Le
conflit entre Octavien et Marc Antoine
Depuis la mort de Jules César, la situation est tendue entre les
deux hommes. Ils sont pourtant tous deux partisans du disparu, mais
face à Marc Antoine qui se pose en vengeur de son
général assassiné, Octave se présente en
héritier et n'hésite pas à s'associer à
Cicéron et aux sénateurs qui souhaitent revenir à
la République. Bien sûr l'opposition des
Césaricides qui ont rassemblé des légions
facilement et dominent l'orient des provinces romaines, oblige les deux
hommes à combattre ensemble. Ils forment un triumvirat avec
Lépide, éliminent une grande partie de leurs adversaires
par des proscriptions en - 43 et ils triomphent en - 42, aux batailles
de Philippes. Mais une fois Sextus Pompée et Lépide
éliminés, chacun dirige une moitié du domaine
romain et agit de façon différente. Marc Antoine
règne à la manière de Pompée en Orient,
s'appuyant sur une clientèle de princes locaux mais la grande
expédition contre les Parthes est un échec. Octavien doit
face face à Rome aux mécontentements dus aux
expropriations effectuées pour doter les légionnaires de
terre après les batailles de Philippes, puis aux privations dues
au blocus de Sextus Pompée. Entre - 35 et - 33, Octavien livre
des campagnes en Illyrie et en Dalmatie ce qui lui permet de mobiliser
des légions près du domaine de Marc Antoine. Les
dernières années voient les deux camps se préparer
à l'affrontement inévitable. En - 31, Agrippa
réussit à regrouper la flotte et les légions
d'Octavien plus rapidement que Marc Antoine qui rassemble de toute
l'Asie, des troupes et des auxiliaires envoyés par la
Maurétanie, la Commagène, la Cappadoce, la Paphlagonie,
la Thrace et bien entendu, la flotte de Cléopâtre.
Les Préliminaires
La flotte d'Octavien est bien entraînée par la longue
guerre contre Sextus Pompée. En hiver, selon Dion Cassius,
Octavien part de Brindes vers Corcyre pour surprendre Marc Antoine,
mais une tempête lui occasionne des avaries et il revient en
Italie. Au printemps - 31, Agrippa attaque au sud du dispositif de Marc
Antoine, là où on l'attend le moins, au sud du
Péloponnèse pour couper le lien entre l'escadre qu'
Antoine a placée dans le golfe d'Ambracie et l'Egypte
d'où arrive le ravitaillement des troupes. La flotte d'Octave
chasse les navires qui convoient le blé depuis l'Egypte et la
Syrie. Agrippa capture la ville grecque et le port maritime de
Méthone où le roi maurétanien Bogud est
mis à mort sur l'ordre d'Agrippa nous dit Strabon. Ainsi
Agrippa peut contrôler tous les mouvements navals sur la
côte occidentale de la Grèce. La prise de Corcyre
défendue par une garnison est effectuée juste
après. Marc Antoine qui a projeté d'attaquer
l'Italie doit reporter son projet. Octavien débarque
ses légions au nord de Corfou, qui descendent le long de la
côte jusqu'à l'embouchure de l'Acheron, près du
promontoire d'Actium. Marc Antoine, dans son quartier
général de Patras, est sur la défensive, il se
presse de rejoindre sa flotte. La flotte d'Octavien est
installée dans la baie de Gomaros, ouverte vers le large.
Les deux armées s'observent.
Agrippa poursuit son harcèlement pour isoler davantage Antoine
de ses bases arrières. Il capture Leucade et chasse l'escadre
qui garde le passage entre le cap Ducato et les îles d'Ithaque et
de Céphalonie. La flotte d'Antoine ne peut plus recevoir de
renfort tandis que celle d'Octavien dispose d'un port sûr,
contrôle les accès au golfe et assure la liaison de
l'armée avec l'Italie. Agrippa lance une attaque contre Patras
et bat l'escadre commandée par Quintus Nasidius, un ancien
partisan de Sextus Pompée. Puis Corinthe tombe à son
tour.
