En Afrique le Sahara est fertile et peuplé du XIème au
VIème millénaire. C'est une véritable zone
méditerranéene qui s'étend jusqu'au Fezzan, au
Tassili-N-Ajjer et aux confins Nord Est de la Mauritanie. C'est
l'époque où les Berbères, installés dans le
Nord du continent africain, descendent vers le Sahara par le Tibesti,
le Hoggar, les Adrard des Iforas et vers la Mauritanie.
L'élevage débute avant
l'agriculture et apparaît en Afrique du Nord vers - 6000. Les
premières cultures du riz et du sorgho apparaissent au Sahel
vers - 5000. C'est l'époque où le Sahara commence
à s'assécher avec une accélération vers -
4000, ce qui provoque des migrations vers l'Ouest et vers le Nil.
Eléphant gravé au 4ème millénaire au Sahara
Occidental
http://www.hartford-hwp.com
Les débuts de
l'histoire des Berbères
La première trace écrite que nous
trouvons relative aux Berbères vient des premières
dynasties de l'Égypte pharaonique. Les incursions des Libyens
(Tehenou, Temehou, Lebou ou Libou) dans la vallée du Nil
sont consignées depuis la Palette du Tribut Libyen
associée au roi Scorpion à l'époque
pré dynastique.
Palette du Tribut Libyen (Musée
du Caire)
Cette palette figure le butin rapporté par le roi Scorpion lors d'une expédition
réussie face aux Tehenou, on y voit des boeufs, des
ânes, des ovins et des arbres et tout à fait à
droite, un groupe hiéroglyphique qu'on peut traduire par "terre
étrangère" dans lequel est planté un bâton
de jet, arme et symbole d'autorité
chez les Libyens. L'autre face de la palette montre des enceintes
fortifiées, surmontées de scorpion, lion, faucon tenant
une houe.
Sous la
IVème dynastie, le pharaon Snefrou combat les Tehenou, comme les
appellent les Égyptiens, vers - 2 600. Ils sont
représentés avec des arcs et des boomerangs.
Sous la V ème dynastie, le pharaon Sahouré vient à
son tour combattre au pays des Tehenou, au milieu du XXVème
siècle et revient avec un grand butin. L'oasis de Siwa,
stratégique en raison des
caravanes commerciales venant de la vallée du Nil et rejoignant
les ports méditerranéens de la Libye, est défendu
contre les Libyens. C'est en outre un lieu sacré pour les
Egyptiens qui viennent y consulter l'oracle d'Amon.
Siwa signifie en Tamazight :
"l'oiseau de la proie qui protège le dieu Amon"
Guerriers Temehou avec leurs bâtons
Vers - 2300, les pharaons de la VI ème dynastie doivent compter
avec les Temehou, nouvelle population aux yeux bleus, au teint clair et
comportant un proportion significative de blonds. Armés d'arcs
et parfois de boomerangs ou d'épées, ils font pression
sur
la rive occidentale du Nil.
Le nom Afrique vient du latin africa qui lui même vient d'Afer le
nom d'une
tribu ou d'une confédération de tribus vivant sur le
territoire punique, ce nom peut être berbère.
Pendant ce temps, le Sahara s'assèche, particulièrement
vers - 2800. Depuis le 5ème
millénaire jusqu'au milieu du 3ème, c'est la
période bovidienne, caractérisée par un
élevage de bovins, au départ des aurochs sauvages,
de moutons et de chèvres et une agriculture qui profite des
zones plus humides. Au Maghreb, l'élevage et l'agriculture se
généralisent. Au Maroc, l'évolution de la
céramique trouvée à Achakar montre des liens avec
l'Ibérie. Depuis le 6 ème millénaire, des
échanges d'obsidienne se font entre l'île de Pantelleria
et la Tunisie actuelle (gisement du Kef Hamda - 5560 + ou - 125
années). Au 4 ème millénaire, cette diffusion de
l'obsidienne est la plus importante et un autre courant va de
l'île de Lipari vers l'Algérie actuelle.
Bovidés du Tassili des Ajjers
Les tribus se déplacent au fur et à mesure que les
ressources pour les troupeaux sont à renouveler. Les boeufs
portent les femmes et les enfants ainsi que les éléments
pour monter les cases. Les archers sont en première ligne, pour
défendre la tribu.
Archer proto berbère (Tassilis)
Dans la deuxième moitié du IIIème
millénaire, la culture du blé, de la vigne et de
l'olivier est pratiquée dans l'Afrique du Nord.
Au XVIème siècle, le Pharaon Thoutmosis III fait
construire des fortifications sur la côte
méditerranéenne, à l'Ouest du Nil. La pression des
tribus libyennes sur l'Egypte s'accentue vers - 1317, sous
le règne de Séthi 1er qui les repousse. Les chefs Temehou
deviennent plus audacieux. Ils portent deux plumes d'autruche sur la
tête. De nouvelles tribus sont présentes, les Lebou ou
Libou dans la Cyrénaïque, mentionnés pour la
première fois sur la stèle d'el Alamein, les Meshouesh ou
Maschwesch, les
Isebeten.
Chefs Temehou dessinés par les
Egyptiens du Nouvel Empire
source wikipedia
Ramsès II poursuit l'oeuvre de ses prédécesseurs,
prolonge les fortifications de la côte jusqu'à l'actuel
site d'El Alamein et refoule dans le désert ces tenaces
envahisseurs, mais les considérant comme de vaillants guerriers,
il en intègre dans son armée, pour lutter contre les
Hittites au début du XIIIème siècle et les
installe
dans le Delta occidental. Ils vont bientôt apparaître comme
de bons conducteurs de chars. A la fin du XIIIème
siècle, les Libou participent avec les Tehenou et de nombreux
envahisseurs venus de la Mer Egée qu'on désigne sous le
nom de Peuples de la Mer aux attaques contre le royaume des Pharaons.
Et vers 1220, l'attaque du Delta égyptien reprend, toujours
menée par les Libou avec l'aide des Peuples de la Mer. Cette
offensive est stoppée à la bataille de Per-Yer par le
Pharaon Merneptah qui arrête également deux autres
offensives dont celle de - 1208 menée par le prince Libou
Meriaï ou Meghiey. Les textes égyptiens parlent surtout
d'archers chez les Libou. Mais la monarchie égyptienne
connaît une instabilité politique et Ramsès III
affronte la plus vaste attaque des Peuples de la Mer ainsi que
l'offensive des Libou puis celle des Meshouesh, mais il mobilise tant
les Egyptiens qu'il écrase les envahisseurs sur terre et sur
mer. La révolte des Libyens est repoussée et il incorpore
des guerriers Meshouesh dans sa garde d'élite. En 1189,
après une nette défaite contre l'armée
égyptienne près de Memphis, plusieurs dizaines de
milliers de Libyens sont installés dans le Delta près de
Bubastis. Ils sont indifférents à tout contrôle des
autorités égyptiennes.
