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Le prétexte en est la Sicile, une terre à
blé que
convoitent les Campaniens, alliés de Rome et
représentés
au Sénat par les Claudii.
Les causes sont diverses : la volonté hégémonique
de Rome se manifeste par la conquête méthodique de
l'Italie.
Avec la prise de Tarente, Rome l'achève vers - 272. La recherche
du butin, est un autre motif qui a le soutien de la plèbe. Enfin
le besoin de sécurité est perceptible ainsi qu'un
sentiment
de menace et d'encerclement. A cet égard, Carthage
contrôle
les Baléares, une partie de la Corse, de la Sardaigne et de la
Sicile.
Du côté punique, si les intérêts
économiques
sont divergents, Carthage partage le même besoin de
sécurité
et le même goût pour le butin et l'hégémonie.
La 1ère
guerre punique
La situation a changé en Sicile depuis le départ de Pyrrhus. En - 289, les Mamertins, des mercenaires osques à la solde d'Agathocle, s'emparent de la ville grecque de Messine et forment rapidement une menace pour toute la pointe nord-est de l'île par leurs brigandages. Les Grecs de Syracuse se dotent d'un chef efficace, Hiéron. En - 269, une bataille les oppose près du fleuve Longanus, les Mamertins sont vaincus et bloqués dans Messine. Ces derniers appellent à leur secours, la flotte carthaginoise des îles Lipari et Rome à la fois. Le général Hannibal (nom commun chez les Carthaginois), est envoyé en Sicile et, en accord avec Hiéron, installe une garnison punique dans la citadelle de Messine. Les Romains discutent et se décident à intervenir avec un but limité : pour rendre Messine aux Mamertins. Le consul Appius Claudius Caudex (tête de bois), envoyé à Rhegion tente de négocier mais rencontre le méprisant Hannon qui a remplacé Hannibal :
- "Les Romains n'oseront même pas se laver les mains dans la mer."
- "Les Romains sont des élèves qui ont toujours dépassé leurs maîtres."
Le premier essai d'Appius Claudius, de venir en Sicile avec des troupes, est intercepté par la flotte punique qui reconduit les Romains au rivage. Mais, grâce à leurs alliés marins, Claudius débarque en Sicile, c'est une première pour les Romains. Les Mamertins ont déjà chassé les Carthaginois et une garnison romaine s'installe à Messine. Les légionnaires repoussent les forces puniques mais sont bientôt assiégés dans cette ville par les troupes de Carthage et de Syracuse alliées. En - 263, 2 consuls débarquent 4 légions et les alliés, c'est une force inhabituellement importante. Marcus Valerius repousse les Carthaginois assiégeant Messine puis marche contre Syracuse. Hiéron se soumet, livre du blé, des machines de guerre et paie une indemnité. Rome alors lui octroie le titre d'allié et ami du peuple romain.
En Sicile, la guerre continue. Les troupes puniques
rassemblées
à Lilybée et Agrigente, lancent des raids en Sicile.
Hannon
ravage les côtes italiennes pour détourner les Romains de
la Sicile, mais Rome ne se sent pas menacée. A Agrigente, le
général
Hannibal dispose de nouveaux mercenaires Ibères, Ligures et
Gaulois.
Les Romains traversent la Sicile et assiègent la ville
malgré
la venue d'Hannon et d'une armée de renfort qui assiège
à
leur tour les Romains. Mais Hannon est battu en rase campagne et
Hannibal
s'enfuit en abandonnant la ville. Agrigente est prise en - 261 et mise
à sac. Tous les survivants sont vendus.

Ruine du port de Carthage, un des emplacements du Cothon pouvant
recevoir
une galère
Les débuts de
la marine
romaine
Les Romains incitent les marins de la Grande Grèce à pirater la flotte de commerce punique. En - 262 et - 261, les représailles puniques sur les rivages italiens vont faire échouer cette tentative. Mais cela décide Rome à construire une flotte de guerre. 20 trirèmes et 100 quinquérèmes sont commandées aux arsenaux alliés, surtout Tarente, Locus Velie et Naples. L'éloignement de ces ports ne favorise pas la concentration des navires tant que Carthage tient les Îles Lipari.
