CONFLITS ET BATAILLES DE L'HUMANITE
 
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  Clovis 1er



EUROPE OCCIDENTALE

Haut Moyen Age

Les Francs et l'Empire romain

jusqu'au règne de Clovis

 L'origine des Francs
 Les contacts avec l'Empire romain
 Les premiers Francs installés dans l'Empire
 Des Francs autonomes dans l'Empire
 L'usurpation du Franc Sylvanus
 La traversée du Rhin en 406
 Childéric (457 - 481)
 La conquête de la Gaule romaine
 Le baptême de Clovis
 La guerre contre les Burgondes
 La situation en Gaule wisigothique
 La campagne contre les Wisigoths
 L'unification de tous les Francs

L'origine de la confédération des Francs

Les Francs comme les Alamans sont des confédérations de tribus assez tardivement formées pour se défendre de tribus belliqueuses. Le nom de Francs apparaît pour la première fois dans les textes romains au IIIème siècle de notre ère. Il désigne un ensemble de tribus unies par des liens forts lâches et qui ont pour nom : les Ampsivariens, les Bructères, les Canninefates, les Chamaves, les Chattes, les Chattuaires, les Chauques, les Mattiaques, les Saliens, les Sicambres et peut être aussi d'autres tribus tels les Chasuari, les Hasi, les Tubanti et les Usipètes. Ces groupes, tout en maintenant leur identité, se regroupent parfois pour une opération offensive ou défensive. A cette occasion, ils se nomment Francs qui signifie "les braves", "les hardis" du vieux norois frekkr. Du même groupe, mais déjà transférés sur la rive gauche du Rhin par l'armée romaine nous trouvons les Tongres et les Ubiens.

A la différence des Goths, des Burgondes, des Lombards et autres barbares orientaux, les Francs, les Alamans et les Bavarois, n'ont pas gardé leur noms anciens, ni de mythe d'origine clairement définis, ni de traditions les reliant à des peuples vivant autrefois en Scandinavie méridionale. Mais comme les Goths, les Vandales, les Lombards et d'autres barbares orientaux, ils sont nombreux à servir comme mercenaires dans les unités auxiliaires romaines pour garder les frontières de l'Empire de l'embouchure du Rhin aux rives du Tigre. Et jusqu'au IIème siècle ils porteront dans cet emploi des noms romains. Mais tous ces groupes nationaux ne sont pas restés sous cette dénomination collective de Francs jusqu'au Vème siècle, ainsi les Bructères er les Chauques qui se retrouvent chez les Saxons.

Les contacts avec l'Empire romain

On cite, dès le règne d'Auguste, les Sicambres qui éliminent vingt centurions romains venus lever le tribut en - 16 et un peu plus tard, les Usipètes alliés aux Sicambres et aux Tunctères traversent le Rhin. Le légat Marcus Lollius Paulinus tente de leur barrer le chemin et envoie ses escadrons de cavalerie dans ce but. Mais les coalisés tendent une embuscade qui voit périr ces cavaliers. La Legio V Alaudae est sévèrement battue et perd son aigle et le légat vaincu meurt au combat. Les barbares saccagent tout sur leur passage et retournent sur la rive gauche en triomphateurs. Auguste fait construire le fort de Vetera Castra face à l'embouchure de la Lippe. Tacite écrit que c'est à ce moment là que le Fossa Drusiana est creusé, ce canal qui relie le Rhin au lac Flovo, pour utiliser la marine, alors qu'on prévoit de conquérir la Germanie. Ainsi, Drusus, en - 12, peut riposter à une nouvelle traversée du fleuve par les Sicambres en les repoussant loin sur la rive gauche et, utilisant le nouveau canal, atteindre les îles de l'archipel des Frisons et battre les seuls Germains qui s'opposent aux légions, nous dit Strabon, les Bructères.

Après quatre campagnes en Germanie jusqu'à l'Elbe, toutes les tribus germaniques reconnaissent la souveraineté romaine et en dernier les Sicambres, entre - 9 et - 7. Pendant ce conflit les Chattes et les Sicambres sont en guerre, ce dont profitent les Romains. C'est à la suite de ces campagnes que quarante mille Sicambres sont transplantés sur la rive gauche du Rhin, dans la Gueldre (dans l'actuelle Belgique) et appelés depuis Gugernes selon Tacite. Les campagnes romaines en Germanie s'arrêtent en - 6.

Mais la venue de marchands italiens irrite les Germains et en l'an 2, les Chauques et les Chérusques se révoltent et Ahenobarbus doit utiliser les légions pour les arrêter. Tibère recommence les campagnes en Germanie jusqu'à l'Elbe et pour la première fois hiverne sur la rive droite. Les Bructères, les Canninefates, les Chauques et d'autres tribus germaines se soumettent. Un plan est mis au point pour pousser cette domination romaine jusqu'à la Bohème dans l'année 6 est mis au point, mais à peine est-il commencé qu'une grosse révolte atteint la Dalmatie et la Pannonie, depuis peu sous l'autorité romaine. Cette opération mobilise jusqu'à 15 légions des années 6 à 9.

Dès la fin du règne d'Auguste, après le massacre des trois légions de Varus, où des Bructères, des Chattes, des Chauques et des Sicambres ont participé, mais les Ampsivariens refusent d'y participer, toutes les garnisons romaines sur la rive droite du Rhin disparaissent et Rome se retire sur la rive gauche. Mais dans les deux provinces appelées Germanie, se trouvent pas moins de huit légions soit le tiers de l'armée romaine pour surveiller la frontière du Rhin. Les Germains ne craignent plus les légions romaines. A cette époque, les tribus germaniques de l'ouest doivent se nommer les Istévons, comme les tribus germaniques plus au nord, se nomment les Ingévons et enfin les Germains installés plus à l'intérieur du continent prennent le nom d'Herminons. Il est probable que ces Istévons se rencontrent près des sanctuaires, écoutent les mêmes oracles.

En 15, après les révoltes de légionnaires qui marquent le changement d'empereur, c'est Germanicus qui pénètre en territoire germain pour punir Aminius le vainqueur de Varus. Il est vainqueur des Chattes puis des Bructères et combat aussi les Tubantes et les Usipètes. Mais cette campagne se solde par la perte des chevaux et du matériel considérable. Germanicus remporte la victoire d'Idistaviso contre Arminius en 16, et c'est la fin des opérations sur la rive droite du Rhin pour la conquête de la Germanie libre.

Ensuite, malgré la révolte gauloise de Florus et Sacrovir en 21, qui dégarnit momentanément le front du Rhin, il n'y a pas de tentatives d'infiltration germaine sur la rive droite du Rhin. En 25, une cohorte de Sicambres intervient à propos dans la répression d'une révolte des Thraces contre l'autorité romaine. En 28, une révolte a lieu chez les Frisons, justifiée par la cupidité du primipile Olennius, chargé du commandement de la Frise. Alors que Drusus, constatant leur pauvreté leur a imposé des cuirs de boeufs pour les légions, le nouveau responsable exige que ce soient des peaux d'auroch qu'on ne trouve pas dans cette région. Et les Frisons doivent livrer leurs boeufs, puis leurs champs et pour finir, leurs femmes et enfants comme esclaves ! Les collecteurs d'impôts sont éliminés et le fort où Olennius s'est réfugié est assiégé. Les Romains envoient des troupes par "petits paquets" et ils doivent faire monter les légions pour remporter la bataille du bois de Baduhenne. 1300 Romains sont morts et les Frisons vivront tranquille jusqu'au IIIème siècle.

Sous le règne de Claude, en 41, les légions commandées par Sulpicius Galba sont victorieuses des Chattes, et de la même façon, Publius Gabinius Secundus défait les Chauques. Cet empereur renforce les défenses sur le Rhin et, vers 49, le fort de Hofheim est construit face aux Chattes. Mais la campagne décisive du règne de Claude est la conquête de la Britannia qui mobilise au moins trois légions prélevée sur les huit qui montent la garde sur le Rhin, ce qui montre qu'en 43, les Romains ont moins peur des Germains. Des cavaliers auxiliaires Bataves se distinguent contre les chariots de guerre bretons.

En 47, la Germanie s'agite à nouveau. Les Chauques sous la conduitre de Gannascus, font des raids de pirates avec des bateaux légers contre les côtes gauloises riches et peu défendues. Corbulon utilise les galères sur le Rhin, et de plus petits navires sur les canaux et les lacs et chasse Gannascus. Il réussit à l'éliminer grâce aux Chauques. Puis Claude retire les légions de la rive droite du Rhin. En 51, les Chattes font irruption sur la rive gauche, mais Pomponius les refoule. Une nouvelle ponction est effectuée sous Néron pendant la révolte de Boudicca en 61, deux mille légionnaires, huit cohortes alliées, et mille chevaux sont venus de Germanie, sans doute pour peu de temps.


Régions autour du Rhin en 70
Régions autour du Rhin en 70

Dans ces années 69 et 70, après la fin du règne de Néron, c'est l'année des quatre empereurs. En mai 68, des auxiliaires Bataves participent à la bataille de Vesontio dans l'armée de Lucius Verginius Rufus, le légat de Haute Germanie qui écrase Vindex et refuse d'être proclamé imperator. Néron s'étant supprimé, Galba, le gouverneur d'Hispanie est reconnu par le Sénat. Il remplace Rufus, fidèle à Néron par Hordeonius Flaccus et surtout il refuse de payer aux Prétoriens la belle prime qui leur a été promise. Les caisses sont vides après le règne de Néron. En janvier 69, les légions de Germanie qui attendent une récompense depuis la victoire de Vesontio refusent Galba pour empereur et choisissent Vitellius à la place. A Rome les prétoriens élisent Marcus Salvius Othon et Galba est éliminé. Les légionnaires de Germanie veulent se battre et du butin. Ils forment trois armées et ne laissent sur le front du Rhin que les vieux soldats et les auxiliaires ! L'une de ces armées, commandée par Fabius Valens, se heurte à huit cohortes de Bataves en une mêlée sanglante, à Langres.

D'autres auxiliaires Bataves participent à la 1ère bataille de Bedriacum en avril 69 qui voit les partisans de Vitellius battre ceux qui soutiennent Othon. Les auxiliaires Bataves retournent défendre le Rhin. Othon disparaît. Vespasien, alors en Judée est reconnu empereur par l'Orient. C'est à ce moment précis qu'éclate la longue révolte de Claudius Civilis, ce Batave qui sait profiter de l'opposition entre Vitellius et Vespasien et de la guerre civile. Il a mis en mouvement aussi bien des Gaulois, que des légionnaires romains et des Germains et parmi ces derniers on trouve : des Bataves d'ordinaire fidèles à l'Empire, des Bructères, des Canninefates, des Chattes, des Chauques, des Cugernes, des Frisons, des Mattiaques, des Tongres, des Ubiens, des Usipètes et le camp de Castra Vetera qui résiste longtemps. Lors de la bataille de Trèves en décembre 70, les Canninefates attaquent la flotte de la Britannia qui menace les côtes des Bataves et la capture ou la coule en grande partie. Des contacts entre Cérialis qui commande les légions et Civilis aboutissent à la paix et les Bataves vivront tranquilles, dispensés de tout tribut, jusqu'au IIIème siècle. Vespasien est vainqueur et devient empereur.

En 73 et 74, Vespasien envoie les légions sur la rive droite du Rhin, mais c'est pour relier Mongotiacum et Augusta Vindelicorum (Augsbourg) à travers la forêt Noire. C'est aussi pour sortir les légions de Germanie de leur rôle défensif. Et il fait reconstruire en pierre les camps sur le Rhin et le Danube. En 83, l'empereur Domitien méne en personne une campagne contre les Chattes, à l'improviste dit Frontin, mais tout de même avec 5 légions ! Le terrain des Chattes est couvert de forêts. L'empereur fait démonter les cavaliers et remporte la guerre. Le territoire des Chattes est annexé et la fortification des Champs Décumates possible.

En 83, Agricola est gouverneur de la Britannia, il mène une campagne contre les Calédoniens. Dans la bataille du Mons Graupius, il met les troupes auxiliaires en première ligne et ce sont quatre cohortes de Bataves et deux de Tongres qui enfoncent les adversaires pourtant placés au dessus. En 84, Domitien rappelle Agricola de Britannia pour renforcer la défense de Germanie. Une nouvelle légion est cantonnée à Bonna (actuellement Bonn), pouvant prêter main forte aux légions danubiennes. En 89, pendant que l'empereur Domitien fait la guerre aux Daces, le légat de Germanie inférieure, Lucius Antonius Saturninus est proclamé empereur avec le soutien de deux légions et ... des Chattes. L'empereur doit quitter la guerre qu'il gagne contre les Daces pour rétablir l'ordre sur le Rhin. Le fleuve dégèle et coupe la liaison entre Saturninus et ses alliés Germains. Le légat de Germanie supérieure est vainqueur des troupes révoltées, les Chattes sont vaincus. La répression est terrible dans l'armée du Rhin.

Entre 98 et 100, le nouvel empereur, Trajan, ancien légat de Germanie supérieure, reste sur le Rhin et repousse les Hermandures en traversant le fleuve. Il fortifie le limes Raeticus couvrant les Champs Décumates, commencé sous Domitien. Pendant cette période, des conflits sanglants entre les Angrivarii et les Chamaves opposés aux Bructères forcent ces derniers à quitter pays.

Après Trajan, l'époque est à la défense avec Hadrien. Et cet empereur renforce les défenses des Champs écumates et visite le territoire des Bataves en 122, il a du sûrement renforcer les défenses sur le Rhin. En 162, au début du règne de Marc Aurèle, une invasion des Chattes en Germanie supérieure et en Rétie provoque la réaction du prêteur Gaius Aufidius Victorinus avec ses deux légions. Mais en 163, trois légions aguerries du front du Rhin viennent renforcer les troupes pour une campagne contre les Parthes.

En 174, Didius Julianus, gouverneur de la Belgique, doit faire face à un raid le long des côtes de la mer du Nord, mené par les Chauques, dans la Belgique qu'il gouverne et qui ne dispose pas de troupes permanentes. Il doit improviser une défense dont le camp de Maldegem, près de Bruges, récemment fouillé est lié à cette opération. Ce sénateur est toujours en poste quand quatre ans plus tard, les Chauques attaquent de façon traditionnelle, sur la terre ferme !

"En 178, les Chauques s'avançant par la Chaussée de Cologne à Bavay, traversèrent la deuxième Germanie jusqu'au delà de Tongres, aux environs de Waremmes, pillant et brûlant tout sur leur passage. Ils allaient gagner la deuxième Belgique, et déjà les habitants de cette province enterraient fiévreusement leurs trésors, lorsque Didius Julianus qui la gouvernait à cette époque, rassemblant en toute hâte une armée, se jeta au-devant des barbares et parvint à les refouler."
(Godefroid Kurth)

Sous les Antonins, le nombre de légions prévues pour la défense du Rhin est de quatre. Bien sûr, les défenses fixes sont renforcées surtout depuis l'empereur Hadrien, mais cela montre que les Romains considèrent que les risques sont plus grands sur le Danube.

Vers 212, l'empereur Caracalla monte une expédition contre les Chattes, mais il est surtout mobilisé par la défense des Champs Déculmates. Mais Caracalla est mobilisé pat l'Orient et le conflit avec la Perse. Il y meurt assassiné et apès les intermèdes Macrin et Heliogabale, il faut attendre l'empereur Sévère Alexandre pour voir les Germains s'agiter et il s'agit des Alamans, mais l'empereur et l'armée romaine se trouvant sur la frontière perse, les Germains franchissent le Rhin. L'empereur revient en Occident mais là, il se met à négocier avec les Germains alors qu'il est à Mongotiacum. Les légionnaires outrès, l'éliminent et proclame Maximin empereur en 235.

carte des peuples Francs au IIIème siècle
Carte des peuples Francs au IIIème siècle (origine wikipedia)

A partir d'un moment difficile à préciser, ces peuples ne s'appellent plus sous le nom d'Istévons, mais sous celui de Francs, c'est probablement vers la fin du IIème siècle. Les Romains le connaissent avec retard et la première mention des Francs par les Romains date de la première année du règne de Gordien III soit 238. Et ils vont revenir souvent. En 241 Lucius Domitius Aurelianus, tribun de la VIIème légion Gallicana est à Mongotiacum (Mayence). Les Francs se sont répandus dans toute la Gaule en raison de la crise au sommet de l'état, les Gordiens, l'empereur a 16 ans. Aurelien, avec sa légion croise un groupe de Francs et les vainc, faisant trois cents prisonniers et sept cents tués chez les Francs. Ce sont des Chattes, les plus proches voisins de Mongotiacum. Aurelien doit avoir vaincu d'autres groupes de Francs puisqu'il reçoit le titre de Pacificateur de la Gaule par l'empereur Valerien.