Sur les côtes libyennes, aux XIV ème et XIII ème
siècles, des échanges semblent avoir lieu avec des
navigateurs minoens qui recherchent le silphion pour ses
qualités médicinales.
Peintures rupestres désert Acacus Libye
Dans le Maghreb, une société paléo berbère
prospère, pratiquant l'élevage et la culture de
céréales. Des relations économiques relient
l'Europe et particulièrement la Sicile et le Maghreb, modifiant
les conditions de vie des habitants. Au cours du IIème
millénaire, au Maroc, une exploitation du sel est
probable à Oued Beth où un site fortifié
néolithique existait. Le cheval apparaît au Nord du Sahara
encore humide, c'est la période caballine. Les troupeaux de
bovidés fuient la sécheresse et descendent vers le Sahel.
L'hypothèse la plus probable est l'introduction de chevaux
dressés vers - 1500, en provenance d'Egypte ou de Libye,
probablement par l'intermédiaire des Garamantes (ce nom semble
signifier : les gens des maisons). Ce peuple qui
nomadise entre Libye et Atlas, depuis le IIIème
millénaire, séjourne plus précisément
autour de l'oasis de Garama (actuellement Djerma) et celui de Mourzouk.
Bientôt, les Garamantes vont utiliser le char attelé
jusqu'à quatre chevaux. Ils utilisent les chevaux barbe et
décorent les oeufs d'autruche
comme le faisaient leurs prédécesseurs, les Capsiens. Un
peuple de pasteurs vit au sud de la Grande Syrte : les Nasamons. Ils
commercent entre l'Egypte et Carthage. De
l'ivoire et des oeufs d'autruche sont "exportés" en
Ibérie, tandis que des vases campaniformes ibériques
apparaissent en Tingintane vers - 2000. Vers - 1500, des pointes de
flèches de bronze sont "importées" par les chasseurs
ibériens. L'usage du bronze est limité en Afrique du Nord
par manque d'étain.
Le premier pharaon berbère
Deux siècles passent et le déclin de l'Egypte s'accentue.
La Haute Egypte forme un état religieux centré sur le
Temple d'Amon. La Nubie devient autonome et dans l'anarchie qui domine,
une famille Meshouesh composée de membre du clergé et
d'officiers de l'armée égyptienne consolide sa domination
sur Hierakleopolis en Moyenne Egypte et dans le Fayoum. L'ancêtre
est Bouyouwawa et à la septième
génération, Sheshonq (Sheshnaq), le gendre de Psousennes
II, le
dernier pharaon de la 21 ème dynastie, est son
général en chef.
Masque de Sheshonq II
Après la mort du Pharaon,
vers - 950, Sheshonq conquiert le delta et fonde la 22 ème
dynastie. Il partage les terres entre
les Libyens. Avec ses successeurs, il cherche à obtenir le
soutien du clergé d'Amon et ces cavaliers libyens
étendent la culture égyptienne vers les Libyens
occidentaux. Sheshonq mène une politique d'expansion
territoriale vers la Palestine. A la tête d'une armée
composée d'Egyptiens, de Libyens et de Nubiens, il intervient au
moment où les deux états hébreux sont en guerre
l'un contre l'autre. Il prend Gaza et vers - 927, pille
Jérusalem. Cette dynastie va se heurter à la guerre
civile, et au morcellement de l'Egypte avec pas moins de 4 dynasties
simultanément au VIII ème siècle.
Pendant ce temps les nomades berbères attaquent les oasis de
Tichitt et Oualata (dans le sud est de l'actuelle Mauritanie).
Déjà
affectées par la sécheresse, les populations de cette
région construisent leur maisons de pierre en haut de la falaise
alors qu'auparavant ils les construisaient en bas. Vers - 600,
l'élevage des bovins et la culture du millet sont
abandonnés et au IIIème siècle avant notre
ère, ces villes sont désertées.
Les Phéniciens
Pendant ce temps, l'oasis de Koufra remplace un ancien lac
desséché. La culture de figues et de dattes se
développe en bordure du Sahara.
Depuis le XII ème siècle, les Phéniciens (de Tyr
et Sidon essentiellement), abordent la Tripolitaine, puis la
région où sera fondée Carthage et ensuite
multiplient les échelles (comptoirs) sur la côte d'Afrique
du Nord, à Lixus (Larache), l'île de Mogador (de Migdol en
phénicien "petite forteresse" près de l'actuelle ville
d'Essaouira) et peut être même Anfa ( l'actuelle
Casablanca), sur la côte atlantique, environ
un comptoir tous les 40 kilomètres, en accord avec les
populations
locales. Certains chefs de tribus tirent profit de l'arrivée des
Phéniciens en nouant des alliances, ils réussissent
à élargir leur autorité auprès des tribus
voisines. Ces nouveaux venus s'installent tout à fait avec la
fondation de
Carthage vers - 814 par Tyr. Les Grecs qui chassent les
Phéniciens de la mer Egée, n'apparaissent qu'en - 631. Ce
sont les Doriens de Thera qui s'installent à Cyrène,
cité qu'il fondent sur le rivage libyen, dans une région
propice aux cultures et facilement défendable. La colonie se
développe avec l'apport d'immigrants et plusieurs cités
sur la côte voient le jour : Euhespéridès (future
Benghazi), Barce (future El-Merj) qui sont autant de petites enclaves
grecques entourées de tribus libyennes avec lesquelles, les
Grecs ont peu de relations. Mais le Spartiate
Dorieus ne peut s'installer entre les deux Syrtes en raison de
l'opposition des Puniques qui utilisent les Libyens pour les chasser.
Cette installation
phénicienne puis grecque parmi des populations
néolithiques ne bouleverse pas les traditions, ainsi les
flèches de pierre sont utilisées des siècles
après les premiers établissements. Mais ces contacts
apportent aux Berbères la connaissance de l'architecture.
galère phénicienne
Les Carthaginois prennent le
relais et ouvrent des comptoirs à l'intérieur
même des terres comme à Sarim Batim, qui devient Cirta
sous les Numides et Constantine aujourd'hui. Mais d'abord, jusqu'au V
ème siècle, Carthage paye un loyer annuel correspondant
au territoire de la cité à des seigneurs africains.
