En 363, la
mort de l'empereur Julien, en pleine campagne contre les
Sassanides, sans avoir désigné de successeur,
laisse les Romains dans une situation délicate. Julien
est le dernier membre de la famille royale de Constance Chlore.
L'armée romaine est aussi dans une situation inhabituelle.
Elle est victorieuse, au milieu de l'empire perse et privée
de chef. De plus, elle est divisée en factions, les
vétérans gaulois fidèles à Julien
contre les auxiliaires orientaux, la cavalerie face à
l'infanterie, les chrétiens opposés aux païens !
Et chaque "parti" veut la plus grosse part du butin et que son
chef succède au défunt empereur !
Mais la pénurie de vivres et la présence de
l'armée ennemie qui se reconstitue oblige les
légionnaires à se décider rapidement
et c'est Jovien, le premier des domestiques, homme courtois
et de peu d'envergure qui est acclamé après
le refus de la pourpre par Salluste, préfet du
prétoire d'Orient que tous ont choisi. C'est un officier
illyrien et un chrétien tolérant. Mais
l'opposition demeure entre les partisans de Julien qui
veulent anéantir l'ennemi défait et les
chrétiens qui estiment que cette
expédition peut se terminer comme celle de
Valérien et qu'il faut rentrer au plus vite.
Le souverain perse, Sapor II, apprend la mort de Julien et
reprend espoir. Jovien veut ramener l'armée à
Constantinople et s'assurer que tout le monde romain le
reconnait comme empereur.
L'empereur Jovien 363 - 364
Il donne l'ordre de rentrer sur Antioche. Sapor II envoie la
cavalerie à la poursuite des Romains, écrit
Gibbon et, avec le reste de ses forces, tombe sur l'arrière
garde et la met en désordre. Les éléphants
enfoncent les légions, trois tribuns perdent la vie, mais
les légionnaires tiennent bon et rétablissent la
situation. Les Perses sont repoussés avec de nombreuses
pertes. L'armée arrive le soir, sur les bords du Tigre,
à Sumara. Le lendemain, les Perses ne harcèlent
plus les légionnaires, ils attaquent leur camp et
après un combat indécis, un corps de cavalerie
perse est taillé en pièces près de la
tente de l'empereur !
Mais l'armée romaine est encore au delà de
l'Euphrate et les ennemis sont nombreux ! C'est alors que
des envoyés de Sapor II arrivent auprès de
l'empereur et parlent de paix. Les soldats contraignent
Jovien à négocier et Salluste est envoyé
avec le général Arinthaeus pour connaître
les volontés du roi des rois. Mais Sapor II, se montre
habile et gagne du temps, propose des solutions et revient sur
ce qu'il a promis, et la négociation dure quatre jours,
le temps pour les légions d'épuiser leurs vivres.
Et Jovien reste sur place alors que la riche Corduène
n'est pas loin !
Le 10 juillet 363, les cinq provinces transtigritaines, (de la
rive droite du Tigre), sont abandonnées, ainsi que Nisibis
qui a résisté admirablement à trois
sièges et aussi Singara et le château de Maures et
Rome renonce définitivement à toute influence sur
l'Arménie. Et pour finir, Rome doit payer la construction
de fortifications dans le Caucase pour arrêter les Alains et
les autres nomades venus de l'est. Les deux puissances signent
également une "paix" de trente ans et des otages de rang
élevé sont échangés. Le retour
s'effectue sans attaques de la part des Perses mais les Arabes
s'interposent en particulier lors du passage du Tigre et causent
autant de pertes que dans une bataille rangée.
La traversée du désert au delà
du Tigre est éprouvante pour cette armée sans
provisions. Jovien rencontre les généraux
romains de l'armée de Mésopotamie et les
soldats se reposent à Nisibis. Puis Jovien ordonne
l'évacuation de Nisibis et envoie des messagers
pour des ordres similaires concernant Singara et les
autres places livrées à Sapor II. En octobre,
l'empereur arrive à Antioche où il charge
Procope de l'organisation des funérailles et lui
enlève le commandement de l'armée. Procope
disparaît après les obsèques de Julien.
Sur le plan religieux, Jovien fait déployer
l'étendard de la croix en marchant vers Antioche.
Dès qu'il est au pouvoir il adresse à tous
les gouverneurs une lettre qui rétablit la
primauté de la religion chrétienne. Il abolit les
édits de Julien et remet en vigueur les immunités
ecclésiastiques. Les querelles religieuses reprennent de
la force. Jovien recommande l'union et la charité et
prévoit un futur concile pour débattre de ces
questions. Il se déclare hautement pour la doctrine de
Nicée et face aux sectaires il répond :
"Je hais les disputes : j’aime et j’honore ceux qui ont
des vues pacifiques, et qui concourent à l’union."
Et sans égard pour les fatigues des soldats,
à peine six semaines après son arrivée
à Antioche, il reprend la route vers Constantinople. Le 20
février 364, en chemin, peu après Ancyre, dans la
cité de Dadastana, il meurt à 33 ans,
peut-être après un repas trop copieux ou
asphyxié par la vapeur du charbon pendant son sommeil.
Il n'a régné que huit mois.
Valentinien 1er
(http://terrescontees.free.fr)
A nouveau les généraux et les ministres se
réunissent pour désigner un successeur, et
Salluste est choisi et refuse encore. Des noms sont
proposés et vite écartés mais l'accord
se fait sur Valentinien, en son absence. Flavius Valentinianus,
âgé de quarante quatre ans, est un officier de la
Garde sous l'empereur Julien et le fils d'un gouverneur de l'Afrique,
Gratien. Comme Jovien, c'est un Pannonien et un chrétien
modéré relégué en fin d'année
362, lors d'une sédition des militaires chrétiens
refusant de faire acte de paganisme avant de recevoir leur solde.
Selon Ammien Marcelin, les légionnaires réclament un
second empereur pour partager
la tâche comme au temps de Dioclétien. Il choisit
son frère cadet Valens et va lui confier la partie orientale
de l'Empire. Valentinien et l'armée romaine arrivent à
Constantinople le 28 mars. En juin et début juillet 364,
Valentinien et Valens séjournent à Naïssus
(actuellement Nis dans le sud de la Serbie). Ils se partagent les
grands officiers. et à Sirmium (actuellement Sremska Mitrovica
aussi en Serbie) ils choisissent leur capitale, Milan pour Valentinien
et Constantinople pour Valens.
Valentinien
et l'Occident (364 - 373)
Valentinien autorise la célébration nocturne des
mystère d'Eleusis, séjourne à Aquilée
et Vérone et entre à Milan en Novembre 364. Les Pictes,
les Scots et les Saxons ravagent la Britannia. Les Asturiens viennent
de ravager Leptis Magna (actuellement Al Khums en Tripolitaine), les
Alamans pillent la Gaule et la Rhétie. Les menaces sont toujours
là et en particulier les Alamans dont les ambassadeurs sont mal
reçus à Milan au printemps 365.
Valentinien s'installe à Trèves pour mieux
surveiller les Germains. En octobre 365, Valentinien, averti d'une
révolte des Alamans se dirige vers Lutèce et donne
l'ordre au maître de cavalerie Dagalaif, de marcher contre
les Alamans. Valentinien est à Reims en décembre,
il apprend que Leptis Magna est pillé par les Austuriens
et envoie en Afrique, le notaire Neotherius, le protecteur
Masaucio et le scutaire Gaudentius. Puis Valentinien marche sur
Trèves qu'il atteint à la fin de l'année.
Les Alamans, repoussés par le Cesar Julien en 357,
furieux de ne pas recevoir le tribut qu'ils estiment dû,
selon Ammien, décident d'envahir la Gaule dans l'hiver
365-366. Le Rhin est gelé, les Alamans envahissent
l'actuelle Alsace. Charietto, le comte des deux Germanies est
tué. Dagalaif est remplacé au printemps comme
maître de cavalerie par Jovinus qui est victorieux des
Alamans près de Scarponna (actuellement charpeigne en Moselle).
Une nouvelle incursion des Austuriens sur Leptis Magna est suivie
à la fin de l'année de l'envoi du tribun Palladius
chargé de faire une enquête en Tripolitaine. En 367,
Valentinien s'installe à Reims, puis à la fin de
l'été, vient à Amiens, il s'agit de
surveiller les raids des Francs et des Saxons sur les côtes
de la mer du Nord.