Ces percées réussies des Francs profitent des luttes entre empereurs et usurpateurs mais surtout des menaces qui pèsent sur d'autres frontières de l'Empire. Les Alamans ont ouvert le bal en 214 et sont arrêtés par l'empereur Caracalla sur les bords du Rhin. Les Alamans récidivent sous l'empereur Alexandre Sévère en 234, ce qui le force à revenir de sa campagne contre les Perses. Cet empereur est éliminé probablement par des hommes du Goth Maximus qui devient empereur et lutte contre les Alamans et remporte quelques succès. Mais il est rapidement éliminé. L'Empire se cherche un empereur quand les Francs apparaissent à Mongotiacum en 241.

Et cela continue d'aller mal, pour l'Empire, les usurpations se succèdent qui gênent les empereurs quand les incursions se multiplient, ainsi sous le règne de Philippe l'Arabe, l'Alsace est pillée par les Alains vers 246 ou 247 et les Chauques, bons marins écument les côtes de la Gaule. On appelle cette période l'anarchie militaire. En 251, l'empereur Decius meurt dans une bataille contre les Goths en Illyrie, son successeur Valérien est prisonnier des Perses. Alors les Francs et les Alamans traversent le Rhin et profitant d'une faible couverture par les légions, pillent la Gaule et traversent les Pyrénées du côté de la Méditerranée. Et selon Aurelius Victor, ils réussissent à passer en Maurétanie en utilisant des bateaux "empruntés" dans les ports ibériques et retournent avec leur butin d'où ils viennent. L'empereur Gallien doit combattre les Francs et les Alamans en 254, 255 et 256. Les Saxons commencent leurs attaques des côtes de la Gaule du Nord.

Les premièrs Francs installés dans l'Empire romain


Cette impuissance de Rome à protéger la Gaule explique que les populations gauloises veulent se protéger par eux même et donc la formation d'un Empire gaulois par Postumus le duc du limes d'outre Rhin qui s'installe à Colonia Claudia Ara Agrippinensium (Cologne). Postumus purge la Gaules des bandes franques et alamanes, repousse les incursions saxones sur les côtes de la Gaule et reprend les postes sur la frontière dont les Barbares se sont saisis, relève les ouvrages de défenses sur la rive droite du Rhin et enrôle de nombreux Francs dans ses armées. Il tient tête à Gallien qui le menace mais il est assassiné en 267. Les premiers francs installés comme lètes au sud du Rhin le sont en 270.

Les Francs repartent à l'attaque, brûlent à nouveau les ouvrages de défenses romains. L'Empire gaulois a des titulaires peu efficaces. En moins de deux ans, ils sont trois à se succéder. Enfin Tetricus est choisi et c'est le dernier empereur gaulois, parce que Rome se redresse sous l'empereur Glaive-au-Poing, surnom que lui donne ses soldats, c'est Aurelien qui a rétabli l'autorité de Rome en Orient et sur tous les points où elle est menacée. En 273, cet empereur entre en Gaule et Tetricus se rend après un combat symbolique aux Champs Catalauniques.

Mais les Francs ne se contentent pas de franchir le Rhin pour attaquer l'Empire, ils viennent aussi, en pirates, piller les côtes gauloises. Déjà les Chauques de Scandinavie méridionale sont venus en 172, faire des incursions sur les côtes de la Gaule.

Aurélien termine la pacification de la Gaule et refoule les Francs qui l'ont envahie, selon Aurelius Victor. Il célèbre ensuite à Rome un triomphe dans lequel les Francs participent au milieu des prisonniers de vingt nations. Et pendant son règne, Les Barbares sont tenus en respect. Mais en janvier 275, alors qu'il part en campagne contre les Perses; il est éliminé par les siens. Et les Barbares en profitent d'autant plus que son successeur Tacite choisit de repousser les Goths menaçants en Orient et laisse la Gaule envahie :

"... sa mort (d'Aurélien) fut pour eux (les Barbares) le signal d'un déchaînement sans pareil. Le Rhin fut sans doute franchi sur plusieurs points à la fois, après que les travaux de défense de la rive droite eurent été emportés. La flottille qui croisait sur les eaux inférieures du Rhin, fut incendiée, les châteaux de la rive gauche, réduits en cendres, soixante-dix villes livrées au pillage et à la destruction. Toute la Gaule fut littéralement jonchée de ruines.
(Godefroid Kurth)

Il faut attendre 277, que le nouvel empereur, Probus, après avoir vaincu les Goths sur le Danube, vienne tenir tête aux Francs et aux Alamans. Il les vainc ainsi que les Longions et comme ce sont des peuples en marche, il leur prend en même temps leurs troupeaux et leur butin. Il a selon l'Histoire Auguste, éliminé quatre cent mille Barbares sur le sol de la Gaule, enrôlé seize mille dans son armée et soumis neuf fois. Il refoule les rescapés, au delà du Rhin et du Neckar, reprend les villes dévastées et va battre les Francs jusqu'au fond de leurs marécages. Il rétablit la ligne du Rhin et relève les avant-postes romains sur la rive droite du fleuve. Cette guerre a quelque chose d'atroce, c'est une véritable chasse à l'homme. L'empereur paie un sou d'or la tête de chaque ennemi !

Mais les Barbares cèdent et neuf de leurs rois viennent demander la paix. Probus exige des otages, puis du blé et du bétail pour nourrir son armée. Il désarme les ennemis et pour les captifs, il en enrôle une partie et le reste est installé pour être colons dans les provinces dépeuplées écrit Vobiscus. Ainsi des Francs sont établis à l'intérieur de l'Empire. Parmi ces Francs que Probus "distribue" dans les diverses provinces, un groupe s'est vu assigner des terres voisines du Pont-Euxin (actuellement la mer Noire). Ces déracinés regrettent leur terre natale et la liberté. Ils réussissent à voler des vaisseaux, pillent les côtes de la Grèce et de l'Asie romaine et longent les côtes de Lybie qu'ils ravagent, vont affoler Carthage, passent les Colonnes d'Hercule et par l'Océan, font un retour triomphal dans les bouches du Rhin ! nous dit Zozime.

En 280, le commandant de la flotte du Rhin, un Franc nommé Bonosus, la laisse brûler par les Germains et pense échapper à la punition en se proclamant empereur à Colonia Claudia Ara Agrippinensium mais Probus le bat rapidement et l'élimine. Les usurpations reprennent après la mort de Probus et les Perses mobilisent les légions. Et voici le temps des Tétrarchies avec un empereur et un Cesar uniquement pour l'Occident. C'est Maximien qui hérite de cette moitié d'empire et malgré les Bagaudes en Gaule qui le mobilisent depuis 293, il doit s'occuper des Francs qui sont alliés avec Carausius, le gouverneur de Bretagne qui s'est fait proclamer Empereur de la Mer.

Les Francs sous la direction du roi des Francs sur les rives de l'Océan, Genobaud, traversent le Rhin et occupent l'île de Batavie et le pays de l'Escaut, terres d'Empire presque vides de Romains, en 288. Maximien attaque l'embouchure du Rhin, dévaste le pays et soumet les Francs en deux campagnes. Le roi Genobaud fait allégeance à l'empereur et obtient un foedus (traité) selon lequel les Francs peuvent rester dans les régions qu'ils occupent sous domination romaine et doivent fournir des contingents militaires pour Rome. Genobaud est probablement un Chamave ou un Chauque et c'est le premier roi franc mentionné par l'histoire, établi légalement sur la rive gauche du Rhin. Maximien est aussi vainqueur des Alamans et des Burgondes qui se sont installés dans les Vosges. Les Francs libèrent leurs prisonniers romains. Carausius est vaincu par Constance Chlore, le Cesar de Maximien en 293. Les Francs chassent les Bataves de la rive droite du Rhin vers vers 300.

Pendant la campagne de Constance Chlore contre les Pictes, deux rois francs, Ascaris et Ragais, profitent de la faible couverture du limes pour envahir la Gaule. Après la mort de Constance Chlore en Britannia en fin d'année 306, c'est son fils Constantin qui est acclamé par ses soldats. Il vient s'installer à Trèves pour défendre le "front du Rhin". Et Constantin recherche ces deux rois francs en Batavie, les capture en compagnie de nombreux Francs, les ramène enchaînés à Trèves et les livrent aux bêtes féroces dans l'amphithéâtre nous dit Eutrope. Cette nouvelle connue dans le pays franc, rallume la révolte chez les Bructères, les Chamaves, les Chérusques et les Tubantes. Tandis que les Alamans entrent en guerre plus en amont sur le Rhin. Mais Constantin fonce sur la rive droite du Rhin et avant que les Francs ne soient en guerre, ils sont dispersées par les légions qui brûlent leurs villages et massacrent aussi bien les hommes que les bêtes. Quand Constantin retraverse le fleuve, il ramène une multitude de captifs destinés à devenir colons*, ou esclaves ou à finir avec les bêtes féroces. Mais Constantin enrôle beaucoup de Germains dans son armée selon Zosime. Il sécurise le Rhin avant de combattre Maxence à Rome et comme son armée comprend beaucoup de soldats gaulois ! Les défenses sont relevées jusqu'à l'embouchure du fleuve, un pont permanent est jeté sur le Rhin à Colonia Claudia Ara Agrippinensium et un fort (Castellum Divitia) est construit sur la rive droite pour le garder. Rome semble vouloir reprendre possession de cette rive !

* colonus : fermier libre, mais au troisième siècle la différence entre colons et esclaves devient minime, les colons restent astreints au "service militaire"

Mais quand Constantin est débarrassé de son rival Maxence à la bataille du Pont Milvius, il revient vite sur le Rhin et trouve les Francs en pleine agitation, pressés de venger les récentes défaites. Les troupes des Francs sont massées sur la rive droite, Constantin imagine une ruse. Il se déguise en simple légionnaire et avec deux autres compagnons, se glisse près de leur armée et leur fait croire que l'empereur vient d'être appelé pour combattre les Alamans. Les Francs passent alors le Rhin et sont taillés en pièce dans une embuscade dressée par Constantin. Les flatteurs pensent que c'est fini pour les Francs mais Constantin devant quitter l'Occident, laisse son fils Crispus surveiller le Rhin, en 317. Une campagne victorieuse est citée par Eutrope pour Crispus contre les Francs, en 320 et deux autres en 318 et 323 concernent peut être les Alamans. Mais Crispus est appelé par son père pour commander la flotte dans la lutte contre Licinius en 324. Cette guerre dégarnit beaucoup les frontières et donc celle du Rhin. Pourtant aucun franchissement du fleuve n'est mentionné dans les chroniques jusqu'en 340.

casque romain IVè siècke
Revêtement en argent du casque d'un officier romain
de l'armée de la frontière retrouvé dans une tourbière
aux Pays Bas (date approximative 320)

Et cette époque voit les fils de Constantin se faire la guerre. Crispus a disparu en 326, remplacé par Constantin II qui est responsable de l'empire d'Occident. Mais le plus jeune Constant est responsable de l'Italie et Constant dirige les provinces d'Italie et d'Afrique ainsi que la Pannonie. Les deux frères ne s'entendent pas et Constantin II profite que son jeune frère est occupé sur le Danube pour envahir l'Italie. La province reste fidèle à Constant et celui ci revient en Italie et bat Constantin II, qui meurt au combat à Aquilée. Les Francs sont de nouveau en guerre entre 341 et 345. L'empereur Constant s'installe à Mediolanum (Milan) et en 341 et 342, il combat les Francs sur le bas Rhin. Les compte-rendus et Saint Jérôme laissent penser que les Francs ont remportés quelques succès. Et les Francs continuent de monter dans la hiérarchie militaire romaine. Ainsi, Bonitus, engagé comme tribun, à la tête d'une unité d'auxiliaires Francs, rend de vrais services à Constantin contre Licinius en 324, Ammien Marcellin.

Des Francs autonomes à l'intérieur de l'Empire

On peut dater du règne de Constant les premières installations de Francs en Gaule sous le régime de foederati. Pendant cinquante ans, ces Francs, installés dans l'Empire ne vont pas beaucoup faire parler d'eux. Mais déjà on sent dans les affrontements entre ces Francs de l'intérieur, romanisés et ceux qui, restés sur la rive gauche du Rhin, veulent rentrer dans le monde romain que c'est cette lutte entre ces deux parties du peuple Franc qui déterminera les futurs maîtres de la Gaule.

Avec l'usurpation de Magnence beaucoup de troupes sont prélevées sur le "front du Rhin" dès 350 et l'empereur Constant qui s'est enfui dans le Roussillon est contraint au suicide par l'officier franc (de l'armée romaine) Gaïso en début d'année 351. Le territoire à l'intérieur de l'Empire qui leur est attribué par l'Empire en 358 est la Toxandrie écrit Ammien Marcellin, en nous précisant qu'ils y sont déjà depuis quelque temps. En effet des Francs ont été installés là depuis l'usurpation de Carausius. La Toxandrie correspond à la région au Nord du Brabant et de la Hesbaye, dans l'actuelle Belgique septentrionale. Cette terre composée de landes stériles vers l'est et de forêts marécageuses vers l'ouest n'a pas été exploitée par les Romains.

Mais les villes de Tongres et de Tournai restent administrées par l'Empire, de même les chaussées stratégiques qui permettent de communiquer avec la Gaule ou Cologne. Tous ces Francs, installés en Belgique du nord sont venus de l'île des Bataves. Selon Zosime, c'est pour échapper à la pression des Saxons que les Francs se sont établis en Batavie. Il y a donc deux colonies franques, la première date de 287, cantonnée d'abord dans le bas Escaut puis répandue dans les deux Flandres, et l'autre de 341, installée dans le Brabant septentrional puis dans la Campine actuelle, établies sur la rive gauche du Rhin et ensuite autorisées par l'Empire à y rester. Ces deux colonies se sont fondues ensemble, probablement en 341.

Magnence dispose de troupes dont l'essentiel est composé de Francs et de Saxons. Mais Constance obtient à prix d'or l'alliance des Francs du Rhin et c'est avec leur soutien qu'il vient à bout de l'usurpateur. C'est le Franc Sylvanus qui, avec son escadron de cavalerie, change de camp, rejoint l'armée de Constance et décide du sort de la bataille de Mursa en 351.

L'usurpation du Franc Sylvanus

Sylvanus est le fils de Bonitus et l'empereur l'envoie en Gaule pour y tenir les Francs en respect. Il remplit très honorablement cette mission à Cologne, mais il est victime d'une machination visant à le présenter comme un futur usurpateur. Seuls les officiers francs, assez nombreux à la cour, ont le courage de protester contre l'imposture. L'un d'eux, Malaric se pose en garant de la loyauté de sylvanus, et propose d'aller le chercher et de le ramener à la Cour en laissant sa famille en otage et fournir comme répondant, Mellobaud, le tribun des armatures.

Mais ces officiers francs se débattent en vain au milieu de ces intrigues et on envoie Apodemius, un agent provocateur à Sylvanus. tandis que les calomniateurs de la Cour tentent de perdre Malaric qui réagit en rassemblant les Francs, leur dévoile les intrigues qui les menacent et leur montre que la cause de Sylvanus est leur cause commune. Tant et si bien que l'empereur, inquiet, se décide à ouvrir une enquête, mais les coupables ne sont pas punis.

Inquiet et indigné, Sylvanus se sent perdu. Tenté de se joindre aux Francs d'outre-Rhin, un ami le dissuade en lui rappelant qu'il leur a fait trop de mal pour compter sur eux. Alors, faute de mieux, il se fait proclamer empereur. Constance envoie un vieux général nommé Ursicinus avec une escorte. Quand il arrive à Cologne, Ursicinus voit une abondance de soldats se préparant à résister à l'assaut des troupes impériales. Il gagne la confiance de Sylvanus et discrètement il détourne ses officiers et un dimanche matin, une bande de rebelles attaque et élimine sa garde du corps. Sylvanus qui est un des premiers Francs chrétiens, se rend à la messe, il se réfugie dans la chapelle où il est abattu. C'est ce que nous rapporte Ammien Marcellin qui participe à l'escorte d'Ursicinus.