Carthage devient rapidement autonome par rapport à sa
métropole qui est sous domination perse. La
Cyrénaïque est intégrée dans la 6 ème
satrapie par Darius 1er vers - 515 et doit payer tribut au Grand Roi.
Après les Guerres Médiques, elle redevient
indépendante et les cités grecques forment de petits
états indépendants, désunis sauf pour
défendre leurs intérêts commerciaux menacés
par Carthage.
Cette nouvelle métropole influence considérablement les
cités d'Afrique du Nord. En Libye, le comptoir phénicien
Lpqy, fondé vers - 1100, devient au V ème siècle,
une cité permanente Leptis Magna et un peu plus tard Sabratha
(ou Subratha) et Oea (aujourd'hui Tripoli),
voient le jour. Le monopole du commerce avec les ports d'Afrique du
Nord est détenu par Carthage et le traité signé
avec Rome le confirme. Carthage contrôle les rivages africains de
la côte tripolitaine jusqu'à la vallée du Dra dans
le Maroc actuel. Elle réussit à chasser les
Phocéens de Corse avec l'aide des Etrusques vers - 540, mais ne
peut évincer la puissance grecque en Sicile. Carthage alors se
tourne vers le sol africain et conquiert par la force, un territoire
agricole riche.
En - 322, Ptolémée, le nouveau maître de l'Egypte
annexe la Cyrénaïque. Après quelques révoltes
contre les Lagides, les cités fondent le Pentapole, une
fédération de cinq cités comprenant Cyrène,
Ptolémaïs (le port de Barce), Apollonia (le port de
Cyrène), Bérénice (l'ancienne
Euhespéridès) et Tauchira. Jusqu'à la
conquête romaine, la Cyrénaïque connaît la
prospérité à l'écart des querelles
dynastiques d'Alexandrie. Le dernier roi du Pentapole,
Ptolémée Apion, meurt sans postérité et
lègue son territoire à Rome.
.
Les royaumes
Numides
C'est au cours du III ème siècle
que la puissance de Carthage se
réduit après la fin de la première guerre punique,
perdue contre Rome, et que les royaumes Numides se sont formés.
A l'est, depuis le territoire de Carthage jusqu'à l'Ampsaga
(actuel Oued El-Kebir), le royaume massyle a pour voisin le royaume
masaesyle qui s'étend de l'Ampsaga jusqu'à la Mulucha
(actuelle Moulouya). De la Mulucha jusqu'à l'Atlantique, le
royaume Maure complète ce Maghreb antique. Dans les
régions pré désertiques, les Gétules
mènent une vie nomade. Ils occupent les immenses territoires
steppiques pré sahariens entre la Tripolitaine et l'Atlantique.
Ce sont des pasteurs, successeurs des Bovidiens et ils remontent vers
le Nord chaque été pour les pâturages. Gafsa est en
pays gétule. Ils parcourent aussi le désert et sont en
relation avec les Garamantes qui vivent dans le sud libyen, au Fezzan,
au Tassili des Ajjers et au Hoggar. Vers - 445, Hérodote nous
décrit une grande nation à dix jours de voyage à
l'ouest de l'oasis d'Augila (en Cyrénaïque). Ils dominent
les pistes caravanières qui traversent le Sahara. Ces
berbères ont formé une puissante
confédération dirigée par un vrai roi. Le centre
de cette confédération est situé dans le
Wadi-El-Agial (Fezzan), l'ancienne capitale est Zinchecra (près
de Garama) puis la "nouvelle" est près d'Oubari à Garama
(actuelle Germa). Hérodote nous précise aussi que les
Garamantes pourchassent les populations troglodytes qui vivent dans les
rochers du Tibesti et au nord du Tchad. Ces Troglodytes forment
l'actuelle confédération des Toubous.
Carte du royaume massyle et du territoire carthaginois
A l'est, le royaume massyle s'étend sur le bassin du Bagrada
(Medjerda) et couvre au sud de vastes espaces jusqu'à la
Tripolitaine, Leptis Magna en fait partie. Ce royaume a une grande
unité géographique, montagnes et forêts, propice
à l'élevage de gros bétail, les piémonts et
les plateaux permettent la culture des céréales. Au
voisinage des Carthaginois, ils ont bénéficié de
certains éléments de leur civilisation. Ainsi, depuis le
IV ème siècle, des cités existent, Dougga,
Tebessa, Maktar et Cirta. Vers - 310, un roi massyle, Aliyamas a
été contacté par Agathocle pour monter une
alliance contre Carthage. Et Aliyamas, selon Diodore de Sicile, lui
fournit des chars, mais avant la fin de ce conflit, il cesse de
soutenir Agatocle.
Au centre, le royaume masaesyle est beaucoup plus étendu et
couvre les 2/3 du littoral algérien actuel plus une partie du
Maroc oriental. C'est un agrégat de tribus vassales soumises
à l'autorité du chef. Ces tribus viennent d'Oranie et du
Maroc oriental. Leur capitale est Siga, près de l'embouchure de
la Tafna.
A l'ouest, le royaume des Maures s'étend jusqu'à
l'île de Mogador et jusqu'à l'Atlas. Les relations avec
les cités phéniciennes comme Lixus font
pénétrer la culture punique dans les cités de
l'intérieur. C'est probablement l'état le moins
centralisé des trois.
Les
Numides face aux Guerres Puniques
Les Massyles sont de bons cavaliers. Pendant la première Guerre
Punique, il est surtout question de batailles navales mis à part
les affrontements en Sicile et le débarquement romain en
Afrique. Mais dans ces combats ce sont des Libyens qui sont
recrutés, par exemple pour que les navires carthaginois les
emportent en Sicile au moment de la bataille des Iles Aegates. On
retrouve des Africains dans la guerre inexpiable des mercenaires non
payés face à Carthage. Des mercenaires libyens comme
Matho et aussi numides ayant combattu en Sicile sont nombreux parmi les
révoltés, il y a environ 20 000 africains. Hamilcar va
les combattre en utilisant des cavaliers Maures et surtout des Numides
en particulier le prince Navaras et ses 2 000 cavaliers.
