenfrid, remonte le Rhin en bateaux et envahit lui aussi l'Austrasie. En 716, Charles de Herstal face à une armée neustrienne très supérieure en nombre choisit de refuser un combat perdu d'avance. Il fuit avec ses maigres troupes vers les montagnes de l'Eifel pour rassembler ses partisans et se préparer. L'armée neustrienne conduite par le roi Chilperic II et Ragenfrid, prend la cité de Cologne après un court siège.

Ce que le continuateur de Frédégaire écrit ainsi :

"Charles marcha contre Ratbod avec son armée, et le combat s’engagea ; mais Charles y perdu un nombre considérable de nobles et braves guerriers, et voyant son armée rompue il prit la fuite [716]. Alors Chilpéric et Raganfried, avec une troupe nombreuse, traversèrent la forêt des Ardennes au-delà de laquelle Ratbod les attendait, et s’avancèrent jusqu’à la ville de Cologne sur les bords du Rhin, ravageant également tout ce pays ; ils s’en retournèrent après avoir reçu de Plectrude un grand nombre de présents et de trésors."

Puis les Neustriens à cours de fourrage se décident à quitter l'Austrasie, tandis que Charles de Herstal en situation d'infériorité, veut rétablir l'équilibre. Il décide de fractionner ses troupes en petits corps indépendants, mais agissant selon le même plan. Connaissant bien le terrain, ces corps doivent harceler l'ennemi, attaquer les trainards, intercepter les convois de l'ennemi, lui couper les vivres, ne l'attaquer que par surprise et à coup sûr, se disperser en cas de résistance sérieuse, faire de la guérilla en sorte. Charles de Herstal lui même dirige un groupe de 500 soldats et investit la forêt des Ardennes afin d'y tenter un beau coup de main.

francisque trouvée dans le Vexin
Fer de Francisque du VIème siècle
Musée Carnavalet Paris



Progressant surtout de nuit et toujours à couvert, sa troupe approche du monastère de Stavelot, entre Limbourg et Laroche en Ardennes, puis Charles de Herstal aperçoit une colline proche de la rivière d'Amblève et surmontée d'une riche maison bâtie sur les ordres de Pépin II. L'ennemi ne l'occupant pas, la troupe y monte sans être repérée et s'installe. De ce point de vue, on domine tout le pays. Charles de Herstal constate que l'armée ennemie est encore assez nombreuse et est très tranquille en raison de cette supériorité. Les cavaliers sont éloignés de leurs montures, les armes sont disposées en faisceaux. Beaucoup de soldats cherchent un endroit à l'ombre et aucune garde n'est visible alors que des ennemis sont présents dans les parages. Charles de Herstal songe au moyen de profiter de ces négligences quand un de ses soldats vient le trouver et lui propose d'attaquer seul l'ennemi pour mettre un tel désordre qu'il soit aisé d'en tirer un avantage pour le reste de la troupe. Charles d'abord rejette cette proposition puis voyant la motivation du guerrier le laisse partir. Ce brave marche vers le camp ennemi, l'épée à la main et couvert par son bouclier, il crie que Charles de Herstal arrive avec son armée et se jette sur les premiers Neustriens ou Frisons qu'il trouve isolés, en tue plusieurs, en effraye d'autres plus nombreux et la terreur se répand de proche en proche. Mais des Neustriens, le voyant seul, s'avancent vers lui. Ce guerrier satisfait de l'effet qu'il a produit, se retire par le bois et rejoint ses compagnons.

Charles de Herstal qui n'a rien perdu du spectacle, fait sonner la charge, ses soldats descendent de la colline en poussant des grands cris, entrent par les diverses portes du camp et ainsi provoquent la déroute de ces ennemis déjà effrayés qui prennent la troupe de Charles de Herstal pour une armée nombreuse qui les attaque. Quelques groupes formés rapidement sont chargés avec une telle fougue qu'ils ne peuvent résister et tous les autres abandonnent le camp et les bagages et précipitent la fuite générale. Le roi Chilpéric II, le maire du Palais Ragenfrid, les généraux et les soldats n'arrêtent leur fuite qu'une fois la forêt des Ardennes traversée. Selon les Annales de Metz, les pertes infligées aux Neustriens et aux Frisons sont considérables alors que celles de Charles de Herstal sont sont légè;res pour sa première victoire en 716 qui lui permet aussi de ramasser un beau butin. En outre Ratbod, pour obtenir la paix doit recourir à la générosité de Charles de Herstal.