Les Francs d'outre-Rhin se précipitent dès que Sylvanus disparaît. Cologne résiste derière ses murailles mais sans doute avec la complicité de fidèles de Sylvanus voulant le venger, la citadelle tombe et les assaillants brûlent et massacrent tout. Le pont édifié sous Constantin devient la voie par où les Francs passent en masses compactes, tandis que les Alamans forcent le fleuve en amont. La Gaule est envahie sur une large portion de la frontière, quarante cinq cités et un nombre important de citadelles et de fortins sont détruits. Les Lètes, cantonnés dans la Gaule se réveillent et participent aux pillages.

Alors l'empereur fait appel à Julien. et en 356 participe comme Cesar à l'opération de nettoyage de l'Alsace prévue et commandée par Constance. Il se montre à la hauteur et devient responsable des opérations militaires dans son secteur. Et en 357, après sa victoire d'Argentoratum contre les Alamans, il traverse le Rhin pour délivrer les prisonniers romains. Mais les Francs profitent du fait que Julien est occupé par les Alamans pour ravager la Gaule Belgique.

Belgique deuxième
Carte du Nord de la Gaule romaine avec les deux Belgiques

Le Cesar est informé par Sévère, le maître de cavalerie et au lieu d'emmener ses troupes hiverner, il se met en chasse des pillards qui se réfugient dans deux forts des bords de la Meuse à demi ruinés. Et en décembre 357 et janvier 358, ils résistent au siège que leur font les Romains. Julien fait patrouiller les bâteaux sur le Rhin gelé pour casser la glace et éviter qu'ils ne s'échappent. Enfin, épuisés de faim et de fatigue, ces Francs se rendent à Julien qui les envoie à l'empereur. Julien tient à ce que le Rhin redevienne la voie de communication qui achemine le blé depuis la Britannia vers les localités qui sont sur les rives du Rhin et de ses affluents et ainsi ravitailler les garnisons de Belgique et de Germanie.

En 358, Julien fait reconstruire sept forts sur le Rhin et selon Zosime, ravitaille la Rhénanie avec la petite flotte qu'il fait construire pour transporter du blé depuis la Britannia. Les Francs installés en Toxandrie bloquent la circulation sur le Rhin et forcent Julien à venir. Il les surprend, les oblige à la paix et prend le Franc Charietto à son service. Les Chamaves viennent s'établir à côté des Francs ce que Julien ne peut accepter. Mais, prévenus par la "démonstration" de Julien, les Chamaves sont sur leur garde et opposent une vigoureuse résistance. Julien utilise ce colosse de Charietto qui menant des Francs Saliens dans des attaques nocturnes contre les Chamaves, en rapporte beaucoup de têtes d'ennemis. Après avoir pris ou éliminé beaucoup de ces Chamaves, Julien voit leurs députés lui demander la paix à genoux. Julien les traite bien, rend à leur roi Nebigast, son fils qu'il croyait mort. Mais il reste ferme sur l'évacuation du sol de la Gaule et leur fait repasser le Rhin.

Mais Constance qui doit répondre aux attaques des Perses et qui souhaite enlever à Julien ses meilleures troupes en cas d'usurpation, donne l'ordre de transfert vers l'Orient et aussitôt c'est la révolte que ce soit chez les Gaulois ou les Germains, il n'est pas question de laisser leurs familles sans défense pour aller rôtir en Orient et Julien est bientôt, un usurpateur malgré lui. Puis, pendant l'été 360, Julien franchit le Rhin à Tricensima (aujourd'hui Xanten en Allemagne), ravage le pays des Francs Atthuarios et en tue beaucoup selon Ammien. Mais la situation politique oblige Julien à prendre des précautions, ainsi il hiverne à Colonia Julia Vienna (actuellement Vienne) pour surveiller la route d'où pourrait venir les troupes impériales.

Constance joue Vadomar, un chef Alaman pour "retenir" Julien. Le César réussit à s'en débarrasser, à signer la paix avec les Alamans et à faire de nombreux prisonniers dont une partie grossira ses troupes. Pour le moment, à la moitié de l'année 361, cette usurpation maintient un dispositif conséquent pour défendre le "front du Rhin". En quatre ans, Julien a réussi à pacifier la Gaule, à tenir en respect la Germanie et à rattacher la Britannia à l'Empire. La sécurisation de la frontière est complète.

Mais en juillet 361, Julien part vers l'Orient avec environ vingt-cinq mille soldats. Et le "front du Rhin" n'est pas dégarni. Et il n'y a plus guère de traces d'incursions franques dans le récit d'Ammien Marcellin qui suit l'empereur Julien en Orient et dont il ne reviendra pas. Valentinien, le nouvel empereur, arrive à Trèves en été 365, il se hâte de fortifier les villes du Rhin écrit Ammien Marcellin. Mais c'est du côté des Alamans que les attaques viennent d'abord. Ils profitent du Rhin gelé dans l'hiver 365-366 et traversent le fleuve, l'Alsace est envahie et Charietto, qui est devenu comte des deux Germanies, meurt au combat. Après les Alamans, ce sont les Francs qui reviennent à l'attaque ainsi que les Saxons.

L'empereur Gratien poursuit la même politique vis à vis des officiers barbares ainsi, à la bataille d'Argentaria remportée en 378, par Les Romains contre les Alamans, il y a dans l'armée romaine victorieuse, un roi Franc, Mellobaud ou Mallobaude, avec le titre de comte des domestiques. Mellobaud combat contre Macrianus le roi des Bucinobantes, une tribu alémanique qui attaque les terres franques et Macrianus meurt en 374, dans une embuscade tendue par Mellobaud écrit Ammien Marcellin.

L'usurpateur Maxime venant de Britannia, doit battre une troupes de Francs fédérés commandés par Himbaldus, lorsque, proclamé Auguste par ses troupes, il débarque en Gaule pour combattre Gratien en 383. Ensuite il semble très tranquille vis à vis des Francs quand il entame sa campagne réussie contre l'empereur Gratien, dans cette aventure. Cette assurance se confirme quand il attaque Valentinien II en 387, il n'y a d'ailleurs aucune action sur le front du Rhin. Mais quand Maxime doit faire face à la riposte de Théodose, il engage ses meilleures troupes et dégarnit cette frontière en 388.

Voyant le limes du Rhin faiblement défendu, trois rois Francs : Gennobaud, Marcomir et Sunno, selon Sulpice Alexandre, venant du Nord de Cologne, franchissent le fleuve et envahissent la deuxième Germanie, probablement encouragés par Théodose. Marcomir est peut être le roi des Ampsivariens et les deux autres, ceux d'une tribu voisine. Ces trois chefs avancent alliés, formant une confédération provisoire dont les Francs ont l'habitude, évitent de s'attarder sur Cologne et vont dévaster la Belgique.

Maxime a confié la défense de la frontière aux généraux Quintinus et Nanennus. Ceux ci rassemblent une armée à Trèves et viennent à Cologne pour bloquer les pillards. Mais les Francs ont déjà passé le fleuve et les Romains se lancent à leur poursuite. Ils en rencontrent un certain nombre laissés pour le pillage, au début de la forêt Charbonnière et en éliminent beaucoup selon Sulpice Alexandre. Puis les deux généraux débattent de la nécessité de poursuivre ces Francs chez eux, le second jugeant les chemins trop difficiles et les ennemis sur leur garde, refuse de continuer, mais Quintinus et les autres chefs, traversent le Rhin à proximité du château de Ness.

Après une journée de marche sur la rive gauche du Rhin, ils arrivent dans de grandes bourgades abandonnées qu'ils brûlent et passent la nuit sous les armes. Les Francs, parfaitement renseignés sur la position des Romains, montent une embuscade à une demi-journée de marche en sentiers boisés. Le lendemain matin, Quintinus conduit sa troupe vers le lieu de retraite des Francs et vers midi bute sur des obstacles formés d'arbres abattus derrière lesquels les ennemis sont postés.

Les légionnaires sont accueillis par une pluie de flèches empoisonnées et reculent en désordre sur le sol marécageux. Les Francs se précipitent sur eux de tous côtés et cernent les Romains, cavaliers et fantassins mêlés, s'écrasant les uns les autres tout en étant arrosés de flèches ! Rapidement les légionnaires se débandent et seul un petit nombre parvient à se sauver, le reste des combattants et la plupart des officiers restent anéantis.

Pendant ce temps là, Théodose est vainqueur de Maxime et dans ses bagages, il a emmené le maître de la milice, Arbogast, d'origine franque, un autre général franc Richomer et le jeune empereur Valentinien II qui a fui à Constantinople. Le comte Arbogast est chargé de maintenir l'ordre sur le Rhin. Vis à vis des autres Francs, Arbogast ressent des haines familiales en particulier contre Marcomir et Sunno. Et Arbogast a les moyens de se venger, il franchit le Rhin en 389 et mène une campagne sans retenue contre les rois francs qui ont ravagé la Belgique Seconde en 388. Il ne consent à faire la paix avec les Francs qu'à deux conditions :
Ils doivent restituer le butin et doivent livrer les fauteurs de guerre!

Les Francs livrent des otages et les négociations se terminent par un banquet écrit Paulin de Milan. Après sa victoire, Arbogast passe l'hiver à Trèves, histoire de surveiller les Francs. Mais probablement, il est sans inquiétude car il élimine le jeune empereur en 392 et le remplace par son ami, le rétheur Eugène. Alors les Francs se sentent dégagés des obligations du traité signé au nom de l'empereur défunt. Si bien qu'au moment où il doit se préparer à repousser l'armée de Théodose, les Francs de la rive gauche du Rhin prennent les armes et en hiver 393, Arbogast, par Cologne, traverse le Rhin. En cette période, les arbres sont dénudés et les embuscades improbables. Il ravage en premier le territoire des Bructères, puis celui des Chamaves, et ne rencontre pas de résistance. Arbogast rentre après avoir vengé l'échec de Quintinus en ayant montré son empereur Eugène sur les bords du Rhin. Une partie de ces Francs sont recrutés par Arbogast.

Après la mort de Théodose, la défense de l'Occident repose sur les épaules de Stilichon qui en 396, longe le Rhin à cheval et sans escorte et voit selon Claudien, tous les chefs barbares baisser la tête devant le général romain. En réalité, c'est sa diplomatie et l'or romain qui obtiennent le remplacement de chefs germains hostiles à Rome par d'autres favorables à l'alliance avec l'Empire. Néanmoins, il faut une grande habileté pour obtenir la livraison par les Francs de leur roi Marcomir qui termine sa carrière en Etrurie. Pour Sunno, il est éliminé par les siens quand il veut venger Marcomir sur les "traîtres" qui l'ont livré.

La traversée du Rhin en 406

Mais la situation sur le front du Rhin va une fois de plus dépendre d'un autre front de l'Empire. Les attaques répétées des Ostrogoths conduits par Alaric sur l'Italie du Nord ont amené Stilichon à dégarnir la Britannia et les Germanies et à enrôler des esclaves ! Aussi, quand le 31 décembre 406, une coalition de Barbares se presse pour franchir le Rhin gelé, il n'y a pas beaucoup de troupes pour les arrêter. C'est tellement évident que le duc de Mayence réquisitionne tout ce qu'il peut trouver, des colons militaires francs de la région de Trèves (environ trois mille) et une bande d'Alains sous le commandement de leur chef Goar.

Une armée vandale conduite par leur roi Godegisèle "tombe" sur les trois mille Francs qui se battent avec énergie et ont le temps d'éliminer vingt mille de leurs guerriers et leur roi avant qu'ils ne soient submergés par la cavalerie lourde des Alains, envoyée par leur roi Respendial. Une première colonne se répand alors dans la première Germanie selon Orose. Une autre colonne traverse le fleuve en amont, vers Cologne et se dirige vers l'Ouest à travers la seconde Germanie et la seconde Belgique. Sur son passage, il ne reste pas une cité debout jusqu'à Gesoriacum (Boulogne), ainsi Reims, Amiens, Arras, Thérouanne et Tournai sont détruites écrit Saint Jérôme. Il y a aussi parmi les envahisseurs des Burgondes, des Gépides, des Hérules, des Quades, des Suèves et ... des Francs. Ce ne sont pas moins de quatre cent mille personnes dont cent mille guerriers qui franchissent le Rhin cette nuit là, le contrecoup de la poussée des Huns.

Rapidement, Constantin III, un usurpateur venu de la Britannia, combat les envahisseurs, les repousse vers le sud de la Gaule et vient s'installer à Augusta Treverorum (Trèves). Il rallie les garnisons romaines et les auxiliaires barbares, renouvelle les traités avec les Francs et choisit parmi eux deux grands chefs de son armée, Nebiogast et Edobinc selon Zosime. Stilichon ne peut intervenir efficacement en Gaule, il est éliminé par l'empereur Honorius. Constantin III est battu par le Patrice Constance et éliminé en 411. Mais la situation sur le front du Rhin est telle qu'elle suscite une nouvelle usurpation, celle d'un Gaulois nommé Jovin qui est proclamé à Mayence, fait aussi appel aux Francs, mais disparaît en 413.

Alors les Francs jugeant qu'il n'y a plus d'autorité romaine dans le Nord de la Gaule, investissent Trèves en 413, ce sont les Francs ripuaires mais pour l'instant il s'agit de la même communauté et probablement la même famille royale. Le comte Castinus en charge des dernières troupes romaines dans cette partie de la Gaule décide de le leur reprendre et sans doute il réussit car Trèves est prise quatre fois dans ces années là. En outre dans le texte de Frédégaire on peut lire que Théodemir, un roi Salien, père de Chlodion, est fait prisonnier par le comte Castinus dans une expédition contre les Francs au début du Vème siècle. Mais les Francs maintenant ne sont plus séparés par le front du Rhin. Les deux groupes de Francs Saliens se rejoignent sur la rive gauche du fleuve. Et maintenant ils peuvent faire appel aux puissantes réserves outre Rhin.

En Gaule, un nouveau général essaie de faire respecter l'autorité romaine défaillante, il s'agit d'Aetius. En 428, il fait campagne contre les Francs Ripuaires et leur reprend des terres proches du Rhin. Mais c'est au tour de Clodion de prévoir une campagne vers ces terres riches de la Gaule et on peut imaginer l'allégresse de ses guerriers, les boucliers entrechoqués à l'assemblée où selon la coutume, le roi vient proposer une expédition en terre romaine. Mais ce n'est pas le butin que cherche Clodion, mais s'installer sur des terres plus fertiles. La cible visée est la cité de Tournai. Et de là, la cible suivante est Cambrai, des espions ont exploré le site et Clodion est bien renseigné.

Mais cette arrivée des Francs n'est pas une surprise et des Romains tentent de résister avant Cambrai. Les Francs éliminent cet obstacle et rentrent dans la cité. Dans Tournai et Cambrai, la population ne semble pas avoir trop souffert sinon du pillage. Et les Francs continuent leur avance vers l'Ouest. Ils traversent l'Artois sans rencontrer de résistance, Arras doit leur ouvrir ses portes. Ils pénètrent dans la vallée de la Canche et s'approchent de la mer quand ils rencontrent le magister militum pour les Gaules, Aetius. Les Francs confiants, se sont éparpillés et un de leurs groupes installé près du vicus Helenae (Vieil-Hesdin, Pas de Calais, France) célèbre dans une bruyante gaité le mariage d'un chef. Au milieu des chariots groupés en cercle, les plats circulent de main en main, des flots de cervoise sont également consommés.

Les légionnaires d'Aetius tombent à l'improviste sur ces agapes et remportent une facile victoire, les Francs ne résistent pas longtemps et fuient. Chlodion n'est pas dans ce groupe selon le panégyriste romain qui a décrit cette échauffourée. Mais Aetius a d'autres préoccupations notamment en Gaule centrale et il préfère traiter avec les Francs qui restent maîtres d'une grande part de leurs récentes conquêtes à condition de rester fidèles alliés de Rome et continuer de lui fournir des soldats. Ce pacte est à partir de ce moment que l'on situe en 431, tout à fait respecté par les Francs Saliens et quand Rome aura le plus besoin des Francs, le fils de Chlodion, Mérovée viendra avec ses guerriers rejoindre Aetius pour faire lâcher prise Attila devant Orléans et le vaincre à la bataille des Champs Catalauniques.