Le roi massyle Gaïa
source www.vitaminedz.com/
Pendant la deuxième
guerre punique, le roi des Massyles Gaïa et celui des
Masaesyles Syphax soutiennent le camp carthaginois, mais ce dernier
joue l'équilibre des deux "puissances" pour s'affranchir de la
tutelle carthaginoise et pratique un double jeu. Hannibal emploie dans
son armée de nombreux fantassins lourds libyens et de nombreux
cavaliers numides. Ces derniers sont souvent à l'oeuvre, ainsi
contre les Gaulois qui veulent empêcher Hannibal de traverser le
Rhône et dans la bataille du Tessin, ces cavaliers enveloppent
les
légionnaires pris au piège. La traversée des
Appenins est difficile pour l'armée carthaginoise et Hannibal
prend soin de fermer la marche avec ces cavaliers numides qui
contrôlent les Gaulois incertains et
ramassent les attardés. A la bataille de Cannes, les cavaliers
numides participent à l'enfermement des légions, tandis
que les faux transfuges numides prennent les lourds triairii à
revers. Mutines et les cavaliers numides pratiquent une guérilla
efficace en Sicile jusqu'à ce que qu'Hannon, jaloux de ces
succès lui retire le commandement. En Ibérie, les
cavaliers numides forment l'aile gauche de l'armée d'Hasdrubal
face aux frères Scipio à la bataille de Dertosa en - 215.
Après cette défaite, Rome attire dans son camp, Syphax,
le roi des Masaesyles qui déclenche une révolte
contre Carthage et remporte une victoire contre les Puniques. Mais
Gaïa, le roi des Massyles se range du côté des
Carthaginois et fait la guerre contre Syphax qui est soutenu par
Rome. En - 206, Gaïa meurt, puis son successeur Oezalcès.
Capussa monte sur le trône mais ils est rapidement
contesté par son cousin Meztul. Ce dernier, soutenu par Syphax
est vainqueur dans une bataille où Capussa périt. Il
place sur le trône Lacumazes, un usurpateur avec le soutien de
Carthage. Massinissa qui est évincé, se trouve en
Ibérie. Il se rend rapidement en Maurétanie et demande
l'aide de Baga le roi des Maures, qui lui fournit une escorte de 4 000
cavaliers jusqu'aux limites de son territoire. Là, Massinissa
rassemble 500 cavaliers parmi ses partisans et passe à l'attaque.
Il s'en prend d'abord à Lacumazes près de Thapsus
où il lui tend une embuscade. Il est vainqueur mais Lacumazes
parvient à fuir. cette victoire lui assure un afflux de
partisans. Mais Matzul et Lacumazes, aidés par Syphax,
rassemblent 10 000 cavaliers et 15 000 fantassins contre lui. Avec une
armée moins nombreuse, Massinissa remporte une franche victoire
et Matzul et Lacumazes se réfugient à Carthage.
Massinissa s'installe à Thapsus et lutte efficacement contre
Carthage qui envoie Hasdrubal Gisco chez Syphax pour le pousser
à faire la guerre contre leur ennemi. Comme Massinissa appelle
à l'union de tous les Numides, Syphax l'attaque et le met en
déroute. Puis il annexe une partie du royaume massyle.
Massinissa se réfugie dans les montagnes avec quelques
fidèles et bien que proscrit, harcèle ses ennemis et fait
régner dans les campagnes carthaginoises
l'insécurité. Quelque soient les moyens envoyés
par Carthage et Syphax contre lui, il reparaît toujours contre
Syphax. Il devient populaire parmi les siens et peut reconquérir
son royaume. Scipio, le
général romain, a fait libérer Massiva le neveu de
Massinissa et celui ci, à l'insu des Carthaginois, rencontre le
romain pour le remercier. Massinissa est prêt à soutenir
Scipio en Afrique d'autant plus que les Carthaginois "ont
retourné" Syphax en lui donnant
Sophonisbe, la fille d'Hasdrubal. Syphax renonce à l'alliance
romaine et son armée pèse lourd dans la dernière
phase du conflit qui va se dérouler en Afrique.
Mais en - 204, Scipio débarque près d'Utique qu'il
assiège aussitôt. L'armée de Syphax forte de 60 000
hommes, lui fait lever le siège mais Scipio surprend
l'armée numide de nuit, en incendiant leurs tentes et met hors
service un bon nombre de combattants numides. Mais Carthage a
reçu des mercenaires et tente sa chance dans une bataille
rangée dans les Grandes Plaines. Scipio mettant ses trois
rangées de légionnaires sur une seule ligne, remporte
une grande victoire. Puis Syphax est capturé au cours d"une
bataille entre les Massyles et les Masaesyles qui est gagnée in
extremis par Massinissa grâce à l'intervention des
légionnaires. Un combat individuel oppose les deux chefs numides
et Massinissa jette son javelot sur Syphax et n'atteint que sa monture
qui s'écroule. Massinissa reprend
Cirta que les Romains ont conquise en - 203 et s'étend vers les
cités du royaume masaesyle qui ont subi le même sort. Son
royaume s'étend bientôt de la Moulouya à la Tusca
(près de l'actuelle Tabarka). Les "autorités
carthaginoises" entament rapidement les négociations. Pendant ce
temps, les "patriotes" appellent Hannibal qui est toujours dans le sud
de l'Italie Ce dernier débarque à Leptis Minor, rejette
la paix proposée par Scipio. Il reçoit des renforts
gaulois, macédoniens et numides, il a pris contact avec Vermina,
le fils de Syphax. Hannibal rencontre Scipio pour adoucir les
conditions de paix, c'est un échec. Le bataille de Zama (proche
de l'actuelle Maktiar), est inévitable. A la mi octobre - 202,
les éléphants carthaginois sont
neutralisés face aux légions romaines qui forment des
"couloirs" où les pachydermes s'enfoncent et sont
effrayés par les sonneries de trompettes et bousculent leur
propre armée. La cavalerie de Scipio renforcée par les 4
000 cavaliers de Massinissa surclasse celle d'Hannibal et la poursuit
tandis que les mercenaires coopèrent mal avec les soldats
carthaginois. Scipio réussit à encercler l'armée
d'Hannibal quand sa cavalerie revient au contact. L'armée
punique est écrasée. Hannibal réussit à
s'échapper avec quelques cavaliers après un duel avec
Massinssa. Les conditions de paix sont plus rudes. Carthage perd sa
flotte, ses éléphants, son territoire ibérique et
la direction de sa politique étrangère soumise au
Sénat de Rome. Syphax meurt en captivité à Rome
pendant que Massinissa récupère son royaume massyle et la
partie la plus fertile du royaume masaesyle. En effet, Rome remercie
Massinissa de son aide, le salue du titre de roi et en même temps
l'utilise
pour contrôler Carthage. Cette puissance déchue voit son
territoire limité et doit restituer à Massinissa, tous
les territoires que possédaient autrefois les ancêtres de
ce roi numide.