Bien entendu, cette victoire inattendue d'Amblève conforte la position de Charles de Herstal et ranime le courage des Austrasiens. Et ceux-ci se présentent nombreux pour combattre avec lui. Doté d'une armée suffisante pour ses projets, Charles de Herstal va former ces nouveaux soldats et au printemps 717, il peut porter le combat en Neustrie en exerçant les même ravages que les Neustriens en Austrasie un an plus tôt. Après la traversée de la Forêt Charbonnière, tout le pays est pillé jusqu'à Cambrai où il rencontre Chilperic II et l'armée neustrienne formée de nouvelles recrues. L'armée austrasienne, moins nombreuse est composée de troupes plus expérimentées. Mais Charles de Herstal envoie un héraut à Chilperic pour faire des offres de paix. Il demande qu'on le remette en possession des rangs et des emplois que Pépin II avait en Neustrie. Mais Chilperic et Ragenfrid rejette ces demandes en répondant que : "Si Charles veut la paix, qu'il rende l'Austrasie que son père a usurpée sur la famille royale de Clovis." La bataille a lieu à Vinchy, près de Cambrai le 21 mars 717.

Le continuateur de Frédégaire écrit :
"Charles ayant de nouveau rassemblé ses troupes marcha contre Chilpéric et Raganfried. Ils en vinrent aux mains, un dimanche du carême, le 21 mars [717], à un endroit appelé Vinci, dans le canton de Cambrai. Il se fit des deux côtés un grand carnage ; Chilpéric et Raganfried vaincus prirent la fuite. Charles les poursuivant s’avança jusqu’à Paris.

Étant ensuite retourné à Cologne, il s’empara de cette ville, qui lui ouvrit, ses portes ; Plectrude lui rendit les trésors de son père et remit tout en son pouvoir ; il se donna alors un roi nommé Clotaire [IV – 719]."

Ce Clotaire IV n'est sans doute pas mérovingien, mais son règne très court (717 - 719) avec un maire du Palais comme Charles de Herstal, est uniquement pour faire pièce au roi Chilpéric II et son maire du Palais Ragenfrid, qu'il n'a pu capturer après la bataille de Vinchy.

Ces deux personnages font appel à Eudes, le duc des Aquitains, hostile aux Pippinides. Les Frisons de Radbod hors de combat, voici les Aquitains qui se sont rendus pratiquement indépendants pendant la guerre entre entre Neustriens et Austrasiens. Et même, Eudes a profité de la guerre pour s'emparer du Berry et possède Bourges, ainsi que le Poitou, le Limousin, la Saintonge, il ne reste plus au roi de Neustrie que la ville de Tours. Lisons ce qu'écrit à ce sujet le continuateur de Frédégaire :

"Chilpéric et Raganfried envoyèrent des messagers vers le duc Eudes pour demander son secours, lui donnant le titre de roi et des présents. Celui-ci ayant levé une armée de Gascons vint à eux, et ils marchèrent ensemble contre Charles. Mais Charles, ferme et intrépide, s’avança promptement à leur rencontre. Eudes effrayé, car il ne pouvait lui résister, s’enfuit. Charles le poursuivit jusqu’à Paris, passa la Seine et s’avança jusqu’à Orléans. Eudes s’étant échappé à grand’peine, arriva aux frontières de son pays et, emmena avec lui le roi Chilpéric et ses trésors. Le roi Clotaire mourut cette année [720]. L’année suivante Charles conclut, par ses envoyés, une alliance avec Eudes, qui lui remit le roi Chilpéric avec beaucoup de trésors. Venu à Noyon, Chilpéric termina la carrière de sa vie avec celle de son règne qui avait duré six ans. À sa mort ils établirent sur le trône Théodoric[xxxvi], qui l’occupe maintenant. Cela fait, le prince Charles se mit à la poursuite de Raganfried assiégea Angers, et ayant ravagé le pays s’en retourna chargé d’un grand butin."