Et les Francs peuvent se répandre dans ce vaste domaine qu'ils viennent d'ajouter à leur royaume, selon Grégoire de Tours, il allait jusqu'à la Somme. Le règne de Clodion termine la période des migrations, chaque famille a son propre domaine, son lot de terre. Le peuple devient sédentaire. Les Francs sont les seuls occupants dans la partie septentrionale de ce nouveau royaume. Au sud, les Romains sont en majorité. Les Francs évitent de vivre à l'intérieur des enceintes des cités qu'ils considèrent comme des tombeaux et s'installent à la campagne, dans les domaines enlevés aux grands propriétaires et au fisc, les exploitent et y vivent en paysans laborieux qui ont peu de besoins.

Les Romains gardent leur liberté et, dans une certaine mesure, leurs terres, mais sont exclus de l'armée et des fonctions publiques. En revanche, les Barbares établis dans leurs terres sont associés à leur triomphe ainsi les Saxons que Carausius a établis le long de la mer du Nord pour garder la côte de Gesoriacum (Boulogne) restent en possession de leurs villages et de leurs biens.

Il n'y a pas d'autres informations sur le règne de Clodion et peu sur celui de son successeur Mérovée cité par Grégoire de Tours. On peut estimer que le règne de Clodion se termine à sa mort vers 447-448. Nous savons que ce roi suit les recommandations d'Aetius quand il cherche des renforts pour arrêter Attila. Les Francs ont l'excellente raison de vouloir défendre leur nouveau royaume. Aetius doit avoir plus de difficultés avec les Wisigoths qui dans un premier temps préférent attendre l'envahisseur chez eux. Pour des raisons opposées les Francs restés en Germanie, ne profitant pas des bienfaits de l'agriculture gallo-romaine, pensent davantage au butin en cette période. C'est pourquoi Mérovée et les Francs Saliens ainsi que les Francs Ripuaires sont du côté des Romains à la bataille des Champs Catalauniques, tandis que les Francs du Neckar seront intégrés dans la coalition menée par Attila.

Les Francs Saliens, conduits par leur roi Mérovée, sont les premiers à se battre durant cette bataille. La nuit précédant le choc terrible, ils se heurtent aux Gépides, menés par leur roi Ardaric, qui forment l'arrière-garde d'Attila. Dans les ténébres, une lutte furieuse éclate entre ces deux peuples. Cette rencontre coûte aux Francs quinze mille soldats écrit Jordannes. Et quand, après la bataille, Aetius suit l'armée d'Attila qui rebrousse chemin jusqu'aux confins de la Thuringe, les Francs et Mérovée sont encore avec le magister militum, écrit Frédégaire.

Mais en 454, Aetius est assassiné par l'empereur Valentinien III et c'est la fin de l'Empire au moins pour la Gaule. Les Barbares "semblables à des loups affamés qui flairent l'odeur des grasses étables" dit Sidoine Appolinaire, se ruent sur les provinces occidentales. Les Francs du Neckar (les Chattes) se précipitent sur la première Germanie et les Francs Saliens reprennent leur courses victorieuses dans la deuxième Belgique. Mérovée avant de mourir en 457 a progressé vers le Sud et vers la France actuelle puisque nous trouvons à la génération suivante, trois fils respectivement roi de Tournai, roi de Tongres et roi de Cambrai.

Childéric (457 -481)

Abeilles de childéric
Abeilles de Childéric

Mérovée est mort jeune donc Childéric est très jeune au moment de lui succéder. Il n'y a pas de traces de lui dans les annales pour les premières années de son règne, en revanche, le général romain Aegidius est en Gaule pour repousser les Barbares et contrer les tendances séparatistes style Empire gaulois. Bloqué, dans le sud par la percée des Wisigoths, il se met à défendre la romanité au Nord de la Loire. Coupé de ses communications avec l'Italie, il se trouve encore menacé par les Wisigoths sur la Loire. Et selon Idacius, c'est Orléans qui est visé. La bataille d' Orléans est une grande victoire remportée par Aegidius en 463, avec le concours de Childéric et ses Francs. Les Wisigoths ne franchiront pas la Loire ! Childeric a environ 23 ans, il se comporte comme un fédéré.

Une nouvelle menace occupe Aegidius, les Saxons, dont un groupe est installé depuis longtemps près de Gesoriacum (Boulogne), un autre a pris possession des environs de Bayeux dans la future Normandie, un troisième s'est emparé des îles boisées sur la Loire près de son embouchure. Dans leurs navires recouverts de cuir, ils écument la mer et ravagent la terre, sur les rivages de l'Escaut à la Seine. Et ils viennent menacer Angers, avec leur chef Odoacre en 463. Mais Aegidius meurt d'une maladie contagieuse en octobre 464. Le comte Paul prend la relève et maintient l'alliance des Francs.

En 468, Childéric est allié au comte Paul et se presse vers Angers qu'Odoacre menacé, vient défendre. Le comte Paul rejoint les Francs peu après. Les combats s'engagent sous les murs et jusque dans les rues de la cité. Le combat est rude, le comte Paul y est tué mais Childéric est vainqueur et reste maître du terrain. Les Romains et les Francs poursuivent les Saxons et en éliminent un grand nombre dans leur fuite vers leurs îles. Ainsi Childeric a réussi à libérer la navigation sur la Loire.

la reine Basine
La reine Basine de Thuringe (445 - 491)
origine geneanet.org


Childéric, un peu plus tard, réconcilié avec Odoacre et ses Saxons, va avec eux subjuguer les Alamans qui viennent de piller l'Italie écrit Grégoire de Tours. Après la mort du comte Paul, Childéric doit garder dans la Gaule encore romaine, une position prépondérante. Ainsi, le roi Euric traite avec ce roi des Francs Saliens, comme si c'était le vrai monarque de la Gaule septentrionale. Ce barbare sait faire accepter par les populations, l'autorité qu'il exerce sur elles. Tout en étant païen, il se montre plein de déférence pour l'Eglise catholique. Mais de 469 à 481 nous perdons sa trace et nous le voyons enterré à Tournai après avoir séjourné à Paris.  En 469, Childéric et le comte Paul  arrêtent à Tours et à Bourges, les Wisigoths menés par Euric, après la défaite de Déols (près de l'actuelle ville de Chateauroux) des douze mille Bretons commandés par leur roi Riothamus contre les mêmes Wisigoths.

Que s'est il passé ? Le plus probable, c'est qu'ayant exercé une autorité de fait sur la Gaule du Nord, Childéric a vu le fils d'Aegidius, Syagrius, trop jeune à la mort de son père, attendre la mort du comte Paul pour affirmer l'autorité d'un Romain face à un Barbare. En toute hypothèse, cela peut expliquer l'attitude "crispée" de Clovis face à ce même Syagrius à partir de 481. Childéric a eu pour épouse Basine de Thuringe qui lui donné un fils, Clovis et trois fille, Lanthilde, Alboflède et Aldoflède, Aldoflède sera reine des Ostrogoths. Childéric meurt jeune, à peine quarante ans, ses funérailles sont royales, il est enterré avec son fidèle cheval de bataille.

pommeau de l'épée de Childéric
Pommeau de l'épée de Childéric
retrouvé dans son tombeau


Le début du règne de Clovis

A la mort de son père, Clovis a quinze ans, il est donc adulte (la majorité est à douze ans). Il succède à Childéric de plein droit. Il est roi par la naissance, il n'est pas élevé sur un pavois, ce qui arrive quand les Francs doivent délibérer sur la succession du roi défunt et que le nouveau souverain ne disposant pas d'un titre héréditaire incontestable doit être librement choisi par le peuple. Il est acclamé par les guerriers qui considèrent que la jeunesse du prince est pour eux le gage d'un règne long et glorieux. Quelques jours plus tard, Clovis reçoit une lettre de Rémi, l'évêque métropolitain de Reims qui le félicite pour son avènement et lui prodigue des conseils. Cette lettre contient des exhortations empreintes de confiance et d'affection paternelle, elle parle aussi de son père Childéric, sans aucun doute, elle a du faire impression sur le jeune roi. Elle montre que Rémi et le clergé de seconde Belgique saluent en Clovis leur souverain et ainsi prend position dans le face à face avec Syagrius.

Mais Clovis est prudent, et il ne se signale par aucune campagne militaire avant 486. La consolidation de son autorité et la menace que représente Euric, le souverain wisigoth doivent expliquer ce calme. Et pourtant, l'avenir est du côté du Sud ! Au Sud, il y a un espace de romanité qui subsiste entre la Somme et la Loire de la Manche à la Haute-Marne. Un espace de romanité alors que l'Empire d'Occident s'est éteint. Il n'y a plus de magister militum, ni de Patrice. L'Etat a disparu, seuls restent les évêques, arbitres des cités où ils sont installés et le fils d'Aegidius. Le sort des armes va décider entre les deux rivaux.


La Gaule du Nord en 486

Situation de la Gaule du Nord en 486 (wikipedia)


La bataille de Soisson 486

C'est Clovis qui ouvre les hostilités, un fois Euric disparu (485). Après moult délibérations au palais de Tournai, après la recherche des alliances. Les rois saliens apparentés à Clovis, Chararic et Ragnacaire, promettent de participer à la campagne. Se conformant à l'usage germanique, Clovis envoie un défi à Syagrius, le sommant de lui fixer la date et le lieu de la rencontre. Syagrius se préoccupe de couvrir Soissons* qui est une des rares cités épargnée par la grande invasion de 406 et par celle d'Attila. Il se porte en avant de sa capitale, avec tout ce qu'il a pu rassembler comme soldats, soit les vétérans d'Aegidius restés fidèles à Syagrius, des soldats gallo-romains et des colons barbares. Comment ces troupes sans enthousiasme vont ils résister au choc impétueux des forces franques ?
* Vouloir éviter un siège de Soissons est une faute car les connaissances en poliorcétique (art des sièges) des Francs est à cette époque, quasi nulle.

Mais, Clovis a un moment d'inquiétude, lorsqu'il voit le roi Chararic, rester à distance de la mêlée, attendant de voler au secours de la victoire selon Grégoire de Tours. Mais dès la première charge des Francs, les troupes de Syagrius se débandent et leur chef s'enfuit à Toulouse. Là Alaric II, tremblant devant la colère de Clovis, lui livre son hôte. "C'est l'habitude des Goths de trembler." écrit Grégoire de Tours.

La ville de Soissons accueille Clovis qui s'installe dans le château d'albâtre, expression populaire pour désigner le palais des gouverneurs romains et la résidence de Syagrius. Le roi Salien fait de Soissons sa nouvelle capitale et prend possession de tout le domaine du fisc impérial resté sans maître. C'est l'origine de ses richesses. Ce domaine comprend un grand nombre de villas qui se retrouveront ensuite dans le patrimoine des rois mérovingiens.

Dans une des églises que les soldats de Clovis ont pillée, tous les ornements sacerdotaux et tous les vases sacrés ont été emportés. Parmi ceux-ci se trouve une grande urne, d'une beauté remarquable et à laquelle l'évêque du diocèse tient beaucoup. Il envoie donc prier le roi de lui faire rendre au moins cet objet d'art. Cette démarche est celle d'un homme qui ne voit pas un ennemi dans le roi des Francs. Clovis dont l'expédition est terminée, invite le mandataire de l'évêque à le suivre jusqu'à Soissons, où doit avoir lieu le partage du butin selon le procédé traditionnel. On fait un tas de ce qui a été pris. Une part privilégiée, le cinquième habituellement, est assignée au roi par le sort. Tout le reste est partagé en lots qu'on tâche de rendre aussi égaux que possible et qu'on distribue entre tous les soldats. Les oeuvres d'art plus précieuses ne sont évaluées qu'au poids du métal : si elles semblent dépasser la valeur d'une part ordinaire, elles sont mises en pièces.

Clovis risque de perdre de sa popularité pour faire plaisir à l'évêque lorsqu'il demande qu'on lui adjuge le vase en dehors de sa part. Mais ses guerriers l'estiment et comme la demande ne semble pas conséquente, ils sont unanimes à souscrire à son désir. Toutefois, un mécontent, peut être un des commissaires préposés au partage, proteste et casse le vase avec sa hache, en déclarant que le roi n'en aurait tout ou partie que si le sort le mettait dans son lot. Le soldat insolent est dans son droit le plus strict, il défend celui de tous ses camarades et Clovis doit ravaler sa colère. Le vase ayant été attribué au roi par le vote de l'armée, Clovis en prend les morceaux qu'il rend à l'envoyé épiscopal. La bataille de Soissons a ouvert la campagne de 486, le partage du butin dans la même ville l'a close.

L'année suivante, en passant ses troupes en revue, au début de sa campagne, Clovis reconnaît l'homme au vase et le critique sévèrement sur l'état de ses armes.

"Nul n'est aussi mal équipé que toi : ta framée, ton épée, ta hache, rien ne vaut." dit-il en lui arrachant sa hache et en la jetant par terre. Et pendant que le soldat se baisse pour la ramasser, Clovis abat sa francisque sur la tête du soldat en disant : "C'est ce que tu as fait au vase de Soissons." Personne ne bouge dans l'armée et cet acte de sévérité frappe de terreur tous les soldats. Clovis a épargné le soldat la première fois parce qu'il fallait trouver une occasion ou un prétexte pour le frapper.

Cet incident montre que le roi des Francs ménage l'épiscopat au cours de ses conquêtes et cette politique coïncide mal avec l'humeur farouche de ses guerriers. Ceux-ci veulent du butin et rêvent de pillage. Leur donner toute satisfaction risque de voir se lever la région entière et les évêques se faire l'âme de la résistance. Mais montrer trop d'égards envers les autochtones, risque de mécontenter l'armée. Il faut naviguer entre ces deux dangers et laisser passer les violences qu'on ne peut empêcher tout en s'évertuant à réparer aussitôt le mal qui a été fait. De la sorte, la population mécontente contre les soldats, s'aperçoit qu'elle est protégée par leur chef et elle se persuade qu'elle a tout intérêt à reconnaître l'autorité de ce protecteur.

Les sources sont presque muettes sur les dix ans qui suivent cette bataille de Soissons. Mais en 496, Clovis est maître de la Gaule jusqu'à la Loire, il a donc passé une partie de ce temps à la conquête de ces belles provinces et à éliminer les derniers partisans de Syagrius. Deux épisodes nous montrent, s'ils sont vrais, que Clovis rencontra parfois une vive résistance. Le premier est tiré de la Vita Sacra Gennovefae (la vie de sainte Geneviève) et concerne Paris. Lorsque les barbares apparaissent, les habitants abandonnent à l'ennemi les villae et les sanctuaires dans ses faubourgs et se réfugient dans l'île à l'abri des fortifications romaines. Paris ne veut pas se rendre.

L'hagiographe dit que le siège dure cinq ans, cela semble un peu long, mais il ajoute que la disette est là, plusieurs personnes meurent de faim. Et malgré un investissement rigoureux de l'île par les assiégeants, Geneviève, qui a déjà rassuré les Parisiens lors de l'invasion d'Attila, réussit à s'échapper en barque sur la Seine et à revenir avec une flottille de ravitaillement. Après avoir failli périr durant cette navigation, elle rentre triomphalement dans Paris et distribue aux affamés les abondantes provisions qu'elle a rapportées. On ne sait pas comment le siège s'est terminé mais on peut supposer que l'influence pacifiante de Geneviève a facilité le pacte qui a enfin cédé Paris à Clovis.

Pendant que Paris, protégée par les deux bras de la Seine et sa muraille romaine, inaugure la série de sièges mémorables qu'elle a soutenus, les Francs achèvent la conquête de la Gaule romaine située sur la rive droite de la Seine. Le deuxième épisode se passe à l'est dans la première Belgique. Il s'agit de Verdun sur la Meuse. Quand les Francs arrivent pour investir cette ville, l'évêque Possessor est mourant. L'armée franque déploie toutes les ressources de la poliorcétique la plus savante à cette occasion. Du haut des tours, les habitants voient la ligne de circonvallation progresser chaque jour. Lorsque cette étape est terminée c'est le bélier qui commence à battre les murailles tandis qu'une grêle de traits refoule les défenseurs qui se présentent sur les remparts.