En août Valentinien est très malade
et une fois rétabli, il proclame son fils aîné
Gratien, Auguste à Amiens. A Trèves, l'empereur
apprend la mort du comte Nectaridus et du duc Fullofaudes,
tués en Britannia au cours d'une attaque de Pictes, de
Scotts et d' Attacottis. Valentinien envoie Severus et Jovinus
réprimer la révolte. En mars 368, Rando, un roi
alaman, prend par surprise la cité de Mongotiacum
(Mayence), faiblement défendue. Valentinien depuis
Trèves, mène une campagne punitive au
delà du Rhin, avec son fils Gratien et le concours de
troupes venues d'Italie et d'Illyrie. Les Brisgauviens qui
ont promis au Cesar Julien une paix permanente, reprennent
leurs raids dans l'empire romain. Le roi Vithicab a
succédé à son père Vadomar
et Valentinien l'élimine par un de ses domestiques selon
Ammien Marcelin.
Puis l'armée romaine marche contre Rando qui se
replie avec ses hommes vers un lieu montagneux difficilement
accessible à l'exception du chemin venant du Nord.
Sébastien se charge d'investir ce côté pour
intercepter les fuyards. Valentinien arrête les soldats au
pied de ce massif et avec seulement quelques hommes, part
reconnaître les lieux et chercher un chemin pour monter au
sommet. Il s'égare dans un marécage et tombe dans
une embuscade dont il s'échappe grâce à son
cheval. L'attaque est lancée et les légionnaires
suivent deux jeunes guerriers d'élite qui franchissent
les escarpements aisément et le combat peut commencer une
fois les légionnaires montés. Les Alamans se battent
courageusement mais l'ardeur romaine l'emporte et les barbares
confus subissent, épuisés, les coups. Quelques uns
s'enfuient, tombent sur les hommes de Sébastien qui les
taillent en pièce. Peu d'Alamans s'échappent
dans les forêts. Les Romains ont subi des pertes
significatives.
Mais l'empereur ne se contente pas de combattre les Germains,
il restaure et renforce le limes, établit des forts et
supervise le dispositif et les légions gauloises. A partir
de 364, une alliance des Pictes, des Scots et des Attacottis,
attaque la Britannia. Le mur d'Hadrien est franchi. Cette
"Grande Conspiration" est facilitée par une révolte
générale de la garnison qui défend le Mur
d'Hadrien en 367. L'année suivante, le général
ibérique Théodose l'Ancien vient avec son fils en
Britannia repousser les Pictes et les Scots et chasser les Saxons
venus par la mer. La campagne dure jusqu'en 369 et Théodose
l'Ancien pénètre dans les hautes terres de la future
Ecosse. Valentinien s'empare des Champs Décumates (aux
confins du Rhin et du Danube) et les fortifient rapidement. En 371,
l'empereur fait une courte incursion au delà du Rhin pour
tenter de capturer le roi des Alamans, Macrianus, en vain. La fin
du règne de Valentinien est marquée par la
révolte de Firmus en Afrique du Nord.
La
révolte de Firmus (372 - 375)
Firmus est un des fils de Nubel, roi des Jubaleni (en Kabylie,
Algérie) et officier de l'armée romaine. A sa mort,
ses fils se disputent l'héritage et Firmus tue son
demi-frère Zammac (Sammaque) qui s'est approprié de
façon illégitime l'héritage de Nubel. Mais
Zammac est le favori du comte Romanus, responsable militaire de
l'Afrique romaine. Ulcéré, Romanus fait tout pour
discréditer Firmus. Se sentant menacé, Firmus
déclenche la révolte contre Romanus en hiver 371/
372. Il est soutenu par les siens et dispose de nombreux
combattants, les Maures le soutiennent. Romanus est vaincu à
plusieurs reprises, et Firmus assiège et brûle la
cité de Julia Cesarea (aujourd'hui Cherchell) et pille
Icosium (actuellement Alger), mais il échoue devant Tipasa.
Soutenu par les Donatistes et les Circoncellions et même par
certains Romains, il donne l'ordre de tuer les Nicéens de
la cité côtière de Rusuccuru (actuellement
Dellys en Kabylie, Algérie). Les Berbères le
choisissent pour roi. Valentinien envoie son maître de
cavalerie Théodose l'Ancien, à la fois pour
réprimer cette révolte qui prend des allures
d'usurpation mais aussi pour enquêter sur Romanus dont
se sont plaints les citoyens de Leptis Magna. En effet, Romanus
a laissé les pillards de Gétulie, attaquer
impunément les cités commerçantes de
Leptis Magna, Oca et Sabrata qui refusent de le payer. Des
députés de Leptis Magna sont envoyés vers
l'empereur, mais de faux rapports trompent Valentinien qui
réagit par un décret de proscription, et cinq
citoyens éminents de Leptis Magna sont
exécutés alors que Romanus reste à son
poste.
Représentation de Firmus
(http://www.romanarmy.net/)
En été 372, Théodose l'Ancien
débarque avec un petit corps de troupes selon Ammien,
à Igilgilis, (actuellement Jijel en Algérie),
marche sur Sitifis (Sétif), suspend Romanus et le met
sous bonne garde. Firmus tente une conciliation avec
Théodose l'Ancien. Il lui explique la situation, les
menaces de Romanus et offre de se soumettre. Théodose
l'Ancien demande des otages. Il marche jusqu'à Tupusuctu
(Tiklat) dans la vallée de la Soummam et ne reçoit
pas une deuxième ambassade de Firmus puisqu'il n'a pas
reçu les otages. Il est vainqueur des Tyndenses et des
Masinissenses commandés par Mascizel et Dius, des
frères de Firmus. Après cet échec,
Mascizel reçoit l'aide de tribus voisines et rencontre
à nouveau Théodose l'Ancien. C'est encore une
défaite et Mascizel s'échappe de justesse. Firmus
fait une troisième fois un appel à la paix et
ses représentants sont cette fois des prêtres
chrétiens venus avec les otages demandés et
Théodose l'Ancien accepte la paix. Et comme
il lui a été demandé, Firmus fait
restaurer en deux jours la cité d'Icosium et restitue la
part du butin qui n'est pas dépensée.
Mais Théodose l'Ancien vient à Julia Caesarea et
voit que cette cité est presque entièrement
brûlée, il décide de laisser là deux
légions pour déblayer les cendres. Puis il se rend
compte que Firmus a jeté la confusion dans l'armée
romaine, qu'à la cité de Sugabaritanum, il apprend
que la quatrième cohorte d'archers est passée à
la rébellion, il en surprend une partie et la livre à
la vengeance des légionnaires. Alors il attaque Mascizel qui
a rassemblé ses hommes dans un domaine nommé
Gaionatis, entouré d'un mur solide que les Romains
détruisent avec leurs béliers. La lutte continue
pendant trois ans et, en 373, Mascizel est capturé par
Théodose l'Ancien. Firmus, toujours sous la pression des
légionnaires romains aidés par Gildon, un autre fils
de Nubel et menacé d'être livré par un des siens,
Ighmacen, le roi des Isafliens, se donne la mort enfin d'année
375.
Le règne de Valentinien 1er se termine le 17 novembre 375,
à Aquincum,(actuellement Budapest) à la suite
d'une colère dont il est habitué,
dirigée cette fois ci contre les émissaires des
Quades qui font pression sur le Danube et sont
arrêtés par les villes fortifiées
telles Smirnium. Gratien étant absent, l'armée
choisit le second fils de Valentinien 1er, Valentinien II pour lui
succéder. Il n'a que 4 ans. Gratien accepte le partage de
l'Occident et laisse à son frère, l'Illyrie.
Solidi à l'effigie de Valens
(http://www.numisonline.com/)
Valens
et l'Orient (364 - 378)
Flavius Iulius Valens est co-empereur avec son frère
Valentinien depuis 364. Il a en charge l'Orient et
s'installe à Constantinople en fin 364. Il met de
l'ordre dans l'économie, mais au plan religieux il est
arien et contrairement à son frère il n'est pas
modéré ! Ainsi le vieux préfet de
l'Orient Salluste que Valentinien en arrivant à
Constantinople veut garder au service de l'Empire
malgré la volonté de ce dernier de se retirer,
est rapidement révoqué par Valens, sans doute
pour
sa collaboration avec l'empereur Julien. Valens agit avec
brutalité et le mécontentement populaire
s'installe. Dès l'année 365, la situation est
menaçante pour Valens. Pendant qu'il est en train de
repousser les Perses qui avancent, Procope tente une usurpation
et s'appuyant sur des vétérans gaulois de
l'armée de Julien, devient le maître à
Constantinople.