En fait il y a bataille le 14 octobre 719, du côté de Soissons, entre les Neustriens alliés aux Aquitains contre les Austrasiens et l'armée de Charles de Herstal a facilement vaincu les alliés, de même toujours dans l'année 719, Charles remporte une nouvelle victoire contre les Neustriens du côté de Soissons. Ragenfrid se réfugie en Anjou, le roi Chilperic II, est emmené par Eudes en Aquitaine, Charles de Herstal n'a plus d'opposition dans la Francie du Nord. Et en 720, par la négociation, Charles obtient de Eudes, la restitution de Childeric II et du trésor en échange de la reconnaissance du titre de prince des Aquitains. Ensuite, Charles de Herstal obtient du seul roi mérovingien vivant la charge de maire du Palais pour les deux royaumes de Neustrie et d'Austrasie réunifiés. Ragenfrid ne renonce pas et reste jusqu'à sa mort en 731, à la tête d'un comté angevin qu'il a fondé.

Charles de Herstal remplace Clotaire par Chilpéric II qui est alors proclamé roi de tous les Francs (719 - 721). Pendant ce temps, Charles a une autre préoccupation. Les provinces périphériques germaniques se dressent contre les Francs. Et cela se manifeste par des raids de pillage en Austrasie essentiellement. Pourquoi, alors que ces provinces sont dirigées par des Francs par exemple les ducs agilolfingiens qui tiennent la Bavière ? Il ne s'agit pas de revendiquer l'autonomie des régions concernées, ces ducs sont fidèles aux rois mérovingiens mais ne reconnaissent pas la supériorité de ce maire du Palais, encouragés par Plectrude. Ils considèrent que tout comme lui, ils ont reçu une délégation de pouvoir au nom du roi, concernant leur principauté et que le maire du Palais est leur égal sur ce plan. Charles de Herstal a bien l'intention de leur montrer le contraire par les armes.

Dès 718, Charles de Herstal repousse les Saxons jusqu'à la Weser, et encourage la colonisation par des Austrasiens dans la vallée du Main dont une partie va donner la Franconie. Ceci, pour bénéficier d'une voie de pénétration aisée. Il évince son jeune demi frère Théodebald et prend le titre de maire du Palais d'Austrasie. Mais au sud de la Francie, une nouvelle menace se précise. L'armée arabo-berbère prend Narbonne en 719 et occupe la Septimanie et Toulouse est menacée. Premiers résultats, le sud de la Francie qui est le point de rencontre entre monde méditerranéen et monde atlantique, voit son commerce avec le Nord déjà affaibli par les raids des Gascons, pratiquement ruiné.


L'armée mérovingienne

L'armée mérovingienne intègre tous les hommes libres, à partir de quinze ans et progressivement ce recrutement perd son origine tribale pour devenir lié au territoire et intégrer des gallo-romains. L'armée n'est levée qu'en cas de besoin, par les ducs ou les comtes, au printemps. Comme le décrit Grégoire de Tours, les chefs de guerre ont beaucoup de mal à faire respecter un minimum de discipline à ces armées temporaires qui aussi bien en territoire ennemi qu'ami, multiplient les pillages.

Les armes

Les mérovingiens bénéficient de l'excellente qualité des forgerons germains qui usent de techniques tout à fait différentes des forgerons romains. Il s'agit d'utiliser pour fabriquer une arme ou tout autre objet en métal, des métaux de nuances différentes, juxtaposés par un travail de forge. Ces faibles quantités de métaux sont soudées, puis martelées. Cette méthode qu'on appelle le corroyage donne une structure feuilletée qui procure résistance et élasticité.