En - 260, le consul Cneius Cornelius Scipio tente de faire main basse sur les îles Lipari et attaque avec les premiers vaisseaux disponibles, 17 en tout, pensant qu'il ne reste que les forces puniques de Sicile, le gros de la flotte ennemie restant en protection de la Flotte d'Argent. Le consul débarque et la nuit, est surpris par l'attaque de 20 galères puniques qui le capturent avec sa flotte. Il gagne le surnom d'Asina, l'ânesse ! C'est à ce moment qu'apparaît l'amiral Gaius Duilius qu'on crédite de l'invention du corvus (corbeau), sorte de pont d'assaut coulissant le long d'un mât à la proue du navire au moyen d'une poulie et terminé par un croc en fer permettant la fixation sur le bateau ennemi. A la bataille de Myles, Duilius affronte avec 143 navires, Hannibal qui dispose de 130 bateaux plus manoeuvrants. Les corbeaux sont efficaces et immobilisent les galères puniques, tandis que les légionnaires les "chargent". Les Carthaginois fuient et laissent 31 bateaux capturés tandis que 14 sont coulés. La flotte romaine éprouvée rentre à Messine et cesse toute mission pour la saison mais les Romains "ont osé se laver les mains dans la mer". Le Sénat offre à Duilius un triomphe exceptionnel.

Trirème romaine prêt à utiliser le corbeau
Rome projette d'attaquer en Corse et en Sardaigne sans avoir chassé les Carthaginois de Sicile. Le consul Cornelius Scipion débarque à Aléria et détruit le poste punique. Puis il pille systématiquement les côtes de Sardaigne et vainc le général Hannon sur l'île. Il évite le combat naval, face à 30 navires puniques convoyant la Flotte d'Argent et rentre au port. Le Sénat heureux du retour de l'escadre lui accorde le triomphe. Puis, Sulpicus Paterculus profite de la jonction des flottes Etrusque et de Grande Grèce pour tenter d'attaquer la flotte ennemie en force. Il se poste devant les Bouches de Bonifacio, mais aucun navire punique n'est là car ils soutiennent Hannibal en Sicile. Paterculus veut s'emparer de navires de commerce puniques sur les côtes d'Afrique mais il tarde en pillant les cités puniques de la Sardaigne. Hannibal alerté, retourne à Carthage et revient avec des galères en renfort pour isoler les Romains de la flotte marchande qui rentre. La rencontre a lieu vers Sulci, au Sud de la Sardaigne et les deux flottes rentrent pour ravitailler. La flotte romaine, malgré un nouveau triomphe, ne tentera plus rien dans l'année.
A Rome deux camps s'opposent, les "corsaires" qui voient dans la Flotte d'Argent, la force de Carthage, à piller, et ceux qui ne songent à utiliser la flotte qu'en soutien d'opérations terrestres. En -257, ces derniers dominent en raison des faibles butins récoltés en Sardaigne. En Sicile, les légions obtiennent des succès dans les sièges de villes et aussi sur mer, dans l'engagement au large de Tyndare. Le consul Attilius Regulus compte recommencer la victoire de Myles avec plus de moyens. La rencontre de l'escadre de 200 navires romains venus de Messine avec les 80 puniques venus de Sicile et de Sardaigne se solde par 18 pertes carthaginoises et 10 chez les Romains. Carthage a sous estimé l'ennemi qui ne peut forcer la décision.
Alors, un projet audacieux se dessine. Il s'agit d'imiter l'expédition d'Agathocle en Afrique et de faire mieux. En -256, les consuls Attilius Regulus et Vulso Longus appareillent de Messine, au printemps, avec 200 galères et 100 transports. En longeant le Sud de la Sicile, cette flotte est attaquée au large d'Ecnomos, par la flotte punique commandée par Hamilcar et Hannon qui disposent d'environ 200 navires. Dans cette bataille, les Carthaginois sont présomptueux et se placent dos au rivage. Les consuls choisissent un ordre de bataille inédit : sur les 4 escadres, 3 forment un triangle pointé vers l'ennemi, le quatrième est en renfort, parallèle à la base.