Procope était le responsable de
l'aile gauche de l'armée de Julien dans sa campagne de 363
contre les Sassanides. Et Julien avait fait de lui son
héritier en cas de malheur au début de cette
campagne. Mais il est resté en Arménie rendant plus
difficile la campagne de Julien qui meurt dans une attaque de
l'armée perse. Et Procope absent ne peut revendiquer la
succession ! Jovien puis Valentinien sont
désignés comme empereur. Traqué par
Jovien, selon Ammien, Procope se retire en Cappadoce où
Valens envoie des tueurs qui le manquent. Et pendant que l'empereur est
sur le front perse, Procope revient discrètement
à Constantinople. Il est ovationné par les
vétérans de Julien stationnés dans la
capitale et les troupes des Balkans rallient sa cause rapidement
et l'usurpation dure jusqu'au 28 mai 366. Valentinien ne peut
intervenir, il est aux prises avec les Germains, Valens qui est
à Césarée, en apprenant les nouvelles de la
révolte, se propose d'abdiquer. Ses ministres
répondent avec fermeté et poussent l'empereur
à la guerre.
Procope, selon Zosime et Eunape envoie Marcellus
en Bythinie pour attaquer les forces de cavalerie commandées
par Serenianus qui occupe la cité de Cyzique. Marcellus prend
cette cité et poursuit Serenianus qui fuit en Lydie et le
capture. Procope est vaincu à Thyatira (actuellement Akhisar
en Turquie) et Nacolia (actuellement Seyyid el-Ghazi, en Turquie) et
ses troupes se rangent du côté des officiers qui ont servi
sous Julien et qui se battent pour Valens. Procope est trahi et
condamné à la décapitation. Alors un de ses
parents, Marcellus, qui avait pour mission de garder la cité de
Nicée, se rebelle à son tour contre Valens après
la mort de Procope. Il conquiert la Chalcédoine et met à
mort le général Serenianus. Il compte sur un appui des
Goths qui envahissent la Thrace et un soulèvement de l'Illyrie,
mais il ne sait pas que Philippopolis est investi par Equitius le
Magister militum de l'Illyrie et ce dernier l'arrête et Marcellus
est exécuté au début du mois d'août 366.
En 366, Valens prépare une campagne contre les Goths qui
débute au printemps 367. Son Quartier Général
est situé à Marcianopolis (aujourd'hui Devnja en
Bulgarie). En été 368, la crue du Danube
empêche les légions de traverser le fleuve. En
369, Les Goths sont refoulés en Transylvanie. Ils sont
défaits par le maitre de cavalerie Victor et Fritigern
et un traité est signé en 369 par lequel les
Goths s'engagent à ne plus traverser le Danube en bateau
mais uniquement par les ponts, pour faire du commerce en quelques
endroits. Ils ne recevront plus de subsides de la part des Romains.
Anthanaric leur chef, refuse de signer sur la rive romaine, alors
le traité est signé sur un radeau au milieu du fleuve.
Carte de la région de Marcianopolis aujourd'hui
(wikipedia)
Valens a d'autres soucis, car il veut effacer la perte des provinces
livrées aux Perses par l'empereur Jovien. Et pour cela il
installe sa cour à Antioche pendant cinq ans. Sapor II
occupe l'Arménie dès 369. Les combats durent de 370
à 377 et les légionnaires l'emportent, à
l'automne 373, le comte Trajan et le commandant alaman Vadomarius
remportent contre les Perses la victoire de Vagabanta qui est
suivie d'une trêve, mais Valens refuse les propositions de
paix de Sapor II en 372. De plus, les Sarrasins, au sud de la Syrie,
menés par leur reine Mavia (Mawiyya), ravagent la Palestine,
la Phénicie et l'Egypte. Valens doit céder
l'Ibérie et l'Arménie à Sapor II car la
frontière du Danube est fortement menacée. Les
Huns arrivent, menés par leur khan Balambert, et, en 374,
ils ont vaincu sur les bords du Don les Alains dont une partie fuit
vers les Balkans, se joignant aux Goths qui,vaincus à leur
tour par les Huns, refoulent les Sarmates et les Taîfales sur
les frontières de l'Empire. La présence de
l'empereur est nécessaire. Valens conclut la paix avec la
reine Mavia en fin d'année 375. En juillet 374, les Quades
traversent le Danube. Probus fortifie Sirmium. La fille de Valens,
Constancia est sur le point de tomber entre les mains des Quades, le
correcteur Messalla l'emmène à l'abri à Sirmium.
Mais les légions Pannonica et Maesiaca (probablement les Legio
V IOvia et VI Herculia) sont massacrées par les barbares.
La guerre contre les
Goths
En 376 Fritigern et Alavivus roi des Goths demandent à
Valens et obtiennent de venir avec leur peuple Thervinge, en
Mésie ou en Thrace pour être à l'abri
des Huns. En automne 376, les Romains aident les Thervinges
à traverser le Danube et à s'installer en
Mésie. Puis d'autres Goths, les Greuthonges,
menés par leur roi Viteric, demandent l'asile dans l'Empire
romain. Valens refuse mais ces Goths réussissent
à passer avec l'appui de Fritigern. Valens envoie le comte
Lupicinus et le dux Maximus compter les Goths et retirer leurs armes
aux guerriers mais ils sont corrompus par les Goths. Lupicinus
qui veut réprimer cette révolte seul, sans appeler de
renforts, pense que les quelques milliers de troupes mobiles
stationnées à Marcianopolis suffisent pour vaincre
davantage de barbares. Mais Lupicinus est vaincu par Fritigern et
Alavivus et un nombre indéterminé de guerriers qui
combattent avec leurs boucliers de bois et surtout l'umbo,
pièce de fer pointue au centre du bouclier, sous les
murs de Marcianopolis. Cette ville est prise par les Goths.
A Andrinople, (actuellement Edirne en Turquie d'Europe) un corps
de Goths réguliers, en garnison doit rejoindre les troupes
rassemblées en Orient pour affronter les Perses, c'est
l'ordre de l'empereur. Les Goths se préparent à
partir et demandent aux magistrats de la cité des vivres
et de l'argent pour le voyage qu'ils entreprendront dans deux
jours. Et selon Ammien, le magistrat refuse et leur intime
l'ordre de partir toute de suite, après avoir armé
des civils et mis la cité en état d'alerte. Les
mercenaires goths sont conspués puis agressés
à coup de flèches. D'abord surpris, ils chargent
la foule et beaucoup de civils périssent. Les Goths
ramassent les armes et vont rejoindre Fritigern. Les Goths
tentent de punir les habitants d'Andrinople, mais Fritigern
comprend vite qu'il n'est pas équipé pour un
siège et il déclare devant ses hommes qu'il vaut
mieux laisser les murs en paix et qu'il faut faire la guerre aux
paysans et les Goths se répandent dans la Mésie.
En fin d'année 376, Valens prévoie une attaque
contre les Perses et prépare trois corps d'armée.
Il hésite encore en été 377 et
finalement envoie Profiturus et Trajan avec quelques milliers de
légionnaires, renforcés par les secours de
Gratien, l'empereur d'Occident, que conduisent Frigeridus et Richomer.
Ce sont des Pannoniens et des Gaulois, mais la majorité des
cohortes désertent sous l'influence de Mérobaude,
le maître de l'infanterie qui craint de retrouver le front du
Rhin dégarni.
Les Goths se rendent compte qu'ils sont piégés
et pendant plusieurs jours ils attaquent les palissades mais ils ne
passent pas ! Mais les Goths envoient des messagers pour ramener des
renforts y compris chez les Alains et même les Huns. Et au
début de l'automne Saturninus apprend que des hordes de cavaliers
Alains et Huns traversent le Danube et galopent vers le Sud. Alors
craignant de se faire couper les voies de retraite par ces hordes,
Saturninus décide de mettre l'armée à l'abri des
cités fortifiées et d'y passer l'hiver. Les Goths libres
de leur mouvement, se répandent dans la Thrace et reprennent les
pillages. Frigeridus qui n'a pas participé à la bataille
de Salices en raison d'une attaque de goutte, vient en Thrace, prend le
risque d'être encerclé dans son camp à Beroea.
Il retraite vers l'ouest en direction des montagnes boisées de
l'actuelle Serbie et bat sévèrement les Goths dirigés
par Farnobius et leurs alliés Taifales fraîchement
arrivés. En revanche, Barzimer, le tribun des scutaires qui
commande les Cornuti (leurs casques sont surmontés de cornes), des
soldats Germains d'élite, est surpris quand il installe son
camp à l'extérieur des fortifications, près de Dibaltum
nous dit Ammien. Il fait face avec les hommes qui sont armés, garantit
ses flancs mais succombe quand il est enveloppé par une réserve
de cavalerie gothique.
En 378, Valens qui a accepté de recevoir les Goths dans l'Empire,
en espérant une quantité de mercenaires et aussi de
cultivateurs, se sent obligé de venir en personne et annonce
qu'il conduira l'armée romaine d'Antioche à
Constantinople pour anéantir cette révolte. Et il
demande du secours à son neveu, l'empereur d'Occident Gratien.
L'Arménie est vidée de ses vétérans, la
frontière laissée à la merci de Sapor II.