L'évêque expire et le danger s'accroit. La population démoralisée n'attend son salut que de la clémence du roi barbare. Mais comment, alors que le protecteur de la cité vient de disparaître? On s'avise qu'un vieux prêtre est vénéré pour ses vertus, il se nomme Euspicius. Il accepte d'aller recommander ses concitoyens au barbare victorieux. Clovis lui accorde une capitulation honorable et sans doute la sécurité pour les personnes. Deux jours de réjouissances scellent la réconciliation écrit le narrateur de la Vita sancti Maximini. Le pays situé au nord de la Seine passe sous l'autorité du roi salien dans des conditions spéciales. Il n'est pas conquis selon les lois de la guerre, ni annexé selon un traité régulier.

Clovis en prend possession comme d'une terre sans maître qui a besoin d'un protecteur et en général il est salué comme tel. L'occupation se fait sans trop d'à-coups, en raison de l'intervention active des évêques qui savent s'interposer entre les uns et les autres, mettre la confiance et la modération dans les relations mutuelles et procurer aux Gallo-Romains une situation très favorable.

Et ces autochtones prennent le nom de Francs tout comme les barbares. Ils restent en possession de leurs biens, il n'y a pas de partage comme dans les autres royaumes barbares. Les Francs qui veulent s'établir dans les nouvelles conquêtes de leur roi n'ont pas besoin de dépouiller les habitants, les terres du fisc et les domaines abandonnés sont très nombreux. Les provinces voient d'un bon oeil ces nouveaux colons puisqu'ils apportent du travail et de la vie. Les guerriers de Clovis qui se mêlent aux Gallo-Romains dans la gaule du Nord sont peu nombreux et peu encombrants. Aucune source contemporaine ne relate le moindre conflit résultant de la différence des origines.

Clovis ne s'arrête pas à la Seine. Il la franchit se fait reconnaître comme souverain des terres entre Seine et Loire. Il s'agit d'une deuxième conquête, distincte de la première. Ainsi dans Liber historiae (VIIIè siècle), on peut lire :
"En ce temps, Clovis, augmentant son royaume, l'étendit jusqu'à la Seine. Plus tard, il se rendit encore maître de tout le pays jusqu'à la Loire.

Pourquoi cette différence ? La Gaule au Nord de la Seine était la sphère d'influence de Syagrius. Mais au Sud de la Seine son influence était nulle. Cette partie de la Gaule a déjà secoué le joug de Rome et s'est pourvu en gouvernements locaux à la fin de l'Empire. Elle a, plus tard résisté à Aegidius. Alors comment est gouverné ce pays ? On peut supposer que dans ces régions, un certain nombre de "républiques municipales" sont inspirées par leurs évêques et l'identité des intérêts a rapproché en une sorte de fédération nationale. Les évêques, installés dans les palais des gouverneurs héritent aussi de leurs fonctions désormais sans titulaire. Ce que fut le pape Grégoire le Grand dans la ville de Rome menacée par les Lombards et délaissée par les empereurs, les évêques de Gaule le sont pour leur ville.

Comment Clovis va implanter son autorité ? Par la guerre ou par la négociation ? Les annalistes sont muets mais Clovis est connu, son père a laissé de bons souvenirs. Les Gallo-Romains n'ont aucune hostilité préconçue contre les Francs et dégoûtés de l'Empire, ils voient plutôt en eux des libérateurs. Un écrivain byzantin, presque contemporain, qui fait des erreurs sur les détails locaux mais décrit avec netteté les situations générale, Procope qui est venu en Italie et a été en rapport avec des Francs, écrit :
"Les Francs ne pouvant avoir raison des Armoriques par la force, leur proposèrent l'alliance et des mariages réciproques. Les Armoriques acceptèrent cette proposition, car les deux peuples étaient chrétiens, et de la sorte ils n'en formèrent plus qu'un seul et acquirent une grande puissance."

Quand Procope parle d'Armoriques, il désigne les populations de la Gaule occidentale. La preuve c'est la parfaite égalité entre les autochtones et les conquérants, comme au Nord de la Seine. Quand Procope écrit cela, il n'y a plus aucune distinction, les deux peuples se sont fondus en un seul. Procope apporte un autre témoignage sur la Gaule de cette époque :
"Il restait aux extrémités de la Gaule, des garnisons romaines. Ces troupes ne pouvant ni regagner Rome ni se rallier aux ennemis ariens, se donnèrent avec leurs étendards et avec le pays dont elles avaient la garde aux Francs et aux Armoriques. Elles conservèrent d'ailleurs leurs usages nationaux, et elles les transmirent à leur descendants qui les suivent fidèlement jusqu'à ce jour..."

Cette information est confirmée par la Notitia Dignitatum et par Grégoire de Tours. Au Vème siècle, en Gaule, il y a un grand nombre de colonies militaires, formées par des barbares de toute nationalité, en particulier entre Seine et Loire. Ces barbares se trouvent à présent sans maître et sans titre de possession des terres que l'Empire leur a donné en échange de leur sang versé sous l'étendard des légions. Ils retrouvent un maître et un titre de possession en saluant Clovis comme leur souverain. Pour cet hommage qui ne doit guère leur coûter, ils conservent leur rang et leurs biens. Les Francs ont l'habitude d'incorporer tous les barbares qu'ils trouvent établis dans leurs nouvelles conquêtes.

Mais deux groupes plus compacts demeurent entre Seine et Loire moins faciles à assimiler il s'agit d'une part des Saxons et d'autre part des Bretons. Les Saxons s'échelonnent sur le littoral de la Manche depuis la Belgique actuelle jusqu'aux limites de la Bretagne. Et au delà, ils sont installés sur les rives de la Loire près de son embouchure. Une partie est déjà intégrée au royaume franc depuis Clodion, il s'agit des Saxons qui sont venus près de Gesioracum (Boulogne) au temps de Carausius. Ils sont renforcés par de nouveaux venus, originaires de Basse Saxe, au Ve siècle.

Une autre groupe plus important est venu par la mer dès le IIIè siècle et demeure dans le Bessin, dans l'actuelle Basse Normandie, dans le pays des Bajocasses, près d'Augustodurum (actuellement Bayeux). Les Saxons sont majoritaires dans cette région appelée par les Romains Litus Saxonicum (rivage saxonique). A la fin du VIe siècle, ils forment encore une enclave germanique au milieu du royaume franc.

Le troisième groupe établi dès l'époque romaine sur la rive gauche de la Loire vers son embouchure et sur les îles de son estuaire, ont terrorisés les habitants. Leur défaite contre le comte Paul allié à Childéric 1er, ne les a pas réduits, au contraire, sous le règne de Clovis, ils menacent Portus Namnetum (Nantes) qui est un des principaux centres de commerce en Gaule. Comment ses habitants ont ils réagi en voyant les troupes franques arriver ? Il n'y a pas de réponse précise mais on peut penser qu'un accord pacifique est passé comme dans le reste de cette Gaule romaine. Et les Saxons de la région gardent pendant toute cette période leurs traditions. Mais c'est dans le Bessin que cette "nationalité" est restée la plus vivace puisqu'on trouve dans un capitulaire de 853, l'appellation de Otlinga Saxonia qui désigne ce pays.

Pour les Bretons, installés depuis le milieu du Vème siècle avec l'autorisation de l'Empire, ils lui ont servi d'auxiliaires contre les Barbares. Mais au moment où Clovis vient étendre son royaume jusqu'à la Loire, les Bretons sont plus nombreux suite à l'immigration massive en provenance de la Britannia et ils attaquent les voyageurs entre Tours et Orléans. Et comme le cite Léon Fleuriot, la cité de Bleso Castro (Blois) est occupée par les Bretons depuis environ 410. La prise de la cité par Clovis en 491 et l'expulsion des Bretons sont confirmées par la Chronique du château d'Amboise datant du XIè siècle. Il ne semble pas qu'une guerre ouverte a éclaté entre Francs et Bretons, mais une sorte d'accord particulier, reconnaissant la suzeraineté du roi des Francs et l'indépendance et les chefs nationaux pour les Bretons. Ce que nous retrouvons chez Grégoire de Tours quand il dit : "Après la mort de Clovis, les Bretons continuèrent de rester sous l'autorité des Francs, mais en gardant des chefs nationaux* qui portaient le titre de comtes et non de roi." Cela n'empêchera pas les combats entre Francs et Bretons souvent remportés par ces derniers car combattant à cheval avec des javelots contre de l'infanterie lourde.
* A cette époque la Bretagne est formée de deux puissances distinctes, le littoral Nord jusqu'au Cotentin est la Domnonée tandis que le Sud, jusqu'à la région de Brest est la Cornouaille. La limite avec le territoire franc suit la Vilaine et la Rance.

A cette période ou bien plus tard selon Grégoire de Tours, Clovis exécute ses cousins et alliés : le roi Ragnacaire (Cambrai) et ses frères Richaire et Rignomer, le roi Chararic (Dispargum), son fils et ses parents, par la ruse. En 491, Clovis combat avec ses Francs une bande de Thuringiens qui viennent attaquer son royaume par le Nord sur le Rhin inférieur, et la repousse.

Le mariage de Clovis (493)

Clovis a une position éminente en Occident et il est temps qu'il se marie avec une femme de lignée royale. Théodoric le Grand mène une politique matrimoniale en Occident et le royaume Franc ne doit pas tomber dans sa "clientèle". Ce sont les Francs qui vont trouver "l'oiseau rare" pour leur roi, chez les Burgondes. Clovis est veuf d'une femme de la famille princière des Francs Ripuaires dont l'histoire n'a pas retenu le nom qui lui a laissé un fils, Theutric (en français Thierry) né entre 485 et 490. La promise se nomme Clotilde, la fille de Chilpéric, le défunt roi de Genua (actuellement Genève) et la nièce de Gondebaud dont Clovis recherche l'alliance.

Elle est louée pour sa beauté et ses vertus. Clovis est vite désireux d'épouser la princesse burgonde. Il doit négocier le mariage avec Gondebaud et la famille royale Burgonde est flattée de l'alliance qui la rattache à ce souverain si puissant et éventuel allié face aux Goths d' Italie et d'Espagne. Le seul scrupule vient de Clotilde, catholique fervente, troublée par un mariage avec un païen, mais elle doit obéir à Gondebaud. Elle se tourne vers les prélats qui la rassurent, en particulier Saint Avitus, l'évêque de Vienne.

Une ambassade solennelle part selon la coutume chercher la jeune fiancée et la ramène à son futur époux qui est venu à sa rencontre à Victrix (actuellement Vitry le François) aux confins des deux royaumes. Ensuite il la conduit à Soissons où se déroule le mariage, en 493 écrit Grégoire de Tours; Le couple vit heureux mais la naissance du premier enfant va mettre en lumière la distance religieuse qui sépare les époux. Suivant les recommandations des prélats, Clotilde fait baptiser ce bébé du nom d'Ingomir et Clovis accepte que l'héritier du trône devienne catholique. C'est un baptême royal avec beaucoup de faste, il s'agit de frapper l'imagination du roi. Mais l'enfant n'a pas encore été dévêtu de la robe de baptême qu'il expire.

Le père accablé prononce ces paroles : "C'est votre baptême qui est la cause de sa mort, si je l'avais consacré à nos dieux, il serait encore vivant."
L'année suivante, Clodomir, un autre fils naît et vient consoler les jeunes époux de la perte d'Ingomir. Le roi ne s'oppose pas au baptême de ce second fils. Et après le baptême, l'enfant commence à languir peu de remps après son baptême et le roi des Francs dit à la reine :

"Pouvait-il lui arriver autre chose qu'à son frère ? Il a été baptisé au nom de votre Christ, il faut donc bien qu'il meure !"

Mais l'enfant se rétablit. Clotilde est consolée et Clovis, sourd aux instances de la reine.

L'expansion considérable du royaume des Saliens, depuis que Clovis en a la charge, l'a mis en contact avec tous les peuples qui se partagent la Gaule. Et parmi eux, les Alamans, qui forment une nation belliqueuse, depuis le IIIème siècle, ils passaient le Rhin et ravageaient la Gaule parfois en combinant leurs assauts avec ceux des Francs. Les empereurs étaient mobilisés par ces raids destructeurs si bien que les historiens romains ont rempli les annales de leurs exploits. Chaque années les Alamans perdent des milliers de combattants sur le sol gaulois, ainsi à Argentorate, contre le César Julien, pas moins de trente mille combattants ont pénétré en Alsace en 354. Chaque fois que la nation semble anéantie, elle revient l'année suivante comme si elle était restée en paix. Ces Alamans se sont rendus maîtres des Champs Décumates, de ce point, ils peuvent attaquer Mediolanum (Milan) ou l'Alsace. et c'est de cette présence que vient le nom Strasbourg. Voici les adversaires, unifiés que les Francs allaient devoir un jour affronter.

La bataille de Tolbiac 496


Face à cette puissante nation militaire les Francs sont divisés entre Saliens et Ripuaires et s'ils sont liés par des liens familiaux, si leur intérêt est le même vis à vis des Alamans, il est facile pour ces derniers de se jeter sur l'un des deux peuples francs et de le surprendre avant qu'il ne soit secouru par l'autre. D'autre part la distance entre les deux capitales Soissons et Cologne met les Francs dans une situation stratégique mauvaise du moins tant qu'ils restent en défensive. Ce sont les Francs Ripuaires qui ont supporté le plus les attaques des Alamans qui n'ont qu'à descendre le cours du Rhin pour atteindre sans obstacle leurs campagnes ouvertes. Les Francs Ripuaires se sont alliés avec les Burgondes pour résister aux Alamans, Sigemer un prince rhénan s'est marié avec une princesse burgonde selon Sidoine Appolinaire. Et les Alamans s'étendent progressivement au détriment des Francs Ripuaires. Ils sont déjà à une journée de marche de leur capitale, une prochaine bataille perdue pour les Ripuaires et leur capitale tombe et tout le royaume avec.

Puis comme les Alamans poussés par une fièvre d'expansion, reviennent à la charge et cognent à la frontière sur les domaines des Saliens aussi bien que des Ripuaires, Clovis est entraîné dans cette guerre en 496, la quinzième année de son règne. Sigebert subissant une véritable invasion appelle son parent Clovis à l'aide. Il défend une forteresse construite par les Romains face aux hauteurs volcaniques de l'Eiffel à Tolbiac, en latin Tulpiacum (aujourd'hui Zulpich en Rhénanie du Nord Westphalie), à 34 kilomètres au sud ouest de Cologne. C'est là que Sigebert est blessé au genou et est depuis appelé Sigebert le Boiteux. Alors Clovis passe les Vosges et entre en Alsace. L'enjeu et l'adversaire sont tels que Clovis y engage toutes ses troupes ainsi que des contingents de Ripuaires. En face, les Alamans alignent des forces aussi conséquentes.

Les soldats Alamans sont tout à fait dignes de se mesurer aux vétérans de Clovis. La furie alémanique est célèbre sur les champs de bataille. Ils sont habitués à se ruer vers la victoire avec un élan irrésistible. Néanmoins, ils savent eux aussi, en fonction de l'expansion récente des Francs Saliens, qu'ils jouent une dernière carte et la gravité de cette situation augmente la fièvre des combats. La lutte est âpre et les troupes franques commencent à plier. Clovis qui combat à la tête de ses Francs, seul cavalier bien visible, n'arrive plus à les conduire à l'assaut et voit la débandade pour bientôt. Et derrière, il entrevoit le désastre de la défaite et de la fuite. Il prie ses dieux mais rien ne se passe, alors il se rappelle les paroles de Clotilde et, désespéré car sa défaite signifiant qu'il est abandonné par les dieux lui fera perdre le pouvoir, il invoque le dieu de Clotilde, écrit Grégoire de Tours :

"Jésus-Christ, que Clotilde affirme être Fils du Dieu vivant, qui, dit-on, donne du secours à ceux qui sont en danger, et accorde la victoire à ceux qui espèrent en toi, j’invoque avec dévotion la gloire de ton secours : si tu m’accordes la victoire sur mes ennemis, et que je fasse l’épreuve de cette puissance dont le peuple, consacré à ton nom, dit avoir relu tant de preuves, je croirai en toi et je me ferai baptiser en ton nom ; car j’ai invoqué mes dieux, et, comme je l’éprouve, ils se sont éloignés de mon secours ; ce qui me fait croire qu’ils ne possèdent aucun pouvoir, puisqu’ils ne secourent pas ceux qui les servent. Je t’invoque donc, je désire croire en toi ; seulement que j’échappe à mes ennemis."