Les navires puniques tentent d'envelopper l'ennemi, tandis que
les navires
romains écrasent leurs opposants contre la rive et la
quatrième
escadre attaque celle d'Hamilcar qu'elle chasse. Le centre punique est
enfoncé, Hamilcar et Hannon prennent la fuite. Le bilan fourni
par
Polybe est lourd : 24 navires perdus pour Rome, et pour Carthage, 30
sont
détruits et 64 capturés. En fait, la flotte romaine
retourne
à Messine et le gouvernement carthaginois confirme Hamilcar dans
son poste et offre la paix, la guerre coûtant très cher
à
son économie (maintien de la flotte et solde des mercenaires).
Rome
refuse car elle sait que Carthage en paix rétablira ses finances
plus rapidement qu'elle, par le commerce. Ecnomos n'est pas la victoire
décisive attendue par les Romains, mais la proposition de paix
est
considérée comme une faiblesse.

Galère romaine sur une fresque de Pompéi
L'expédition
de Regulus
en Afrique
En août seulement, la flotte romaine peut rejoindre l'Afrique sans opposition, la flotte punique étant alors majoritairement désarmée, et débarquer 40 000 hommes, au Cap Bon, près de Kerkouane. La forteresse punique de Clupea (actuellement Kelibia) est rapidement investie. Il est trop tard (pour la saison) pour attaquer Carthage, le Sénat ordonne au consul Manlius Vulso de rentrer avec la majorité des troupes et des navires. Regulus reste avec environ 15 000 légionnaires, 500 cavaliers et 40 navires qu'il fait mettre au sec et protéger d'un rempart et d'un fossé. Carthage évite le combat avec cette armée romaine qui pille la région, puis installe son camp à Tunes (Tunis). Il ne tente rien pour obtenir l'aide des Libyens. 2 généraux carthaginois sont nommés mais ils ne s'entendent pas. Regulus rencontre les deux armées puniques à Adys (Oudna) et remporte la victoire. Pendant ce temps Carthage recrute des mercenaires qui se rassemblent à Lixus et Gades. En Egypte, Ptolémée II Philadelphe rassemble des combattants grecs pour soutenir Carthage qui est confronté à un manque de chef compétent. Aussi, c'est un mercenaire spartiate, Xanthippe, qui recrute une force importante en Grèce et commande l'armée carthaginoise. Carthage négocie avec Regulus, mais celui ci émet des propositions excessives pour les Carthaginois (évacuation de la Sicile, de la Corse et de la Sardaigne, désarmement de l'essentiel de la flotte de guerre). Xanthippe est arrivé avec les mercenaires venus d'Egypte et de Grèce, transportés par la Flotte d'Argent et il livre bataille aux Romains vers Bagradas non loin de Tunes.
Xanthippe a mis les éléphants en première ligne et il les utilise comme des "blindés" et simultanément avec la cavalerie. Les vélites romains sont enfoncés et la cavalerie romaine prend la fuite. L'aile gauche romaine évite les éléphants et repousse les troupes qui lui font face. Mais le centre romain est écrasé par les éléphants et ses lignes arrières sont attaquées par la cavalerie punique, c'est la déroute. Seuls 2 000 romains s'échappent vers Clupea, tandis que Carthage perd 800 soldats. Le Consul Regulus est fait prisonnier. L'offensive romaine reprend l'année suivante et une flotte de 150 galères et 200 transports occupe Cossyra (Pantelleria) puis attaque la flotte punique qui organise le blocus de la flotte de Regulus à Clupea. ce petit engagement coûte 24 navires à Carthage. La flotte romaine évacue les rescapés de l'armée de Regulus et le butin considérable. Mais suite à un naufrage, les 3/4 de la flotte romaine coule. Une nouvelle proposition de paix punique est refusée, seul, un échange de prisonniers peut s'accomplir.
En - 254, les consuls Atilius Catalinus et Scipion Asina prennent Palerme, la principale ville punique, reléguant les Carthaginois à la pointe ouest de la Sicile, dans 2 forteresses : Lilybée tenue par un responsable énergique, Himilcon et Drépane, le siège de la flotte. Une attaque punique pour reprendre Palerme échoue en - 251. Rome réussit à prendre les îles Lipari, et une flotte de 240 galères bloque Lilybée. Le consul Caecilius Metellus, met au point en Sicile, une tactique efficace contre les éléphants. Des troupes légères sont chargées de cribler de traits des animaux qui deviennent furieux et chargent au hasard les Carthaginois ou l'ennemi.