Richomer part d'Occident avec des légions gauloises. Mais le
gros des forces de Gratien est maintenu sur place en raison d'une
nouvelle invasion des Alamans et d'une campagne de représailles
rendue plus longue car les Alamans, avertis de l'attaque imminente de
l'empereur Gratien, ont cette fois-ci concentré au même
endroit un très grand nombre de guerriers. Le général
Sébastianus commande l'infanterie en remplacement de Trajan et, par
une reconnaissance, il identifie les Goths près du mont Rhodope.
Il choisit deux mille légionnaires et près de la rivière
Hebrus (aujourd'hui la Maritza), il tend une embuscade et surprend une bande
de Goths endormis.
Andrinople et la mort de
Valens 378
Valens arrive à Constantinople, apprend les succès
de Gratien contre les Alamans et celui de Saturninus contre les
Goths. Il est poussé par les clameurs de l'hippodrome
à marcher contre les Barbares. Frigeris écrase les
Taïfales tandis que les eunuques prédisent à
Valens une victoire facile. L'empereur agit rapidement, demande
des renforts à son neveu Gratien et l'armée
composée en grande partie de vétérans rejoint
Andrinople avant que les Goths n'occupent les défilés
qui y mènent. Valens arrive dans les environs d'Andrinople
et il fait construire un camp doté d'un fossé, d'un
rempart de terre et d'une palissade. Alors arrive Richomer
envoyé par l'empereur Gratien qui lui demande d'attendre
les renforts avant de combattre les Goths. Les
généraux romains consultés ne sont pas du
même avis, Sebastianus qui vient de vaincre les Goths
propose d'attaquer tout de suite tandis que Victot, le
maître de cavalerie, préfère attendre Gratien.
Valens décide d'attaquer sans attendre, la dernière
reconnaissance annonce dix mille combattants ennemis.
Les Goths bien informés savent qu'ils sont
repérés, ils ne peuvent fuir, car ils sont
alourdis par les chariots Le 8 août Fritigern envoie un
prêtre chrétien auprès de l'empereur pour
lui proposer la paix, une alliance en échange d'une
terre au sein de l'Empire. Il s'agit de gagner du temps pour
que la cavalerie rejoigne le champ de bataille. Valens refuse,
persuadé que son armée est au moins aussi
nombreuse que celle des ennemis. Et au début du combat c'est
exact, la cavalerie des Goths est éparpillée en
train de piller les environs. Elle est composée de
Greuthonges, d'Alains et de Huns. Valens n'a pour l'instant
que des Thervinges face à lui.
Les légionnaires quittent le camp et entament une
longue marche d'un vingtaine de kilomètres pour rallier le
camp des Goths, repéré précédemment.
Ils arrivent à la huitième heure romaine (environ
vers 14 heures). L'aile droite romaine comprenant de la cavalerie
arrive en premier et se positionne un peu en avant de l'endroit
où se range l'infanterie. La cavalerie de l'aile gauche
arrive en dernier.
Le camp des Goths est placé sur la pente d'une colline,
les guerriers se placent devant le cercle de chariots et gagnent du
temps en incendiant les champs. Fritigern négocie encore et
propose d'échanger des otages. Richomer mène les
négociations pour les Romains, et les légionnaires
pestent au sujet de ce contretemps. Les Romains engagent rapidement
le combat en commençant par les scutaires commandés
par Bacurius et Cassio. Mais ils manquent de soutien et sont
repoussés. A l'aile gauche, les légionnaires,
mécontents de ce recul, avancent jusqu'au niveau des
chariots.
C'est à ce moment qu'arrivent les Greuthonges, les Alains et
les Huns, la cavalerie ennemie. Elle arrive du haut de la colline et
les Romains qui n'ont pas placé d'éclaireurs,
sont surpris. Les légionnaires ne sont plus en ligne et la
cavalerie romaine fuit rapidement le combat. Les fantassins goths
contre-attaquent et les légionnaires criblés de
flèches reculent. Mais rattrapés par les cavaliers
ennemis, ils ne peuvent combattre, pressés par les chevaux
et forment des cibles faciles pour les archers. Valens trouve
refuge chez les lanciers et les Mattiaires, des troupes
d'élite. Les Romains partent en déroute, la
cavalerie n'a pas complètement enveloppé les
fantassins et une possibilité de fuite reste sur le
côté droit. Le massacre continue dans la poursuite qui
s'engage. Dans la panique la garde abandonne l'empereur. Tous les
officiers désertent et Valens meurt soit d'une flèche
pendant le combat, soit il est transporté blessé dans
une cabane et il est brûlé avec ses pages selon le
récit d'un témoin. Ainsi périt l'empereur
Valens, de façon anonyme et sans sépulture. Un tiers
des légionnaires a réussi à se sauver. Le
lendemain les Goths tentent de prendre& d'assaut Andrinople. Ils se
heurtent aux rescapés de la bataille et à d'autres
soldats romains resté à Andrinople, combattant
à l'intérieur du camp. Et quand ces légionnaires
sont éliminés, ils tentent de forcer les murs de la ville
pendant la nuit. Mais la ville est bien défendue, en plus des
soldats, la population monte sur les remparts et comme une grande
fabrique impériale d'armes est installée à
Andrinople, ces ouvriers spécialisés savent aussi utiliser
les armes qu'ils fabriquent. Les Goths sont surpris par les machines qui
font pleuvoir sur leurs casques des grosses pierres. Et comme ils ont
subi de lourdes pertes dans la bataille contre Valens, ils abandonnent
le combat.
L'empereur
Gratien 367 - 383
Co empereur d'Occident depuis le 24 août 367 sans avoir
été nommé Cesar, Flavius Gratianus, le
fils aîné de Valentinien 1er participe,
protégé par une garde spéciale,
à une campagne de son père contre les Alamans
dès 368. Lorsque Valentinien meurt en novembre 375, il est
rapidement reconnu Auguste par les armées du Rhin,
à l'âge de 16 ans. Mais une dizaine de jours plus
tard les armées de Pannonie nomment Auguste son jeune
frère, Valentinien qui n'a que quatre ans. Gratien doit
accepter de partager la partie occidentale de l'Empire et lui
laisse l'Italie moins exposée.
Dès le début de son règne, Théodose
l'Ancien est condamné à mort et décapité
à Carthage. Ce général qui a rétabli
l'ordre romain dans la Britannia et vaincu la révolte de
Firmus a sans doute subi la crainte des conseillers de l'empereur,
de le voir tenter une usurpation. En 376, le préfet du
prétoire Maximinus et l'ancien vicaire du diocèse
d'Illyrie et celui des Gaules, Simplicius et Doryphorianus sont
décapités pour les cruautés qu'ils ont
commises sous le règne de Valentinien 1er. En 377, Gratien
est vainqueur des Alamans près de la Villa Columbaria
(l'actuelle ville de Colmar).
Apprenant en 378 que l'empereur d'Orient Valens son oncle est
en guerre contre les Goths et que cela se passe mal, il prend la
décision de lui porter secours. Les Alamans Lentiens qui
vivent près du Lac de Constance, bien renseignés,
franchissent le Rhin gelé. Ils sont repoussés
avec quelques pertes par les Pétulans et les
légionnaires gaulois. En juin, nouvelle attaque,
40 000 Alamans Lentiens franchissent le Rhin. Aussitôt,
Gratien nous explique Ammien, rappelle les cohortes
détachées dans les Pannonies et d'autres retenues
en Gaule et confie ces troupes aux généraux
Nannienus et Mallobaudes qui taillent en pièces les
Alamans à la bataille d'Argentovaria ou Argentaria
(actuellement Horbourg en Alsace). Leur roi Priarius périt
au combat et il ne survit que 5 000 guerriers. Les Alamans sont
refoulés dans les montagnes de la Forêt Noire,
Gratien les poursuit et les force à traiter. Cette
poursuite est la dernière expédition
réussie qu'un empereur romain lance au delà du
Rhin.
Puis l'empereur Gratien change radicalement de comportement. La
tolérance religieuse est oubliée et en 382,
l'autel de la Victoire dans la Curie de Rome est enlevé. Les
terres et les revenus des temples païens et des Vestales sont
confisqués. Il supprime toutes les dispenses
d'impôts dont bénéficient les citoyens
aisés. Mais surtout, il se laisse aller à ce qui
semble une passion, la chasse et il y consacre beaucoup de temps. En
outre, il s'entoure de "spécialistes", des archers Huns
qu'il récompense généreusement. On
commence à murmurer dans l'armée et, en
Britannia, le commandant en chef des légions,
l'ibérique Magnus Clemens Maximus vient de vaincre les
Pictes et les Scots, il est proclamé empereur par ses
soldats au début de l'année 383. Cet officier a
combattu avec Théodose l' Ancien en Britannia er il peut
s'appuyer à présent sur la Legio XX Valeria
Victrix qui contrôle le sud-est de l'île. Pendant
ce temps les combats reprennent entre les généraux
de Gratien et les Alamans.