Dans son état major, Cléopâtre joue un rôle
important. C'est elle qui impose la bataille navale, pour participer
à la victoire avec ses soixante navires, alors que les officiers
d'Antoine veulent que la décision vienne du champ du bataille.
Mais selon Dion Cassius, le conseil de guerre a décidé
de se replier vers l'Egypte pour combattre sur un terrain plus favorable.
La proposition de Cléopâtre qui a été
acceptée, consiste à mettre des garnisons dans les lieux
les plus exposés et faire revenir le reste de l'armée en
Egypte.
Les deux flottes sont différentes, celle de Marc Antoine
comprenait environ cinq cents navires de guerre, il en a perdu un
certain nombre, suite aux pertes subies face à Agrippa et aux
désertions et il a du en brûler qu'il n'a pu mettre en
service, il lui reste deux cent trente navires et ce total comprend la
flotte égyptienne. Cléopâtre fournit l'essentiel
des rameurs. Les navires romains sont lourds, hauts et pourvus de
catapultes ainsi que de vingt mille légionnaires et deux mille
archers. Les navires égyptiens sont plus légers et plus
mobiles. Marc Antoine a rassemblé dix neuf légions et
douze mille cavaliers. Les fantassins se répartissent entre
soixante-quinze mille légionnaires et vingt-cinq mille hommes
d'infanterie légères, les alliés. Son
armée comprend des Galates, ses Macédoniens et des
Syriens auxquels il a promis la citoyenneté romaine. Il y a
beaucoup d'Orientaux car le recrutement en Italie lui est interdit.
Liburne à l'époque de la bataille d'Actium
(http://www.maquetland.com)
La flotte d'Octavien est composée de quatre cents petits
navires rapides et manoeuvrants auxquels se rajoute une flottille de
liburnes, petits vaisseaux construit en imitation des bateaux pirates
illyriens. Huit légions, environ quarante mille légionnaires,
équipent cette flotte qui s'est aguerrie en Sicile et en Illyrie.
Octavien dispose de seize légions plus complètes soit presque
quatre-vingt mille légionnaires et douze mille cavaliers. Cette
armée est aguerrie et plus homogène que celle d' Antoine.
Antoine est enfermé dans le golfe d'Ambracie et subit un blocus
maritime complet. Les premiers engagements qu'il tente sur terre comme
sur mer
sont néfastes. Marc Antoine souhaite un combat rapide et il
lance sa cavalerie le long de la côte pour bloquer
l'amée d'Octavien, mais cette tentative se solde par une
défaite et le départ de plusieurs personnages dont le roi
de Paphlagonie qui passe dans le camp d'Octavien. Ces
défections font chuter
le moral des troupes et la flotte et l'armée s'affaiblissent en
raison de la malaria. Il faut forcer le blocus et donc livrer bataille.
Il charge Canidius de faire retraiter l'armée en Grèce et
de le rejoindre en Orient sur un terrain plus favorable. Au
début du mois d'aoùt, Agrippa rejoint Octavien et
intervient opportunément quand Caius Sosius, un officier
d'Antoine réussit à forcer le détroit au nord de
Leucade en profitant d'une forte brume. Agrippa retourne la situation
et inflige de lourdes pertes à Sosius qui doit se retirer.
Antoine est dans une situation difficile. Il sait qu'Octavien se
dérobe toujours à un affrontement terrestre de grande
envergure et s'il tente de se replier vers la Grèce et la
Macédoine pour y livrer bataille, la flotte est sacrifiée
or elle est nécessaire pour maintenir les relations avec
l'Orient et l'Egypte. Le plan d'Antoine semble de rompre le blocus
naval
pendant que Canidius Crassus maintient la fidélité de ses
troupes, retraite à travers la Grèce et rejoint Antoine
sur un terrain plus favorable, loin des bases d'Octavien.