Massinissa, le roi berbère en - 201
origine wikipedia
Massinissa,
le grand Aguellid
En - 201, Massinissa gouverne depuis Cirta
qui devient
une cité, un royaume qu'il agrandit de façon
continue en prenant des territoires à Carthage qui n'a pas le
droit de
riposter. D'abord Rome n'est pas intéressée à trop
affaiblir Carthage et Scipio "protège" cette cité, les
gains du roi numide sont limités. Mais à partir de - 167
environ, Rome mène une politique beaucoup plus hostile et Scipio
n'est plus là. Cette attitude de Rome vient du spectaculaire
redressement que connaît l'économie carthaginoise. Et
pendant 60 ans, Massinissa, le grand Aguellid, améliore
l'agriculture en introduisant de nouveaux instruments et de nouvelles
cultures. Le royaume a
gagné de nouvelles terres favorables à ces projets,
Massinissa transforme de nombreux berbères nomades en
cultivateurs tandis que les domaines royaux sont mis en valeur. Ce
royaume devient un grand exportateur de céréales et de
bois de qualité. Strabon et Polybe décrivent cette
transformation. Cirta n'est pas la seule cité de la Numidie
massyle, Thubursicu (Khemissa), Thibilis (près de Guelma),
M'daourouch (Madaure du temps de la colonisation romaine et près
de Boumerdas aujourd'hui). La Numidie commerce avec la
Méditerranée et devient un grenier à blé
pour les armées romaines en campagne. Cette
sédentarisation des Numides entraîne une autre
conséquence. "Les Gétules qui nomadisent dans les steppes
des Hautes Plaines, guetteront la proie immobile que constitueront les
paysans numides, au temps de Massinissa et de ses successeurs."
(Charles André Julien)
Massinissa envoie aussi des cavaliers et des éléphants
pour soutenir l'effort de guerre romain par exemple durant la
2ème guerre macédonienne. Il profite du départ
d'Hannibal pour empiéter sur le territoire de Carthage. Vers -
190, le consul L.
Minucius se trouvant cerné dans un défilé en
Ligurie sauve son armée en envoyant 800 cavaliers numides vers
les gorges occupées par l'ennemi. Et comme l'écrit
Frontin, les cavaliers "affectèrent de se laisser choir de leurs
chevaux, et de se donner en spectacle". L'ennemi relâchant sa
vigilance, dégarnit ses postes pour observer le spectacle et les
cavaliers numides en profitent pour s'échapper et incendier les
bourgs voisins et obliger les Ligures à courir défendre
leurs biens et relâcher leur pression sur les
légionnaires."
.
Massinissa dispose d'une armée et d'une flotte. Son but
manifeste est
d'unifier l'Afrique du Nord de la Moulouya aux Syrtes, avec Carthage
comme capitale puis de soumettre la Maurétanie. Mais Carthage
vaincue relève la tête. C'est sur la mise en valeur de
leur territoire africain (le seul qui leur reste), que les Carthaginois
portent leur effort. Massinissa revendique tout ce que ses
ancêtres avaient possédé du territoire carthaginois
et Rome fait la sourde oreille aux plaintes de Carthage. En - 174,
Massinissa révèle des pourparlers secrets entre Carthage
et Persée, au moment où la troisième guerre de
Macédoine va commencer et en profite pour s'emparer de
soixante-dix cités ou forteresses puniques de la Zeugitane, dont
Leptis Magna et
Thysca. Carthage réclame auprès du Sénat des
frontières stables mais Massinissa reste libre de continuer ses
annexions. Au
contraire, pour le récompenser de l'aide apportée dans sa
guerre contre la Macédoine, Rome autorise Massinissa en
- 162, à réclamer les terres fertiles des Emporia et
à conquérir les ports de la grande Syrte. Rome justifie
l'annexion. En - 153,
l'Aguellid se rend maître du territoire des Grandes Plaines (la
Dakhla ou les
Campi Magni). Une nouvelle mission est envoyée par Rome,
conduite par Caton l'ancien, hostile à Carthage. Bien entendu,
cette mission n'a aucune suite. A Carthage même, un parti en
faveur de Massinissa
existe mais la situation devenant incertaine, Hamilcar le Samnite et
Carthalo font chasser les suspects et la cité s'arme. Mais les
négociations continuent sous la menace. Pendant ce temps,
Carthage ne supporte plus la pression numide et déclare la
guerre à Massinissa en - 150. Une
armée de 50 000 combattants est vaincue près de Vaga
(actuellement Beja), par les Numides conduits
par leur Aguellid, à cheval, à 88 ans !
La Fin de Carthage
Le résultat de la réaction punique est l'envoi par Rome
des
deux consuls et quatre légions en Afrique en - 149. Rome profite
de la situation désespérée de sa rivale et
en outre refuse de laisser Massinissa conquérir Carthage.
Commencent
alors les demandes exigées sous forme d'ultimatum : les 300
otages puis toutes les armes et toute la flotte qui sont livrés.
Enfin, une fois Carthage désarmée, vient le point final :
"Allez et bâtissez
une autre ville à 80 stades (environ 14,2 kilomètres) au
moins de la mer. Nous avons l’ordre de détruire Carthage
!"
Alors Carthage se raidit, Rome montre bien qu'elle veut la mort
économique de sa rivale. Les partisans de la négociation
sont éliminés, c'est la mobilisation
générale et en peu de temps Carthage est à nouveau
en état de défense quand les consuls enfin se
décident à attaquer. Carthage a fabriqué chaque
jour, 140 boucliers, 300 épées, 500 lances, 1000 traits
de catapultes. Quand les légionnaires lancent l'assaut, ils sont
repoussés. Les deux consuls
Manilius et Censorinus ont espéré une reddition
spontanée, ils sont décus et s'y prennent mal. Massinissa
ne répond pas à leur demande de participer à
l'offensive contre Carthage. Des Maures arrivent en renfort pour
Carthage. Les légionnaires partis chercher du bois pour
fabriquer les machines de siège sont détruits par la
cavalerie punique. Le siège s'installe pour longtemps. Caton en
- 149, puis Massinissa en - 148 meurent sans voir la fin du
siège. Et la pugnacité des défenseurs met en
échec les techniques de siège romaines pourtant bien
rodées. Scipio est envoyé en Afrique pour organiser la
succession de Massinissa. Il partage le pouvoir entre ses trois fils :
L'aîné Micipsa reçoit l'administration et la
capitale Cirta, Gulussa commande l'armée et Mastanabal dirige la
Justice.