En 380, la nouvelle de la maladie de l'empereur Théodose
incite les Goths à attaquer en Illyrie et en Epire. Gratien
envoie contre eux Arbogast et Bauto pour combattre Fritigern qui
envahit l'Epire et attaque lui-même, en Illyrie occidentale,
les Goths conduits par Alatheus et Safrac Il conclut un
traité avec eux qui leur accorde le droit de s'installer en
Pannonie selon Jordanes qui sera respecté par l'empereur
Théodose lorsqu'il sera rétabli.
Puis l'empereur Gratien change radicalement de comportement. La
tolérance religieuse est oubliée et en 382,
l'autel de la Victoire dans la Curie de Rome est enlevé. Les
terres et les revenus des temples païens et des Vestales sont
confisqués. Il supprime toutes les dispenses
d'impôts dont bénéficient les citoyens
aisés. Mais surtout, il se laisse aller à ce qui
semble une passion, la chasse et il y consacre beaucoup de temps. En
outre, il s'entoure de "spécialistes", des archers Huns
qu'il récompense généreusement. On
commence à murmurer dans l'armée et, en
Britannia, le commandant en chef des légions,
l'ibérique Magnus Clemens Maximus vient de vaincre les
Pictes et les Scots, il est proclamé empereur par ses
soldats au début de l'année 383. Pendant ce temps
les combats reprennent entre les généraux de Gratien
et les Alamans.
Maximus
l'usurpateur venu de la Britannia
Maximus débarque dans le Nord de la Gaule et se heurte
à des Francs fédérés
commandés par Himbaldus qui montent la garde contre les
tentatives d'invasion maritimes. Après un rude combat, les
Francs sont écrasés et Himbaldus est tué.
Maximus ne rencontre plus d'obstacle dans la région
à l'exception de la cité de Nametacum, capitale
des Atrebates (Arras) qui refuse de se rallier et qui est
rasée. Les troupes de Gratien se rallient rapidement en
particulier l'armée de Germanie. En été
383, Gratien aidé du général
Mérobaudes et du comte Balion quitte la Rhétie
pour la Gaule et rencontre l'usurpateur dans la région
de Lutèce mais après quelques jours d'escarmouches,
ses troupes se rallient à Maximus. L'empereur fuit vers
Lugdunum accompagné de 300 cavaliers Alains fidèles,
mais sur son passage les villes ferment leurs portes et il est
rejoint le 15 août par le maître de cavalerie
Andragathe et il est exécuté le 25 août 383.
Théodose est incapable d'intervenir, trop occupé
par les Goths. Maximus obtient de lui la reconnaissance de son
autorité sur la Gaule, la Britannia et la péninsule
ibérique. Le jeune Valentinien II, âgé de douze
ans "règne" alors sur l'Italie et l'Afrique, sous la tutelle
de sa mère, Justine. A la fin de l'année 383,
Théodose se prépare à marcher contre l'usurpateur
quand il apprend la paix signée entre Valentinien II et Maximus.
Maximus veut prendre le contrôle de la préfecture
Illyrie-Italie-Afrique gouvernée par Valentinien, il invite
l'empereur et sa mère à venir le rejoindre
à Trèves en espérant que Valentinien
II le reconnaîtra comme Auguste. Mais en septembre 383,
Ambroise, l'évêque de Milan, vient le voir pour
lui expliquer que l'empereur et sa mère ne peuvent traverser
les Alpes en hiver. Ce délai permet de fortifier les cols des
Alpes. Alors Maximus se tourne vers Théodose et lui envoie
une ambassade et des propositions de paix que ce dernier accepte
officiellement à Beroae, au sud de la Thrace, le 31
août 384. Maximus concède à Valentinien
II, l' Italie, l'Afrique et les provinces danubiennes.
Magnus Maximus
origine monnaie-romaine.be
Maximus est rapidement accepté comme co-empereur par
Théodose, et Maximus est officiellement co-empereur en
septembre 384. Ce règne est mobilisé par le souci de
marquer des points contre le mini-empire de Valentinien. Maintenant
que la route des Alpes est barricadée, Maximus va jouer une
autre partition. Sous le règne de Gratien, un
évêque ibérique nommé Priscillien a une
grande influence dans toute l'Ibérie et même en
Aquitaine en prêchant une doctrine proche du manichéisme,
provoquant en réaction, l'hostilité du clergé
nicéen. Le priscillianisme est condamné par le concile
de Saragosse en 00380, l'empereur Gratien sollicité par deux
évêques ibériques nicéens, exile Priscillien
et ses disciples. Le pape Damase 1er refuse la grâce qui lui est
demandée mais un fonctionnaire impérial défait
cette sentence d'exil. Priscillien revient triomphalement en
Ibérie. Maximus est saisi par un évêque
ibérique et cela lui convient tout à fait. Le mini-empire
de son rival Valentinien II est perturbé par une opposition entre
les Ariens soutenus par Valentinien et sa m&e grave;re et les
Nicéens, illustrés par Ambroise, l'évêque de
Milan. Maximus peut ainsi se montrer le ferme soutien de l'orthodoxie
chrétienne. Il est aussi soucieux de rétablir le calme en
Ibérie. Il convoque donc Priscillien et sept de ses disciples
devant le tribunal séculier de Trèves après le
refus de Priscillien de comparaître devant un concile à
Burdigala (actuellement Bordeaux en France). Après des aveux
extorqués sous la torture, Priscillien est condamné
à mort au motif de magie et décapité avec quatre
de ses disciples en fin d'année 385.
Maximus est obligé de se procurer de l'argent par tous les
moyens pour payer son armée, les ressources sont
épuisées, il réquisitionne les bijoux
et l'argenterie des riches et les fait vendre. Ces méthodes
lui font perdre leur soutien.. En 387, les Sarmates occupent la
Pannonie et menacent l'Italie, Valentinien est obligé de
demander à Maximus des troupes pour leur barrer la route.
Maximus répond favorablement à cette demande et met
à disposition de l'ambassadeur de Valentinien II, quelques
troupes. Mais Maximus part avec le gros de ses troupes vers les Alpes
Cottiennes, les franchit et marche sur Milan. Valentinien n'a que le
temps de fuir à Aquilée puis par la mer vers le port de
Thessalonique, en Grèce, dans le domaine de Théodose.br>
Maximus entre à Milan à la fin septembre 387, il
est le maître à Rome en janvier 388. Maximus ne
réussit pas à chasser les Sarmates de Pannonie
mais il devient rapidement le maître de l' Italie et le
Sénat reconnait son autorité. Toutefois Maxime
considère toujours Valentinien II comme son
collègue et lui laisse l'Illyrie pour ménager
Théodose. Mais l'empereur d' Orient est venu voir
Valentinien II et depuis il est épris de Galla, sa soeur.
Aussi il décide d'éliminer Maximus et part en
campagne avec Valentinien II. Au printemps 388, une armée
composée surtout de Huns, de Goths et d'Alains, marche de
Thessalonique vers la Pannonie, tandis que des Francs attaquent sur le
Rhin à l'appel de Théodose. Maximus ne perd pas
de temps, il fait disparaître Mérobaude, le
maître de la milice franc, proche de Théodose et
se presse vers la Pannonie. La rencontre a lieu près de
Siscia (aujourd'hui Sisak en Croatie), sur les rives de la Save. Le
rétheur Pacatus parle d'une troupe invincible qui
éperonne les chevaux, passe le fluve à la nage, escalade
la rive et surprend un ennemi sur ses gardes. Cependant à peine
le fleuve franchi, l'ennemi est bousculé et est poursuivi par
les cavaliers qui lui tailladent le dos :
"la plaine entière disparaît sous une seule jonchée de corps..."
Théodose écrase Maximus qui réussit à fuir.
Puis c'est au tour de Marcellinus, le frère de Maximus qui est
défait de manière plus classique à Poetiovo
(actuellement Ptuj en Slovénie), et Marcellinus étant mort
sur le champ de bataille, de nombreux vaincus se rendent et sont
enrôlés dans l'armée de Théodose. Maximus
s'est réfugié avec sa garde maure à Aquilée.
Théodose le suit et assiège la cité fortifiée.
Maximus est presque seul, il se rend à Théodose qui semble
lui pardonner son usurpation et le meurtre de Gratien qui a fait tuer son
père. Mais il le livre à ses soldats qui le mettent à
mort ainsi que sa garde maure, le 28 août 388.