Situation au début de la bataille d'Actium (source wikipedia)
Le 2 septembre -31, la flotte de Marc Antoine profite d'une accalmie
après quatre jours de tempête, sort du golfe et se range
comme indiqué sur l'image ci dessus, son chef est à
l'aile droite, secondé par Lucius Gellius Publicola. Octavien
informé des plans de son adversaire par les fuyards et en
particulier Quintus Dellius, est
prêt à le laisser passer pour le poursuivre ensuite,
craignant le choc, mais Agrippa l'a dissuadé, ne voulant pas
laisser s'échapper Marc Antoine. Il est placé à
gauche, face à Marc Antoine. Au centre de la flotte Antonienne,
commandent Marcus Octavius et Marcus Insteius face à Lucius
Arruntius. Au sud, Caius Sosius fait face à Octavien et Marcus
Lurius. Les plus gros navires sont placés aux ailes où
doit se décider le sort de la bataille. Les deux armées
restent passives.
Une fois les deux flottes placées l'une en face de l'autre,
elles s'observent pendant plusieurs heures et vers midi le combat
commence, peut être à l'initiative de Sosius dont les
hommes perdent patience. Les navires légers d'Octavien se
faufilent entre les hauts navires ennemis, les mettent en
désordre et leur arrachent les rames sans s'attarder pour
recevoir des traits. Les bateaux de Marc Antoine criblent leurs
adversaires de pierres et de flèches, lancent des mains de fer
sur les plus proches et réussissent à mettre en
difficulté certains navires d'Octavien, mais le plus souvent ils
sont attaqués par trois navires ennemis. Pour affaiblir la
résistance adverse, Octave donne l'ordre de brûler les
navires d'Antoine et rapidement des traits enflammés, des
torches embrasées et des marmites remplies de charbons ardents
et de poix propagent l'incendie. Alors les soldats d'Octavien attaquent
avec ardeur et parmi eux les Lacédémoniens.
Agrippa étend l'aile gauche pour envelopper Marc Antoine et
oblige Publicola à aller vers le large et selon Plutarque ce
dernier se
trouve coupé de la bataille. Au sud, une opération
similaire est tentée par Octavien et Lurius et Sosius doit
y répondre en ouvrant une brèche dans laquelle
Cléopâtre va pouvoir s'engouffrer entre deux et trois
heures. Cette dernière
dont le bateau est engagé dans le
combat et qui a subi beaucoup de pertes, craque et se retire vers
Leucade avec une
soixantaine de navires en
profitant du vent Iapix. Marc
Antoine a réussi à se dégager des
galères d'Octavien qui l'assaillent. Il aperçoit le
mouvement de la flotte égyptienne, quitte
son navire amiral pour une quinquérème, part à
leur
poursuite, entraîne quelques navires et abandonne sa flotte. Le
plan d'Antoine est appliqué à la lettre. Sa flotte
résiste jusqu'au soir
et l'aile commandée par Sosius se retire dans le golfe
ambracique. Les combat cessent vers cinq heures, mais Octavien doit
maintenir le blocus la nuit suivante pour éviter de nouveaux
départs et passe la nuit sur son vaisseau. Une partie de
la flotte est envoyée à la poursuite de
Cléopâtre mais, ne pouvant la rattraper, revient. Le
lendemain, toute la flotte antonienne restante s'est rendue, mais
l'armée de terre est toujours intacte. Elle reste insensible aux
demandes d'Octavien qui les informe de la fuite de Marc Antoine et
attend sept jours pour se soumettre, après la fuite, de
Canidius, la nuit. Les pertes de l'armée de Marc Antoine sont
estimées entre 5 000 et 13 000 morts et 300 navires. Tout est
fini le 9
septembre.
La bataille d'Actium de Lorenzo Castro XVIIème siècle
(origine Wikipedia)