La bataille de Tolbiac
La mêlée de Tolbiac vue par Ary Scheffer, 1837

Et aussitôt, le combat change d'aspect. Les soldats de Clovis, comme si un allié puissant entrait brusquement dans la mêlée, reprennent courage. Les Francs repartent à l'assaut. C'est au tour des Alamans de plier, leur roi est tué dans la mêlée. La mort de leur chef anéantit leur ardeur. Les vainqueurs de tout à l'heure sont maintenant des vaincus. Les Alamans jettent leurs armes et se jettent aux pieds du roi des Francs pour lui demander grâce. Clovis les traite avec générosité* et se contente de leur soumission. La guerre prend fin, le territoire alaman en Gaule est annexé.
* La générosité de Clovis envers les Alamans vaincus est attestée par Grégoire de Tours et Avitus.

Mais la soumission des Alamans ne dure pas longtemps. Le premier découragement passé, ils relèvent la tête et refusent de payer le tribut que Clovis a imposé. Ils reprennent bientôt les armes, considérant que la modération de Clovis est un signe de lâcheté. Et les Francs doivent les réduire, cela prend plusieurs campagnes jusqu'au début du VIème siècle (505). Le résultat, pour les Alamans est l'écrasement et, poursuivis, la framée dans les reins, ils abandonnent les riches vallées du Mein et du Neckar et fuient vers les provinces méridionales, les hauts plateaux de la Souabe et les vallées de la Suisse, tandis que des colons francs venus du pays des Chattes s'établissent sur la patrie des Alamans qui est devenue la Franconie. Théodoric l'Ostrogoth, les prend comme "fédérés" avec pour mission de garder les passages des Alpes contre les tentatives d'invasion des Thuringiens ou des Hérules.

Il fallait à présent pour Clovis s'acquitter de sa promesse d'accepter le baptême. Sur le principe, Clovis, bien que païen, sait tout ce que représente l'Eglise comme seule autorité survivante de l'Empire et par ce baptême il s'assure la sympathie du peuple gallo-romain. Mais il est aussi le chef d'une communauté qui croient en d'autres dieux et s'il est seul à être baptisé, il ne restera pas le roi des Francs. En revenant vers Clotilde, Clovis est acclamé par les populations de la Gaule orientale (au delà des Vosges), qui sont débarassés des féroces Alamans. Selon un hagiographe du VIIème siècle, dans la vie de Saint Vaast, le roi Clovis est rentré par Toul et là, s'informe de quelqu'un qui puisse l'initier à la religion catholique. Et quand il rejoint Clotilde, il lui annonce qu'il a renoncé à ses dieux. Mais la reine craint que Clovis soit tenté par l'arianisme qui a tant de succès dans les cours barbares. Elle convoque saint Rémi et le prie "d'insinuer chez le roi la parole du salut".

Clovis désire s'instruire dans la religion chrétienne mais ce n'est pas une urgence pour lui. Il rencontre d'abord l'évêque de Reims, en secret. C'est saint Rémi qui cathéchise Clovis et selon Frédégaire, quand Clovis écoute la Passion du Christ, il s'écrie : "Que n'étais-je point là avec mes Francs!". Et se pose le problème de l'adhésion de ses hommes à cette nouvelle religion. La partie gallo-romaine est acquise à ce changement parce que catholique mais comment vont réagir ses Francs ?

Clovis consulte ses fidèles selon l'usage germanique sans abuser de son autorité. Il est respecté et admiré par ses antrustions. Certains acceptent de recevoir le baptême, mais pas tous. Ces conversions entraînent celle d'une partie des Francs, les autres continuent de pratiquer le paganisme qui décline au contact des Gallo-Romains. La décision de Clovis ne provoque pas d'opposition. Le baptême collectif a lieu un 25 décembre mais on n'est pas sûr de l'année, plutôt 498 ou 499.

La cérémonie bénéficie de toute la solennité souhaitable, les principaux guerriers, les prélats et les patrices gallo-romains sont conviés, Clovis affiche sa foi nouvelle. Il est introduit dans le baptistère où l'attend saint Rémy. Clovis demande à recevoir le baptême et l'évêque de Reims lui répond :
"Courbe la tête avec humilité, ô Sicambre, adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré !"

A l'inverse de l'Orient où le baptême se fait par immersion, en Occident, les cuves baptismales sont trop peu profondes et le prêtre verse par trois fois l'eau lustrale sur la tête et les épaules du baptisé. Pour les autres Francs qui ne sont pas trois mille à partager le baptême, il doit y avoir une aspersion collective. Grégoire de Tours est muet sur ces détails.


baptistere merovingien de Venasque
Exemple de baptistère mérovingien, celui de Vénasque (Vaucluse, en France),
avec réemploi de colonnes d'un temple romain dédié à Mercure
(http://caphadock.blogspot.fr/) 

Cet événemen a un retentissement exceptionnel. La nature du pouvoir royal est modifiée, l'assemblée des guerriers pouvait déposer le roi pour désigner un remplaçant dans la famille royale. A présent, le baptême de Clovis légalise son droit de régner au nom de Dieu et ses parents sont écartés du pouvoir sauf ses descendants directs. Les rois ariens sont mis en difficulté relativement à leurs sujets gallo-romains qui composent la majorité de leurs peuples. En particulier, chez les Wisigoths, Clovis représente le libérateur attendu. L'empire d'Orient n'est plus seul et l'empereur Anastase 1er (491 - 518) va entretenir des relations privilégiées avec ce nouveau Constantin.

Dans son royaume, la conversion de Clovis accélère la fusion entre Francs et Gallo-Romains dans un premier temps au sein des classes dirigeantes. L'Eglise catholique est assurée de la prééminence religieuse et sa victoire sur l'arianisme. Hier considérée comme une société de vaincus, l'Eglise catholique, d'un coup devient émancipée puis souveraine. Clovis subit un drame familial quelques jours après son baptême, sa soeur Alboflède qui est devenue religieuse, meurt. Saint Reacute;my, apprenant la nouvelle, envoie immédiatement un de ses prêtres muni d'une lettre de condoléances propre à réconforter le nouveau converti. La tradition du sacre à Reims durera jusqu'en 1825, pour le roi Charles X.

Cette conversion facilite la signature d'un traité d'alliance entre Clovis, les Bretons et les Armoricains en 497, qui est négocié avec les évêques bretons Patern et Melaine. Par ce traité les Bretons sont dispensés de payer un tribut à Clovis, et les rois bretons deviennent des comtes. Mais il y a aussi un aspect stratégique dans ce traité : pour les Bretons il faut laisser la possibilité de recevoir des britto-romains venus d'outre Manche et une troisième ville est autorisée à recevoir ces "réfugiés", c'est la cité des Coriosolites, Fanum Martis (Corseul aujourd'hui), les deux autres villes sont celle des Osimes et celle des Vénètes. Pour Clovis, ce traité lui permet de bénéficier de l'aide de la marine bretonne contre les raids des pirates saxons ou scots. Cette porte d'entrée ouverte en Armorique facilite la formation du royaume breton de Domnonée. La liberté des mers pour les Francs s'harmonise avec la défense des côtes et la protection de l'immigration, cela va favoriser cinquante ans de paix entre les Francs et les Bretons. Chez les Burgondes, cette conversion du roi des Francs renforce l'opposition entre le chef de la famille régnante Gondebaud et Godegésile son frère qui prend la tête de l'opposition au roi des Burgondes.




La guerre contre les Burgondes.

Selon Grégoire de Tours, Clovis reçoit des émissaires de Godegésile qui lui proposent secrètement de venir l'aider à éliminer Gondebaud, en échange de quoi, un tribut sera versé au roi des Francs. Au printemps 500, Clovis, à la tête de l'armée franque, envahit la région de Divio (actuellement Dijon). Gondebaud se met d'accord avec son frère Godegésile pour aller l'arrêter en avant de Divio. Les trois armées se rejoignent au bord de l'Ouche. Mais les troupes de Godegésile se rangent du côté de Clovis et l'armée de Gondebaud est nettement vaincue. Gondebaud s'enfuit vers Avignon. Le nouveau roi des Burgondes gouverne à Vienne et ne paie aucun tribut au roi des Francs. Gondebaud, une fois l'armée franque partie, recrute une armée et assiège Vienne.

Clovis n'intervient pas dans cette courte lutte entre les deux frères ennemis en raison de la politique de rapprochement de Gondebaud vis à vis des Wisigoths. Les fortifications de la cité arrêtent l'armée de Gondebaud mais comme Godegisile n'a rien prévu, le siège ne durerait pas longtemps. Gondebaud investit soigneusement la place et la famine se fait bientôt sentir. On expulse les bouches inutiles et parmi ces malheureux se trouve l'ingénieur spécialiste de l'entretien des aqueducs de la cité. Ulcéré, il propose à Gondebaud de faire pénétrer ses soldats dans la place. Entrant dans le conduit d'un aqueduc, coupé depuis le début du siège, il fait lever la pierre qui couvre l'oeil du conduit. Les soldats de Gondebaud qui l'accompagnent, aussitôt se précipitent et ouvrent les portes à leurs frères d'armes. Les défenseurs surpris en désordre sont massacrés écrit Grégoire de Tours*. Godegisile se réfugie dans l'église arienne mais les vainqueurs ne respectent pas le droit d'asile, ils pénètrent dans l'église et éliminent le roi et l'évêque arien.
* Exactement comme Bélisaire quand il prend Naples.

Le corps de soldats francs laissé par Clovis s'est réfugié dans une tour. Ils capitulent et ont la vie sauve, Gondebaud défend expressément qu'on touche à leur personne. La vengeance de Gondebaud est sanglante, la curie de Vienne comprenant des personnages distingués est saignée, ceux de ses membres qui ont pris le parti de Godegisile subissent des supplices raffinés, les Burgondes reconnus coupables de trahison sont châtiés de la même façon. Après ces débuts sanglants, Gondebaud se radoucit et fait publier la loi Gombette en 502, dans le but d'éviter que les Burgondes n'oppriment les Gallo-Romains. Les relations entre Gondebaud seul roi des Burgondes à présent et Clovis s'améliorent vite et un ou deux ans plus tard, ils se rencontrent, à la limite de leurs deux royaumes.

Sur la rivière de Quoranda (aujourd'hui la Cure), un affluent de l'Yonne, au milieu de la rivière, selon les traditions barbares, les deux rois se retrouvent, chacun dans son bateau avec escorte selon La Vita Eptadii. Ainsi, aucun des deux souverains n'est obligé de mettre le pied sur le sol de l'autre, les négociations se tiennent en "pays neutre", dans des conditions de sécurité et de dignité égales. L'objet de la rencontre, pour les deux rois, est d'effacer le souvenir des disputes anciennes. Ce point là est acquis rapidement acquis, mais quand Clovis aborde le projet d'alliance entre les Francs et les Burgondes, Gondebaud comprend vite que cela signifie la rupture avec les Wisigoths. Il demande peut-être un temps de réflexion, mais l'alliance est finalement conclue, ce qui est une remarquable réussite pour Clovis après cette guerre franco-burgonde. Car comment envisager une campagne contre les Wisigoths avec les Burgondes hostiles sur le côté.

Mais qu'est ce qui a déterminé Gondebaud à changer d'allié ? D'abord l'attitude équivoque d'Alaric II qui accepte la garde de prisonniers francs faits par Gondebaud, les retournent chez Clovis. Comment compter sur un allié aussi peu fiable ? Et surtout, la ville d'Avignon où il s'est réfugié, lui a été enlevée par les Wisigoths quelques années auparavant. Alors qui a trahi ? En outre Clotilde ne semble pas étrangère à ce revirement selon Godefroid Kunth. Vers 505, le fils aîné de Clovis, Thierry épouse Suavegothe, la fille de Sigismond le fils du roi des Burgondes Gondebaud ce qui concrétise un rapprochement voulu par Avitus et dont Clovis va profiter bientôt.

La situation en Gaule wisigothique

Théodoric II a su augmenter la superficie du royaume wisigoth après la mort d'Aegidius tout en se faisant accepter par les Gallo-Romains. Mais son frère Euric le tue et prend sa place en 468. Il rompt le foedus avec Rome et conquiert peu à peu toute la Gaule au sud de la Loire mais l'Auvergne lui résiste et il faut un traité signé par l'empereur Julius Nepos, pour qu'il la gagne en échange de la Provence en 475. Et Rome lui accorde la concession légale des terres conquises. Il est vainqueur des Suèves en Lusitanie et augmente encore son royaume. Et en 476, il conquiert tout le sud de la Gaule jusqu'aux Alpes. Mais ic' est un arien convaincu, et la répression contre le clergé catholique qui dépendait d'un gouverneur zélé et donc variait d'une cité à l'autre devient plus systématique même s'il y a des exceptions. Par exemple l'Auvergne reçoit un gouverneur autochtone et catholique. Mais dans les autres provinces des évêques sont.tués selon Grégoire de Tours ou exilés comme Sidoine Apollinaire de Clermont ou Crocus de Nîmes et ces évêques ne peuvent être remplacés. Euric semble vouloir supprimer le catholicisme par l'extinction progressive de la hiérarchie. Le recrutement des prêtres devient impossible, les églises sont abandonnées et tombent en ruine comme l'écrit Sidoine Apolinaire. Le résultat de cette politique, c'est de ranimer le patriotisme romain en Gaule. Et comme les Francs se sont rapprochés de la Loire, nouvelle frontière, les Catholiques voient avec envie ce royaume où les évêques et le roi font bon ménage. Les Wisigoths se rendent comptent de cette attraction, imaginent des complots et persécutent les Catholiques ce qui renforce le sentiment anti wisigoths des Gallo-Romains.

Depuis l'avènement d'Alaric, la persécution contre les Catholiques n'est plus le fait du pouvoir, les Wisigoths s'en chargent avec des variations énormes d'une région à l'autre. Ainsi à proximité de la Loire, où les Catholiques se sentent plus forts, les Ariens se montrent moins sûrs d'eux. Mais cependant Saint Volusien, évêque de Saint Martin de Tours est exilé à Toulouse sur l'ordre d'Alaric. Bien sûr, la perspective d'un conflit avec ce roi catholique qui réussit tout ce qu'il entreprend inquiète Alaric II qui en 506, fait publier la Lex romana wisigothorum, un recueil de lois régularisant la situation des Gallo-Romains et plus connu sous le nom de Bréviaire d'Alaric. Alaric II décide le retour des évêques déposés et autorise Saint Césaire à tenir un concile à Agde, en 506. Mais il est trop tard pour changer l'opposition des Gallo-Romains. De son côté Théodoric fait tout son possible pour créer une coalition contre Clovis. En même temps qu'il prêche la modération et propose aux deux futurs belligérants de se rencontrer sous son autorité pour régler les litiges, il écrit au roi des Hérules, à celui des Warnes et à celui des Thuringiens pour qu'ils attaquent par le Nord les Francs Saliens et Rhénans. Il tente aussi d'amadouer le roi des Burgondes et lui envoie une horloge à eau. Clovis a déjà attaqué le royaume wisigoth et s'est avancé jusqu'à Saintes, puis Bordeaux. On le sait parce que les Wisigoths ont repris Saintes. Tours a eacute;té pris, perdu, repris et reperdu. Alaric II tente une entrevue de la dernière chance avec Clovis sur l'île Saint Jean, au milieu de la Loire, à proximité de l'actuelle cité, d'Amboise. L'entrevue semble cordiale, Clovis donne le change et évalue son futur adversaire. Cela ne donne rien sinon que les prisonniers Francs donnés à garder par Gondebaud sont rendus à leur roi.

La campagne contre les Wisigoths

Les Francs Saliens sont enthousiastes à l'idée de conquête au Sud de la Loire car il y a de bonnes perspectives de butin. Clovis a déjà attaqué le royaume wisigoth et s'est avancé jusqu'à Saintes, puis Bordeaux. On le sait parce que les Wisigoths ont repris Saintes. Tours a été pris, perdu, repris et reperdu. L'armée de Clovis ne comprend pas uniquement des Francs, il y a les Gallo-Romains qui sont présents, les Francs Ripuaires, conduits par le prince Cloderic, fils de Sigebert le Boiteux et puis les Bretons qui sont alliés au roi des Francs. L'armée burgonde commandée par le prince Sigismond, le fils du roi Gondebaud, doit attaquer par l'Auvergne. L'empereur d'Orient qui soutient cette offensive pour affaiblir le roi Ostrogoth, décide de faire avancer une escadre vers les côtes du Sud de l'Italie pour occuper les soldats de Théodoric. Alaric, risquant d'être isolé s'efforce de rallier à sa cause les élites de l'Aquitaine Gallo-Romaine. Depuis Euric, l'armée wisigothe intègre des soldats gallo-romains qui se montrent fidèles.