Théodose
le Grand 378 - 395
Théodose 1er (origine wikipedia)
C'est le fils d'un grand général, Théodose l'Ancien,
qui l'emmenait dans ses campagnes en particulier en Britannia. En 374, il
défend brillamment la Mésie contre les Sarmates et après
le désastre d' Andrinople et la mort de Valens, l' empereur Gratien a
besoin d'un homme capable de défendre l'empire. Il semble d'après
Pacatus que le jeune Théodose qui n'a que 33 ans, a hésité,
ce qui est tout à fait possible, la situation militaire vis à vis
des Goths est catastrophique, l'Orient lui est inconnu de même que les
affaires publiques. Gratien le nomme d'abord maître des milices comme pour
le tester. A peine nommé co-empereur par Gratien, le 19 janvier 379.
Théodose l'annonce au Sénat de Rome et à celui de
Constantinople qui l'approuve en premier. Il hérite du domaine
impérial de Valens soit les diocèses de Thrace et d'Orient,
augmenté de la préfecture d'Illyrie complète, Pannonie
incluse. Par ce transfert de compétences, Gratien transmet la
"question gothique" à Théodose pour qu'il pacifie cette
région subjuguée par des Goths, des Alains, des Taïfales
et aussi des Huns. Puis selon l'historien constantinopolitain Socrate, les
deux empereurs dirigent ensemble quelques opérations militaires et se
séparent. Gratien repart en Occident combattre les Alamans tandis
que Théodose séjourne à Thessalonique près de
la région à contrôler puis, avec son général
Modarès, un chef goth rallié, remporte plusieurs petites
victoires contre les Goths en 379. Le désastre d'Andrinople provoque
des révoltes chez les Goths des diverses garnisons d'Orient. Julius,
le maître des milices qui a ordonné le massacre des recrues
gothes selon Zosime, est remplacé par Ellebichus sur l'ordre de
Théodose.
Au printemps 380, les Goths repartent en guerre. Fritigern à la
tête des Tervinges attaque la Thessalie et la Grèce tandis
qu'Alatheus et Safrac opèrent en Mésie supérieure et
jusqu'en Pannonie. Gratien, après avoir combattu ces derniers, leur
permet de s'y fixer. Théodose se met en campagne contre Fritigern en
Macédoine en avril et mai, mais surpris par une attaque des Goths,
son camp menacé d'être pris, il rallye Thessalonique et demande
du renfort à Gratien qui lui envoie une armée dirigée par
Bauto et Arbogast. Les Goths qui pillent la Thessalie sont repoussés en
Thrace. Théodose tombe sérieusement malade et se fait baptiser par
l'évêque de Thessalonique, Ascholius. Une fois rétabli il se
dirige vers Constantinople il fait une entrée triomphale, le 14 novembre
380, pour rassurer la population. C'est pendant ce séjour à
Thessalonique qu'en fin mai 380, est publié le célèbre
Edit qui définit le christianisme conforme au concile de Nicée
en 325, comme la nouvelle religion d'Etat de l'Empire romain.
L'empereur applique une politique d'assimilation des Goths illustrée par cet
épisode. Athanaric, un chef goth est menacé par les Huns et
délaissé par une partie des siens. Il demande la protection
impériale et vient, avec ses fidèles à Constantinople pour y
trouver asile le 11 janvier 381. Théodose vient à sa rencontre et
l'accueille cordialement. Athanaric meurt peu après, ses 40 000 hommes sont
intégrés dans l'armée romaine comme fédérés
pour défendre le front du Danube. La guerre se poursuit avec de petites victoires
contre les Skires et les Carpes que Zosime appelle Carpodaces. Théodose
défend tous les sacrifices païens et ordonne que toutes les églises
soient mises entre les mains des évêques catholiques.
Théodose reste à Constantinople et cherche à négocier avec
les Goths. Il a compris qu'il est impossible de les repousser hors des frontières
ou de les éliminer. C'est son maître des milices, Flavius Saturninus, qui
tient le rôle d'ambassadeur et qui obtient, en octobre 382, le traité qui
fait des Goths des foederati d'un type nouveau. Les Tervinges sont admis à
s'établir en Mésie seconde entre le Danube et les monts Haemus, avec le
statut de nation indépendante soumise à ses propres lois. Ils ne paient
pas d'impôts et les soldats qu'ils fournissent obéissent à leurs
propres chefs. Pour la première fois, une nation germaine s'installe dans
l'empire comme alliée indépendante. Les Tervinges établis en
Thrace demeurent généralement en paix et fourniront à l'empereur
de nombreux soldats pour ses campagnes contre les usurpateurs Maximus et Eugène.
Mais ce traité ne concerne pas les Greuthunges qui continuent à essayer
de pénétrer dans l'Empire.
En 383, Ricomer est envoyé au sud du Pont Euxin, pour réprimer un vol
d'armes des Sarrasins, peut être les Tzani. C'est aussi l'année du coup de
force de Maximus contre Gratien. Théodose décerne à son fils Arcadius
le titre d'Auguste, il a trois ans. L'empereur à l'annonce de la mort de Gratien, se
prépare à partir en campagne contre Maximus et il confie son fils Arcadius
à Thémistios le préfet de Constantinople. Mais comme la paix est
déclarée entre Maximus et Valentinien II, Théodose donne audience au
grand chambellan que Maximus envoie en ambassadeur. L'empereur accepte Maximus pour
collègue et reste à Constantinople. Stilichon est envoyé en
ambassade auprès du Roi des rois Sapor III. Cette mission semble menée dans
de bonnes conditions. Le nouveau souverain perse cesse les persécutions contre les
chrétiens et Théodose se prépare, malgré l'accord récent,
à en finir avec Maximus. En 384, Sapor III envoie une forte ambassade pour demander
la paix. Le traité sera signé en 387 à Ekeleac et apporte sur ce front,
un siècle de paix. L'Arménie est partagée entre la Perse qui
hérite des deux tiers et Rome qui conserve les six satrapies occidentales, entre les
hautes vallées du Tigre et de l'Euphrate. Stilichon est remercié de ce
succès diplomatique en épousant Serena, la nièce de Théodose.
En été 386, Les Greuthonges tentent un coup de main sur le Danube. Par une nuit
noire, Odothaeus et sa troupe, utilise 3000 pyrogues monoxyles et commence à traverser
le fleuve. Mais le général Promotus est informé à temps et leur
tend un piège. Une ligne de bateaux les attendent sur la rive droite et détruisent
un grand nombre de pirogues et d'ennemis. Théodose qui n'est pas loin inspectant les
prisonniers, décide de les laisser libres et les installe en Phrygie comme déditices,
pour les inciter à prendre son parti dans la guerre prochaine contre Maxime. A la fin de
l'été 386, des barbares profitent de l'éloignement de Promotus pour faire des
incursions en Thrace, Théodose intervient avec Stilichon et par une courte campagne les
repousse. Cette lutte permanente contre les barbares coûte cher et les ravages
opérés pas ces envahisseurs ruinent deux provinces, l'Illyrie et la Thrace. En outre,
il faut préparer l'expédition contre Maximus, Théodose doit augmenter les
impôts.
Un nouvel impôt est exigé en début d'année 387 et il faut le payer en or
selon Libanios et il touche une grande partie de la population. Cette mesure provoque une grave
révolte à Antioche qui vient de connaitre une pénurie de grains pendant
plusieurs années. Les notables municipaux chargés de recueillir l'impôt
protestent et ne trouvant pas l'évêque Flavien pour appuyer leur protestation,
font appel aux groupes de supporters qui agissent habituellement au cirque par acclamation. Cette
fois, la protestation est incontrôlable, les lampes de l'établissement de bains sont
brisées,
Mosaïque trouvée près de Stobi
(Macédoine)
les portraits impériaux sont visés avec des pierres, les statues de
bronze de l'empereur, de l'impératrice et de leurs deux fils sont renversées et
traînées dans la cité. Des cris séditieux sont lancés contre
Théodose, des maisons sont brûlées.
Le service d'ordre local met fin à cette agitation, le comte d'Orient et ses archers
sévissent, quelques émeutiers sont exécutés et selon Libanios
des enfants sont parmi ces victimes. Mais la crainte d'une sanction autrement plus lourde
de la part de l'empereur est dans tous les esprits. De nombreux notables fuient la cité,
les citoyens se pressent dans les églises. Le 15 mars, envoyés par Théodose,
le maître des milices Hellebicus et le maître des offices Flavius Caesarius viennent
à Antioche pour enquêter et annoncent les décisions de l'empereur, Antioche
perd son rang de métropole au profit de sa rivale Laodicée, l'état de guerre
est instauré, les bains publics, les théâtres et l'hippodrome sont fermés,
les annones supprimées. Le conseil de la ville qui a rejeté le nouvel impôt est
mis en prison dans sa totalité. De nombreuses condamnations à mort sont prononcées.