L'épée longue à double tranchant germanique est l'exemple type de ce procédé. L'âme de cette arme est faite de barres feuilletées, composée chacune de bandes superposées de fer et d'acier soudées entre elles; puis torsadées ou pliées. Plusieurs barres de ce type sont ensuite assemblées par soudure puis martelage pour donner un damas de corroyage qui donne à l'épée les propriétés d'une lame de ressort. Les tranchants en acier d'une grande dureté sont soudés à cette âme élastique et résistante.

De la même façon, la francisque, une hache dissymétrique, à lancer, comprend une âme façonnée à l'aide de petites quantités de métaux de nuances différentes soudées entre elles et le tranchant est soit soudé, soit martelé à froid.

francisque mérovingienne

Le scramasax qui est un sabre droit à un seul tranchant, est réalisé avec une âme d'acier dont les deux côtés sont surchargés de fer doux par soudure et martelage et dont le bord tranchant est traité par cémentation pour obtenir la dureté voulue.

scramasax
Scramasax trouvée à Marly le Roi

L'angon est une javeline presqu'entièrement en fer, seule la poignée est en bois, et la pointe triangulaire de cette arme est particulière comme l'explique l'historien byzantin Agathias :

"À l'extrémité supérieure de l'arme (la pointe), sont deux espèces de crochets recourbés vers la hampe et assez semblables aux crochets d'un hameçon."

Il est utilisé comme le pilum romain et planté dans la chair de l'ennemi, il est très difficile à extraire sans provoquer des blessures mortelles. La francisque et l'angon sont réservés à une minorité de guerriers fortunés. Ces deux armes vont disparaître au VIII ème siècle. La framée est une lance légère, pouvant être lancée, pourvue d'une hampe en bois et dont la pointe en fer a la forme d'une feuille de laurier aigu.

umbo mérovingien
Umbo mérovingien

Le bouclier fait partie de l'équipement du guerrier et il dispose d'un umbo volumineux. Le guerrier peut ainsi donner des "coups" de bouclier !

guerrier mérovingien
représentaton de guerrier mérovingien
source : http://www.skyminds.net/

A la différence du monde romain, abrité par le limes et l'armée régulière, vivant en paix, où la violence est illégale et le recours à la justice, le moyen de résoudre tout litige, le monde franc comme les autres royaumes barbares, voit le limes disparaître, l'armée régulière aussi. L'insécurité est générale, chaque groupe social ou familial, chaque individu doit pourvoir à sa sécurité, le port des armes, réservé d'abord aux conquérants se répand dans l'ensemble des populations. La séparation entre la guère menée par le roi au nom de son peuple et la faide (la violence privée) tend à s'estomper.

Dans le regnum francorum, la participation des Gallo-Romains dans l'armée est faible sous Clovis mais sous le règne de ses fils et petits fils, ils ont l'obligation de se battre, même ceux de condition sociale modeste. Ainsi Grégoire de Tours écrit que Chilpéric exige des paysans et des jeunes serviteurs de l'église cathédrale et de la basilique, l'amende des bans parce qu'ils ne se sont pas rendus à l'armée.

L'armée franque est massivement composée de fantassins, seuls le roi, les nobles et leurs gardes se déplacent à cheval mais ils démontent pour combattre. Mais à la fin de la période mérovingienne, l'utilisation des techniques venues des Avars par exemple, on assiste aux tous débuts d'une cavalerie lourde qui va se développer sous la dynastie carolingienne. L'armée manoeuvre en carré ou en coin, sans finesse. Les Francs chargent brutalement l'ennemi, ne lui laissant pas le temps de se préparer et juste avant le choc, ils lancent leurs francisques et leurs angons afin de perturber l'alignement des adversaires. Mais si leur élan est stoppé, il leur est difficile de se reprendre, leur formation massive n'étant pas manoeuvrable ni articulée.

mors mérovingien
mors de l'époque mérovingienne
(musée Carnavalet Paris)






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