En - 249, Claudius Pulcher pense terminer rapidement la guerre en détruisant la flotte punique à Drépane. L'amiral punique Adherbal écrase la flotte romaine qui perd 96 galères coulées ou capturées. Une autre flotte conduite par le consul Junius, comprenant 120 galères et un convoi de ravitaillement, avance vers Lilybée. L'officier punique Carthalo est chargé de l'intercepter. Mais voyant venir la tempête, il met ses navires à l'abri. Junius, ne voulant pas combattre, immobilise sa flotte au bord des falaises. Les navires romains sont brisés sur les rochers. Le consul est capturé à terre.
A Rome, les Claudii, au pouvoir, sont remplacés par les Fabii, moins bellicistes et Carthage connaît un mouvement semblable. Face à Rome sans marine, Carthage mobilise ses forces pour développer son domaine africain, source de revenus pour entretenir l'armée. Himilcon et Adherbal sont privés de leur commandement. Rome privée de flotte, renouvelle son alliance avec Hiéron de Syracuse et relance la guerre de course depuis les ports de la Grande Grèce. Cette activité est durement ressentie à Carthage dont les fonds sont bas. Hamilcar Barcas de Barak (la foudre) a mission de neutraliser la piraterie grecque et, en - 247, il part de Carthage avec 50 galères et 6 000 mercenaires. Il arrive au moment du grand départ annuel des pirates et effectue de nombreuses captures, puis les régions sont méthodiquement ravagées. Puis Hamilcar débarque près de Panorme, en Sicile, en zone romaine. Il s'empare du mont Héricté, une position facile à défendre et proche d'un bon mouillage. Puis en - 243, il chasse la garnison du mont Eryx et l'occupe. Depuis ce point d'appui, il lance des raids contre les postes romains. La marine punique opère jusqu'à Cumes. Le butin de ces pillages est bienvenu pour les finances de Carthage.
La Campanie est atteinte, Hamilcar Barca est difficile à
contenir malgré ses faibles moyens. Le danger serait plus grand
s'il disposait
d'une
armée puissante. Il faut le priver de sa base de départ
et
pour cela une flotte est indispensable. On fait appel aux fortunes
privées. Comme à
Athènes pendant
les
Guerres Médiques, chacun s'engage à financer
l'équipement
d'un vaisseau ou se joint à un ou deux autres citoyens si ses
moyens
sont insuffisants. Les frais engagés doivent se rembourser par
le
butin et les prises sur les rivages africains. Les dirigeants puniques
pensent avoir le temps de ramener la flotte à Drépane,
nous
sommes en - 242. Les Romains pressent la construction de cette flotte
et
en mai, la flotte appareille de Messine, commandée par le consul
Lutatius Catulus qui commence le siège de Drépane
immédiatement.
La situation de la flotte punique est grotesque : les navires sont au
port
de Carthage et "l'infanterie de marine" est avec Hamilcar en Sicile.

carte de la 1ere guerre punique
La bataille des
îles
Aegates
Un plan hardi est décidé. 200 navires quitteront le Cothon (port de guerre de Carthage), juste avant l'équinoxe, date inhabituelle, transportant chacun une centaine de mercenaires. Pour profiter de la surprise, la flotte arrivera au point du jour aux îles Aegates, s'y cachera jusqu'au soir, défilant devant Drépane sans se faire voir, débarquant les mercenaires au pied de l'Erix et rechargeant les soldats de marine, elle surprendra la flotte romaine au mouillage, en préparation du réarmement annuel. L'issue ne faisait pas de doute. Mais le secret devait être bien gardé et pour cela, seuls des mercenaires libyens sont recrutés.