Au printemps de l'année 507, Clovis s'avance vers Tours et la Loire avec son fils aîné Thierry et son armée, accompagné des Bretons et des Francs Ripuaires menés par Cloderic. Les Burgondes pénètrent en Auvergne pour prendre les Wisigoths à revers. Alaric qui réside à Poitiers, capitale provisoire, est renseigné sur l'avance des deux armées qui convergent vers lui et pas de nouvelles d'une armée venant d'Italie. C'est la surprise chez les Wisigoths, on envoie rapidement un messager vers Théodoric le pressant de venir promptement. Il faut aussi de l'argent dans les caisses et des agents du fisc partent pour en faire rentrer le plus possible. Les recruteurs font prendre les armes à tous ceux qui sont capables de les porter. Parmi eux beaucoup de Gallo-Romains et même, si on suit dom Bouquet, des religieux catholiques. L'efficacité et la motivation de ces soldats n'est pas maximale. Les soldats wisigoths se sont amollis comme l'a bien noté Théodoric. Alors que va faire Alaric ? Il peut reculer vers le Sud et espérer combattre avec les renforts envoyés par le roi Ostrogoth. Ce n'est pas le choix qu'il fait, Alaric pense qu'il faut combattre Clovis avant qu'il ne soit renforcé par les Burgondes et peut-être les vaincra-t-il successivement ?

Clovis, de crainte que les Francs, par pillage, n'indisposent les Gallo-Romains, a publié avant son départ un édit royal qui prescrit un respect absolu des personnes et des biens ecclésiastiques. Tous les prêtres, les clercs ainsi que leurs familles et jusqu'aux serfs d'église, sont dans la paix du roi*. Et le pays de Tours tout entier, est sous la protection de cet édit, ce qui signifie qu'il est interdit aux soldats d'y molester quiconque et de prendre autre chose que de l'herbe et de l'eau.
* C'est à dire sous la protection spéciale du roi.

Clovis fonce et donne à sa campagne des allures de croisade, comme le note Grégoire de Tours. Clovis veut que Saint Martin rende un oracle à propos de la fin de sa campagne. L'armée passe par Orléans, le passage de la Loire se fait vers Amboise. Puis l'armée passe à Saint Martin de Tours et par Saint Hilaire de Poitiers, cet itinéraire fait penser à un pèlerinage. Les envoyés du roi franc en entrant dans la basilique avec de riches présents, entendent le choeur qui chante le psaume XVII :

"Seigneur, vous m'avez armé de courage pour les combats, vous avez renversé à mes pieds ceux qui se dressaient contre moi, vous m'avez livré les dos de mes ennemis, et vous avez dispersé ceux qui me poursuivent de leur haine."

Les envoyés du roi prennent ces paroles pour un présage de victoire et les rapportent, tout joyeux, à leur maître, selon Grégoire de Tours. L'armée continue sa route et remonte la vallée de la Vienne sans trouver un gué et selon la chronique, Alaric a fait détruire tous les ponts et enlever les bâteaux. Les fortes pluies ont grossi la rivière et les Francs doivent camper sur la rive droite. Alors une biche énorme entre dans la rivière et la traverse à gué, montrant le chemin. La route de Poitiers est ouverte.

Alaric réussit à grand'peine à rassembler son armée, trop tard pour empêcher Clovis de traverser le Loire et même la Vienne. "Un contingent arverne, composé surtout de cavalerie, sous le commandement d'Apollinaire, fils de Sidoine, alla rejoindre l'armée d'Alaric. Il combattit vaillamment à Vouillé où il perdit une très grande partie de son effectif. Selon M. Tourneur-Aumont il ne luttait pas pour soutenir un roi hérétique mais dans l'espoir de fonder avec l'appui des Wisigoths une nouvelle hégémonie sur la Gaule du Midi en face des Francs qui représentaient la Gaule du Nord." écrit René Rigodon.

Alaric sort de Poitiers pour couvrir cette cité et vient dans cette plaine immense, à une quinzaine de kilomètres au Nord Ouest, traversée par un cours d'eau de modeste débit, l'Auzance et s'installe dans un ancien camp retranché de soixante-quinze hectares, probablement un ancien oppidum gaulois, bien défendu sur trois côtés par une boucle de l'Auzance et le quatrième par un retranchement de six cents mètres de longueur. Cette position commande le chemin par lequel doit venir Clovis et la plaine se nomme campus Vocladensis écrit Grégoire de Tours, on l'appellera plus tard la champagne de Vouillé.

Clovis arrive dans cette plaine au crépuscule, sa tente est montée rapidement. Les soldats se répartissent entre les divers bivouacs et selon la tradition, un très forte lumière se lève à l'horizon sur le campanile de Saint Hilaire et emble venir vers Clovis. Une voix parvient aux oreilles du roi des Francs pour lui recommander de hâter l'action nous dit Grégoire de Tours. Les Francs ne doutent plus de la victoire. Est-ce que Clovis, selon la tradition germaine a échangé un défi solennel avec Alaric II et lui a donné rendez vous pour le lendemain ? On n'en trouve pas trace.

La bataille de Vouillé 507

De bonne heure en cet été 507, les Francs se mettent en ordre de bataille. Les Wisigoths impatients d'en découdre, forcent leur roi à combattre sans attendre les renforts promis et se rangent aussi dans la plaine. Les Francs font pleuvoir une multitude de flèches sur leurs adversaires et ceux-ci avancent vers la ligne adverse pour combattre au corps à corps. La mêlée devient vite sanglante, les Wisigoths rendent coup pour coup. Quand soudain, Clovis qui cherchait Alaric II, l'aperçoit et se dirige vers lui. Alaric le cherchait aussi et le combat des chefs commence. Mais le roi wisigoth tombe de cheval, frappé mortellement. Et aussitôt après, deux soldats wisigoths, probablement de la bande royale, se précipitent vers Clovis.

combat clovis contre alaric II
Représentation du combat de Clovis contre Alaric II
par Yan Dargent (1824-1889)

'Le roi, après avoir mis les Goths en fuite et tué leur roi Alaric, fut tout à coup surpris par derrière, par deux soldats qui lui portèrent des coups de lance sur les deux côtés. Mais la bonté de sa cuirasse et la légèreté de son cheval le préservèrent de la mort." Voilà comment Grégoire de Tours décrit la scène.

Ce qui signifie que la cuirasse du roi est de bonne qualité et que sa monture est bien dressée ce qui lui permet de faire face à ses deux agresseurs le temps que ses soldats le mettent hors de danger. La perte de leur roi est pour les Wisigoths le début d'une fuite éperdue. Les Francs ne font pas de quartiers et les pertes sont nombreuses chez les vaincus. Le jeune fils du roi wisigoth, Amalaric est protégé par les guerriers qui l'emportent hors du combat à bride abattue. Grégoire de Tours écrit : "Il périt dans cette bataille, un grand nombre d'arvernes, et même des plus considérables, qui étaient venus avec Apollinaire." A 9 heures du matin, la bataille est finie. Clovis va se recueillir devant le tombeau de saint Hilaire pour le remercier de la protection qu'il lui a accordée. Ensuite, il est accueilli comme un libérateur dans la ville de Poitiers. La fidélité des Arvernes aux rois wisigoths peut s'expliquer par le choix qu'a fait Euric du gouverneur de l'Auvergne et des provinces de l'Aquitaine, Victorius, un gallo-romain catholique, pris dans l'aristocratie locale.

Pendant ce temps là, l'armée burgonde entre dans le Limousin, et un corps dirigé par le prince Sigismond, assiège la forteresse d'Idunum, (aujourd'hui Dun-le-Palestel, dans la Creuse). La place est prise d'assaut et les Burgondes font un grand nombre de prisonniers selon Grégoire de Tours. Les armées franque et burgonde se rejoignent près de cette localité et se dirigent ensemble vers Toulouse. La ville est pillée et incendiée selon la biographie de saint Eptadius. Une partie de l'opulent trésor des Wisigoths passe entre les mains de Clovis pour Grégoire de Tours alors que Procope affirme que ce trésor est en sureté à Julia Carcaso (Carcassonne).

Après Toulouse, les armées alliées se partagent en trois corps pour aller conquérir le royaume wisigothique dans trois directions différentes. Clovis s'est réservé les cités de l'Ouest et la région comprise entre la Garonne et les Pyrénées. Cette conquête est la plus difficile de cette campagne, il faut chasser l'ennemi mais en plus, aller le chercher dans les retraites montagneuses des Pyrénées où peu d'hommes décidés peuvent bloquer une armée victorieuse. On n'a aucun texte historique sur cette partie de la campagne mais nous savons que Clovis tourne le dos à ces villes qu'il prendra au retour : Bordeaux, Saintes et Angoulême et qu'il s'avance vers la Novempulanie qu'on appellera plus tard la Gascogne. De son côté, Thierry, part nettoyer l'Albigeois, le Rouergue et l'Auvergne et probablement le Gévaudan et le Vélay. C'est ce que les Wisigoths ont occupé aux frontières des Burgondes. Gondebaud rejoint l'armée burgonde qui est chargée de chasser les Wisigoths en Septimanie, d'occuper Narbonne et de rejeter derrière les Pyrénées les débris de cette nation avec le renfort d'un contingent de Francs mis à disposition par Clovis,écrit Grégoire de Tours. A Narbonne, les Wisigoths démoralisés choisissent comme nouveau roi Gésalic, un fils illégitime d'Alaric II, sans se soucier des droits du très jeune Amalaric.

Fer de hache du VIème siècle
Fer de hache du VIème siècle et débris de manche en fresne issu d'un fouille à la La Tuilerie,
Saint-Dizier, Haute-Marne, Champagne-Ardenne
Archéologue responsable d'opération Marie-Cécile Truc
Auteur du document © Loïc de Cargouët, Inrap

Le bilan de ces trois offensives est contrasté, Clovis a sans doute occupé les plaines au Sud de la Garonne, soit la basse Novempopulanie, et en 511, le concile d'Orléans, qui réunit tous les évêques de la Gaule, ne voit pas ceux des diocèses montagneux, tels ceux de Saint-Bernard de Comminges, de Tarbes, de Couserans et de Bénarn (aujourd'hui Lescar), et par ailleurs on n'y voit pas ceux de Dax, de Lectoure, d'Aire et d'Agen. Clovis rencontre une forte résistance des montagnards et prudemment il ne s'engage pas dans les défilés en automne. Mais à la fin du règne de Clovis les cités d'Auch, de Bazas et d'Eauze restent sous son contrôle. L'armée conduite par Thierry remplit ses objectifs aisément ne rencontrant pas beaucoup de Wisigoths et Grégoire de Tours est clair : " Clovis envoya son fils Théodoric en Auvergne par Albi et Rodez : celui-ci soumit à son père toutes les villes depuis la frontière des Goths jusqu'à celles des Bourguignons." Gondebaud pousse devant lui les Wisigoths qui restent et pénètre dans Narbonne pendant que les Francs retournent vers le Nord. A l'annonce de l'arrivée des Burgondes, Gésalic s'enfuit vers l'Espagne. Puis Gondebaud et Thierry se rejoignent et la campagne semble avoir donné de bons résultats. Les Wisigoths en cet hiver 507, ne disposent plus dans la Gaule que de la côte méditerranéenne entre le Rhône et l'Italie plus quelques points d'appui sur la rive droite du fleuve. Les montagnards des Pyrénées qui ont résisté à l'armée de Clovis l'ont fait par esprit d'indépendance. Au moment où la Provence reste à conquérir, Clovis considère sa conquête comme terminée.

Le roi des Francs a passé l'hiver à Bordeaux après en avoir chassé tous les Wisigoths de ce port le plus important sur la côte atlantique en Gaule. Il y laisse une garnison pour faire face à tout mouvement des fidèles de l'ancien règne. Puis Clovis remonte par trois villes non conquises, Saintes qui nécessite après sa prise une garnison, Angoulême qui résiste fortement alors que pour les Wisigoths la cause est perdue, mais les murailles s'écroulent soudain selon Grégoire de Tours et le roi franc peut entrer par cette brèche et les Wisigoths sont chassés, (massacrés selon dom Bouquet). Clovis poursuit sa route vers Poitiers et Tours et il se rend au tombeau de Saint Martin et comble l'église de riches présents. Il donne son cheval de guerre à la manse des pauvres de la ville pour le racheter aussitôt. Il offre pour cela, la coquette somme de cent pièces d'or mais le cheval refuse de sortir de l'écurie. Il faut que le roi offre deux cents pièces d'or pour que cheval accepte de sortir. Alors Clovis dit en plaisantant ;
"Saint Martin est de bon secours, mais un peu cher en affaires.".


A Tours, il reçoit de l'empereur Anatase, les codicilles du consulat. Revêtu d'une tunique de pourpre et d'une chlamyde dans la basilique du bienheureux Martin, il distribue avec une très grande générosité de l'or et de l'argent sur le chemin qui se trouve entre la porte de la basilique et l'église de la cité écrit Grégoire de Tours. Cette consécration dans l'ordre militaire romain est typique de la conception fictive d'un Empire romain unifié, vue de Constantinople. Pour Clovis qui refuse toute subordination vis à vis de cet empereur lointain, cette cérémonie marque néanmoins pour la majorité de ses nouveaux sujets que le roi franc est le représentant du souverain légitime, l'Empereur romain de Constantinople. Mais la guerre contre les Wisigoths n'est pas finie, la Provence reste entre leurs mains. Clovis choisit Paris comme capitale de son royaume.

La Provence contrairement à l'Aquitaine, n'attend pas les Francs ni les Burgondes comme des libérateurs. Ils sont habitués aux Wisigoths, à leurs tracasseries confessionnelles. Région la plus romanisée de la Gaule et de surcroît, coupée du Sud Ouest wisigoth depuis la prise de Narbonne, elle confond dans le même dédain tous les Barbares et même en veut aux conquérants qui sont la cause de tant de peines. Et puis les Provençaux se sont accoutumés aux Wisigoths dont ils ne craignent plus les excès mais regrettent leurs avantages.

Et ces dispositions des Gallo-Romains de Provence sont tout à fait perceptibles lorsque les Burgondes épaulés par les Francs conduits par Thierry viennent assiéger Arelatum (aujourd'hui Arles), ancienne résidence impériale, sur les deux rives du Rhône. Les Wisigoths l'ayant assiégé quatre fois au siècle précédent, une fois maîtres de ce verrou stratégique vers la mer, ne peuvent envisager de l'abandonner. Ils gardent cette cité jalousement et se méfient particulièrement des Burgondes, au point qu'ils soupçonnent Césaire, l'évêque d'Arles d'origine burgonde, de vouloir livrer la ville.

Les alliés viennent de Septimanie et commencent en ravageant la campagne d'Arelatum sur la rive roite du fleuve. Puis ils font la même chose sur la rive gauche. Mais le siège traîne en longueur et la famine commence à se faire sentir, signe que le siège est efficace. Puis la nouvelle arrive que l'armée ostrogothe est en marche. Selon Cassiodore, Théodoric a convoqué ses troupes le 22 juin 508 et probablement elles sont au pied des murailles de la cité en début juillet. Pourquoi Théodoric réagit-il si tard ?

La flotte byzantine n'a pas pris la mer en 507 pour croiser près des côtes de l'Italie du Sud, mais ses préparatifs militaires sont tellement visibles que le roi des Ostrogoths, inquiet, n'a pas voulu dégarnir son royaume. Au printemps 508, l'Empire peut enfin honorer ses engagements vis à vis de Clovis et une flotte de guerre de cent navires et autant de dromons, quitte le port de Constantinople, commandée par les comtes Romain et Rusticus. Des troupes sont débarquées et une grande partie de l'Apulie est ravagée. De même les alentours de Tarente et ceux de Sipontum sont ainsi traités, selon le comte Marcellin. L'Empire se contente de ces razzias, peut être les mesures défensives prises par Théodoric ont précipité le retour de la flotte impériale ? Théodoric n'a envoyé qu'une partie de ses troupes en Provence, le reste protégeant les rivages méridionaux..