Scipio voit la situation de Carthage qui s'améliore et il
réussit à éviter le désastre en soutenant
le consul Manilius surpris par Hasdrubal près de
Néphéris. En - 148, les nouveaux consuls Calpurnius Pison
et Hostilius Mancinus ne réussissent pas mieux et Scipio est
élu consul avant l'âge et il reprend le siège et
fait basculer dans son camp, Phameas Himilcon le général
de la cavalerie carthaginois et 2 200 cavaliers. La muraille est
presque intacte au bout de deux ans de siège ! Scipio
décide d'isoler totalement Carthage, ce que n'ont pas
tenté les précédents consuls. Et il
réussit, malgré la mobilisation impressionnante de la
population carthaginoise, à couper l'isthme,
l'entrée du port, à anéantir l'armée de
Néphéris et à vaincre les Maures venus en renfort.
C'est la fin de l'année - 147. Au printemps - 146, le consulat
de Scipio est prolongé, l'assaut est lancé depuis
l'avant-port que les légionnaires occupent. Carthage est
épuisée mais un terrible combat de rue commence dans les
immeubles et Scipio décide d'incendier la ville.
Néanmoins la résistance dure encore 6 jours. La
résistance cesse. Les cités qui sont resté
fidèles à Carthage sont rasées comme Hippo Darius
(Bizerte), mais les plus anciennes : Utique, Hadrumete, Thapsus, Leptis
Minor, Acholla, Usula et Theudalis se sont ralliées
à
Rome et ont le statut de ville libre.
Le territoire que s'adjuge Rome et qui est limité par le Fossa
Regia, correspond selon Charles André Julien au tiers Nord Est
de la Tunisie actuelle soit moins de 25 000 kilomètres
carrés. La colonisation mettra longtemps à débuter
en raison du conflit entre les patriciens et les partisans des
plébéiens. La première tentative de peuplement
lancée en - 121 par les Gracques est torpillée par un
coup d'Etat. Quand cette région devient productive, elle
fournira essentiellement du blé acheté surtout par une
société fermière pour le compte de l'Etat
romain. Des vétérans de Marius occupèrent
des lots, la prospérité fut médiocre et la
colonie est abandonnée au début du 1er siècle.
C'est à partir de Jules César, que la Colonia Julia
Carthago est reconstruite selon le modèle romain
En Numidie, vers - 138, Micipsa resté seul aux affaires
après la mort
de ses frères, poursuit la tâche de son père,
développe les cités et embellit Cirta. Vaga (Béja)
et Bulla Regia (près de Souk el-Arba) deviennent des
cités. Les Numides et leur voisins de l'Ouest les Maures,
perpétuent la culture punique, et Rome, après la
destruction de Carthage, a symboliquement donné à la
Numidie, le contenu des bibliothèques puniques qui avait
échappé à l'incendie final. Micipsa demeure un
fidèle allié de Rome et
pendant le long siège de Numance (- 134 - 133), il
envoie à Scipio Emilien, un contingent dirigé par un de
ses neveux, le fils
illégitime de son frère Mastanabal. C'est Jugurtha qui
fait très bonne impression sur le général
romain.
La
montée en puissance de Jugurtha
Jugurtha
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A la mort de son frère Mastanabal, Micipsa recueille son fils
Jugurtha et l'élève comme ses fils à Cirta. Il
devient très habile à cheval, au javelot et s'initie
à la philosophie grecque. Vers - 120 Micipsa, pour l'amadouer et
sans doute influencé par Scipio
Aemilianus,
adopte son neveu Jugurtha, c'est à dire qu'il lui donne les
mêmes droits que ses propres fils Adherbal et Hiempsal. A la mort
de l'Aguellid en - 118, les rapports étant exécrables
entre les 3
héritiers, aucun partage n'est envisagé sauf les
trésors royaux et les
hostilités commencent. Rome n'est pas mécontente de cette
division à la tête de ce puissant royaume. Mais
rapidement, Jugurtha fait assassiner
Hiempsal à Thirmida. Entraînant l'élite de
l'armée, il occupe les villes et soumet la Numidie.
Adherbal l'aîné, sûr de son armée
supérieure en nombre, tente de résister mais une seule
bataille suffit pour que Jugurtha le chasse du royaume. Il se
réfugie à Rome et demande
l'aide du Sénat en - 116.
Une commission sénatoriale partage le royaume et attribue
à Adherbal la partie orientale avec Cirta pour capitale et
à Jugurtha la partie occidentale, la plus riche avec Iol
(Cherchell). Aucun reproche n'est fait à
Jugurtha qui a distribué généreusement l'or aux
Sénateurs. En - 113, soudain, Jugurtha attaque le royaume de son
cousin jusqu'à Cirta. Adherbal doit combattre pour
défendre son royaume. Comme le dit Salluste, les deux
armées se trouvant à Rusicada, celle d'Adherbal est
surprise de nuit et massacrée, ce dernier se réfugie
à Cirta et le siège commence. Adherbal réussit
à envoyer des messagers devant le Sénat de Rome qui ne
montre aucune fermeté.
C'est la colonie italienne qui défend avec énergie la
cité et qui
conseille à Adherbal de capituler, comptant sur la grandeur de
Rome pour les protéger. Mais Jugurtha fait périr Adherbal
et toute la population mâle, les Italiens compris.. La guerre est
déclarée en - 111 et le Sénat envoie le consul
Lucius Calpurnius Bestia à la tête de l'armée
d'Afrique. Cette fois la corruption active au Sénat ne
fonctionne plus et l'armée romaine, venue par la Sicile,
débarque en Afrique et prend quelques villes, fait de nombreux
prisonniers et marche vers le Bagradas (la Medjerdah). Il reçoit
la soumission de cités éloignées et Jugurtha fait
mine de se soumettre. Une modique amende est infligée au roi
numide, les opérations militaires cessent, un traité est
signé et Jugurtha est convoqué à Rome par le
Sénat pour trouver un accommodement. Jugurtha se rend en Italie
et parait devant le Sénat où les Optimates et les
Populares s'opposent justement sur le devenir de la Numidie.
Les premiers représentant les patriciens, sont favorables au
maintien d'une Numidie indépendante et ne veulent pas risquer
une guerre outremer. Les seconds soutenus par les
plébéiens, considèrent la Numidie comme une
possession du peuple romain. Jugurtha réussit à
manipuler, par la corruption et l'intrigue, ces deux factions. Il
réussit même à éliminer Massiva, un de ses
cousins qui est prêt à prendre le relais d'Adherbal,
à Rome même. Jugurtha est expulsé, le traité
est cassé par le Sénat. En partant, Jugurtha aurait
jeté selon Salluste la fameuse sentence :
"Ville à vendre, destinée à périr si elle
trouve un acheteur."