Le secret ne fut pas gardé et le 10 mai - 241, la flotte punique commandée par Hannon, trouve aux îles Aegates, les escadres de Catulus prêtes au combat. Les navires puniques surchargés s'engagent en une file dans l'archipel, Lutatius engage ses navires allégés au maximum et disposés en ligne. La flotte romaine remporte rapidement le combat. Les pertes puniques représentent 50 navires coulés, 70 sont capturés et 10 000 soldats faits prisonniers.
Cette défaite n'interdit pas la poursuite de la guerre.
Le gouvernement
punique laisse décider Hamilcar. Il peut continuer la lutte sans
soutien en soldats ni en argent. Le reste de la flotte est
mobilisé
pour protéger la Flotte d'Argent et aucun soutien ne pourra
venir
avant la fin de mai. Hamilcar se décide à traiter. Au
sujet
des négociations, 2 camps s'opposent : le "parti de la paix"
fait
valoir que les caisses sont vides, l'économie ruinée,
l'Afrique
en ébullition, et la Sicile n'est pas un enjeu essentiel. Le
"parti
de la guerre", (les Barcides), pressent que l'avenir de Carthage se
joue
contre Rome et d'abord en Sicile. Hamilcar est chargé de
négocier
avec Catulus sur 4 points :
Le vaincu évacue les territoires au profit du vainqueur
Le vaincu paie un indemnité
Le vaincu rend les prisonniers et livre les transfuges
Le vaincu livre des armes
Hamilcar observe que ses troupes sont intactes et demande
l'honneur
de conserver ses armes et garder les déserteurs. Hamilcar songe
à reprendre la guerre rapidement. Catulus pressé de
conclure,
accepte ces demandes. Les deux hommes rédigent le projet de
traité.
Carthage évacue la Sicile entièrement.
Carthage ne fait pas la guerre à Hiéron ni à ses
alliés.
Carthage restitue à Rome et sans rançon tous les
prisonniers.
Carthage verse à Rome un indemnité en argent de 2 200
talents euboïques en 20 ans.
A Rome, le projet est rejeté par les Comices. Le nouveau texte stipule que Carthage versera à Rome 3 200 talents en 10 ans et s'engage à évacuer non seulement la Sicile mais les îles situées entre la Sicile et l'Italie.
Les
conséquences de
la 1ère Guerre Punique
Carthage a tout sacrifié à la protection de la Flotte d'Argent que Rome n'a pu menacer. Les pertes en navires sont estimées à 500 unités. Les finances puniques sont fort affaiblies et une grave crise économique frappe la ville. Les sénateurs de Carthage qui ont opté pour la paix (paix = prospérité) sont ruinés et en plein déclin.
En - 241, Rome est devenue la maîtresse de la mer. Cette guerre lui a coûté 700 navires. L'indemnité de guerre et l'annexion de la Sicile rembourseront ces lourdes dépenses.
La guerre inexpiable - 240 - 237
Le versement des primes aux mercenaires combattant en Sicile est retardé en raison de la crise financière puis de l'indemnité de guerre. En - 241, Carthage a effectué une frappe de monnaie d'or pour payer une partie de ces primes. Giscon, le gouverneur de Lilybée, chargé de transporter en Afrique les soldats Numides et Libyens, les envoie sagement par petits paquets mais Carthage, ruinée pense qu'il est plus simple de traiter avec ces troupes réunies et d'obtenir un consentement général, aussi elle installe ces mercenaires dans la ville pour les faire patienter. Ils sont Celtes, Campaniens, Grecs, Ligures, Ibères, Baléares, et en majorité Africains. 20 000 hommes revendiquent leur complément de solde. Les Libyens réclament en outre la liberté et espèrent la création d'un état, par la guerre s'il le faut. En - 240, pour rassurer les habitants, Carthage demande aux mercenaires de se rendre à Sicca (actuellement le Kef). Hannon est envoyé pour parlementer avec les agités, il est arrêté, n'ayant pas d'or dans ses bagages, c'est l'explosion. La révolte s'étend rapidement, chez les mercenaires, chez les Africains, et en Sardaigne où les officiers rencontrés sont mis à mort.