L'évêque Flavien part vers Constantinople pour intercéder auprès de
Théodose. Les moines interviennent et sont persuasifs, Caesarius repart pour Constantinople
avec une demande de pardon des Antiochiens pour l'empereur. Ce dernier, dans la perspective de la guerre
contre Maxime et dans l'incertitude de la nouvelle politique de la Perse qui change de maître,
renonce à punir la principale cité d' Orient.
Puis c'est l'expédition contre Maximus provoquée par l'invasion de l'Italie par l'usurpateur.
Théodose se prépare à Thessalonique et élimine des barbares de son armée,
partisans secrets de Maximus. Il place Promotus en tête de sa cavalerie et Timasius commande
l'infanterie, les Francs Richomer et Arbogast font aussi partie des généraux. Il y retrouve
Valentinien II et sa famille, et il demande en mariage Galla et Justine. La mère de Valentinien et
Galla demande la restitution du domaine impérial pour son fils. En échange, Théodose
obtient de Valentinien l'abandon de l'arianisme et un retour à la foi nicéenne.
L'armée s'ébranle en juin 388, remonte la vallée de l'Axios (le Vardar actuel) et
s'arrête à Stobi, (actuellement Gradsko en Macédoine). Théodose promulgue deux
lois pour éviter les troubles créés par des dissidences religieuses pendant son
absence. Le premier texte interdit aux hérétiques toute réunion et toute
célébration religieuse, pour le préfet du prétoire d'Illyricum, le second,
destiné au préfet du prétoire d'Orient, interdit toute discussion publique sur la
religion.
Pendant que l'armée s'avance vers la Pannonie, Valentinien et sa famille, à bord
d'une flotte préparée par l'empereur, se dirige vers l'Italie. En conséquence, Maxime
envoie Andragathe, son maître des milices s'opposer à cette flotte, mais ce dernier subit une
défaite près de la Sicile et Valentinien peut débarquer à Ostie pour gagner Rome.
L'armée de Théodose remporte tous ses combats contre celles de Maximus et ce dernier est
capturé à L'Aquilée et périt rapidement. Théodose envoie en Gaule où
il combat les Germains, Arbogast pour éliminer Victor le fils de Maximus. Mais la mère et les
filles de l'usurpateur vivront en paix et recevront de l'argent. Théodose annule toutes les nominations
faites par Maximus et un mois plus tard, annule toutes ses lois. Andragathe apprenant la défaite de
Maximus se suicide. Théodose rétablit Valentinien II dans sa portion d'empire et y ajoute les
territoires que Gratien administrait.
Théodose réside à Milan jusqu'en été 391. En automne 388, des bandes de
Francs dirigées par Genobald, Marcomir et Sunno menacent le Rhin à la hauteur de Cologne.
Ils sont repoussés par les généraux de Maximus, Nannimus et Quintinus. Théodose
expédie Valentinien II en Gaule, accompagné du général Arbogast pour le
surveiller, ils s'installent à Trèves. Théodose semble n'avoir laissé à
Valentinien que la préfecture des Gaules comprenant l'Ibérie et la Britannia, le temps qu'il
réside à Milan. Théodose séjourne à Rome du 12 juin au 30 août 389,
il est accompagné de son fils Honorius, à l'âge de quatre ans, mais pas de Valentinien. Il
nomme de nombreux responsables en remplacement de ceux que Maximus avait choisis.
Muraille de Byzance sous Théodose
Les
rapports de Théodose avec l'évêque de
Milan
Pendant son séjour à Milan des heurts se produisent entre l'empereur et l'évêque Ambroise.
D'abord c'est l'affaire de Callinicum en 388. A l'occasion d'une fête en l'honneur
des Maccabées vénérés par les chrétiens comme des précurseurs de leurs
propres persécutions, une procession de moines est bloquée dans sa marche vers la
célébration, par des Valentiniens, une secte gnostique. Un pugilat a lieu, les moines mettent le feu
au local utilisé par les Valentiniens. Puis une synagogue est pillée et incendiée dans la
même ville. La rumeur accuse l'évêque d'être à l'origine de ces incidents. Le comte
d'Orient décide de soumettre l'affaire à l'empereur. Théodose n'apprécie pas et donne
l'ordre de punir les coupables et de condamner l'évêque à faire reconstruire la synagogue
à ses frais. Ambroise minimise les faits, réfute les témoignages des Juifs et surtout affirme
qu'il est impossible qu'un évêque se charge de la construction d'un endroit où le Christ est
nié. Théodose tente un compromis, la responsabilité de la réparation reposant sur toute
la communauté de Callicum. Mais Ambroise n'est pas satisfait. Il exige une amnistie et refuse de
célébrer la messe tant que l'empereur ne lui donne pas sa parole d'annuler les poursuites. Lors de son
séjour à Rome, Théodose reçoit une délégation du Sénat lui demandant
d'abroger les textes de Gratien relatifs à l'autel de la Victoire et les privilèges des Vestales.
Ambroise intervient et obtient le rejet de la demande des sénateurs. Mais Théodose fait en sorte que
l'évêque de Milan ne paraisse plus à la cour pendant quelques temps
Après ce séjour à Rome, un nouvel affrontement entre l'empereur et l'évêque se produit
avec pour cause l'affaire de Thessalonique. Cette capitale de l'Illyricum abrite de nombreuses troupes en majorité
barbares et commandées par le maître des milices goth, Butherichus. Au printemps 390, ce dernier fait mettre
en prison, un cocher qui a tenté de détourner un jeune échanson de sa maison. Mais le cocher
emprisonné est très populaire, une véritable idole sportive pour l'époque et une course
importante va bientôt se dérouler. Une manifestation se forme pour réclamer sa libération mais
Butherichus refuse. C'est l'émeute, puis l'insurrection : le maître des milices ainsi que des magistrats sont
lapidés, leurs corps traînés dans la rue. Des représentants de l'empereur sont les victimes,
le châtiment doit être exemplaire.
Théodose décide qu'un nombre fixe de gens pris au hasard sera exterminé en plus des coupables
avérés, selon Sozomène. Ambroise plaide la clémence, mais l'ordre est transmis à
Thessalonique. Plus tard, l'empereur veut rapporter cet ordre mais son entourage retarde l'émission du contrordre
et de nombreuses exécutions sont accomplies. En outre, les troupes gothes veulent venger leur chef et dans
l'amphithéâtre, massacrent une foule qui peut être manifeste contre eux. Le nombre de victimes dues
à l'ordre impérial semble faible par rapport au nombre des pertes dues à ce massacre. Ambroise
apprend la nouvelle dans un concile d'évêques gaulois et tous les évêques réagissent
vivement. L'évêque de Milan écrit donc à l'empereur pour l'exhorter à la
pénitence et à s'abstenir d'assister à la messe pendant quelque temps. Après un premier
temps de résistance, Théodose accepte ce que lui demande Ambroise, et après plusieurs mois sans
venir à l'église, il y vient sans les insignes impériaux et ne participe pas à l'eucharistie.
Mais la pénitence est brève, à Noël 390, l'empereur est accueilli par Ambroise dans
l'église et peut participer à l'office.
La politique de Théodose est elle modifiée après cette pénitence ?
Le 25 février 391, à la fin de son séjour en Occident, il adresse au préfet de Rome une
loi interdisant tous les cultes païens et même l'entrée dans les temples païens. C'est la suite
des mesures prises par les précédents empereurs. Mais le 21 juin 390, une loi adressée de Milan,
au préfet du prétoire d'Orient, interdit aux femmes de devenir diaconesse avant l'âge de soixante
ans et de laisser leurs biens aux églises pour protéger les droits de leurs enfants. En été
390, Virtus Nicomachus Flavianus, un païen éminent de Rome est nommé préfet du prétoire.
Et en 392, la loi interdit l'intervention des clercs dans un procès une fois jugé et le droit d'asile dans
les églises est refusé aux citoyens qui doivent de l'argent aux impôts.
En été 391, Théodose quitte l'Italie pour l'Orient. Le retour à Constantinople s'explique par
des soucis familiaux. l'aîné de Théodose, Arcadius vient de chasser du palais sa belle-mère,
Galla. A Thessalonique, l'empereur improvise une campagne brève contre des bandes de Barbares qui ravagent la
Macédoine et la Thessalie. Des déserteurs de l'armée impériale sont parmi ces bandes.
Après sa victoire sur les Barbares, Théodose arrive à Constantinople le 10 novembre 391. Rapidement
Il est confronté à une nouvelle usurpation. En Occident, Arbogast détient tous les pouvoirs et a
placé aux postes clés de l'armée et de l'administration, des Francs qui lui sont fidèles.