Les opérations débutent lentement. Le consul Spurus
Postumius Albinus commande une armée de 40 000 hommes,
indisciplinée et en relation avec l'ennemi. Jugurtha refuse le
combat et paie le consul qui doit bientôt rentrer à Rome.
C'est son frère Aulus qui dirige à présent
l'armée. Il décide d'assiéger Suthul en plein
hiver pour abréger le conflit. C'est là qu'est
déposé le trésor de
Jugurtha. Cette place est difficile à prendre et bientôt,
les abords de la cité sont tout à fait
marécageux. Malgré ces difficultés, Aulus
prépare le siège de façon habituelle en - 109.
Jugurtha réussit à corrompre les troupes alliées
de Romains, et même le primipile de la troisième
légion. Jugurtha et son armée s'éloigne de Suthul
et entraîne ainsi l'armée romaine dans une région
désertique. Puis une nuit, il juge le moment favorable et
attaque le camp romain. Les Ligures et les Thraces présents
passent dans le camp numide ainsi que quelques légionnaires et
le primipile de la troisième légion laisse entrer
l'armée numide dans le camp. Les légionnaires fuient,
souvent sans armes, sur une colline, le camp est pillé et le
lendemain Aulus et les légionnaires passent sous le joug. Le
traité est renouvelé comme le souhaite Jugurtha, la paix
est conclue, les Romains ont dix jours pour évacuer la Numidie.
A Rome c'est un scandale et le Sénat casse le nouveau
traité de paix. Mais les opérations militaires attendent
quelques procès, Bestia et Spurius Albinus sont
condamnés à l'exil. La guerre reprend avec la nomination
de Quintus Metellus qui se méfie de cette armée
d'Afrique, lève des troupes et choisit des officiers
issus du peuple comme par exemple Gaius Marius. Il débarque et
met de l'ordre dans cette armée d'Afrique si
désorganisée. Au printemps - 108, il entre dans le
royaume numide avec l'intention de ramener Jugurtha captif à
Rome mais il reste discret sur ses intentions devant les envoyés
du roi numide. Devant l'hostilité de Jugurtha, il se
prépare au combat. Il s'empare de Cirta et installe une garnison
dans la place forte de Vaga et poursuit sa route. Mais Jugurtha
prépare une grande embuscade auprès du fleuve Muthul.
Cette fois ci, Jugurtha change de façon de combattre. Jusqu'ici,
sa tactique s'apparente à la guérilla, avec des charges
de cavalerie soudaine pour surprendre les légionnaires,
s'évanouir dans la nature quand la résistance est forte
ou accabler quand la panique gagne. Cette fois, Jugurtha veut frapper
un grand coup, il exhorte ses soldats comme Salluste dans le
Bellum Jugurthinum, nous le décrit :
« Ensuite, il se mit à parcourir, un à un,
escadrons et manipules, les exhortant, les conjurant de se souvenir de
leur glorieux passé et de leur récente victoire, et de
défendre leur pays et leur roi contre la
rapacité des Romains. »
« Jugurtha ne reste pas inactif. On le trouve partout.
Partout il exhorte ses soldats. Il recommence le combat. Toujours
à la tête des siens, tantôt il vole à leur
secours, tantôt il attaque ceux des nôtres
qui fléchissent, tantôt il combat de loin ceux qui
tiennent ferme. »
C'est la bataille de Muthul en - 108. C'est le nom d'un fleuve qui est
peut être l'Oued Mellegue selon Stéphane
Gsell ou l'Oued Tessa, selon Charles Saumagne. Là, Jugurtha
place le gros de son armée dans la vallée où coule
ce fleuve et 2 000 cavaliers ferment la voie de sortie
après le passage du dernier romain. Mais Metellus a senti le
piège et envoie Rutilius Rufus et une troupe de cavalerie
établir un camp près du fleuve, lui même monte sur
une hauteur. Quand Jugurtha donne le signal du combat, toutes ces
troupes romaines sont assaillies par des Numides plus nombreux. Les
légionnaires doivent l'emporter et le combat dure des heures.
Puis les fantassins numides remontent sur la colline et les cavaliers
ralentissent le rythme des attaques. Les troupes de Metellus escaladent
la colline et font fuir les Numides tandis que les légionnaires
de Rufus éliminent ou capturent les éléphants de
Bomilcar. Les pertes romaines sont lourdes et Metellus ne pouvant
les remplacer évite dorénavant la bataille et adopte la
tactique de la terre brûlée, tandis que Jugurtha s'en
tient au harcèlement des légionnaires isolés avec
un petit groupe de cavaliers d'élite.
Aussi les fourrageurs sont
fortement escortés. Mais Metellus veut attirer Jugurtha et pour
cela attaque une des principales place forte numide, Zama. Jugurtha
renforce la défense de la cité et continue ses
escarmouches. Pendant l'attaque des fortifications, Jugurtha intervient
mais il est repoussé. Il recommence avec des fantassins
mêlés à ses cavaliers qui ne reculent plus
après une charge. Metellus de son côte ne peut prendre la
cité. Il abandonne le siège, renforce les garnisons, se
replie sur Carthage et prend ses quartiers d'hiver dans l'Africa.
Marius pendant ce temps est à Rome pour se faire élire
consul pour l'année - 106.
Le consul Marius recrute de nouvelles troupes ainsi que des auxiliaires
chez les alliés. Il est obligé de faire mieux que
Metellus qu'il a dénigré devant le Sénat. Au
printemps - 106, il se met en campagne et commence par de petites
opérations sans risques, contre de petites villes ou contre les
Gétules. Ces opérations sont réussies mais non
significatives, Marius décide de prendre une cité
importante et son choix se fixe sur Capsa. Il réussit à
capturer par surprise cette cible et bien que les habitants se soient
rendus, la population adulte est massacrée, les autres vendus
comme esclaves comme l'écrit Florus. La cité est
pillée puis brûlée. Il agit de même avec
d'autres cités. Jugurtha, poursuivi par Marius, se rend chez son
beau-père Bocchus et Marius s'attaque à une montagne
appelée depuis "la Table de Jugurtha", où ce dernier a
caché ses trésors. .La résistance est vive et la
défense aisée tant la position est abrupte. La place est
prise grâce à l'observation d'un auxiliaire ligure qui a
trouvé un chemin pour escalader le plateau.