Des chefs sont vite désignés : Spendios pour les Campaniens, Autarite chez les Celtes et Matho pour les Africains. Ils rassemblent les insurgés et installent leur camp sur l'isthme entre Carthage et Tunes. Les Africains rejoignent les mercenaires et l'ensemble atteint 70 000 hommes. Utique et Hippone Zarite massacrent les soldats carthaginois qui s'y tiennent. En Corse et en Sardaigne, des scènes identiques se produisent. Hannon s'y rend et y est crucifié par ses troupes, Des insulaires font appel à Rome qui refuse. La riposte de Carthage est lente, Hannon le Grand recrute de nouveaux mercenaires et mobilise les citoyens, mais il se montre défaillant face aux troupes de Spendios qui assiègent Utique et subit une défaite. Les classes populaires exigent le rappel d'Hamilcar Barca qui ne souhaite pas combattre ses anciens soldats. Mais les violences subies par les prisonniers carthaginois le font changer d'avis. Il est nommé commandant en chef et on lui confie 10 000 hommes et 70 éléphants. Pour marquer les esprits, il fait franchir à son armée 40 kilomètres pour rejoindre Utique par un chemin peu praticable. Bénéficiant de l'effet de surprise, il manoeuvre efficacement et massacre 6 000 mercenaires en écartant la menace d'un blocus maritime. Hamilcar incorpore dans l'armée tous les prisonniers qui se rallient et renvoie les autres dans leurs pays. Les chefs rebelles réagissent par la terreur et les sous-officiers survivants puniques et les autres prisonniers sont suppliciés.
Les oligarques carthaginois dénoncent les résultats funestes de la politique d'Hamilcar, (défection de l'armée de Sardaigne, de Bizerte et d'Utique). Un blocage intervient dans le choix du stratège par les gérontes. Il faut recourir à l'arbitrage populaire qui choisit Hannibal, un parent d'Hamilcar. Le parti oligarchique conteste cette décision, mais le succès justifie ce coup d'Etat. Hamilcar remporte une première victoire à Bagradas, sur les rives de la Medjerda. L'armée est renforcée de Libyens fidèles. Hamilcar réussit à attirer le prince numide Naravas et peut utiliser ses 2 000 cavaliers, il remporte un deuxième combat. Rome soutient Carthage, le Sénat n'apprécie guère les insurrections. Rome autorise le recrutement de mercenaires en Italie et interdit de fournir de l'aide aux insurgés.
Giscon, un noble carthaginois, est envoyé en parlementaire, il est capturé et supplicié, les mains et les pieds tranchés, puis jeté vivant dans une fosse comme 7000 autres carthaginois. Hamilcar fait, en représailles, écraser les prisonniers qu'il détient pas ses éléphants. Cette guerre mérite son nom d'inexpiable. Hamilcar bloque la troupe de Spendios dans un endroit appelé "la Scie" (le défilé de la Hache), affamés, les mercenaires mangent de la chair humaine. Spendios est crucifié et peu après Matho, qui a fait prisonnier et crucifié le général Hannibal vaincu. Les Libyens sont battus près de Leptiminus. Carthage agrandit son domaine africain.
La révolution barcide
Le parti oligarchique relève la tête et tente de traduire Hamilcar devant le tribunal des 104. Mais l'arrivée au pouvoir à Carthage d'hommes hostiles à Rome, a provoqué un changement de la politique "bienveillante" menée par le Sénat romain. Les Cornelii ont évincé les Fabii, et recommandent une politique d'expansion vers la Corse et la Sardaigne. Ainsi en - 238, le Sénat accepte l'offre des rebelles de Sardaigne qu'il a refusée précédemment. Une expédition romaine dirigée par le consul Tiberius Gracchus vient affirmer l'autorité de Rome.
Hasdrubal rassemble les artisans et les boutiquiers qui refusent de retomber sous l'autorité des oligarques. Hamilcar s'allie avec lui et lui offre sa fille en mariage. En - 237, le tribunal des 104 a perdu une grande partie de ses pouvoirs et l'assemblée populaire a vu ses compétences élargies. Hannon est destitué définitivement et les deux suffètes sont désignés démocratiquement.