Valentinien II tente de lui résister et au printemps 392, l'occasion se présente pour lui de conduire une
expédition militaire, contre des bandes de barbares pillant la Pannonie au nord de l'Italie. Le préfet du
prétoire d'Italie, les notables de Milan souhaitent qu'il intervienne. Ambroise est chargé de mener la
délégation qui ira à Vienne où réside Valentinien. Mais ce dernier, avant même
que la délégation ne parte, fait annoncer son arrivée. Arbogast réagit en interdisant à
Valentinien de sortir de Gaule. Un membre du consistoire qui prend la défense du jeune empereur est tué
par Arbogast hors de lui, alors que Valentinien tente de le protéger. Quand Valentinien décide de destituer
Arbogast, celui ci, écrit Zosime, lui réplique :
"Tu ne m'as pas donné mon commandement, tu ne pourras pas non plus me l'enlever."
Valentinien écrit de nombreuses lettres à Théodose, le conjurant de venir à son secours,
mais Théodose ne répond pas. Enfin, Valentinien s'adresse à l'évêque de Milan le 13
mai 392, pour qu'il tente une médiation entre Arbogast et lui et lui demande le baptême. Ambroise part
aussitôt et en traversant les Alpes, apprend la mort du jeune empereur. Selon les sources, Valentinien est mort,
soit d'un coup porté par Arbogast alors qu'il joue avec des soldats, soit étranglé par des eunuques
sous les ordres d'Arbogast, soit pendu, mais ce peut aussi être un assassinat camouflé en suicide. C'est
cette dernière thèse qui prévaut et dispense Théodose de demander des explications
à Arbogast. Valentinien meurt à l'âge de 20 ans.
L'usurpation d'Eugène
Monnaie frappée à l'effigie d'Eugène
(origine wikipedia)
Mais la guerre est inévitable pour Arbogast, même si Théodose ne dévoile pas ses intentions.
Ne pouvant monter sur le trône, étant Franc, Arbogast choisit le maître des offices, Flavius
Eugenius, un ancien professeur de réthorique, païen ou crypto-païen et le 22 août 392,
Eugène est empereur. Arbogast et Eugène choisissent de restaurer les cultes polythéistes et de
favoriser les adorateurs des anciens dieux, exaspérés par les persécutions de Théodose
et Valentinien II. Théodose voit que tous les officiers civils qu'il a laissé en Occident sont
remplacés par des hommes choisis par Eugène. Théodose est prudent, il connaît les
qualités militaire d'Arbogast et il prépare minutieusement sa campagne pour l'année 394.
Il rassemble une armée comprenant de nombreux Barbares, des Goths, des Alains, des Huns et des Arabes,
de la même manière, Arbogast compte sur les Francs et les Alamans. Théodose refuse
d'affamer Rome alors qu'il a nommé les proconsuls et les hauts fonctionnaires d'Afrique. L'empereur
essuie un échec avec Gildon, le comte de l'Afrique qui ne prend pas parti contre Eugène et
n'envoie aucun homme et aucun bateau en soutien à la campagne de Théodose, comme le
décrit Claudien.
Théodose dégarnit certainement les frontières et les unités romaines sont
commandées par Timsius et Stilichon, Richomer qui devait commander la cavalerie meurt avant le
début de la campagne. Les Barbares sont commandés par le Goth Gainas, l'Alain Saoul et
l'Ibère Bacurius. Un des officiers goths se nomme Alaric. Au début de mai 394,
l'impératrice Galla meurt en couches, l'enfant est mort né. Le lendemain, l'armée
et Théodose se mettent en route. Le voyage est lent, Andrinople est atteint le 20 juin.
Théodose fait une longue halte à Sirmium mais traverse sans encombre la Pannonie et les
Alpes Juliennes car Arbogast a décidé de concentrer ses forces.
La
bataille de la rivière froide 394
La bataille a lieu près d'Acquilée, au bord du Frigidus (la rivière froide aujourd'hui le Hubl
ou la Wippach, en Slovénie), les 5 et 6 septembre 394. Nicomaque Flavien et Arbogast ont soigneusement choisi
le terrain. L'armée de Théodose vient d'Emona (Llubljana) et passe sans difficulté le col du
Poirier où se trouve un fort opportunément abandonné. L'armée d'Eugène attend
dans les vallées, au bas de la montagne. Théodose envoie pour l'attaquer, un contingent de dix mille
goths qui est assailli à la sortie d'une gorge étroite et presque totalement éliminé.
La nuit tombe, le fort du col du Poirier est réoccupé. La situation de l'armée de Théodose
est mauvaise. Dans l'armée d'Eugène on se réjouit. Le général Bacurius est mort dans
la mêlée. Le lendemain les officiers conseillent à l'empereur de faire retraite mais Théodose
ordonne l'attaque. Il sait que les troupes occupant le fort du col, sous le commandement d'Arbitio, ont rejoint son camp
après négociations. Une fois le combat engagé, le vent souffle violemment de l'est et le ciel
s'assombrit. Les soldats d'Eugène ont la poussière dans les yeux et les rafales sont si fortes que les
flèches qu'ils lancent, reviennent vers les archers, de même pour les javelots. Les troupes d'Eugène
rompent leurs lignes, une partie rallie l'empereur, une autre s'enfuit, beaucoup se noient dans la rivière et
Théodose remporte la victoire. Eugène tente de fuir, il est rattrapé et décapité par
un soldat. Arbogast réussit à fuir mais errant dans les montagnes, il finit par se suicider. C'est une
victoire complète pour Théodose même si elle est coûteuse en pertes humaines. Ambroise demande
par une lettre à l'empereur de faire preuve de clémence envers les partisans d'Eugène. Et il vient
en personne à Aquilée pour l'obtenir, il n'y a aucune exécution. Théodose fait venir Honorius
en Italie et fait annuler toutes les mesures prises pour restaurer le paganisme. L'empereur qui a réunit l'Empire
romain pour la dernière fois, réside à Milan pour se reposer des fatigues de la campagne contre
Eugène. Il meurt dans la nuit du 16 au 17 janvier 395, à 48 ans. Il laisse l'empire à ses deux fils,
Flavius Honorius (10 ans) hérite de l'Occident, Flavius Arcadius (18 ans) de l'Orient. Le Vandale Stilichon est
chargé de les protéger.
L'armée
romaine à la fin du IVème siècle
L'armée est partagée entre les troupes statiques,
les limitanei pour la garde des frontières et les comitatenses,
disponibles pour les campagnes et parmi ces comitatenses, les troupes
palatines, commandées par le comte des domestiques, la garde
de l'empereur. L'heure est plus qu'à l'époque
d'Hadrien aux fortifications, soit autour des villes de garnison et
des villes sans garnison, aux camps et aux tours. Dans le secteur
Rhénan, les invasions germaines fréquentes du
IVème siècle ont imposé une défense en
profondeur. Sur le front danubien, derrière les
défenses linéaires, nous retrouvons la défense
en profondeur s'appuyant sur des garnisons installées à
l'écart du fleuve, avec un camp et une ville fortifiée,
telle que Sirmium.
Sur le plan de l'armement des adaptations sont à noter
dans l'Antiquité tardive. Ainsi, le manque de
trésorerie a incité l'Etat à payer ses
soldats en nature et en particulier à lui fournir son
équipement et ses armes alors qu'auparavant,, le soldat
payait ce matériel de ses propres deniers. Il en
résulte, la mise en place de fabricae au cours du
IVème siècle, on en compte une quarantaine
à l'époque de Théodose. Les armes
restent la propriété de l'Etat.
Sur le plan des armes offensives, les armes de jet sont de plus en plus
importantes. Il s'agit de la lance longue (1,70m) et du javelot court,
le lourd pilum est oublié depuis longtemps. Une nouvelle
arme de jet fait son apparition ai IIIème siècle,
la plumbata, sorte de petite lance ou plus
précisément dard plombé, rangé
à l'intérieur du bouclier, surtout utilisé,
en Britannia et contre les Germains. Les épées sont
plus longues et plus larges qu'au Haut Empire. L'arc composite fait
désormais partie de l'équipement du fantassin. Des
flèches à trois ailettes, qui possède une
meilleure puissance de pénétration sont trouvées
dans les régions où les légionnaires ont
combattu les Alamans ainsi
qu'en Britannia.
Pour les armes défensives,, le bouclier est plus large mais
plutôt rond ou ovale. La cuirasse n'a pas disparu, la cotte
de maille (lorica hamata) est très utilisée. La
lorica spumata ou cuirasse à écailles est
utilisée, mais la cuirasse à lamelles, la lorica
segmentata, efficace contre les clibanaires perses semble
abandonnée depuis le IIIème siècle.
Sous la cuirasse, pour protéger leur peau, les
légionnaires portent une veste molletonnée
appelée thoracomacus ou subarmalis.