La marche des Ostrogoths est très bien accueillie de la frontière italienne jusquà la Provence et ils prennent possession sans combat de la région au sud de la Durance. Ils reçoivent un accueil particulièrement chaleureux à Massilia où les habitants croient redevenir citoyens de l'Empire romain en étant rattachés à l'Italie. Car Théodoric fait tout pour donner à cette prise de possession de la Provence, un caractère définitif, il envoie Gemellus en qualité de vicaire des Gaules pour la gouverner écrit Cassiodore. Les officiers de Théodoric n'ont pas de mal à remplacer les restes du régime wisigoth en déroute.

Mais le siège d'Arelatum continue et puisque les troupes envoyées d'Italie sont insuffisantes pour chasser les Francs et les Burgondes, il faut au moins encourager les assiégés en leur faisant passer des vivres pour pouvoir attendre une aide plus efficace. Ce projet réussit tout à fait, et les alliés sur la rive gauche du Rhône sont bientôt culbutés sans pouvoir être secourus par leurs collègues de la rive droite et les Ostrogoths rentrent dans la ville avec un convoi de nourriture. La situation devient dangereuse pour les alliés et ils s'efforcent de prendre le pont de bateaux qui relie les deux rives du fleuve, attaquent par bateaux ce pont mais la résistance est opiniâtre, dirigée par le chef ostrogoth Tulwin ou (Tuluin). Celui ci est grièvement blessé lors des furieux assauts, mais le pont reste aux assiégés, Arelatum tient tout l'hiver.

Au printemps 509, Théodoric, tranquille du côté de Constantinople, peut envoyer toutes ses troupes en Gaule. Ibbas conduit une armée ostrogothique de Turin par le col de Suze et aboutit dans la vallée de la Durance sur les arrières de l'armée alliée selon Cassiodore. De cette manière, Ibbas coupe les communications entre les Burgondes et leur royaume et contrôle la route de Valence et celle de Gap à Arelatum. Cette armée se partage en deux corps, l'un dirigé par Mammo se dirige au nord de la Durance vers Orange, emmène toute sa population captive et s'empare d'Avignon, l'autre mené par Ibbas pille le pays de Sisteron, d'Apt et de Cavaillon et rejoint ensuite Mammo pour débloquer Arelatum. La situation devient périlleuse pour les alliés, devant diviser leurs forces pour occuper les deux rives du Rhône et pris entre l'armée ostrogothique et la cité, ils deviennent presque à leur tour des assiégés (pour la partie de leur armée stationnant sur la rive gauche).

Obligés de se replier sur la rive droite du fleuve, les alliés sont vaincus par l'armée commandée par Ibbas renforcée par les troupes présentes à Arelatum. La mention faite par Jordanès de 30 000 Francs tués au combat doit sans doute comprendre les différents combats de la campagne d'Ibba en Gaule dans l'année . Les Ostrogoths occupent toute le sud de la Durance qui est rattaché au royaume de Théodoric. Ce souverain commence par la remise des impôts pour l'année 510-511 pour les assiégés qu'il félicite et agit avec les Provençaux de façon habile et généreuse. Les soldats ont la consigne stricte de vivre en paix avec eux. Théodoric laisse ce message élevé :

"Vous voilà donc par la grâce de la Providence revenus à la société romaine, et restitués à la liberté d'autrefois. Reprenez aussi des moeurs dignes du peuple qui porte la toge ; dépouillez-vous de la barbarie et de la férocité. Quoi de plus heureux que de vivre sous le régime du droit, d'être sous la protection des lois et de n'avoir rien à craindre ? Le droit est la garantie de toutes les faiblesses et la source de la civilisation ; c'est le régime barbare qui est caractérisé par le caprice individuel." cité par Jordanès.

Mais Théodoric veut protéger les intérêts de son petit-fils Amalaric menacés par Gesalic et empêcher les Francs de se mettre entre les Wisigoths et les Ostrogoths. Aussi, la nouvelle mission de l'armée ostrogothique est la conquête du littoral compris entre le Rhône et les Pyrénées. Et ainsi Ibba prend Nîmes et fonce sur Narbonne qui a été prise par les Franco-Bourguignons depuis peu et qu'il capture en 509. Carcassone est prise en 510, cette ville où selon Procope, une partie du trésor des rois wisigoths est entreposé. Ce butin est expédié directement à Ravenne.

Mais, il ne rencontre aucune résistance, l'ennemi est reparti. La population accueille l'armée ostrogothe et les Wisigoths soutenant Gesalic se soumettent nous dit Cassiodore. Ibbas se presse et traverse les Pyrénées et se lance à la poursuite de Gesalic qui tente une forme de résistance mais doit bientôt fuir en Afrique, dans le royaume des Vandales, chez le roi Thrasamund. Ibbas établit dans la péninsule ibérique l'autorité de Théodoric comme tuteur du jeune Amalaric.

Le bilan de cet affrontement entre Clovis et Théodoric semble au vu de cette dernière campagne, à l'avantage du roi ostrogoth. Pourtant, la disparition de la domination wisigothique en Gaule entraîne pour ce dernier, une perte de prestige significative. Clovis a brisé l'alliance des deux peuples goths sur laquelle s'appuyait Théodoric. Les insuccès des Francs contre Ibbas ne sont que des morceaux de la lutte qui ne rejaillissent que sur les officiers de Clovis. Après l'intervention des Ostrogoths, le roi franc reste le maître incontesté de la Gaule. C'est ainsi que les contemporains le voient.

L'unification de tous les Francs par Clovis

A présent Clovis va s'occuper du nord de la Gaule et au delà. Mais dans ce domaine, les sources sont quasi inexistantes, Le royaumes des Francs Ripuaires s'étend sur les deux rives du Rhin depuis l'île des Bataves jusqu'à la Lahn sur la rive droite, et jusqu'après Trèves et à la haute Moselle sur la rive gauche. Les Chattes sont rattachés aux Ripuaires; par conséquent la frontière sud atteint Mayence. A l'ouest, la soumission des Thuringiens belges par Clovis les met en contact avec les Saliens, avec une limite probable dans le cours inférieur de la Meuse. Le vieux roi Sigebert, estropié depuis la bataille contre les Alamans, a perdu sa supériorité aux yeux des Barbares qui exigent de leurs rois surtout des qualités physiques.

La tradition populaire nous rapporte que Clovis a poussé Chloderic, le fils de ce vieux roi, à le pousser vers la tombe. Et quand cela est accompli, le prince s'adresse au roi des Francs pour partager les richesses du défunt. Clovis aurait répondu en lui demandant de montrer à ses envoyés le trésor qu'il garderait ensuite. Et quand les envoyés du roi franc sont en train d'examiner les objets, le prince parle d'un coffre plein de pièces d'or. Les envoyés auraient demandé à Chloderic de plonger la main jusqu'au fond et de tout ramener. Et quand le prince, profondément incliné, fait ce qu'on lui demande, un des envoyés aurait brisé sa tête avec sa hache.

Et le récit se poursuit avec la protestation de l'innocence de Clovis devant le peuple ripuaire à Cologne. Indiquant qu'il naviguait sur l'Escaut, pendant que Chloderic poursuivait son père en faisant courir le bruit que le roi des Francs voulait le faire assassiner, il lui envoya des meurtriers qui le tuèrent. Et que le prince fut massacré par des inconnus, pendant qu'il ouvrait le trésor de son père. Indiquant qu'il n'a aucune complicité dans ces meurtres, Clovis propose, puisque le mal est fait, aux Ripuaires, de se soumettre à lui et de bénéficier de sa protection.

Et Grégoire de Tours ajoute :
"Le peuple applaudit à ces paroles, en faisant entendre des acclamations et en entrechoquant les boucliers, éleva Clovis sur le pavois et en fit son souverain. Celui-ci prit possession du royaume de Sigebert et mit la main sur son trésor."

Cette histoire manque de cohérence et les contradictions sont patentes :
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Le récit dit que le roi Sigebert se promène dans la Buconia ou Bugonie (actuellement le pays de la rivière Fulde) et s'endort à midi dans sa tente, un peu plus loin on lit : " Comme Sigebert fuyait à travers la forêt de Buconia, Chlodéric a envoyé contre lui des meurtriers qui l’ont mis à mort "

Et si Clovis veut se débarrasser de Chloderic, est ce sérieux de penser que le roi des Francs l'a fait assassiner dans son palais par ses ambassadeurs ?
Et si Clovis s'est livré à une telle trahison, comment croire que le peuple ripuaire se laisse convaincre que Clovis est innocent ?

En fait ce qui est certain, c'est que Sigebert et Chloderic vivent en 507 et que ce dernier participe à la bataille de Vouillé puis combat les Wisigoths dans le sud de la Gaule et qu'ils sont morts tous les deux en 511. Ce double drame a frappé les imaginations et comme dans un pareil cas on cherche à qui profite le crime, c'est pour Sigebert, le fils qui est soupçonné, d'autant plus qu'il disparaît peu de temps après. Et toujours dans la même logique, à qui profite la mort de Chloderic sinon à Clovis ? Et à cette époque, un roi intriguant et sanguinaire n'est pas pour déplaire au peuple qui admire la ruse qui réussit et estime l'homme qui joint au courage intrépide, un esprit ingénieux et délié.

Cette version est d'abord contestée par Godefroid Kurth et ensuite par Georges Bordonove qui remarque que pour éliminer les autres rois francs, Clovis n'utilise pas des moyens détournés, (voir plus loin). Il précise aussi que les Francs ripuaires qui ont librement élu et hissé Clovis sur le pavois, se montreront très fidèles envers Thierry 1er après le partage de 511.

Essayons de reconstituer l'histoire comme elle s'est probablement passée. Le roi Sigebert est mystérieusement assassiné dans la forêt de Buconie en automne 507. Chloderic, apprenant sa mort, au fond de l'Aquitaine, se presse de venir dans son royaume. dans les troubles consécutifs à la mort du roi, le prince meurt. Le trône des Francs ripuaires est vacant après ces deux décès rapprochés. Clovis se présente pour recueillir l'héritage de ses deux parents. Il est le plus proche et peut-être le seul héritier légitime, et il est assez puissant pour s'imposer, les Francs ripuaires sont honorés de mettre à leur tête un souverain si illustre. Il est donc acclamé avec enthousiasme et hissé rapidement sur le pavois. Ajoutons que le trône de Cologne étant vacant en 508, cette nouvelle reçue à Bordeaux par Clovis a sûrement accéléré son retour vers le nord.

Pour le royaume de Tongres, les faits sont plus simples à reconstituer. Dès la bataille de Soissons, contre Syagrius, son oncle Chararic a montré qu'il ne soutenait guère Clovis. A la fin de son règne ou bien selon Godefroid Kurth vers 491, Clovis marche contre ce parent et "par ruse, s'empara de lui ainsi que de son fils" écrit Grégoire de Tours, puis les fait tonsurer. Le roi franc fait ordonner prêtre Chararic et diacre son fils. Ces détails ne sont pas compatibles avec 491 date à laquelle, Clovis n'est pas baptisé. Ensuite, Grégoire de Tours continue : "Or comme Chararich se plaignait et se lamentait de l'humiliation qu'il subissait, on rapporte que son fils aurait dit : "Ces feuillages ont été coupés sur du bois vert et ils ne sèchent pas complètement ; mais ils repousseront rapidement pour pouvoir grandir. Plaise à Dieu que celui qui a fait cela périsse rapidement". Ces paroles ayant été rapportées à Clovis, celui ci les fait tuer et s'empare de leur royaume et de leur trésor.

Poursuivant son écrémage familial, il s'attaque au roi de Cambrai, Ragnacaire, déconsidéré auprès de ses vassaux par une débauche effrénée et par le favoritisme dont bénéficie son conseillerr Farron.. Clovis apprenant l'indignation des guerriers de Ragnacaire leur envoie des bracelets et des baudriers dorés. Clovis envahit le Cambrésis et les éclaireurs envoyés par Ragnacaire le trahissent effrontément. Ragnacaire tente de résister mais bientôt il se prépare à fuir et il est capturé par ses propres soldats et livrés à Clovis qui lui reproche d'humilier la famille en se laissant enchaîner. Et le roi franc lui enfonce le fer de sa hache dans le crâne. Il reproche au frère du roi défunt, Riquier, de ne pas avoir secouru son frère et lui fracasse le crâne. Un autre frère de Ragnacaire, Rignomer est assassiné un peu plus tard aux environs du Mans. Grégoire de Tours trouve comme raison à ces meurtres :"Il craignait (Clovis) qu'ils (les membres de sa famille) ne lui enlevassent son royaume." Cette élimination des personnages masculins de la famille du roi franc est effectivement pour réserver le royaume à ses fils et éviter qu'il ne soit partagé entre les cousins et les neveux selon la coutume de la tanistrie que veut appliquer le roi vandale Genséric. Et bien sûr c'est pour que son oeuvre ne soit pas réduite à néant ou plus exactement que le royaume des Francs ne se retrouve pas dans la situation de 481.

La fin du règne de Clovis est consacrée à la stabilisation du royaume par l'oeuvre législative. D'abord le Pacte de la loi Salique, promulgué en 511, est le résultat d'un longue collaboration entre quatre chefs de tribus élus. Son but est de remplacer le rapport de force par la loi et faire disparaître les vengeances exercées par la famille élargie (coutume de la faide) et les rixes en général. Ce texte illustre bien que les Francs d'origine et les Gallo-Romains forment un seul peuple.

Un autre aspect de l'oeuvre de Clovis est illustré par le Concile d'Orléans. Quel est le but de ce concile, rassembler les évêques de l'Eglise des Francs pour rétablir les évêchés aquitains dans leur splendeur, extirper l'hérésie arienne et mettre fis à des abus provenant des bouleversements des dernières années. D'abord, l'édit qu'a publié Clovis au tout début de la guerre contre les Wisigoths, qui protège les hommes et biens d'église a été violé plus d'une fois. Ensuite les furies de la guerre ont déplacé de nombreux prisonniers dans toutes les provinces du royaume. Une nouvelle circulaire royale est envoyée aux évêques pour qu'ils réclament leur liberté. Ils sont incités aussi à racheter les captifs laïcs non couverts par l'édit royal. La Gaule est bientôt sillonnée de mandataires épiscopaux chargés de réclamer des prisonniers abusivement détenus.

Ce concile d'Orléans se tient dans l'année 511. Il a un caractère national et tous les évêques sujets de Clovis sont convoqués par le roi des Francs. L'idée du concile semble venue de l'épiscopat d'Aquitaine qui se réunit dès la conquête du royaume d'Aquitaine. Les rapports entre les confessions catholique et arienne sont les seules dispositions conciliaires d'intérêt local. La présidence du concile est déférée à Cyprien, l'archevêque de Bordeaux. Mais sur les soixante-quatre sièges épiscopaux du royaume franc, seuls trente-deux évêques viennent à Orléans et six métropolitains sur dix. Les mieux représentées sont les trois Lyonnaises (16 présents pour sept absents). Inversement les régions proches des Pyrénées sont sous-représentées. De plus, il n'y a pas un évêque de la première Belgique et des deux Germanies. En fait, le vieux royaume des Francs Saliens n'a pas envoyé un seul prélat au Concile.

Le concile ne traite pas des provinces où il reste des païens à convertir mais des régions où la religion chrétienne est sans rivale. Le concile se termine le 10 juillet 511 et tous les évêques présents signent les trente et un textes traitant de sujets aussi divers que le droit d'asile ou le recrutement du clergé ou de discipline ecclésiastique en réaffirmant la primauté de l'évêque sur le clergé séculier et aussi le clergé régulier (dans les monastères), ainsi que le devoir de charité de l'évêque.

Clovis réside à Paris depuis le retour de la guerre contre les Wisigoths. Il a fait de Paris sa capitale et réside dans le palais de Constance Chlore, sur la rive gauche de la Seine, en face de l'île de la cité, le long de la chaussée romaine qui va de Paris à Orléans, actuellement entre la rue Saint-Jacques et la rue Bonaparte. Il meurt, au sommet de sa gloire, à l'âge de quarante cinq ans le 25 novembre 511. Il laisse quatre fils, Thierry qui s'est illustré dans la conquête de l'Auvergne et des Cévennes et déjà père d'un enfant, Théodebert, Clodomir déjà en âge de porter la frammée, puis Childebert et Clothaire qui sortent de l'adolescence et une fille prénommée comme sa mère Clothilde.

La suite ici => Les Mérovingiens après la mort de Clovis   puis Les Carolingiens jusqu'à Charlemagne



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