Les deux batailles sur la route de Cirta
Jugurtha a convaincu Bocchus de s'allier avec lui contre les Romains
en lui promettant un tiers de son royaume. Aussi quand Sylla, un
officier de Marius revient avec les cavaliers qu'il a recrutés
et rejoint Marius qui ramène ses troupes dans leurs quartiers
d'hiver,
les légionnaires sont soudain environnés de cavaliers
maures et
numides en surnombre à la fin de la journée. L'attaque
est brutale et surprend l'ennemi qui est d'abord débordé
puis fait face en formant le cercle et s'installe sur deux
collines dont la forte position interrompt le combat. Au petit matin,
les légionnaires surprennent les Numides et les Maures au
réveil, en silence et désorganisés. Ils leur
causent beaucoup de pertes.
Plus tard, à
proximité de Cirta, les deux rois montent un autre traquenard et
rassemblent quatre corps comme l'écrit Salluste, dont l'un
composé de fantassins, est dirigé par Volux, le fils de
Bocchus. Tandis que Sylla et ses escadrons de cavalerie compacts
attaque ses adversaires, les fantassins de Volux attaquent
l'arrière garde romaine. Pendant ce temps l'essentiel des forces
de Jugurtha attaque Marius qui se trouve en tête des
légions. Puis Jugurtha annonce, auprès de Bocchus, aux
légionnaires que Marius est mort, en montrant son
épée couverte de sang. Un certain flottement se fait
sentir dans la ligne romaine, mais avant que la déroute ne
s'installe, Sylla qui vient de se défaire de ses adversaires,
prend les Maures de flanc. Bocchus, se retire aussitôt. Jugurtha
en revanche soutient les siens et s'accroche mais environné par
la cavalerie romaine, ses soldats tombent et il finit par
s'échapper. Marius pendant ce temps a triomphé des
cavaliers qui lui faisaient face, peut soutenir ses hommes et les
Romains l'emportent partout et poursuivent l'ennemi en retraite. Enfin
l'armée romaine arrive à Cirta.
Peu de temps après Bocchus signale à
Marius qu'il veut la paix et des négociations s'engagent entre
Bocchus et Sylla, Jugurtha n'ayant pas confiance en Marius. Sylla
persuade Marius que cette lutte difficile est trop longue et hasardeuse
et que ces négociations sont une chance. Le but des Romains est
clair, Bocchus doit leur livrer Jugurtha. Bocchus hésite et
Jugurtha lui demande de lui livrer Sylla pour forcer Rome à
signer un traité de paix. Mais Bocchus feint d'accepter cette
solution et Jugurtha est livré chargé de chaînes au
Romains en - 105. La guerre est finie après sept ans de combats.
Jugurtha est emprisonné et étranglé sur ordre de
Marius après son triomphe en - 104. Ses deux fils qui
participent aussi au triomphe, vivront à Venusia dans la
captivité. Bocchus gagne le pays de Massaessyles et le titre
d'"ami de Rome", son règne va de - 111 à - 80. A sa mort,
Sosus Mastanesosus (Masta-Nazan) monte sur le trône, jusque vers
- 50. Bocchus II devient co-roi de Maurétanie de 70 à 50
avec son frère Bogud. En - 49, la Maurétanie est
partagée en deux. La Maurétanie Césarienne, un
province romaine corespondant à l'Algérie centrale et
occidentale, avec Bocchus II pour co-roi. La Maurétanie
Tingitane, correspond au Nord du Maroc actuel. Elle est
attribuée à Bogud 1er.
La Numidie devient un "protectorat" romain dirigé nominalement
par Gauda, le demi-frère maladif de Jugurtha, comme le montre
l'inscription retrouvée à Thubursicum numidarum, jusqu'en
- 88, puis trois princes de la descendance de Massinissa. En - 88,
Aurelius Victor nous renseigne sur ces noms : Hiempsal, le fils de
Gauda, frère de Jugurtha, Hiarbas et Masyntha, probablement un
des deux fils de Jugurtha échappé de sa captivité
de Venuse. De même, le second fils, Oxyntas est présent
pendant la guerre sociale chez le Samnite Caius Papius Mutilus.
Ces princes, Hiempsal et Hiarbas, se disputent le royaume et les
généraux romains prennent part à ce conflit. Sur
l'ordre de Sylla, Pompée soutient Hiempsal, tandis que Gnaeus
Domitius
Aenobarbus protège Hiarbas. Ces derniers sont totalement
défaits près d'Utique où Ahenobarbus meurt.
Hiarbas périt peu de temps après à Bulla sur
l'ordre de Pompée. En - 81, les troubles semblent
terminés et Hiempsal II "gouverne" la plus grande partie de la
Numidie tandis que Masyntha (appelé aussi Manassès), ne
régnait que sur un coin ignoré du pays dont il fut
encore dépouillé, quelques années après,
vers - 63, par Jules César, qui commence alors sa
carrière politique.
Juba 1er
Hiempsal meurt vers -60, son fils Juba 1er lui succède, est
bientôt attaqué à la fois par le tribun de Jules
César, Scribonius Curio et par Bocchus II, le roi de
Maurétanie. Il envoie son lieutenant Sabura qui est vainqueur
des troupes maurétaniennes tandis qu'il écrase les
légions romaines et capture Curio qui est exécuté.
Pour se prémunir contre César, Juba 1er soutient la cause
de Pompée. Vaincu à
la bataille de Thapsus, il se suicide sous les murs de Zama en -
46. La Numidie devient la province Africa Nova. Juba II est
emmené en captivité à Rome. Il y fait de
brillantes études et revient occuper le trône de ses
pères en - 25, après avoir épousé
Cléopâtre Selene, la fille de Marc Antoine et de
Cléopâtre VII. En - 17, la Numidie romanisée est
annexée à l'Empire et redevient Africa Nova tandis que
Juba II vient à Iol, (Cherchell) qu'il renomme
Julia Caesarea, régner
sur la Maurétanie, la Numidie Occidentale et la
Gétulie. Leur fils Ptolémée règne de 24
à 40, date à laquelle il est convoqué à
Rome par l'empereur Caligula et est assassiné.
C'est la fin de l'indépendance de l'Afrique du Nord antique. La
domination romaine s'exerce directement sur la partie proche de la
Méditerranée sur un profondeur variant de 50 à 300
kilomètres. Au sud de cette zone, en proximité du
désert, les Nomades restent insoumis. Nous avons d'Est en Ouest
: Les Garamantes, les Gétules et les Musulames.