Hamilcar décide d'envoyer des troupes en Sardaigne que
les Romains n'ont pas encore investie et que les mercenaires
révoltés ont abandonnée. Les magistrats des
cités puniques l'administrent à nouveau avec les chefs des
tribus de l'intérieur. Ce geste est conforme au traité de
Lutatius, en - 241. Mais le Sénat y voit un acte d'hostilité
et déclare la guerre à Carthage. Hamilcar n'est pas prêt
à faire la guerre et cède. A Carthage, le sentiment patriotique
est exacerbé.

Hamilcar Barca
L'Espagne barcide
En - 236, mécontent de la capitulation de - 241 et pour préparer la revanche, Hamilcar quitte Carthage pour l'Espagne, avec son gendre Hasdrubal et ses trois fils : Hannibal, Hasdrubal et Magon. Partant de la colonie phénicienne de Gadès (Cadix), il entreprend la conquête du sud de la péninsule ibérique. Cette région est riche : mines d'or d'argent et de cuivre, arrivée des routes de l'étain en provenance de Bretagne (Grande Bretagne). Le blé pousse en abondance en plaine, et plus important pour Hamilcar, on y trouve des chevaux et des hommes pour faire la guerre.
La conquête n'est pas aisée. Hamilcar soumet rapidement les Turdétans, habitants de la vallée du Guadalquivir mais, en - 235, il se heurte aux tribus celtibères occupant la Meseta qui attaquent la nouvelle province. Indortès, un roi celtibère est fait prisonnier alors qu'il attaquait les Carthaginois avec une armée de 50 000 soldats. Il est vaincu et torturé devant ses troupes puis mis en croix, en même temps, 10 000 prisonniers sont libérés pour se concilier ce peuple courageux. Hamilcar s'efforce de conquérir des terres à l'ouest des colonnes d'Hercule, il soumet ainsi les Bastulo-Poeni, les Mastiens et plus au nord les Deilans. Puis il remonte vers le nord et sa progression est ralentie par la résistance des peuples ibères. En - 231, il installe son quartier général à Akra Leuké , près d'Alicante. Les Grecs de Catalogne s'inquiètent de cette avancée et leurs compatriotes de Massalia alertent les Romains. Une mission du sénat vient rendre une visite et Hamilcar la reçoit correctement en expliquant que son seul but était de fournir à Carthage les moyens de payer ses indemnités de guerre. Les Romains repartent satisfaits.
Hamilcar n'a jusqu'à présent conquis que les côtes, il décide de se porter au devant des tribus de l'intérieur en 2 colonnes, La première qu'il commande remonte le cours du Jucar et la seconde dirigée par Hasdrubal opérant plus au sud. Hamilcar doit affronter la levée en masse des Celtibères. Hamilcar trouve la mort durant ces opérations militaires en - 229 près d'Elche.
Hasdrubal est nommé successeur d'Hamilcar par Carthage, il est apprécié par ses hommes et utilise plus volontiers la diplomatie que la guerre. Il s'allie avec les chefs locaux et épouse la fille d'un roitelet ibérique. Il fait évoluer l'Espagne barcide vers une monarchie indépendante de Carthage et fonde sa capitale Carthagène. Son action diplomatique en Espagne du Nord, rassemble les tribus catalanes autour d'Indibilis et celles d' Aragon autour d' Edecon et ces deux personnages reconnaissent les Barcides comme suzerains. Vers - 226, il est forcé de signer une traité avec Rome lui interdisant de franchir l'Iber. Mais il poursuit un jeu subtil d'alliances avec les chefs Ibères. Les Gaulois se préparent à attaquer Rome. Le partisan d'un chef celte de la vallée du Tage supplicié par les Puniques, assassine Hasdrubal en - 221. L'armée choisit Hannibal, jeune homme de 26 ans pour général. Devant ce choix, Carthage s'incline. Si Hasdrubal pouvait envisager par la diplomatie, de conserver l'Etat barcide, Hannibal, tout comme Hamilcar, voyait en l'Espagne, uniquement une base capable de fournir les moyens de la revanche. Hannibal combat immédiatement les peuples indigènes en restant au sud de l'Iber, et soumet les Olcades et la tribu des Vacciens. Il passe l'hiver à Carthagène.
C'est lui qui prend l'initiative
de commencer la 2ème guerre punique en assiégeant et
prenant Sagonte, la cité alliée de Rome.